‹ De la connaissance de Dieu et de soi-même (volume 3)Chapitre 3 sur 44 · La Religion · texte numérisé non relu

La Religion

L’étude de chaque jour commençait soir et matin, par les choses saintes : et le Prince , qui demeurait dé-

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couvert pendant que durait cette leçon, les écoutait

avec beaucoup de respect.

Lorsque nous expliquions le Catéchisme, qu’il savait par cœur, nous l’avertissions souvent, qu’outre les obligations communes de la vie chrétienne , il y en avait de particulières pour chaque profession , et que les Princes, comme les autres , avaient de certains devoirs propres , auxquels ils ne pouvaient manquer sans commettre de grandes fautes. Nous nous contentions alors de lui en montrer les plus essentiels selon sa portée ; et nous réservions à un âge plus mûr, ce qui nous semblait ou trop profond ou trop difficile pour un enfant.

Mais dès-lors, à force de répéter, nous fîmes que ces trois mots, piété, bonté, justice, demeurèrent dans sa mémoire avec toute la liaison qui est entre eux. Et pour lui faire voir que toute la vie chrétienne, et tous les devoirs des Rois étaient contenus dans ces trois mots, nous disions que celui qui était pieux envers Dieu, était bon aussi envers les hommes, que Dieu a créés à son image, et qu’il regarde comme ses enfans; ensuite nous remarquions que qui voulait du bien à tout le monde, rendait à chacun ce qui lui appartenait , empêchait les méchans d’opprimer les gens de bien, punissait les mauvaises actions, réprimait les violences, pour entretenir la tranquillité publique. D’où nous tirions cette conséquence, qu’un bon prince était pieux, bienfaisant envers tous par son inclination , et jamais fâcheux à personne , s’il n’y était contraint par le crime et par la rébellion. C’est à ces principes que nous avons rapporté tous les préceptes que nous lui avons donnés depuis plus amplement : il a vu que tout venait de cette source, que tout aboutissait là, et que

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ses études n’avaient point d’autre objet que de le rendre capable de s’acquitter aisément de tous ces devoirs.

Il savait dès-lors toutes les histoires de l’ancien et du nouveau Testament : il les récitait souvent : nous lui faisions remarquer les grâces que Dieu avait faites aux Princes pieux, et combien ses jugemens avaient été terribles contre les impies, ou contre ceux qui avaient été rebelles à ses ordres.

Etant un peu plus avancé en âge , il a lu l’Evangile, les'Actes des Apôtres, et les commencemens de l’Eglise. Il y apprenait à aimer Jésus-Christ; à l’embrasser dans son enfance ; à croître pour ainsi dire avec lui, en obéissant à ses parens , en se rendant agréable à Dieu et aux hommes, et en donnant chaque jour de nouveaux témoignages de sagesse. Après, il écoutait ses prédications, il était ravi de ses miracles, il admirait la bonté qui le portait à faire du bien à tout le monde; il ne le quittait pas mourant, afin d’obtenir la grâce de le suivre ressuscitant, et montant aux deux. Dans les Actes, il apprenait à aimer et à honorer l’Eglise, humble, patiente, que le monde n’a jamais laissée en repos, éprouvée par les supplices, toujours victorieuse. Il voyait les Apôtres la gouvernant selon les ordres de Jésus-Christ , et la formant par leurs exemples plus encore que par leur parole; saint Pierre y exerçant l’autorité principale, et y tenant partout Sa première place; les Chrétiens soumis aux décrets des Apôtres, sans se mettre en peine de rien, dès qu’ils étaient rendus. Enfin nous lui faisions remarquer tout ce qui peut établir la foi , exciter l’espérance , et enflammer la charité. La lecture de l’Evangile nous servait aussi à lui inspirer une dévotion particulière pour la sainte Vierge , qu’il voyait s’intéresser pour les hom-

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mes, les recommander à son fils comme leur avocate; et leur montrer en même-temps, que ce n’est qu’en obéissant à Jésus-Christ, qu’on en peut obtenir des grâces. Nous l’exhortions à penser souvent à la merveilleuse récompense qu’elle eut de sa chasteté et de son humilité, par le gage précieux qu’elle reçut du ciel, quand elle devint mère de Dieu, et qu’il se fit une si sainte alliance entre elle et le Père éternel. Nous lui faisions observer en cet endroit , combien les mystères de la rel igion étaient purs, que JésusrChrist devait être vierge , qu’il ne pouvait être donné qu’à une vierge de devenir sa mère : et qu’il s’ensuivait de là que la chasteté devait être le fondement de la dévotion envers Marie, puisqu’elle devait à cette vertu toute sa grandeur, et même toute sa fécondité.

Que si, en lisant l’Evangile, il paraissait songer à autre chose , ou n’avoir pas toute l’attention et le respect que mérite cette lecture, nous lui ôtions aussitôt le livre, pour lui marquer qu’il ne le fallait lire qu’avec révérence. Le Prince, qui regardait comme un châtiment d’être privé de cette lecture , apprenait à lire saintement le peu qu’il lisait, et à y penser beaucoup. Nous lui expliquions clairement et simplement les passages. Nous lui marquions les endroits qui servent à convaincre les hérétiques, et ceux qu’ils ont malicieusement détournés de leur véritable sens. Nous l’avertissions souvent qu’il y avait bien des choses en ce livre qui passaient son âge, et beaucoup même qui passaient l’esprit humain ; qu’elles y étaient pour abattre l’orgueil des hommes et pour exercer leur foi; qu’il n’était pas permis en chose si haute de croire à son sens, mais qu’il fallait tout expliquer selon la tradition ancienne et les décrets de l’Eglise; que tous les novateurs

DE M.gr LE DAUPHIN, se perdaient infailliblement ; et que tous ceux qui s’écartaient de cette règle , n’avaient qu’une piété fausse et pleine de fard.

Après avoir lu plusieurs fois l’Evangile , nous avons lu les histoires du vieux Testament, et principalement celle des Rois, où nous remarquions que c’est sur les Rois que Dieu exerce ses plus terribles vengeances; que plus le faîte des honneurs , où Dieu même les élève en leur donnant la souveraine puissance, est haut-, plus leur sujétion devient grande à son égard ; et qu’il se plaît à les faire servir d’exemple , du peu que peuvent les hommes , quand le secours d’en haut leur manque.

Quant aux Epîtres des Apôtres, nous en avons choisi les endroits qui servent à former les mœurs chrétiennes. Nous lui avons aussi fait voir, dans les Prophètes, avec quelle autorité et quelle majesté Dieu parle aux rois superbes : comment d’un souffle il dissipe les armées , renverse les empires , et réduit les vainqueurs au sort des vaincus , en les faisant périr comme eux. Lorsque nous trouvions dans l’Evangile les prophéties qui regardent Jésus-Christ , nous prenions soin de montrer au Prince, dans les Prophètes mêmes , les lieux d’où elles étaient tirées. 11 admirait ce rapport de l’ancien et du nouveau Testament : l’accomplissement de ces prophéties nous servait de preuve certaine pour établir ce qui regarde le siècle à venir. Nous montrions que Dieu, toujours véritable, qui avait accompli à nos yeux tant de grandes choses prédites de si loin, n’accomplirait pas moins fidèlement tout ce qu’il nous faisait encore attendre : de sorte qu’il n’y avait rien de plus assuré que les biens qu’il nous promettait, et les maux dont il nous menaçait après cette vie. A cette lecture nous avons souvent

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