La Philosophie, Traité de la Connaissance de Dieu
et de soi-même.
Pour les choses qui regardent la philosophie , nous les avons distribuées de sorte , que celles qui sont îiors de doute et utiles à la vie, lui puissent être montrées
x vii] de l’instruction
sérieusement, et dans toute la certitude de leurs principes. Pour celles qui ne sont que d’opinion, et dont on dispute ; nous nous sommes contentés de les lui rapporter historiquement , jugeant qu’il était de sa dignité d’écouter les deux parties , et d’en protéger également les défenseurs, sans entrer dans leurs querelles ; parce que celui qui est né pour le commandement, doit apprendre à juger, et non à disputer.
Mais après avoir considéré que la philosophie consiste principalement à rappeler l’esprit à soi-même , pour s’élever ensuite comme par un degré sûr jusqu’à Dieu ; nous avons commencé par-là , comme par la recherche la plus aisée , aussi-bien que la plus solide et la plus utile qu’on se puisse proposer. Car ici, pour devenir parfait philosophe, l’homme n’a besoin d’étudier autre chose que lui-même; et sans feuilleter tant de livres , sans faire de pénibles recueils de ce qu’ont dit les philosophes , ni aller chercher bien loin des expériences, en remarquant seulement ce qu’il trouve en lui , il reconnaît par-là l’auteur de son être. Aussi avions-nous dès les premières années jeté les semences d’une si belle et si utile philosophie : et nous avions employé toute sorte de moyens pour faire que le Prince sût dès-lors discerner l’esprit d’avec le corps , c’est-à-dire cette partie qui commande en nous, de celle qui obéit ; afin que l’âme commandant au corps, lui représentât Dieu commandant au monde entier, et à l’âme même. Mais lorsque, le voyant plus avancé en âge , nous avons cru qu’il était temps de lui enseigner méthodiquement la philosophie , nous en avons formé le plan sur ce précepte de l’Evangile: Considérez-vous attentivement vous-mêmes (i) ; et sur cette
(i) Luc . xxi , 34.
DE M.gr LE DAUPHIN, parole de David: 0 Seigneur , j’ai tiré de moi une merveilleuse connaissance de ce que vous êtes (1). Appuyés sur ces deux passages , nous avons fait un Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même; où nous expliquons la structure du corps et la nature de l’esprit , par les choses que chacun expérimente en soi; et faisons voir qu’un homme qui sait se rendre présent à lui-même , trouve Dieu plus présent que toute autre chose ; puisque sans lui il n’aurait ni mouvement, ni esprit, ni vie , ni raison : selon cette parole vraiment philosophique de l’Apôtre prêchant à Athènes , c’est-à-dire dans le lieu où la philosophie était comme dans son fort : Il nest pas loin de chacun de nous ; puisque c’est en lui que nous vivons , que nous sommes mus , et que nous sommes (2) ; et encore: Puisqu’il nous donne à tous la vie , la respiration , et toutes choses (3). A l’exemple de saint Paul, qui se sert de cette vérité COtïïRH? connue aux philosophes , pour les mener plus loin ; nous avons entrepris d’exciter en nous par la seule considération de nous-mêmes ce sentiment de la Divinité , que la nature a mis dans nos âmes en les formant : de sorte qu’il paraisse clairement , que ceux qui ne veulent point reconnaître ce qu’ils ont au-dessus des bêtes , sont tout ensemble les plus aveugles , les plus méchans , et les plus imf pertinens de tous les hommes.