La logique , la rhétorique et la morale
De là nous avons passé à la logique et à la morale , pour cultiver ces deux principales parties que nous
(1) Ps. cxxxvnï, 6. — (2) Act. xvii, 27 , 28. — (3 }Ibid.
XX DE l’instruction
avions remarquées en notre esprit; c’est-à-dire la faculté d’entendre , et celle de vouloir. Pour la logique, nous l’avons tirée de Platon et d’Aristote, non pour la faire servir à de vaines disputes de mots , mais pour former le jugement par un raisonnement solide ; nous arrêtant principalement à celte partie qui sert à trouver les argumens probables , parce que ce sont ceux que l’on emploie dans les affaires. Nous avons expliqué comment il les faut lier les uns aux autres ; de sorte que tout faibles qu’ils sont chacun à part, ils deviennent invincibles par celte liaison. De cette source nous avons tiré la rhétorique , pour donner aux argumens nus , que la dialectique avait assemblés, comme des os et des nerfs, de la chair, de l’esprit et du mouvement. Ainsi , nous n’en avons pas fait une discoureuse , dont les paroles n’ont que du son : nous ne l’avons pas faite enflée et vide de choses, mais saine et vigoureuse : nous ne l’ayons point fardée ; mais nous lui avons donné un teint naturel et une vive couleur ; en sorte qu’elle n’eût d’éclat que celui qui sort de la vérité même. Pour cela nous avons tiré d' Aristote, de Cicéron, de Quintilien et des autres, les meilleurs préceptes ; mais nous nous sommes beaucoup plus servis d’exemples que de préceptes , et nous avions coutume, en lisant les discours qui nous émouvaient le plus , d’en ôter les figures et les autres ornemens de paroles , qui en sont comme la chair et la peau , de sorte que n’y laissant que cet assemblage d’os et de nerfs dont nous venons de parler, c’est-àdire les seuls argumens , il était aisé de voir ce que la logique faisait dans ces ouvrages , et ce que la rhétorique y ajoutait.
1)E M.gr LE DAUPHIN. XX)
Pour la doctrine des mœurs , nous avons cru qu’elle ne se devait pas tirer d’une autre source que de l’Ecriture, et des maximes de l’Evangile; et qu’il ne fallait pas, quand on peut puiser au milieu d’un fleuve, aller chercher des ruisseaux bourbeux. Nous n’avons pas néanmoins laissé d’expliquer la morale d’Aristote : à quoi nous avons ajouté cette doctrine admirable de Socrate, vraiment sublime pour son temps, qui peut servir à donner de la foi aux incrédules , et à faire rougir les plus endurcis. Nous marquions en même temps ce que la philosophie chrétienne y condamnait; ce qu’elle y ajoutait; ce qu’elle y approuvait : avec quelle autorité elle en confirmait les dogmes véritables, et combien elle s’élevait au-dessus : en sorte qu’on fût obligé d’avouer que la philosophie, toute grave qu’elle paraît, comparée à la sagesse de l’Evangile, n’était qu’une pure enfance.