‹ De la connaissance de Dieu et de soi-mêmeChapitre 110 sur 207 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Le mot de passion se prend ici, non au môme sens qu'il est employé pour signifier ces mouvements de TÂme que nous appelons passions, mais pour exprimer seulement le changement qui arrive aux choses quand quelque autre agit sur elles. C'est ce qui s'appelle en philosophie, ôtre affecté de quelque chose, en recevoir rimpression, souffrir, pâlir, quoique ces deux derniers mots, dans le discours ordinaire, marquent de la douleur en celui à qui on les attribue ; mais ce n*est pas ainsi qu'on les entend en philosophie.

Les verbes actifs et passifs sont inventés pour signifier Taction et la passion. Ainsi, haïr, échauffer, signifient proprement les actions. Les passions opposées sont signifiées par être aimé, être ha! et échauffé. Mais l'action et la passion sont exprimées indéfiniment par le verbe au présent de Tinfinitif, appelé infinitif pour cette raison. Tout le reste signifie Faction et la pussion par rapport aux temps et aux personnes.

Il est bon d'observer que comme il ne faut pas toujours prendre pour substance tout ce qui s'exprime par un nom substantif, il ne faut pas toujours prendre pour action tout ce qui s'exprime par un verbe actif. La grammaire explique les choses grossièrement et selon les pensées vulgaires ; c'est aux philosophes & choisir les idées nettes et précises.

Ce qui regarde l'action et la passion s'explique dans la physique et dans le traité des causes. Remarquons seulement ici qu'on distingue, entre les actions, celles qui demeurent dans l'agent même, comme entendre, vouloir, s'asseoir, marcher ; et celles qui passent au dehors, comme porter, battre, unir, séparer, et autres infinies de cette nature. Actio immanevs, transiens.

Âristote ne parle point de cette division, et semble en ce lieu ne considérer que les actions qui passent.

Les actions qui se déterminent & un objet hors de nous, comme la vue, Touîe et les autres sensations, Tentendement et la volonté, quoiqu'elles demeurent en notre âme qui les produit, et que, par conséquent, elles soient immanentes de leur nature, sont exprimées comme transitoires, à raison de Tobjet qu'elles vont chercher au dehors. Car on imagine que l'entendement va pénétrant son objet, et ainsi des autres. C'est pourquoi on dit : entendre la vérité, aimer la vertu, voir un tableau ; où, entendre, aimer et voir sont regardés comme l'action : et au contraire être entendu, être aimé et être vu, sont considérés comme une passion de l'objet, quoi qu'en effet, pour être entendu et pour être aimé, il n'arrive dans cet objet aucun changement.

Les quatre autres catégories s'entendent par ellesmêmes, et ne marquent, selon Aristote, que des rapports, fétre dans le lieu, et l'éire dans le temps, marquent le rapport qu'ont les êtres à ces deux choses: la situation marque celui des parties les unes avec les autres ; et l'avov-, ou être habillé, celui qu'a un corps avec l'habit dont il est vêtu.

Aristote distingue encore d^autres manières d'avoir, qui se répandent dans les autres catégories ^ On dit, dans la qualité, avoir de la santé ou de la science, dans la quantité, avoir trois pieds, ou plus ou moins ; dans la relation, avoir un père, avoir un Qls, un mari, une femme, et ainsi du reste. Mais l'avoir qui est

1 Caiégor.^ cap. xv.

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