‹ De la connaissance de Dieu et de soi-mêmeChapitre 120 sur 207 · CHAPITRE LXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXII

Propriété des idées, en tant qu^elIes sodI uDiverselleà.

Parmi les propriétés des idées, celle qui sert le plus aux sciences, et que la logique aussi considère davantage, est leur universalité ; et c*est pourquoi elle mérite d*ôtre considérée à part.

I. Tout est un dans la nature, et nulle chose n*est une autre.

IL Tout est particulier et individuel dans la nature.

III. Parmi les choses particulières, il y en a de nature différente, comme un homme et un arbre, il y en a de môme nature, comme tous les honunes; ceuxci diffèrent seulement en nombre.

IV. Nous ne connaissons les individus particuliers de même nature, qu'en ramassant plusieurs accidents dont ils sont revêtus à Textérieur.

L'expérience le fait voir ; car nous ne pourrions, par exemple, discerner deux hommes qui seraient semblables en tout ce qui frappe nos sens, ni deux triangles, ni deux œufs, ni deux gouttes d'eau, et ainsi du reste. De là s'ensuit une cinquième proposition.

V. Les particuliers ou individus de même nature sont connus par un ramas de plusieurs idées, ou plutôt de plusieurs images venues des sens.

VI. Nous n'avons aucune idée simple et précise, pour connaître en fonds la différence des individus de même nature.

VII. Toutes nos idées prises en elles-mêmes sont universelles.

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VIII. Les unes sont universelles plus que les autres. Triangle Test plus qu*équilatéral, et ainsi des autres.

IX. Les unes comprennent les autres dans leur étendue. Triangle comprend équilatéral, comme équilatéral comprend tels et tels équilatéraux.

X. Les idées ne regardent pas les choses comme existantes. La raison est qu'elles les regardent universellement, et plutôt comme elles peuvent être, que comme elles sont actuellement : ce qui suit des propositions précédentes.

XL Les objets des idées, ou les vérités qu'elles représentent, sont éternelles et immuables ; et c'est en Dieu qu'elles ont cette immutabilité.

XII. Les idées marquent en quoi les choses conviennent; elles marquent en quoi conviennent tous les triangles en général, et en quoi conviennent tous les triangles équilatéraux ; c'est ce qui fait les genres et les espèces, qui sont déflnis en parlant des termes.

XIII. Les idées marquent en quoi les choses diffèrent, par exemple, en quoi diffère Téquilatéral d'avec l'isocèle, et c'est ce qui fait les différences.

XIV. De deux idées, l'une peut servir de fondement à l'autre ; par exemple, en considérant le triangle comme ayant trois lignes posées l'une sur l'autre, et le considérant comme ayant trois angles, on voit clairement que cette seconde idée est fondée sur la première, parce que l'angle ne se fait que par l'incidence des lignes.

XV. L'idée qui représente ce qu'il y a de premier et de fondamental dans la chose, marque son essence : par exemple, être terminé de trois lignes droites fait l'essence du rectiligne; être terminé de trois

lignes droites égales, fait Tessence de Téquilatéral.

XVI. L'idée qui représente ce qui suit de Tessence, marque ses propriétés, par exemple, avoir trois angles, et les avoir égaux à deux droits, sont propriétés du triangle rectiligne, qui le suppose déjà constitué.

XVII. L*idée qui représente ce qui peut être détaché de la chose sans la détruire, marque les accidents. Telle est la figure ronde dans la cire, le mouvement dans le corps, la science et la vertu dans Tâme.

XVIII. Les précisions, ou idées précises, séparent en quelque façon, l'essence môme de ce à quoi elle convient, pour marquer précisément en quoi elle consiste ; par exemple, si je conçois Thumanité ou la nature humaine, séparément, en quelque façon, de rhomme môme, c'est pour distinguer ce qui précisément le fait ôtre homme, qui est avoir un tri corps et une telle &me, d'avec ce qu'il a en lui, qui ne sert de rien & le faire homme, comme l'astronomie et la musique.

De tout cela, il résulte que tant l'universalité des idées que leurs précisions, ne sont que différentes manières de bien entendre les choses, selon la capacité de l'esprit humain.

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