‹ De la connaissance de Dieu et de soi-mêmeChapitre 137 sur 207 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Des propositions absolues et conditionnées.

Sur la division des propositions en absolues et conditionnées, il faut remarquer :

I. Que la proposition conditionnée est ou simplement pour énoncer^ pour promettre quelque chose. Quand je dis : Si le soleil tourne autour de la terre^ il faut que la terre soit immobile^ j'énonce seulement ce que je crois vrai ; mais quand je dis : Si vous me rendez ce service, je vous promets telle récompense, je n*énonce pas seulement ce qui doit être, mais je m'engage à le faire.

II. Qu'en l'un et en l'autre cas, la proposition conditionnée est une espèce de raisonnement, ou un certain principe étant posé, la conséquence est déduite comme légitime. Car, soit que j'énonce, soit que je promette, l'effet doit être certain, si la condition est une fois posée.

III. Que la vérité de la proposition conditionnée dépend purement de la liaison de la condition aiec l'effet. Afin que cette proposition soit véritable, 5» ^ soleil tourne autour de la terre, la terre doit être immobile, il n'importe pas qu'il soit vrai que le soleil tourne autour de la terre ; mais il suffit que, supposé ce mouvement du soleil, l'immobilité de la terre soit assurée. De même, dans cette promesse : Si vous me rendes ce

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service, je vcm donnerai cette récompense ; pour vérifier la proposition, il n'importe pas d'examiner si vous me rendez ce service, pourvu que la liaison de la récompense avec le service soit véritable ; et elle Test, quand, d*un côté, la chose dépend de moi, et que, de l'autre, j'ai la volonté de l'exécuter.

IV. Que c'est pour cela que la condition s'exprime toi\jours avec quelque doute, par le terme 5t, ou par quelque autre équivalent ; parce que, ainsi que nous avons vu, quand môme la condition serait douteuse, la proposition ne l'est pas, pourvu que la conséquence se trouve bonne.

V. Qu'on fait quelquefois des propositions conditionnées, où le dessein n'est pas de révoquer en doute la condition, mais seulement de marquer la bonté de la conséquence : par exemple, lorsque je dis à un méchant : Si Dieu est juste^ s'il y a une Providence^ et que le monde ne soit pas gouverné par le hasard, vos crimes ne seront pas impunis ; mon dessein n'est pas de mettre la Providence en doute, mais de faire voir seulement combien est infaillible la punition, puisqu'elle est liée nécessairement à une condition qui ne peut manquer ; de sorte qu'une telle proposition a la môme force, que si je disais à ce scélérat : Autant qu'il est assuré que le monde n'est pas régi par le hasard, et qu'il y a une Providence qui le gouverne, autant est-il assuré que vos crimes seront punis.

VI. Que la condition n'est pas toujours exprimée ; mais que l'ayant été une fois suffisamment, elle est toujours sous-entendue. Ainsi, lorsque Dieu dit qu'un juste sera heureux, cela s'entend s'il persévère dans la bonne voie ; et cette condition a été si clairement et si

souvent exprimée^ que lorsqu'elle ne l'est pas, elle est toujours sous-entendue.

VIL Que la force de la proposition conditionnée consistant dans celle de la conséquence, si cette proposition n'est pas nécessaire à la rigueur, elle est fausse. Ainsi, posé que quelqu'un s'avisât de dire : SHl pleut demain, je gagnerai au jeu, quand même il arriverait, et qu'il plût, et qu'il gagnât, dès là qu'il n'y aurait aucune liaison entre la pluie et ce gain, la proposition serait fausse, par la seule nullité de la conséquence.

Il faut excepter toutefois les propositions conditionnées qui emportent quelque signe d'institution ; par exemple, la baguette d'or tendue par le roi de Perse à qui l'aborde sans ôtre mandé, étant établie comme un signe de salut, la proposition qui assure que si le roi vous tend la baguette, vous êtes sauvé, est véritable, parce qu'encore qu'il n'y ait de soi aucune liaison entre le salut et la baguette tendue, il sufBt, pour la vérité de la proposition, que ces choses se trouvent liées par l'institution du prince de qui tout dépend.

C'est par là que se vérifient plusieurs propositions de l'Écriture I par exemple, celle-ci du serviteur d'Abraham : La fille qui me dira : je vous donnerai à boire à vous et à vos chameaux, est celle que Dieu destine au fils de mon maître, est conditionnée de sa nature, et néanmoins très-véritable, quoiqu'il n'y ait de soi nulle liaison entre la condition et la chose môme, parce que, par une espèce de convention entre Dieu et ce serviteur, cette parole lui était donnée comme un signe de la volonté toute-puissante de Dieu. Et voilà ce qu'il y a à considérer sur les propositions conditioimées.

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