LIVRE II
elle ne peut être contenante. Ainsi, Quelque homme est justCy n'enferme pas, Tout homme est juste; et ces choses sont claires de soi.
De là suit, avec la même évidence, que la particulière détruit l'universelle d'une autre qualité qu'elle, je veux dire, que la particulière négative détruit l'universelle affirmative, et au contraire. S'il y a un seul riche qui ne soit pas heureux (et il n'y en a pas pour un), c'en est assez pour conclure qu'il est faux que tout riche soit heureux, ou que les richesses fassent le bonheur. Et s'il y a un seul homme exempt de péché , c'en est assez pour nier que nul homme ne soit sans péché.
Et la particulière d'une qualité ne détruit pas seulement l'universelle de l'autre, mais encore eUe détruit, en quelque façon, l'universelle de même qualité. Si je dis seulement : Quelque homme est blanc, je fais entendre par là que quelque homme aussi n'est pas blanc, et qu'il y a des hommes qui ne le sont pas : autrement, j'aurais plus tôt fait de dire, en général : Tout homme est blanc, puisque môme quelque homme est blanc y serait compris.
Ainsi, quand je me réduis à la particulière affirmative, je fais voir que je nie l'universelle affirmative, ou du moins que j'en doute. C'est pourquoi ce n'est pas assez de dire que quelque homme de bien est estimable ; car alors il semblerait qu'on doutât, du moins, que tout homme de bien le fût : de sorte qu'il est véritable que la particulière affirmative détruit en quelque façon, l'universelle de même qualité, puisqu'elle la rend toujours ou fausse ou douteuse.
Ici commence l'art des conséquences, puisqu'on voit déjà que ceUe de l'universel au particulier est bonne,
et non au contraire ; et nous verrons, dans la suite, que le raisonnement est fondé sur cela.
Il y a môme ici quelque raisonnement, puisqu*il il y a une proposition induite d'une autre ; mais le raisonnement n*a que deux propositions, comme il parait.
Les propositions affirmatives et négatives ont aussi leurs propriétés, qui ne sont pas moins remarquables, et qui ne servent pas moins au raisonnement, et les voici :
Dans toute proposition affirmative, soit qu'elle soit universelle ou particulière, l'attribut se prend toujours particulièrement ; et, dans toute proposition négative, soit qu'elle soit particulière ou universelle, l'attribut se prend toujours universellement. Quand je dis : Tout homme est animal, ou Quelque homme est animal, je ne veux pas dire que tout homme, c'est-à-dire chaque homme en particulier, et encore moins quelque homme, soit tout animal, mais seulement qu'il est quelqu'un des animaux ; autrement, un homme serait éléphant ou cheval, aussi bien qu'homme. Mais quand je dis : Quelque homme n'est pas injuste, je ne veux pas dire seulement qu'il n'est pas quelqu'un, mais qu'il n*est aucun des injustes, et quand je dis :Nul homme de bien n'est abandonné de Dieu, je veux dire qu'il n'y en a aucun, en particulier, qui ne soit exclu de tout le nombre de ceux que Dieu abandonne.
C'est ce qui fait dire à Âristote que la négation est d'une nature malfaisante, et qu'elle ôte toujours plus que ne pose l'affirmation. Car l'affirmation ne pose l'attribut qu'avec restriction : Tout homme est animal, c'est-à-dire tout homme est quelque animal ; et la négation l'exclut dans toute son étendue. Si je disais : Nul