DES EXTÉRIEURES
Elles sont extérieures et intérieures.
Entre les parties extérieures, la principale est la tôte, qui au dedans enferme le cerveau, et au dehors, sur le devant, fait paraître le visage, la plus belle partie du corps, où sont toutes les ouvertures, par où les objets frappent les sens, c'est-à-dire les yeux, les oreilles et les autres de môme nature.
On y voit entre autres Pouverture par où entrent les viandes, et par où sortent les paroles, c'est-à-dire la bouche. Elle renferme la langue, qui avec les lèvres cause toutes les articulations de la voix par ses divers battements contre le palais et contre les dents.
La langue est aussi l'organe du goût; c'est par elle qu'on goûte les viandes. Outre qu'elle nous les fait goûter, elle les humecte et les amollit, elle les porte sous les dents pour être mâchées, et aide à les avaler.
On voit ensuite le cou, sur lequel la tête est posée, et qui parait comme un pivot sur lequel elle tourne.
Après, viennent les épaules, où les bras sont attachés, et qui sont propres à porter les grands fardeaux.
Les bras sont destinés à serrer, et à remuer ou à transporter, selon nos besoins, les choses qui nous accommodent ou nous embarrassent. Les mains nous
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servent aux ouvrages les plus forts et les plus délicats. Par elles, nous nous faisons des instruments pour faire les ouvrages qu'elles ne peuvent faire elles-mêmes. Par exemple, les mains ne peuvent ni couper ni scier ; mais elles font des couteaux, des scies, et d'autres instruments semblables, qu'elles appliquent chacun à leur usage. Les bras et les mains sont brisés en divers endroits, pour faciliter le mouvement, et pour serrer les corps grands et petits. Les doigts, inégaux entre eux, s'égalent pour embrasser ce qu'ils tiennent. Le petit doigt et le pouce servent à fermer fortement et exactement la main. Les mains nous sont données pour nous défendre et pour éloigner du corps ce qui lui nuit. C'est pourquoi il n'y a endroit où elles ne puissent atteindre.
On voit ensuite la poitrine, qui contient le cœur et le poiunon ; les côtes en font et en soutiennent la cavité. Ehitre la poitrine et le ventre se trouvent le diaphragme, qui est une cloison charnue dans son todr, et membraneuse & son centre, dont l'usage est d'allonger la concavité de la poitrine en se bandant, et d'accourcir la n^me concavité en se relâchant et se voûtant de bas en haut, ce qui fait la meilleure partie de la respiration tranquille *.
Au-dessous du diaphragme est le ventre, qui enferme l'estomac, le foie, la rate, les intestins ou les boyaux, par où les excréments se séparent et se déchargent.
Toute cette masse est posée sur les cuisses et sur les Jambes, brisées en divers endroits, comme les bras pour la facilité du mouvement et du repos.
1 Ce qui concerae le diaphragme, n'est pas de Bossuet. C'est I*abbé Ledieu qui Ta igouté sur le manuscrit.
Les pieds soutiennent le tout; et quoiqu'ils paraissent petits en comparaison de tout le corps, les proportions en sont si bien prises, qu'ils portent sans peine un si grand fardeau. Les doigts des pieds y contribuent, parce qu'ils serrent et appliquent le pied contre la terre ou le pavé.
Le corps aide aussi à se soutenir par la manière dont il se situe, parce qu'il se pose naturellement sur un certain centre de pesanteur, qui fait que les parties se contre-balancent mutuellement, et que le tout se sou* tient sans peine par ce contre-poids.
Les chairs et la peau couvrent tout le corps, et servent à le défendre contre les injures de l'air.
Les chairs sont cette substance molle et tendre qui couvre les os de tous côtés. Elles sont composées de divers filets qu'on appelle fibres, tors endifiérents sens, qui peuvent s'allonger et se rétrécir, et par là tirer, retirer, étendre, fléchir, remuer en diverses sortes les parties du corps, ou les tenir en état. C'est ce qui s'appelle muscles, et de là vient la distinction des muscles extenseurs ou fléchisseurs.
Les muscles ont leur origine à certains endroits des os, où on les voit attachés, excepté quelques-uns, qui servent à l'éjection des excréments, et dont la composition est fort différente des autres.
La partie du muscle qui sort de l'os s'appelle la tète ; l'autre extrémité s'appelle la queue, et c'est le tendon ; le milieu s'appelle Te ventre, et c'est la plus molle, comme la plus grosse. Les deux extrémités ont plus de force, parce que l'une soutient le muscle, et que par l'autre, c'est-à-dire par le tendon, qui est aussi le plus fort, s'exerce immédiatement le mouvement.
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D y a des muscles qui se meuvent ensemble, en concours, et en même sens, pour s'aider les uns les autres; on les peut appeler concurrents. Il y en a d'autres opposés, et dont le jeu est contraire, c'est-à-dire que pendant que les uns se retirent, les autres s'allongent ; on les appelle antagonistes. C'est par là que se font les mouvements des parties et le transport de tout le corps.
On ne peut assez admirer cette prodigieuse quantité de muscles qui se voient dans le corps humain, ni leur jeu si aisé et si commode, non plus que le tissu de la peau qui les enveloppe, si fort et si délicat tout ensemble.
DESCRIPTION DES PARTIES INTERIEURES, ET PREMIERE- MENT DE CELLES QUI SONT ENFERMEES DANS LA POrrRUŒ.
Parmi les parties intérieures, celle qu*il faut considérer la première, c'est le cœur. Il est situé au milieu de la poitrine, couché pourtant de manière que la pointe en est tournée et un peu avancée du côté gauche. Il a deux cavités, à chacune desquelles est jointe une artère et une veine, qui de là se répandent par tout le corps. Ces deux cavités, que les anatomistes appellent les deux ventricules du cœur, sont séparées par une substance solide et charnue à qui notre langue n'a point donné de nom, et que les Latins appellent «^p^vm
Ce qu'il y a de plus remarquable dans le cœur est son battement continuel, par lequel il se rasserre et se dilate ; c*est ce qui s'appelle systole et diastole : systole quand il se resserre, et diastole quand il se dilate. Dans la diastole, il s'enfle et s'arrondit ; dans la systole, il s'apetisse et s'allonge. Mais l'expérience a appris que, lorsqu'il s'enfle au dehors, il se resserre au dedans ; et au contraire, quil se dilate au dedans, quand il s'apetisse et s'amenuise au dehors. Ceux qui, pour connaître mieux la nature des parties ont fait des dissections d'animaux vivants, assurent qu'après avoir fait une ouverture dans leur cœur, quand il bat encore, si on y enfonce le doigt, on se sent plus pressé dans la diastole ; et ils ajoutent que la chose doit nécessairement arriver ainsi, par la seule disposition des parties.
A considérer la composition de toute la nature du cœur, les fibres et les filets dont il est tissu, et la manière dont ils sont tors, on le reconnaît pour un muscle, à qui les esprits venus du cerveau causent son battement continuel. Et on prétend que ces fibres ne sont pas mues selon leur longueur prise en droite ligne, mais comme tordues de côté ; ce qui fait que le cœur, se ramenant sur lui-môme, s'enfle en rond ; et en môme temps que les parties qui environnent les cavités se compriment au dedans avec grande force.
Cette compression fait deux grands effets sur le sang : l'un, qu'elle le bat fortement, et par là môme elle réchauffe ; l'autre, qu'elle le pousse avec violence dans les artères, après que le cœur, en se dilatant, l'a reçu par les veines.
Ainsi, par une continuelle circulation, le sang doit
couler nécessairement des veines dans les artères, et des artères dans les veines, repassant sans cesse dans le cœur, où il est battu de nouveau, où par conséquent il se réchauffe et se pitfifle, et où enfin il prend sa dernière forme.
Cette compression qui le bat, réchauffe et le purifie, sert aussi à en exprimer et élever les esprits, c'est-àdire une vapeur fort subtile, fort vive et fort agitée, qui tient quelque chose de la nature du feu par son activité et par sa vitesse. Il y a des vaisseaux disposés pour la porter promptement dans le cerveau, où par de nouveaux battements, et par d'autres causes, elle devient plus vive et plus agitée.
Il y a beaucoup de chaleur dans le cœur ; mais ceux qui ont ouvert des animaux vivants, assurent qu'ils ne la ressentent guère moins grande dans les autres parties.
On peut penser toutefois que le cœur, par son mouvement le plus vif et le plus violent qui soit dans le corps, s*éGhauiIerait beaucoup plus, et jusqu'à un excès insupportable, si cette chaleur n'était tempérée par Tair que le poumon attire.
Le poumon est une substance moUe et poreuse, qui, en se dilatant et se resserrant à la manière d'un soufflet, reçoit et rend l'air que nous respirons. Ce mouvement s'appelle dilatation et compression, en général respiration.
En particulier, quand le poumon attire l'air en se dilatant, cela s'appelle inspiration ; et quand il le rend en se resserrant, cela s'appelle aspiration ou expiraticm.
Les mouvements du poumon se font par le moyen
des musoloB insérés en divers endroits au dedans du corps, et par lesquels la partie est comprimée et dilatée.
Cette compression et dilatation se fait aussi sentir dans le bas-ventre, qui s'enfle et s'abaisse au mouvement de la poitrine, par le moyen de certains muscles qui font la communication de Tune et de Tautre partie.
Le poumon se répand de part et d'autre dans toute la capacité de la poitrine. Il est autour du cœur, pour le rafraîchir par l'air qu'il attire. En rejetant cet air, on dit qu'il pousse au dehors les fumées que le cœur excite par sa chaleur, et qui le suffoqueraient, si elles n'étaient évaporées. Cette môme fraîcheur de l'air sert aussi à épaissir le sang et & corriger sa trop grande subtilité. Le poumon a encore beaucoup d'autres usages qui s'entendront beaucoup mieux par la suite.
C'est une chose admirable, comme l'animal, qui n'a pas besoin de respirer dans le ventre de sa mère, aussitôt qu'il en est dehors, ne peut plus vivre sans respiration ; ce qui vient de la différente manière dont il se nourrit dans l'un et dans l'autre état.
Sa mère mange, digère et respire pour lui ; et par les vaisseaux disposés à cet effet, lui envoie le sang tout préparé et conditionné comme il faut, pour circuler dans son corps et le nourrir.
Le dedans de la poitrine est tendu d'une peau assez délicate qu'on appelle pleure. Elle est fort sensible, et c'est d'elle que nous viennent les douleurs delà pleurésie.
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