LIVRE III
se fait par ou; c'est-à-dire en proposant quelque alternative, comme quand on dit : On ne peut gouverner les hommes que par raison ou par force.
Cet argument se fait en deux manières ; car ou Ton oblige à choisir Tune des deux alternatives, ou on les exclut toutes deux.
En voici un où Ton oblige à choisir : Les hommes sont gouvernés ou par la raison ou par la force; or est4l qu'il ne faut pas gouverner par la force : ce moyen est trop violent et trop peu durable; donc^ il faut gouverner par la raison.
Celui-ci exclut les deux alternatives : Si vous gou^ vemez par la force^ ou vous la mettez entre les mains des étrangers, ou entre les mains des citoyens : Vun et Vautre est dangeretut, parce que les étrangers ruineront rStat, et les citoyens se tourneront contre vous; donc, il ne faut pas gouverner par la force.
Dans ce dernier genre de dilemme, oîi il faut exclure les deux, la preuve de la mineure se fait par deux arguments, comme nous venons de faire.
Ces deux sortes de dilemmes sont fondées sur deux propositions : Tune que deux choses opposées, où il n'y a point de milieu, s'excluent mutuellement; Tautre, qu'on exclut la chose universellement en elle-même, quand on détruit tous les moyens de la faire et de Ventendre,
Ces fondements posés, on réduira aisément les dilemmes en un ou plusieurs syllogismes ; mais sans cette formalité, on en découvre bien tout le fort ou le faible ; il n'y a qu'à observer si, entre les deux extrêmes qu'on propose, il n'y a point de milieu; et si, outre les choses dénombrées, il n'y en pas encore une troisième ou une quatrième.
496 LA LOOIQUB.
Par exemple, dans un de nos arguments, en examinant la majeure, il faut gouverner ou par force, ou par raison, quelqu*un répondra qu*il y a un milieu entre les deux, qui est de môler Tune à Tautre, c'est-à-dire de gouverner moitié par raison et moitié par force : ce qui est vrai en un sens, car il faut avoir la force en main pour gouverner; mais il faut que la force même soit menée par la raison, et soit employée avec retenue.
Ainsi, dans ce célèbre dilemme par lequel Bias conclut qu'il ne faut pas se marier, le défaut se trouve aisément : Ou, dit-il, vous épouserez une belle femme ou une laide; si elle est belle, elle sera à tout le monde; si elle est laide, vous ne la pourrez peu souffrir : donc il ne faut pas vous marier.
Outre les autres défauts de cet argument, A. Gellius remarque ' qu'il y a un milieu entre beau et laid, et veut que cette beauté convienne proprement à une femme qu'on veut épouser, qui ne doit être, dit-il, ni trop belle ni trop laide ; ce qu'on appelle forma uxoria.
Au reste, le dilemme ne se fait pas toujours par deux membres ; mais on en peut mettre autant qu'une division en peut avoir : il faut pourtant avouer que les dilenimes qui se font par deux sont les plus clairs.
Outre ces arguments qui se font par ou, qu'on appeUe disjonctifs, il s'en fait d'autres par et, que, par raison contraire, on appelle conjonctifs; par exemple : Pour que vous fussiez en état de faire la guerre, il faudrait que vous fussiez vaillant et avisé : vous nètes ni avisé ni vaillant, vous ne devez donc pas faire la guerre,
1 Voyez Aulu-Oellius, NocL AUic,, lib. V. cap. u.