CHAPITRE XVII
De l'argument probable.
Les arguments sont certains et démonstratifs, quand les causes ou les effets sont connus et nécessaires ;
i Ci-de88U8, chap. xiy, pag. 178.
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quand ils ne le sont pas, l'argument n'est que probable.
Cet argument est donc celui qui se fait en matières contingentes, et qui ne sont connues qu'en partie; et il s'y agit de prouver, non que la chose est certaine, ce qui répugne à la nature de cette matière ; mais qu'elle peut arriver plutôt qu'une autre *. Ainsi, il est vraisemblable qu'ayant Tavantage du poste, et au surplus des forces égales, vous batterez Tennemi; mais ce n'est pas chose certaine.
Ce genre d'argument est le plus fréquent dans la vie ; car les pures démonstratives ne regardent que les sciences. L'argument vraisemblable ou conjectural est celui qui décide les affaires, qui préside, pour ainsi parler, à toutes les délibérations.
Par ces jugements vraisemblables, on juge s'il faut faire la paix ou la guerre, hasarder la bataille ou la refuser, donner ou ôter les emplois à celui-ci plutôt qu'à l'autre.
Car, dans ces affaires et en toute autre, il s'agit de choses qui ont tant de causes mêlées, qu'on ne peut prévoir avec certitude ce qui résultera d'un si grand concours.
Il est donc d'une extrême importance d'apprendre à bien faire de tels raisonnements, sur lesquels est fondée toute la conduite.
La règle qu'il faut suivre, est de chercher toujours la certitude ; autrement on accoutume l'esprit à l'erreur.
La difficulté est de trouver la certitude dans une matière purement contingente, et qui n'est pas bien connue. On le peut pourtant, par ce moyen.
La première chose qu'il faut faire, est de s'assurer
* Voyez, à la fin du yolume, note B.
de la possibilité de ce qu*OQ avance ; car il peut être douteux si une chose est ou sera, quoique la possibilité en soit certaine.
Par exemple, nous avons vu depuis peu dans notre histoire * le conseil de guerre tenu par les Impériaux, pour aviser s'ils poursuivraient Bonnivet, qui se retirait devant eux. La première chose que devaient faire le duc de Bourbon et le marquis de Pesquaire, qui étaient d'avis de le combattre, était d'établir la possibilité de le vaincre : ce qui se peut faire ordinairement par des raisons indubitables.
Secondement, il faut établir et recueillir des faits constants, c'est-à-dire les circonstances dont on peut être assuré, telles que sont, dans l'aflaire que nous avons prise pour exemple, le nombre des soldats de part et d'autre, le désordre et le découragement dans l'armée de Bonnivet, avec l'imprudence de ce général, une rivière à passer devant des ennemis pour le moins aussi forts que lui, et autres semblables. Ce qui oblige à établir, avant toutes choses, ces faits certains, et à en recueillir le plus grand nombre qu'on peut, c'est que, pour bien raisonner, il faut que ce qui est certain serve de fondement pour résoudre ce qui ne l'est pas.
Jusqu'ici on peut trouver la certitude entière ; car, comme nous avons dit, la possibilité peut être montrée par des raisons convaincantes, et on peut s'assurer de plusieurs faits par le témoignaige des sens.
Avec toutes ces précautions, la matière demeure incertaine ; car il ne s'ensuit pas que la chose doive être parce qu'elle est possible; et, comme, outre les
1 Abrégé de VhisL de France, pour le Dauphin, Uv. XV, an. 1534.