‹ De la connaissance de Dieu et de soi-mêmeChapitre 197 sur 207 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Des moyens de preuve tirés de la nature de la chose.

Les philosophes ont accoutumé de faire un dénombrement des moyens de preuves; tant de ceux qui sont tirés de Tintérieur ou de la nature de la chose, que de ceux qui sont tirés du dehors. C'est ce qui s'appelle lietuv^ en grec topoi^ qui ont donné le nom aux Topiques d'Aristote, que Cicéron a traduites, qui est un livre où ce philosophe a traité de ces lieux. C'est de là aussi que prennent leur nom les arguments qu'on appelle topiques.

On appeUe ainsi les arguments probables, parce qu'ils se tirent ordinairement de ces lieux.

On les peut réduire à vingt, que nous allons expliquer « en peu de mots.

Les deux premiers se tirent du nom. L'un se prend de Vétymologie^ en latin notatio nominisj c'est-à-dire de la racine dont les mots sont dérivés ; comme quand je dis : Si vous êtes roi, régnez ; si vous êtes juge, jugez.

L'autre approche de celui-là, et se prend des mots qui ont ensemble la môme origine, qu'on appelle conjugata, comme dans ce vers de Térence :

Homo sum : humani nihil a me alienum puto *. * ffeatUontimorum., act. I, se. l

Le troisième et le quatrième lieux sont la définition et la division, dont nous avons simplement parlé dans la deuxième partie ^

Le cinquième et le sixième sont le genre et V espèce ; par exemple, quand je dis : Vous vous exposez trop pour élre véritablement vaillant ; car la valeur, qui est une vertu, demande la médiocrité et le milieu prescrit par la raison, c'est argumenter par le genre. Et quand je dis : Cet homme n'est pas sans vertu, puisqu'il a la prudence militaire, j*argumente par l'espèce.

Suit le septième et le huitième lieux, qui sont le propre et V accident : Il est encore un peu emporté; mais c'est qu'il est jeune, et le t^mps le corrigera tous les jours de ce défaut. Mais c'est argumenter par l'accident, lorsqu'on emploie cette excuse pour un général d'armée vaincu et défait : // a été battu, cest un accident ordinaire dans la guerre ; mais il ne s'est point laissé abattre par sa défaite, c'est l'effet d'un courage surprenant.

Le neuvième et le dixième lieux se tirent de la resspmblance ou dissemblance, a simili yel dissimili. J'argumente par la ressemblance, quand je dis : Comme une jeune plante veut être arrosée, ainsi l'esprit d'un jeune homme doit être instruit des préceptes de la sagesse ; et, au contraire, j'argumente par la dissemblance, en disant : Si les peuples rudes et barbares, gui ne se soucient pas que leurs enfants soient raisonnables, négligent leur instruction, les peuples civilisés, qui ont des pensées différentes, doivent prendre soin de les contenir sous une exacte discipline.

Le onzième et le douzième lieux est celui de la cause

^ Liv. II, chap. xiii et xiv; ci-dessus, page t^Oet 144.

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