‹ De la connaissance de Dieu et de soi-mêmeChapitre 203 sur 207 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

façon, comme celle de Dieu; c'est pourquoi la preuve est invincible ; par exemple, parmi tant de mœurs et de sentiments contraires qui partagent le genre humain, on n'a point encore trouvé de nation si barbare qui n'ait quelque idée de la divinité : ainsi , nier la divinité, c'est combattre la nature même. On voit aussi toutes les nations, du moins celles qui ne sont pas tout à fait sauvages, convenir d'un gouvernement : on doit donc croire, sans hésiter, que rien n'est plus convenable au genre humain.

Presque tous les peuples conviennent de tenir les ambassadeurs pour des personnes sacrées. L'amour de la paix, que toute la nature préfère à la guerre, établit ce droit; parce que les ambassadeurs, qui portent les paroles de part et d'autre, sont les médiateurs des traités et les dépositaires de la foi publique.

Immédiatement au-dessous du consentement du genre humain, marche le sentiment des sages, qui ne fait pourtant pas une preuve entière, parce que les hommes les plus sages peuvent faillir.

Le sentiment des sages prouve seulement qu'une opinion n'est pas tout à fait absurde, n'étant pas croyable que des hommes sages tombent dans des erreurs palpables.

Cette preuve n'est cependant pas tout à fait concluante; puisqu'on a vu des hommes en réputation de sagesse tomber dans de manifestes absurdités, comme Platon dans l'opinien de la communauté des femmes ^

Mais où il faut principalement croire les sages, c'est dans les choses d'expérience, je veux dire dans les

« De RepubL, lib. VI;

affaires. C'est là que les sages expérimentés, dont le sens est raffiné et la prudence confirmée par Tusage, découvrent ce que les autres ne pourraient pas soupçonner.

Suit YaïUorité des lois, qui comprend aussi le sentiment des sages, mais regu et autorisé par toute une nation. Il y a même les lois naturelles, qui, étant approuvées par tout ce qu'il y a de peuples civilisés, appartiennent au consentement du genre humain; comme est la loi d'honorer ceux qui nous ont donné la vie, et la défense de se marier avec les personnes du même sang, tels que sont les frères et les sœurs.

Avec les lois vont les Jt4gements, qui en font l'application, et qui ont une autorité h peu près semblable.

Cette autorité n'ôte pas toute la raison de douter ; parce qu'il y a des nations où les jugements sont corrompus, et dont les lois sont mauvaises : teUes qu'étaient parmi les païens la loi d'adorer les divinités du pays.

Les actes publics, en latin tabtUœ, font preuve en jugement, à moins qu'on ne fasse voir clairement qu'ils ont été falsifiés.

On appelle actes publics ceux qui se font Juridiquement en présence de personnes publiques^ comme sont les contrats, et autre chose de cette nature. Les personnes publiques sont les juges, les magistrats, les notaires, les grefSers, et autres qui tiennent les registres publics, chacun en ce qui lui est confié.

On favorise de tels actes, et on présume pour ceux à qui le public se fie : joint qu'ils sont sans intérêt, et qu'ils sont soumis à des châtiments rigoureux, s'ils prévariquent dans leur charge.

Page 1