‹ De la connaissance de Dieu et de soi-mêmeChapitre 26 sur 207 · D£ L'UNION DE L'AME ET DU CORPS · texte numérisé non relu

D£ L'UNION DE L'AME ET DU CORPS

l'ame est naturellement unie au corps.

Il a plu néanmoins à Dieu, que des natures si différentes fussent étroitement unies. Et il était convenable, a&n qu'il y eût de toutes sortes d'êtres dans le monde, qu'il s'y trouvât, et des corps qui ne fussent unis à aucun esprit, telles que sont la terre et l'eau, et les autres de cette nature; et des esprits, qui, comme Dieu même, ne fussent unis à aucun corps, tels que sont les anges ; et aussi des esprits unis h un corps, telle qu'est T&me raisonnable, à qui, comme à la dernière des créatures intelligentes, il devait échoir en partage, ou plutôt convenir naturellement de faire un même tout avec le corps qui lui est uni.

Ce corps, à le regarder comme organique, est un par la proportion et la correspondance de ses parties ; de sorte qu'on peut l'appeler un même organe, de même et à plus forte raison qu'un luth ou un orgue est appelé un seul instrument : d'où il résulte que l'âme lui doit être unie en son tout, parce qu'elle lui est unie comme à un seul organe parfait dans sa totalité.

DB LA CONNAïaSANGB I» MSU BTBB SOI-MâUB. 107

DEUX EFFETS PRINCIPAUX DE CETTE UNION, ET DEUX GENRES d'opérations DANS L'AME.

C'est cette union admirable de nos corps et de notre Ame que nous avons à considérer. Et quoiqu'il soit difficile et peut-ôtre impossible à l'esprit humain d'en pénétrer le secret, nous en voyons pourtant quelque fondement dans les choses qui ont été dites.

Nous avons distingué dans l'âme deux sortes d'opérations : les opérations sensitives, et les opérations intellectuelles; les unes attachées à l'altération et au mouvement des organes corporels, les autres supérieures au corps, et nées pour le gouverner.

Car il est visible que l'âme se trouve assujettie par ses sensations aux dispositions corporelles ; et il n'est pas moins clair que, par le commandement de la vo« lonté guidée par l'intelligence, elle remue les bras, les jambes, la tête, et enfin transporte tout le corps.

Que si l'âme n'était simplement qu'intellectueUe, elle serait tellement au-dessus du corps, qu'on ne saurait par où elle y pourrait tenir; mais parce qu'elle est sensitive, on la voit manifestement unie au corps par cet endroit-là, ou, pour mieux dire, par toute sa substance, puisqu'elle est indivisible, et qu'on peut bien en distinguer les opérations, mais non pas la partager dans son fond.

De là que l'âme est sensitive, elle est sm'ette au corps de ce côté-là, puisqu'elle souffre de ses mouve-

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ments, et que les sensations, les unes f&cheuses et les autres agréables, y sont attachées.

De là suit un autre effet : c'est que Tâme, qui remue les membres et tout le corps par sa volonté, le gouverne comme une chose qui lui est intimement unie, qui la fait souffrir elle-même et lui cause des plaisirs et des douleurs extrêmement vives.

Voilà ce que nous pouvons entendre de Tunion de rame, et elle se fait remarquer principalement par deux effets.

Le premier est que de certains mouvements du corps suivent certaines pensées ou sentiments dans Tàme ; et le second réciproquement qu'à une certaine pensée ou sentiment qui arrive à Tâme sont attachés certains mouvements qui se font en même temps dans le corps : par exemple, de ce que les chairs sont coupées, c'est-à-dire séparées les unes des autres, ce qui est un mouvement dans le corps, il arrive que je sens en moi la douleur, que nous avons vue être un sentiment de l'&me ; et de ce que j'ai dans l'âme la volonté que ma main soit remuée, il arrive qu'elle l'est en effet au même moment.

Le premier de ces deux effets parait dans les opérarations où l'âme est assujettie au corps, qui sont les opérations sensitives; et le second parait dans les opérations intellectuelles.

Considérons ces deux effets l'un après l'autre. Voyons, avant toutes choses, ce qui se fait dans l'âme ensuite des mouvements du corps, et nous verrons après ce qui arrive dans le corps ensuite des pensées de l'âme.

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LES 8BNSATI0NS SONT ATTACHâsS A DBS MOUYBMBNTS GORPOBBLS QUI SB FOIVT BN NOUS.

Et d'abord il est clair que tout ce qu'on appelle sentiment ou sensation, je veux dire la perception des dbuleurs, des sons, du bon et du mauvais goût, du chaud et du froid, de la faim et de la soif, du plaisir et de la douleur, suit les mouvements et l'impression que font les objets sensibles sur nos organes corporels.

Mais pour entendre plus distinctement par quels moyens cela s'exécute, il faut supposer plusieurs choses constantes.

La première, qu'en toute sensation il se fait un contact et ime impression réelle et matérieUe sur nos organes, qui vient, ou immédiatement, ou originairement de l'objet.

Et déj&, pour le toucher et le goût, le contact y est palpable et immédiat. Nous ne goûtons que ce qui est immédiatement appliqué à notre langue ; et à l'égard du toucher, le mot l'emporte, puisque toucher et contact c'est la môme chose.

Et encore que le soleil et le feu nous échauffent étant éloignés, il est clair qu'ils ne font impression sur notre corps qu'en la faisant sur l'air qui le touche. Le même se doit dire du froid; et ainsi ces deux sensations appartenant au toucher, se font par l'application et l'attouchement de quelque corps.

On doit croire que si le goût et le toucher demandent

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un contact réel, il ne sera pas moins dans les autres sens, quoiqu'il y soit plus délicat.

Et Texpérience le fait yoir, même dans la vue, où le contact de Tobjet et Tébranlement de Torgane corporel parait le moindre ; car on peut aisément sentir, en regardant le soleil; combien ses rayons directs sont capables de nous blesser : ce qui ne peut venir que d'une trop violente agitation des parties qui composent l'œil.

Mais encore que ces rayons nous blessait moins étant réfléchis, le coup en est souvent très-fort, et le seul effet du blanc et du noir nous fait sentir que les couleurs ont plus de force que nous ne pensons pour nous émouvoir. Car il est certain que le blanc écarte les nerfs optiques et que le noir, au contraire, les tient trop serrés. C'est pourquoi ces deux couleurs blessent la vue, quoique d'une manière opposée; car le blanc la dissipe et l'éblouit : ce qui paraît tellement à ceux qui voyagent parmi les neiges, pendant que la campagne en est couverte, qu'ils sont contraints de se défendre contre l'effort que cette blancheur fait sur leurs yeux, en les couvrant de quelque verre, sans quoi ils perdraient la vue. Et les ténèbres, qui font sur nous le môme effet que le noir, nous font perdre la vue d'une autre sorte, lorsque les nerfs optiques, trop longtemps serrés, à la fin, deviennent immobiles, et incapables d'être ébranlés par les objets. On sent aussi à la longue, qu'un noir trop enfoncé fait beaucoup de mal : et par l'effet sensible de ces deux couleurs principales, on peut juger de celui de toutes les autres.

Quant aux sons, l'agitation de Tair, et le coup qui en vient à notre oreille sont choses trop sensibles pour 4tre révoquées en doute. On se sert du son des cloches

ET DB OOI^^fâMB. 111

pour dissiper les nuées. Souvent de grands cris ont tellement fendu Tair, que les oiseaux en sont tombés ; d*autres ont été jetés par terre par le seul vent d'un boulet. Et peut-^n avoir peine h croire que les oreilles soient agitées par le bruit, puisque même les bâtiments n sont ébranlés, et qu'on les en voit trembler? On peut juger par là de ce que fait une plus douce agitation sur des parties plus délicates.

Cette agitation de Tair est si palpable, qu'elle se fait même sentir en d'autres parties du corps. Chacun peut remarquer ce que certains sons, comme celui d'un orgue, ou d'une basse de viole font sur son corps. Les paroles se font sentir aux extrémités des doigts situés d'une certaine façon; et on peut croire que les oreilles, formées pour recevoir cette impression, la recevront aussi beaucoup plus forte.

L'effet des senteurs nous paratt par l'impression qu'elles font sur la tête. De plus, on ne verrait pas les chiens suivre le gibier, en flairant les endroits où il a passé, s'il ne restait quelques vapeurs sorties de l'animal poursuivi. Et quand on brûle des parfums, on en voit la fumée se répandre dans toute une chambre, et l'odeur se fait sentir en môme temps que la vapeur vient à nous On doit croire qu'il sort des fumées h peu près de même nature, quoique imperceptibles, de tous les corps odoriférants, et que c'est ce qui cause tant de mauvais effets dans notre cerveau. Car il faut apprradre à juger des choses qui ne se voient pas, par celles qui se voient.

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LBS M0UYBMBNT8 CORPORELS QUI SB FONT BN NOUS DANS LBS BBNSATIONS VIENNENT DES OBJETS PAR LE MILIEU.

Il est dono vrai qu'il se fait, dans toutes nos sensations, une impression réelle et corporelle sur nos organes ; mais nous avons ajouté qu'elle vient immédiatement ou originairement de Tobjet.

EUle en vient immédiatement dans le toucher et dans le goût, où Ton voit les corps appliqués par eux-mêmes à nos organes. Elle en vient originairement dans les autres sensations, où l'application de Tobjet n'est pas immédiate, mais où le mouvement qui se fait en vient jusqu'à nous tout du long de l'air, par une parfaite continuité.

G* est ce que l'expérience nous découvre aussi certainement que tout le reste que nous avons dit. Un corps interposé m'empêche de voir le tableau que je regardais ; quand le milieu est transparent, selon la nature dont il est, l'objet vient à moi différemment; l'eau, qui rompt la ligne droite, le courbe à mes yeux ; les verres, selon qu'ils sont colorés ou taillés, en changent les couleurs, les grandeurs et les figures ; l'objet ou se grossit ou s'apetisse, ou se renverse ou se redresse, ou se multiplie. Il faut donc, premièrement, qu'il se commence quelque chose sur l'objet même, et c'est la réflexion de quelque rayon de soleil, ou d'un autre corps lumineux ; ^et il faut, secondement, qu* cette ré-

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flexion, qui se commenoe à l'objet, se continue tout le long de Tair jusqu'à mes yeux : ce qui montre que Timpression qui se fait sur moi vient originairement de l'objet même.

Il en est de même de l'agitation qui cause les sons, et de la vapeur qui excite les senteurs. Dans Touîe, le corps résonnant qui cause le bruit doit être agité ; et on y sent au doigt un trémoussement tant que le bruit dure. Dans Todorat, une vapeur doit s'exhaler du corps odoriférant; et dans l'un et dans l'autre sens, si le corps qui agite l'air rompt le coup qui venait h nous» nous ne sentons rien.

Ainsi dans les sensations, à n'y regarder seulement que ce qu'il y a dans le corps, nous trouvons trois choses à considérer, l'objet, le milieu, et l'organe môme : par exemple, les yeux et les oreilles.

LES MOUVEMENTS DE NOS CORPS, AUXQUELS LES SENSA- TIONS SONT ATTACHEES, SONT LES MOUVEMENTS DES NERFS.

Mais conime ces organes sont composés de plusieurs parties, pour savoir précisément quelle est celle qui est le propre instrument destiné par la nature pour les sensations, il ne faut que se souvenir qu'il y a en nous certains petits filets qu'on appelle nerfs, qui prennent leur origine dans le cerveau, et qui de là se répandent dans tout le corps.

Souvenons-nous aussi qu'il y a des nerfs particuliers attribués par la nature à chaque sens. Il y en a pour les yeux, pour les oreilles, pour Fodorat, pour le goût ; et comme le toucher se répand par tout le corps, il y a aussi des nerfs répandus partout dans les chairs. Enfin, il n'y a point de sentiment oh il n'y a point de nerfs, et les parties nerveuses sont les plus sensibles. C'est pourquoi tous les philosophes sont d'accord, que les nerfs sont le propre organe des sens.

Nous avons vu, outre cela, que les nerfs aboutissent tous au cerveau, et qu'ils sont pleins d'esprits qu'il y envoie continuellement ; ce qui doit les tenir toujours tendus pendant que l'animal veille. Tout cela supposé, il sera facile de déterminer le mouvement précis auquel la sensation est attachée ; et enfin tout ce qui regarde tant la nature que l'usage des sensations, en tant qu'elles servent au corps et à l'âme.

C'est ce qui sera expliqué en douze propositions dont les six premières feront voir les sensations attachées au mouvement des nerfs et les six autres expliqueront l'usage que l'âme fait des sensations, et l'instruction qu'elle en reçoit, tant pour le corps que pour elle-même.

SIX PROPOSITIONS QUI EXPLIQUENT COIIMENT LES SEN- SATIONS SONT ATTACHÉES A L'ÉBRANLEMENT DBS NERFS.

I. PROPOSmoN. Les nerfs sont ébranlés par les objets du dehors qui frappent les sens.

ET DB SOI-llâME. 115

C'est de quoi on ne peut douter dans le toucher, oti Ton voit des corps appliqués immédiatement sur le nôtre, qui étant en mouvement ne peuvent manquer d'ébranler les nerfs qu'ils trouvent répandus partout. L'air chaud ou fboid qui nous environne doit avoir un effet semblable. Il est clair que Tun dilate les parties du corps, et que l'autre les resserre ; ce qui ne peut être sans quelque ébranlement des nerfs. Le môme doit arriver dans les autres sens, où nous avons vu que Taltération de l'organe n'est pas moins réelle. Ainsi les nerfs de la langue seront touchés et ébranlés par le suc exprimé des viandes : les nerfs auditifs, par l'air qui s'agite au mouvement des corps résonnants : les nerfs de l'odorat, par les vapeurs qui sortent des corps : les nerfs optiques, par les rayons ou directs ou réfléchis du soleil, ou d'un autre corps lumineux; autrement les coups que nous recevons, non-seulement du soleil trop fixement regardé, mais encore du blanc et du noir, ne seraient pas aussi forts que nous les avons remarqué. Enfin, généralement, dans toutes les sensations, les nerfs sont frappés par quelque objet; et il est aisé d'entendre que des filets si déliés et si bien tendus ne peuvent manquer d'être ébranlés aussitôt qu'ils sont touchés avec quelque force.

IL Proposition. Cet ébranlement des nerfs frappés par les objets se continue jusqu'au dedans de la tête et du cer» veau.

La raison est que les nerfs sont continués jusque-là ; ce qui fait qu'ils portent, par nécessité, au dedans le mouvement et les impressions qu'ils reçoivent du dehors.

Gela s*entend aisément par le mouvement d'une corde, ou d*un filet bien tendu, qu'on ne peut mouvoir à une de ses extrémités, sans que Tautre soit ébranlée à rinstant, à moins qu'on n'arrête le mouvement au milieu.

Les nerfs sont semblables à cette corde ou à ce filet; avec cette différence, qu'ils sont sans comparaison plus déliés, et pleins outre cela d'un esprit très-vif et trèsvite, c'est-à-dire d'une subite vapeur qui coule sans cesse au dedans, et les tient tendus, de sorte qu'ils sont remués par les moindres impressions du dehors, et les portent fort promptement au dedans de la tôte où est leur racine.

III. PROPOsmoN. 1a sentiment est attaché à cet ébranlement des nerfs.

n n'y a point en cela de difficulté : et puisque les nerfs sont le propre organe des sens, il est clair que c'est h l'impression qui se fait dans cette partie que la sensation doit être attachée.

De là il doit arriver qu'elle s'excite toutes les fois que les nerfs sont ébranlés, qu'elle dure autant que dure l'ébranlement des nerfs, et au contraire, que les mouvements qui n'ébranlent point les nerfs ne sont point sentis : et l'expérience fait voir que la chose arrive ainsi.

Premièrement, nous avons vu qu'il y a toujours quelque contact de l'objet, et par là quelque ébranlement dans les nerfs, lorsque la sensation s'excite.

Et sans même qu'aucun objet extérieur frappe nos oreilles, nous y sentons certains bruits qui ne peuvent

arriver que de ce que 'des humeurs qui se jettent sur le tympan, Tébranlent en diverses sortes ; ce qui fait sentir des tintements plus ou moins clairs, selon que les nerfs sont diversement touchés.

Par une raison semblable, on voit des étincelles de lumière s'exciter au mouvement de Tœil frappé, ou de la tète heurtée; et rien ne les fait paraître que Tébranlement causé par ces coups dans les nerfs, au mouvement desquels la perception de la lumière est naturellement attachée.

Et ce qui le justifie, ce sont ces couleurs changeantes que nous continuons de voir, même après avoir fermé les yeux, lorsque nous les avons tenus quelque temps arrêtés sur une grande lumière, ou sur un objet môle de différentes couleurs, surtout quand elles sont éclatantes.

Gomme alors Tébranlement des nerfs optiques a dû être fort violent, il doit durer quelque temps, quoique plus faible, après que Tobjet a disparu : c*est ce qui fait que la perception d'une grande et vive lumière se tourne en couleurs plus douces, et que l'objet qui nous avait ébloui par ces couleurs variées, nous laisse, en 86 retirant, quelques restes d'une semblable vision.

Si ces couleurs semblent vaguer au milieu de l'air, si eUes s'affaiblissent peu à peu, si enfin elles se dissipent ; c'est que le coup que donnait l'objet présent ayant cessé, le mouvement qui reste dans le nerf est moins fixe, qu'il se ralentit, et enfin s'accoise * tout à fait.

^ Aeeoùer, vieux mol qui signifiait calmer, apaiser, rendre coi. Coi ▼ient du mot latio quietus, qui veut dire tranquille.

La même chose arrive h Toreille, lorsque étonnée par un grand bruit, elle en conserve quelque sentiment après même que l'agitation a cessé dans Tair.

C'est par la môme raison que nous continuons quelque temps à avoir chaud dans un air froid, et à avoir froid dans un air chaud ; parce que Timpression causée dans les nerfs par la présence de l'objet subsiste encore.

Supposé, par exemple, que l'altération que cause le feu dans ma main et dans les nerfs qu'il y rencontre, soit une grande agitation de toutes les parties, qui irait enSn à les dissoudre et à les réduire en cendre : et au contraire que l'impression qu'y fait le froid, soit d'currôter le mouvement des parties en les tenant pressées les unes contre les autres, ce qui causerait à la fin un entier engourdissement ; il est clair que tant que dure cette altération, le sentiment du froid et du chaud doit durer aussi, quoique je me sois retiré de l'air glacé et de l'air brûlant.

Mais comme après qu'on a éloigné les objets qui faisaient cette impression sur les organes, elle s'affaiblit, et qu'ils reviennent peu à peu à leur naturel, il doit aussi arriver que la sensation diminue ; et la chose ne manque pas de se faire ainsi.

Ce qui fait durer si longtemps la douleur de la goutte ou de la colique, c'est la continuelle régénération de l'humeur mordicante qui la fait naître, et qui ne cesse de picoter ou de tirailler les nerfs.

La douleur de la faim et de la soif vient d'une cause semblable. Ou le gosier desséché se resserre et tire les nerfs, ou les eaux fortes que l'estomac envoie des environs dans son fond, pour y faire la digestion des

viandes, se tourne contre lui, et pique ses nerfs, jusqu'à ce qu'on leur ait donné, en mangeant une matière plus propre à les exercer.

Pour la douleur d'une plaie, si elle se fait sentir longtemps après le coup donné, c'est h cause de l'impression violente qu'il a faite sur la partie, et à cause de l'inflammation et des accidents qui surviennent, par lesquels le picotement des nerfs est continué.

U est donc vrai que le sentiment s'élève par le mouvement du nerf, et dure par la continuation de cet ébranlement. Et il est vrai aussi que les mouvements qui n'ébranlent pas les nerfs ne sont point sentis : ce qui fait que Ton ne se sent point croître, et qu'on ne sent non plus comment l'aliment s'incorpore à toutes les parties, parce qu'il ne se fait dans ce mouvement aucun ébranlement des nerfs, comme on l'entendra aisément, si on considère combien est douce l'insinuation de l'aliment dans les parties qui le reçoivent.

Ce qui vient d'ôtre expliqué dans cette troisième proposition, sera confirmé par les suivantes.

rv. Proposition. L'ébranlement des nerfs^ auquel le sentiment est attaché^ doit être considéré dans touHe son étendue^ c^est-à-dire, en tant qu'il se communique d'une extrémité à P autre des parties du nerf qui sont frappées ofu dehors ^ jusqu'à celles qui sont cachées dans le cerveau.

L'expérience le fait voir. C'est pour cela qu'on bande les nerfs au-dessus quand on veut couper au-dessous, afin que le mouvement se porte plus languissamment dans le cerveau, et que la douleur soit moins vive. Que

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si on pouvait tout à fait arrêter le mouvement du nerf au milieu, il n'y aurait point du tout de sentiment.

On voit aussi que, dans le sommeil, on ne sent pas quand on est touché légèrement, parce que les ner& étant détendus, ou il ne s'y fait aucun mouvemeat, ou il est trop léger pour se communiquer jusqu'au dedans de la tète.

V. PROPOsrnoN. Quoique le sentiment soit principalement uni à F ébranlement du nerf au dedans du cerveau^ Vdmey qui est présente à tout le corpSy rapporte le sentiment qu'elle reçoit, à l'extrémité de l'objet qui frappe.

Par exemple, j'attribue la vue d'un objet à l'œil tout seul, le goût h la seule langue ou au seul gosier ; et si je suis blessé au bout du doigt, je dis que j'ai mal au doigt, sans songer seulement si j'ai un cerveau, ni s'il s'y fait quelque impression.

De là vient qu'on voit souvent que ceux qui ont la jambe coupée ne laissent pas de sentir du mal au bout du pied, de dire qu'il leur démange et de gratter leur jambe de bois ; parce que le nerf qui répondait au pied et à la jambe étant ébranlé dans le cerveau, il se fait un sentiment que l'&me rapporte à la partie coupée, comme si elle subsistait encore.

Et il fallait nécessairement que la chose arrivât ainsi. Car encore que la jambe soit emportée avec les bouts des nerfs qui y étaient, le reste en demeure dans le cerveau, capable des mêmes mouvements qu'il avait auparavant, et même très-disposé à les faire, tant & cause qu'il a été formé pour cela, qu'à cause qu'il y est accoutumé, et par là déjà plié à ces mouvements. S'il arrive

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donc que le nerf qui répondait à la jambe, ébranlé par les esprits ou par les humeurs, vienne à faire le mouvement qu'il faisait lorsque la jambe était encore unie au corps. Il est dair qu'il se doit exciter en nous un sentiment semblable, et que nous le rapporterons en* core à la partie à laquelle la nature avait appris de le rapporter.

Néanmoins cette partie du nerf, qui reste dans le cerveau, n'étant plus frappée des objets accoutumés, elle doit perdre insensiblement, et avec le temps, la disposition qu'elle avait à son mouvement ordinaire ; et c'est pourquoi ces douleurs qu'on sent aux parties blessées cessent h la fin : à quoi sert aussi beaucoup la réflexion que nous faisons que nous n'avons plus de jambes.

Quoi qu'il en soit, cette expérience confirme que le sentiment de l'âme est attaché à l'ébranlement du nerf, en tant qu'il se fait dans le cerveau, et fait voir aussi que ce sentiment est rapporté naturellement h l'endroit extérieur du corps où se fait le contact du nerf et de l'objet.

VI. PROPOsrriON. Quelques-unes de nos sensations se terminent à un objet, et les autres non.

Cette difiérence des sensations, déjà touchée dans le chapitre De F Ame, mérite, par son importance, encore un peu d'explication. Nous n'aurons, pour bien entendre la chose, qu'à écouter nos expériences.

Toutes les fois que l'ébranlement des nerfs vient du dedans ; par exemple, lorsque quelque humeur formée au dedans de nous se jette sur quelque partie et y cause

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de la douleur, nous ne rapportons cette sensation à aucun objet et nous ne savons d*où elle nous vient.

La goutte nous prend à la main ; une humeur Acre picote nos yeux ; le sentiment douloureux qui suit de ces mouvements n'a aucun objet.

C'est pourquoi généralement, dans toutes les sensations que nous rapportons aux parties intérieures de notre corps, nous n'apercevons aucun objet qui les cause ; par exemple, les douleurs de tète, ou d'estomac, ou d'entrailles : dans la faim et dans la soif, nous sentons simplement de la douleur en certaines parties; mais une sensation si vive ne nous fait pas regarder un certain objet, parce que tout l'ébranlement vient du dedans.

Au contraire, quand Tébranlement des nerfs vient du dehors, notre sensation ne manque jamais de se terminer à quelque objet qui est hors de nous. Les corps qui nous environnent nous paraissent, dans la vision, comme tapissés par les couleurs : nous attribuons aux viandes le bon ou le mauvais goût : qui est arrêté, se sent arrêté par quelque chose : qui est battu, sent venir les coups de quelque chose qui le frappe : on sent pareillement et les sons et les odeurs comme venus de dehors, et ainsi du reste.

Mais encore que cela s'observe dans toutes ces sensations, ce n'est pas avec la même netteté : car, par exemple, on ne sent pas distinctement d'où viennent les couleurs, ou la lumière regardée directement : dont la raison est que la vision se fait en ligne droite, et que les objets ne viennent à l'œil que du côté où il est tourné ; au lieu que les sons et les odeurs viennent de tous côtés indifférenmient, et par des lignes souvent

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rompues au milieu de ]*air, qui ne peuvent par conséquent se rapporter à un endroit fixe.

n faut aussi remarquer, touchant les objets, qu'ordinairement on n'en voit qu'un, quoique le sens ait un double organe ; je dis, ordinairement, parce qu*il arrive quelquefois que les deux yeux doublent les objets; et voici sur ce si\jet quelle est sa règle.

Quand on change la situation natureUe des organes, par exemple, quand on presse l'œil, en sorte que les nerfs optiques ne sont point frappés en même sens, alors l'objet paraît double en des lieux différents, quoiqu'en l'un plus obscur qu'en l'autre ; de sorte que visiblement il s'excite deux sensations distinctes. Mais quand les yeux demeurent dans leur situation ; comme deux cordes semblables montées sur un même ton et touchées en même temps de la môme force ne rendent qu'un môme son à notre oreille, ainsi les nerfs des deux yeux, touchés de môme ont un môme rapport à l'objet, ils le doivent par conséquent faire voir tout à fait un, sans aucune diversité, ni de couleur, ni de situation, ni de figure.

Il est donc absolument impossible que nous ayons en ce cas deux sensations qui nous paraissent distinctes, parce que leur parfaite ressemblance, et leur rapport uniforme au môme objet, ne permet pas à Tâme de les distinguer : au contraire, elles doivent s'y unir ensemble, comme choses qui conviennent en tout point. Et ce qui doit résulter de leur union, c'est qu'eUes soient plus fortes étant unies que séparées : en sorte qu'on voie un peu mieux de deux yeux que d'un, comme l'expérience le montre.

Voilà ce qu'il y avait à considérer sur la nature et les

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différences des sensations, en tant qu'elles appartiennent au corps et à Tâme, et qu*eUes dépendent de leur concours. Avant que de passer à Tusage que Tâme en fait, et pour le corps, et pour elle-même, il est bon de recueillir ce qui vient d'être expliqué, et d'y faire un peu de réflexion.

VU

REFLEXIONS SUR LA DOCTRINE PRiciDENTE.

Si nous l'avons bien compris, nous avons vu qu*il se fait en toutes les sensations un mouvement enchaîné , qui commence à l'objet et se termine au dedans du cerveau.

Il n'est pas besoin de parler ni du toucher ni du goût, où l'application de l'objet est immédiate, et trop palpable pour être niée. Â l'égard des trois autres sens, nous avons dit que, dans la vue, le rayon doit se réfléchir de dessus l'objet; que dans l'ouïe, le corps résonnant doit être agité; enfln que dans l'odorat, une vapeur doit s'exhaler du corps odoriférant.

Voilà donc un mouvement qui se commence à l'objet; mais ce n'est rien, s'il ne continue dans tout le milieu qui est entre l'objet et nous.

C'est ici que nous avons remarqué ce que peuvent les vents et l'eau, et les autres corps interposés, opaques et non transparents, pour empêcher les objets et leur effet naturel.

Mais posons qu'il n'y ait rien, dans le milieu, qui empêche le mouvement de se continuer jusqu'à moi ;

ET DB SOI-MâMB. 125

ce n*est pas assez. Si je ferme les yeux, ou que je bouche les oreilles et les narines, les rayons réfléchis, et l'air agité, et la vapeur exhalée, viendront à moi inutilement : il faut donc que ce mouvement, qui a commencé à Tobjet, et s'est étendu dans le milieu, se continue encore dans les oi^anes. Et nous avons reconnu qu'il se pousse le long des nerfs jusqu'au dedans du cerveau.

Toute cette suite de mouvements enchaînés et continués est nécessaire pour la sensation, et c'est après tout cela qu'elle s'excite dans l'âme.

Mais le secret de la nature, ou pour mieux parler, celui de Dieu, est d'exciter la sensation lorsque l'enchaînement finit, c'est-à-dire lorsque le nerf est ébranlé dans le cerveau, et de faire qu'elle se termine à l'endroit où l'enchaînement commence, c'est-à-dire à l'objet même, comme nous l'avons expliqué.

Parla, il sera aisé d'entendre de quoi nous instruisent les sensations, et à quoi nous sert cette instruction, tant pour le corps que pour l'ftme.

Pour cela, remettons-nous bien dans l'esprit les quatre choses que nous venons d'observer dans les sensations, c'est-à-dire, ce qui se fait dans nos organes, ce qui se fait dans notre âme, c'est-à-dire la sensation elle-même, dont tout le reste a été la préparation. .

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SIX PROPOSITIONS, QUI FONT VOIR DE QUOI L'AHB EST INSTRUITE PAR LES SENSATIONS, ET L'USAOE QU'ELLK EN FAIT, TANT POUR LE CORPS QUE POUR ELLE-llâME.

VIL Proposition. Ce qui se fait dans les nerfs^ c'està-^ire t ébranlement auquel le sentiment est attaché^ n'est ni senti ni connu.

Quand nous voyons, quand nous écoutons, ou que nous goûtons, nous ne sentons ni ne connaissons, en aucune manière ce qui se fait dans notre corps ou dans nos nerfs, et dans notre cerveau, ni môme si nous avons un cerveau et des nerfs. Tout ce que nous apercevons, c'est qu*à la présence de certains objets, il 8*excite en nous divers sentiments ; par exemple, ou un sentiment de plaisir ou un sentiment de douleur, ou un bon ou un mauvais goût; et ainsi du reste. Ce bon et ce mauvais goût se trouve attaché à certains mouvements des organes, c'est-à-dire des nerfs ; mais ce bon et ce mauvais goût ne nous fait rien sentir ni apercevoii^ de ce qui se fait dans les nerfs. Tout ce que nous en savons nous vient du raisonnement, qui n'appartient pas à la sensation, et n'y sert de rien.

VIII. Proposition. Non-^seulemenl nous ne sentons pas ce qui se fait dans nos nerfs^ c'est-à-dire leur ébranle^ ment ; mais nous ne sentons non plus ce qu'il y a dans l'objet qui le rend capable de les ébranler , ni ce qui se fait

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dan» le nUlieu par où fimpresHon de P objet vienijusqtfà nous.

Gela est constant par Texpérience. La vue ne nous rapporte pas les diverses réflexions de la lumière qui se font dans les objets, et dont nos yeux sont frappés, ni comme il faut que Tobjet ou le milieu soient faits pour être opaques ou transparents, pour causeries réflexions ou les réfractions, et les autres accidents semblables ; ni pourquoi le blanc ou le noir dilatent nos nerfs ou les resserrent, et ainsi des autres couleurs. L'ouïe ne nous fait sentir ni Tagitation de l'air, ni celle des corps résonnants, que nous pourrions ignorer si nous ne la savions d'ailleurs. L'odorat ne nous dit rien des vapeurs qui nous affectent, ni le goût des sucs exprimés sur notre langue, ni comment ils doivent être faits pour nous causer ou du plaisir ou de la douleur, de la douceur ou de l'aigreur ou de l'amer* tume. Enfin, le toucher ne nous apprend pas ce qui fait que l'air froid ou chaud dilate nos pores, et cause à tout notre corps, principalement à nos nerfs, des agitations si différentes.

Lorsque nous nous sentons enfoncer dans l'eau et dans les corps mous, ce qui nous fait sentir cet enfoncement, c'est que le froid ou le chaud que nous ne sentions qu'à une partie, s'étend plus avant ; mais pour savoir ce qui fait que ce corps nous cède, le sens ne nous en dit mot.

Il ne nous dit non plus pourquoi les corps nous résistent, et à regarder la chose de près, ce que nous sentons alors, c'est seulement la douleur qui s*exûite ou qui se commence par la rencontre des corps durs et mal polis, dont la dureté blesse le nôtre plus tendre.

Si l'eau et les corps humides s'attachent à notre peau, et s'y font sentir, le sens ne découvre pas la délicatesse de leurs parties, qui les rend capables d'entrer dans nos pores, et de s'y tenir attachées ; ni pourquoi les corps secs n'en font autant qu'étant réduits en poussière ; ni d'où vient la différence que nous sentons entre la poudre et les gouttes d'eau qui s'attachent à notre main. Tout cela n'est point apergu précisément par le toucher; et enfin aucun de nos sens ne peut seulement soupçonner pourquoi il est touché par ces objets.

Toutes les choses que je viens de remarquer n'ont besoin, pour être entendues, que d'une simple exposition. Mais on ne peut se la faire à soi-même trop claire ni trop précise, si on veut comprendre la différence du sens et de l'entendement, dont on est sujet à confondre les opérations.

IX. PaopOsrnoN. En sentant ^ nous apercevons seulement la sensation elle-même, mais quelquefois terminée à quelque chose qu'an appelle objet.

Pour ce qui est de la sensation, il n'est pas besoin de prouver qu'elle est apergue en sentant; chacun en est à soi-même un bon témoin, et celui qui sent n*a pas besoin d'en être averti.

C'est pourtant par quelque autre chose que la sensation que nous connaissons la sensation ; car elle ne peut pas réfléchir sur elle-même, et se tourne toute à à l'objet auquel elle est terminée.

Ainsi le vrai effet de la sensation est de nous aider à discerner les objets. En effet, nous distinguons les

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choses qui nous touchent ou nous environnent, par les sensations qu'elles nous excitent ; et c*est comme une enseigne que la nature nous a donnée pour les connaître.

Mais, avec tout cela, il parait, par les choses qui ont été dites, qu'en vertu de la sensation précisément prise, nous ne connaissons rien du tout du fond de Tobjet ; nous ne savons, ni de quelles parties il est composé, ni quel en est Tarrangement, ni pourquoi il est propre à nous renvoyer les rayons, ou à exhaler certaines vapeurs, ou à exciter dans Tair tant de divers mouvements qui font la diversité des sons, et ainsi du reste. Nous remarquons seulement que nos sensations se terminent à quelque chose hors de nous, dont pourtant nous ne savons rien, sinon qu*à sa présence il se fait en nous un certain effet, qui est la sensation.

Il semblerait qu*une perception de cette nature ne serait guère capable de nous instruire. Nous recevons pourtant de grandes instructions par le moyen de nos sens ; et voici comment :

X. Proposition. Jas sensations servent à Vdme à s'mstruire de ce qu'elle doit ou rechercher ou fuir pour la conservation du corps qui lui est uni.

L'expérience justifie cet usage des sensations ; et c*est peut-être la première fin que la nature se propose en nous les donnant : mais à cela il faut ajouter quelque chose que nous allons dire.

XI. Proposition. L'instruction que nous recevons par les sensations serait imparfaite, ou plutôt nulle, si nous n'y joignions la raison.

Ces deux propositions seront édaircies toutes deux ensemble, et il ne faut que s^observer soi-même pour les entendre.

La douleur nous fait connaître que tout le corps, on quelqu'une de ses parties est mal disposée, afin que l'ftme soit sollicitée à fuir ce qui cause le mal, et à y donner remède.

G*est pourquoi il a fallu que la douleur se rapportât, ainsi qu'il a été dit, à la partie offensée, parce que Tâme est instruite, par ce moyen, à appliquer le remède où est le mal.

Il en est de môme du plaisir ; celui que nous avons à manger et à boire nous sollicite à donner au corps les aUmentsiàécessaires, et nous fait employer à cet usage les parties où nous ressentons le plaisir du goût.

Car les choses sont tellement disposées, que ce qui est convenable au corps est accompagné de plaisir, comme ce qui lui est nuisible est accompagné de -douleur : de sorte que le plaisir et la douleur servent à intéresser l'Âme dans ce qui regarde le corps, et Fobligent à chercher les choses qui en font la conservation.

Ainsi quand le corps a besoin de nourriture ou de rafraîchissement, il se fait en Tâme une douleur qu'on appelle faim et soif, et cette douleur nous soUicite à manger et à boire.

Le plaisir s'y mêle aussi, pour nous y engager plus doucement. Car outre que nous sentons du plaisir à faire cesser la douleur de la faim et de la soif, le manger et le boire nous causent d'eux-mêmes un plaisir particulier, qui nous pousse encore da-

vantage à donner au corps les choses dont il a besoin.

G*est en celte sorte que le plaisir et la douleur servent à Tâme d'instruction, pour lui apprendre ce qu'elle doit au corps ; et cette instruction est utile, pourvu que la raison préside. Car le plaisir, de lui-même, est un trompeur ; et quand Tâme s'y abandonne sans raison, il ne manque jamais de Tégarer, non-seulement en ce qui la touche, comme quand il lui fait abandonner la vertu, mais encore en ce qui touche le corps, puisque souvent la douceur du goût nous porte à manger et à boire tellement à contre-temps, que l'économie du corps en est troublée.

Il y a aussi des choses qui nous causent beaucoup de douleur, et toutefois qui ne laissent pas d'être dans la suite un grand remède à nos maux.

Enfin, toutes les autres sensations qui se font en nous servent à nous instruire Car chaque sensation différente présuppose naturellement quelque diversité dans les objets. Ainsi, ce que je vois jaune, est autre que ce que je vois vert ; ce qui est amer au goût, est autre que ce qui est doux ; ce que je sens chaud, est autre que ce que je sens froid. Et si un objet qui me causait une sensation commence à m'en causer une autre, je connais par là qu'il y est arrivé quelque changement. Si l'eau qui me semble froide commence à me sembler chaude, c'est que depuis elle aura été mise sur le feu. Et cela, c'est discerner les objets, non point en eux-mêmes, mais par les effets qu'ils font sur nos sens, comme par une marque posée au dehors. Â cette marque, l'âme distingue les choses qui sont au-

tour d'elle, et juge par quel endroit elles peuvent faire du bien ou du mal au corps.

Mais il faut encore en cela que la raison nous dirige, sans quoi nos sens pourraient nous tromper. Car le môme objet, vu à même distance, me parait grand dès que je l'estime plus éloigné, et me parait moindre dès que je l'estime plus près ; par exemple, la lune me paraît plus grande étant vue à l'horizon, et plus petite quand eUe est fort élevée, quoiqu'on l'une et en Tautre position, elle soit vue précisément sous le même angle, c'est-à-dire à même distance. Le môme b&ton, qui me parait droit dans l'air, me paraît courbe dans Teau. La même eau, quand elle est tiède, si j'ai la main chaude, me paraît froide ; et si je l'ai froide me paraît chaude. Tout me parait vert à travers un verre de cette couleur ; et par la môme raison, tout me paraît jaune, lorsque la bile, jaune elle-môme, s'est répandue sur mes yeux. Quand la môme humeur se jette sur la langue, tout me paraît amer. Lorsque les nerfs qui servent & la vue et à l'ouïe sont agités au dedans, il se forme des étincelles, des couleurs, des bruits confus ou des tintements qui ne sont attachés à aucun objet sensible. Les illusions de cette sorte sont infinies.

L'âme serait donc souvent trompée, si elle se fiait à ses sens sans consulter la raison. Mais elle peut profiter de leur erreur; et toujours, quoi qu'il arrive, lorsque nous avons des sensations nouvelles, nous sommes avertis par là qu'il s'est fait quelque changement, ou dans les objets qui nous paraissent, ou dans le milieu par où nous les apercevons, ou môme dans les organes de nos sens. Dans les objets, quand ils sont changés, comme quand de l'eau froide devient

ET DE SOI-lfÉME. 133

chaade, ou que des feuilles, auparavant vertes, deviennent pÂles étant desséchées. Dans le milieu, quand il est tel qu'il empêche ou qu*il rompt Taction de Tobjet, comme quand Teau rompt la ligne du rayon qu'un bftton renvoie à nos yeux. Dans Torgane des sens, quand ils sont notablement altérés par les humeurs qui 8*y jettent, ou par d'autres causes semblables.

Au reste, quand quelqu'un de nos sens nous trompe, nous pouvons aisément rectifier ce mauvais jugement par le rapport des autres sens, et par la raison. Par exemple, quand un bAton parait courbé à nos yeux étant dans ]'eau, outre que, si on l'en retire, la vue se corrigera elle-même, le toucher que nous sentirons affecté comme il a accoutumé de l'être quand les corps sont droits, et la raison seule, qui nous fera voir que l'eau ne peut pas tout d'un coup l'avoir rompu, nous peut redresser. Si tout me parait amer au goût, ou que tout semble jaune à ma vue, la raison me fera connaître que cette uniformité ne peut être venue tout à coup aux choses où auparavant j'ai senti tant de différence ; et ainsi je connaîtrai l'altération de mes organes, que je tâcherai de remettre en leur naturel.

Ainsi nos sensations ne manquent jamais de nous instruire, je dis même quand elles nous trompent, et nos deux propositions demeurent constantes.

XII. Proposition. Outre le secours que donnent le$ sens à notre raison pour entendre les besoins du corps, Vaident aussi beaucoup à connaître toute la nature.

Car notre Ame a en elle-même des principes de vérité étemelle, et un esprit de rapport, c'est-à-dire des règles

de raisonnement, et un art de tirer des conséquences. Cette âme ainsi formée, et pleine de ces lumières, se trouve unie à un corps si petit, à la vérité, qu*il est moins que rien à l'égard de cet univers immense ; mais qui pourtant a ses rapports avec ce grand tout, dont il est une si petite partie. Et il se trouve composé de sorte qu'on dirait qu*il n'est qu'un tissu de petites fibres inQniment déliées, disposées d'ailleurs avec tant d art, que des mouvements très* forts ne les blessent pas, et que toutefois les plus délicats ne laissent pas d'y faire leurs impressions ; en sorte qu'il lui en vient de très-remarquables et de ]a lune et du soleil, et même des sphères les plus hautes, quoique éloignées de nous par des espaces incompréhensibles. Or l'union de l'âme et du corps se trouve faite de si bonne main, enfin l'ordre y est si bon, et la correspondance si bien établie, que l'ftme qui doit présider, est avertie par ses sensations de ce qui se passe dans ce corps et aux environs, jusqu'à des distances infinies. Car, comme ces sensations ont leur rapport à certaines dispositions de l'objet, ou du milieu, ou de l'organe, ainsi qu'il a été dit ; à chaque sensation l'âme apprend des choses nouvelles, dont quelques-unes regardent la substance du corps qui lui est uni, et la plupart n'y servent de rien. Car que sert, par exemple, au corps humain la vue de ce nombre prodigieux d'étoiles qui se découvrent à nos yeux pendant la nuit. Et môme, en considérant ce qui profite au corps, l'âme découvre par occasion un infinité d'autres choses ; en sorte que, du petit corps où elle est enfermée, elle tient à tout, et voit tout l'univers se venir, pour ainsi dire, marquer sur ce corps, comme le cours du soleil se marque sur

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un cadran. Elle apprend donc, par ce moyen, des particularités considérables, comme le cours du soleil; le flux et le reflux de la mer ; la naissance, Taccroissement, les propriétés différentes des animaux, des plantes, des minéraux ; et autres choses innombrables, les unes plus grandes, les autres plus petites, mais toutes enchaînées entre elles. De ces particularités elle compose Thistoire de la nature, dont les faits sont toutes les choses qui frappent nos sens. Et par un esprit de rapport, elle a bientôt remarqué combien ces faits sont suivis. Ainsi elle rapporte Tun à Tautre : elle compte, elle mesure, elle observe les oppositions et le concours, les effets du mouvement et du repos, Tordre, les proportions, les correspondances, les causes partiq^Uëres et universelles, celles qui font aller les parties, et celle qui tient tout en état. Ainsi, joignant ensemble les principes universels qu^elle a dans Tesprit, et les faits particuliers qu*elle apprend par le moyen des sens, elle voit beaucoup dans la nature, et en sait assez pour juger que ce qu*elle n*y voit pas encore est le plus beau ; tant il a été utile de faire des nerfs qui pussent être touchés de si loin, et d'y joindre des sensations par lesquelles TAme est avertie de si grandes choses.

DB l'imagination ET DES PASSIONS, ET DB QUELLE SORTE IL LES FAUT OONSId£rER

Voilà ce que nous avions à considérer sur l'union naturelle des sensations avec le mouvement des nerfs.

136 DE LA GOrmAISSAKCE DB DIEU

Il faut maintenant entendre à quels mouvements du corps Timagination et les passions sont attachées.

Mais il faut premièrement remarquer que les imaginations et les passions s*excitent en noms, ou simplement par les sens, ou parce que la raison et la volonté s'en mêlent.

Car souvent nous nous appliquons expressément à imaginer quelque chose, et souvent aussi il nous arrive d*exciter exprès, et de fortifier quelque passion en nous-mêmes; par exemple, ou l'audace ou la colère, à force de nous représenter ou nous laisser représenter par les autres, les motifs qui nous les peuvent causer.

Gomme nos imaginations et nos passions peuvent être excitées et fortifiées par notre choix, elles peuvent aussi par là être ralenties. Nous pouvons fixer, par une attention volontaire, les pensées confuses de notre imagination dissipée ; et arrêter, par vive force de raisonnement et de volonté, le cours emporté de nos passions.

Si nous regardions cet état mêlé d'imagination, de passion, de raisonnement et de choix, nous confondrions ensemble les opérations sensitives et les intellectuelles, et nous n'entendrions jamais l'effet parfait des unes et des autres. Faisons-en donc la séparation. Et comme, pour mieux entendre ce que feraient par eux-mêmes des chevaux fougueux, il faut les considérer sans bride, et sans conducteur qui les pousse ou qui les retienne, considérons l'imagination et les passions purement abandonnées aux sens et à elles-mêmes, sans que l'empire de la volonté ou aucun raisonnement s'y mêle, ou pour les exciter ou pour les calmer. Au contraire, comme il arrive toujours que la partie supé-

rieure est sollicitée à suivre Timagination et la passion, mettons encore avec elles, et regardons comme une partie de leur effet naturel, tout ce que la partie supérieure leur donne par nécessité, avant qu'elle ait pris sa dernière résolution ou pour ou contre. Ainsi nous découvrirons ce que peuvent par elles-mêmes Timagination et les passions, et à quelles dispositions du corps elles s'excitent.

DE l'imagination EN PARTICULIER ET A QUEL MOUVEMENT DU CORPS ELLE EST ATTACHEE.

Et pour commencer par l'imagination, comme elle suit naturellement la sensation, il faut que l'impression cjue le corps reçoit dans l'une soit attachée à celle qu'il reçoit dans l'autre ; et par la seule construction des organes il nous paraîtra qu'il en est ainsi. Il ne faut que se souvenir que le cerveau, où aboutissent tous les nerfs, est d'une nature fort molle, et par là ne peut s'empêcher de recevoir quelque impression par leur ébranlement, non plus que la cire par l'attouchement des corps qui la pressent.

Et la chose sera encore plus aisée à entendre, si on regarde toute la substance du cerveau, ou quelquesunes de ses parties principales, comme composées de petits filets qui tiennent aux nerfs, quoiqu'ils soient d*une autre nature ; à quoi l'anatomie ne répugne pas et au contraire l'analogie des autres parties du corps nous porte à le croire.

Car les chairs et les muscles, qui ne paraissent à nos yeux qu'une masse compacte et confuse, dans une dissection délicate paraissent un amas de petites cordes tournées en différents sens, suivant les divers mouvements auxquels ces parties doivent servir. On trouve la même chose de la rate et du foie. La peau et les autres membranes sont aussi un composé de filets très-fins, dont le tissu est fait de la manière qu'il faut pour donner tout ensemble à ces parties, la souplesse et la consistance que demandent les besoins du corps.

On peut bien croire que la nature n'aura pas été moins soigneuse du cerveau qui est l'instrument principal des fonctions animales, et que la composition n'en sera pas moins industrieuse.

On comprendra donc aisément qu'il sera composé d'une infinité de petits filets, que l'affluence des esprits à cette partie, et leur continuel mouvement, tiendront toujours en état : en sorte qu'ils pourront être aisément mus et plies, à l'ébranlement des nerfs, en autant de manières qu'il faudra.

Que si on n'observe pas cette distinction de petits filets, dans le cerveau d'un animal mort, il est aisé de concevoir que l'humilité * de cette partie, et l'extinction de la chaleur naturelle, d'où suit celle des esprits, en est la cause : joint que, dans les autres parties du corps, quoique plus grossières et plus massives» le tissu n'est aperçu qu'avec beaucoup de travail, et jamais dans toute sa délicatesse.

1 L'édition de 1721, au lieu cThumiliU, porte : humidUé. C'est peutêtre ce que Bossuet a voulu écrire ; mais on lit dans le manuscrit humililé, qu'il faudrait entendre alors dans le sens de : noblesse, CEÛblesse.

Car la nature travaille avec tant d'adresse, et réduit les corps à des parties si fines et si déliées, que ni l'art ne la peut imiter, ni la vue la plus perçante la suivre dans les divisions si délicates, quelque secours qu'elle cherche dans les verres et les microscopes.

Ces choses présupposées, il est clair que Timpres* sion ou le coup que les nerfs reçoivent de l'objet, portera nécessairement sur le cerveau ; et comme la sensation se trouve conjointe à l'ébranlement du nerf, rimagination le sera à l'ébranlement qui se fera sur le oerveau môme.

Selon cela, l'imagination doit suivre, mais de fort près, la sensation, comme le mouvement du cerveau doit suivre celui du nerf.

Et comme l'impression qui se fait dans le cerveau doit imiter celle du nerf, aussi avons-nous vu que rimagination n'est autre chose que l'image de la sensation.

De môme aussi que le nerf est d'une nature à recevoir un mouvement plus vite et plus ferme que le cerveau, la sensation aussi est plus vive que l'imagination.

Mais aussi comme la nature du cerveau est capable d*un mouvement plus durable, l'imagination dure plus longtemps que la sensation.

Le cerveau ayant tout ensemble assez de mollesse pour recevoir facilement les impressions, et assez de consistance pour les retenir, il y peut demeurer, à peu près comme sur la cire des marques fixes et durables, qui servent à rappeler les objets, et donnent lieu au souvenir.

On peut aisément comprendre que les coups qui viennent ensemble par divers sens, portent à peu près

au mAme endroit du cerveau, ce qui fait que divers objets n'en font qu'un seul, quand ils viennent dans le môme temps.

J'aurai, par exemple, rencontré un lion en passant par les déserts de Lybye, et j'en aurai vu Taffreuse figure; mes oreilles auront été frappées de son rugissement terrible ; j'aurai senti , si vous le voulez , quelque atteinte de ses griffes, dont une main secourable m'aura arraché, il se fait dans mon cerveau, par ces trois sens divers, trois fortes impressions de ce que c'est qu'un lion : mais, parce que ces trois impressions, qui viennent à peu près ensemble, ont porté au même endroit, une seule remuera le tout , et ainsi il arrivera qu'au seul aspect du lion, à la seule ouïe de son cri, ce furieux animal reviendra tout entier à mon imagination.

Et cela ne s'étend pas seulement à tout l'animal, mais encore au lieu où j'ai été frappé la première fois d'un objet si effroyable. Je ne reverrai jamais le vallon désert où j'en aurai fait la rencontre, sans qu'il me prenne quelque émotion, ou môme quelque frayeur.

Ainsi, de tout ce qui frappe en môme temps les sens, il ne s'en compose qu'un seul objet, qui fait son impression dans le môme endroit du cerveau, et y a son caractère particulier. Et c'est pourquoi, en passant, il ne faut pas s'étonner si un chat, frappé d*un bâton au bruit d'un grelot qui y était attaché, est ému après par le grelot seul qui a fait son impression avec le b&ton au môme endroit du cerveau.

Toutes les fois que les endroits du cerveau, où les marques des objets restent imprimées, sont agiles, oa par les vapeurs qui montent continuellement à la tôte.

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OU par le cours des esprits, ou p&r quelque autre cause que ce soit, les objets doivent revenir & l'esprit; ce qui nous cause en veillant tant de différentes pensées qui n*ont point de suite, et en dormant tant de vaines imaginations que nous prenons pour des vérités.

Et parce que le cerveau, composé, comme il a été dit, de parties si délicates, et plein d^esprits si vifs et si prompts, est dans un mouvement continuel, et que d'ailleurs il est agité à secousses inégales et irréguliëres, selon que les vapeurs et les esprits montent à la tête ; il arrive de là que notre esprit est plein de pensées si vagues, si nous ne le retenons et ne le fixons par Tattention.

Ce qui fait qu'il y a pourtant quelque suite dans ces pensées, c'est que les marques des objets gardent un certain ordre dans le cerveau.

Et il y a une grande utilité dans cette agitation qui ramène tant de pensées vagues, parce qu'elle fait que tous les objets, dont notre cerveau retient les traces, 86 représentent devant nous de temps en temps par une espèce de circuit; d'où il arrive que les traces s*en rafraîchissent, et que l'âme choisit l'objet qui lui plaît, pour en faire le sujet de son attention.

Souvent aussi les esprits prennent leur cours si impétueusement et avec un si grand concours vers un endroit du cerveau, que les autres demeurent sans mouvement, faute d'esprits qui les agitent : ce qui fait qu'un certain objet déterminé s'empare de notre pensée, et qu'une seule imagination fait cesser toutes les autres.

C'est ce que nous voyons arriver dans les grandes passions, et lorsque nous avons l'imagination échauf-

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fée ; c'est-à-dire qu'à force de nous attacher à un olgei, nous ne pouvons plus nous en arracher, comme nous voyons arriver aux peintres et aux personnes qui composent, surtout aux poètes, dont Touvrage dépend tout d'une certaine chaleur d'imagination.

Cette chaleur, qu'on attribue à l'imagination, est en effet une affection du cerveau, lorsque les esprits naturellement ardents, accourus en abondance, réchauffent en l'agitant avec violence ; et comme il ne prend pas feu tout à coup, son ardeur ne s'éteint aussi qu'avec le temps.

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