DB L'AME ET DU CORPS
Par les choses qui ont été dites, il est aisé de comprendre la différence de l'âme et du corps, et il n'y a qu'à considérer les diverses propriétés que nous y avons remarquées.
BT DB SOI-MâliE. 106
Les propriétés de rftme sont, voir, ouïr, goûter, sentir, imaginer; avoir du plaisir ou de la douleur, de Tamour ou de la haine, de la joie ou de la tristesse, de la crainte ou de Tespérance ; assurer, nier, douter, raisonner, réfléchir et considérer, comprendre, délibérer, se résoudre, vouloir ou ne vouloir pas : toutes choses qui dépendent du môme principe, et que nous avons entendues très-distinctement sans nommer seulement le corps, si ce n*est comme Tobjet que Tàme aperçoit, ou comme Torgane dont elle se sert.
La marque que nous entendons distinctement ces opérations de notre âme, c*est que jamais nous ne prenons Tune pour Tautre. Nous ne prenons point le doute pour l'assurance, ni affirmer pour nier, ni raisonner pour sentir : nous ne confondons pas Tespérance avec le désespoir, ni la crainte avec la colère, ni la volonté de vivre selon la raison, avec celle de vivre selon les sens et les passions.
Ainsi nous connaissons distinctement les propriétés de r&me. Voyons maintenant ceUes du corps.
Les propriétés du corps et des parties qui le composent, sont d'être étendues plus ou moins, d'être agitées plus vite ou plus lentement, d'être ouvertes ou d'être fermées, dilatées ou pressées, tendues ou rel&chées, jointes ou déparées les unes des autres, épaisses ou déliées, capable d'être insinuées en certains endroits plutôt qu'en d'autres : choses qui appartiennent au corps, et qui en font manifestement la nourriture, l'augmentation, la diminution, le mouvement du corps. ' En voilà assez pour connaître la nature de Tftme et du corps, et l'extrême diSérence de l'un et de l'autre.