CHAPITRE IV
Des tn)i8 opérations de l'entendement, et de leor rapport avee
les idées.
Parmi les idées, les unes s'accordent naturellement ensemble, et les autres sont incompatibles, et s'excluent mutuellemant, par exemple : Dieu est étemel, c'est-àdire : cause qui fait tout, et ce qui rCa ni commencement ni fin^ sont idées qui s'unissent naturellement. Au contraire, ces deux idées Dieu et auteur du péché sont incompatibles. Quand deux idées s'accordent, on les unit en affirmant l'une de l'autre, et en disant, par exemple : Dieu est étemel. Au contraire, quand elles s'excluent mutuellement, on nie l'une de l'autre en disant : Dieu, c'estrà-dire la sainteté même, n'est pas autevr du péché^ c'est-àrdire de l'impureté même *.
C'est par l'union ou l'assemblage des idées, que se forme le jugement que porte l'esprit sur le vrai ou sur le faux ; et ce jugement consiste en une simple proposition, par laquelle nous nous disons en nous-mêmes : Cela est, cela n'est pas. Dieu est éternel^ f homme n'est pas étemel,
1 Voyez la Connaissance de Dieu et de soir-même, ch. i, n* XIII, pages 83 et suiv.
LIVRB I. 297
Avant que de porter un tel jugement, il faut entendre les termes dont chaque proposition est composée, c'est-à-dire, Dieu, hommes étemel. Car, comme nous avons dit, avant que d'assembler ces deux termes; Dieu et étemel ou de séparer ces deux-ci, homme et étemel, il faut les avoir compris,
Ehitendre les termes, c'est les rapporter à leur idée propre, c'est-à-dire à celle qu'ils doivent rappeler à notre esprit. Mais, ou l'assemblage des termes est manifeste par soi-même, ou il ne l'est pas. S'il Test, nous avons vu que sur la simple proposition bien entendue, l'esprit ne peut refuser son consentement ; et qu'au contraire, s'il ne l'est pas, il faut appeler en confirmation de la vérité d'autres propositions connues, c'est-à-dire qu'il faut raisonner.
Par exemple, dans celle-ci : Le tout est plus grand que sa partie, il ne faut qu'entendre ces mots, tout et partie, pour voir que la partie, qui n'est qu'une diminution du tout, est moindre que le tout qui la comprend, et comprend encore autre chose.
Au contraire, dans celle-ci : Les parties d'un certain tout, par exemple (Tun arbre, ou d'un animal, doivent être nécessairement de di^érente nature pour juger de sa vérité, la connaissance des termes dont elle est composée ne sufSt pas. D faut appeler au secours les diverses fonctions que doit faire un animal, comme se nourrir ou marcher, et montrer que des fonctions si diverses exigent que l'animal ait plusieurs parties de nature différente ; par exemple, des os, des muscles, un estomac, un cœur, etc.
Voilà donc trois opérations de l'esprit manifestement distinguées : une qui conçoit simplement les idées ; une
qui leg assemble ou les désunit, en affirmant ou niant lune de Tautre ; une qui ne voyant pas d'abord un fondement suffisant pour affirmer ou nier, examine s'il se peut trouver en raisonnant.