LIVRE I
nous nous parlions & nous-mêmes, nous nous servons toujours de nos mots et de notre langage ordinaires.
Absolument, pourtant, l'idée peut être séparée du terme, et le terme de Tidée. Car il faut avoir entendu les choses avant que de les nommer, et le terme aussi, s'il n'est entendu, ne nous rappelle aucune idée.
Quelquefois nous n'avons pas le terme présent, que la chose nous est très-présente, et quelquefois nous avons le terme présent, sans nous souvenir de sa signification.
Les enfants conçoivent beaucoup de choses qu'ils ne savent pas nommer, et ils retiennent beaucoup de mots dont ils n'apprennent le sens que par l'usage.
Mais, depuis que, par l'habitude, ces deux choses se sont unies, on ne les considère plus que comme un seul tout dans le discours. L'idée est considérée comme l'Âme, et le terme comme le corps.
Le terme, considéré en cette sorte, c'est-à-dire comme faisant un seul tout avec l'idée et la contenant, est supposé dans le discours pour les choses mômes, c'est-à-dire mis à leur place ; et ce qu'on dit des termes, on le dit des choses.
Nous tirons un grand secours de l'union des idées avec les termes, parce qu'une idée attachée à un terme fixe n'échappe pas si aisément à notre esprit.
Ainsi, le terme joint à l'idée nous aide à être attentifs. Par exemple, la seule idée intellectuelle de triangle ou de cercle est fort subtile d'elle-même, et échappe facilement par les moindres distractions ; mais, quand elle est revêtue de son terme propre, comme d'une espèce de corps, elle est plus fixe et on la tient mieux.
Mais il faut pour cela être attentif, c*e8t-à-dire, ne faire pas comme ceux qui n'écoutent que le son tout seul de la parole, au lieu de considérer Tendroit de notre esprit où la parole doit frapper, c'est-à-dire l'idée qu'elle doit réveiller en nous.