CHAPITRE IX
Autre division générale des idées.
Il y a une autre division des idées, non moins générale que celle que nous venons d'apporter ; c'est d'être claires ou obscvres, autrement distinctes ou confuses.
La première division des idées se prend de leur objet, qui est ou la chose même, c'est-à-dire la substance, ou ce qui est attaché à la chose. Celle-ci regarde les idées considérées en elles-mêmes, et du côté de l'entendement, où les unes portent une lumière claire et distinoter et les autres une lumière plus sombre et plus confuse.
Les idées claires, sont celles qui nous font connaître dans l'objet quelque chose d'intelligible par soi-même : par exemple, quand je conçois le triangle comme une figure comprise de trois lignes droites, ce que me découvre cette idée est entendu de soi-même, et se trouve certainement dans l'objet, c'est-à-dire dans le triangle.
Cette idée est appelée claire^ à raison de son évidence; et, par la même raison, elle est appelée distincte^ parce que par e]le je distingue clairement les choses : car ce qu'une idée a de clair me fait séparer son objet de tous les autres ; par être figure à trois lignes droites, je distingue le triangle du parallélogramme qui est terminé de quatre.
Ainsi, quand il fait jour, et que la lumière est répandue, les objets que je confondais pendant les ténèbres, étant éclairés, ils paraissent distinctement à mes yeux.
Les idées obscures sont celles qui ne montrent rien dMntelligible de soi-môme dans leurs objets : par exemple, si je regarde le soleil comme ce qui élève les nues, j'entends que les nues s*élèvent des eaux lorsque le soleil donne dessus ; mais je n'entends pas ce qu'il y a dans le soleil par où il soit capable de les élever.
Telles sont les idées que nous nous formons, lorsque voyant que le fer accourt à l'aimant, ou que quelques simples nous purgent, nous disons qu'il y a dans l'aimant une verlu attractive que nous appelons magnétique^ et qu'il y a une vertu purgative dans tel et tel simple. Il est clair que le fer s'unit à Taimant, et il faut bien qu'il y ait quelque chose dans l'aimant qui fasse que le fer s'y joigne, plutôt qu'au bois ou à la pierre. Mais le mot de vertu attractive ne m'explique point ce que c'est, et je suis encore aie chercher.
Il en est de même de la vertu purgative du séné et de la rhubarbe. Il est clair que nous sommes purgés par ces simples, et il faut bien qu'il y ait quelque chose en eux en vertu de quoi nous le soyons ; mais ce quelque chose n'est point expliqué par la vertu purgative, et je n'en ai qu'une idée confuse.
Ces idées ont bien leur rapport à quelque chose de clair, car il est clair que je suis purgé ; mais si elles expliquent l'effet, elles laissent la cause inconnue : elles disent ce qui nous arrive en prenant ces simples ; mais elles ne montrent rien dans le simple môme, qui soit clair et intelligible de soi.
Ainsi, quand nous disons que certaines choses ont