LIVRE I
tance ou la chose même. Ce qui est attaché à la chose, et de quoi on entend qu'elle est affectée, s'appelle accident ou forme accidentelle^ qualité, modCy ou façon d'être.
Le propre de Taccident est d*ôtre en quelque chose , accidf'ntis esse est inesse; et, ce en quoi est Taccident, à quoi il est attaché et inhérent, s'appelle son sujet.
Il ne faut pas ici s'imaginer que l'accident soit dans son sujet comme une partie est dans son tout, par exemple la main dans le corps ; ni comme ce qui est contenu dans ce qui le contient, par exemple, un diamant dans une boîte. Il n'est pas non plus attaché à son sujet comme une tapisserie l'est à la muraille. Il y est comme la forme qui le façonne, qui l'affecte et qui le modifie.
Gomme c'est par les idées que nous entendons les choses, la diversité des choses doit nous être marquée par celle des idées ; et voici comment cela se fait.
La substance peut bien être sans ses qualités : par exemple, l'esprit humain sans science, et le corps sans mouvement ; mais la science ne peut pas être sans quelque esprit qui soit savant, ni le mouvement sans quelque corps qui soit mû. De là vient aussi que les idées qui représentent les substances, les regardent en elles-mêmes, sans les attacher à un suget : au lieu que celles qui représentent les accidents d'un syjet, regardent tout ensemble et l'accident et le sujet même.
Ainsi, les idées sont une parfaite représentation de la nature, parce qu'elles représentent les choses suivant qu'elles sont ; elles représentent en elles-mêmes, les substances, qui, en effet, soutiennent tout, et repré-
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sentent les qualités ou les accidents ou les autres choses semblables qui sont attachées à la substance, par rapport À la substance môme qui les soutient.
Soit donc cette règle indubitable : que 9e$ idées qui novtë représentent quelque chose sans l'attacher à un sujet sont des idées de substance^ par exemple, Dieu^ esprit^ corps ; et les idées qui nous représentent une chose comme étant en un siujet marqué par l'idée même, par exemple, science^ vertu, mouvement, rondeur^ sont des idées d'accident. G*est pourquoi les idées de ce premier genre peuvent s'appeler substantielles, et les autres accidentelles.
Au reste, ce qui répond dans la nature à ce second genre dldées, n'est pas proprement une chose, mais ce qui est attaché à une chose ; et néanmoins, parce que ce n'est pas un pur néant, on lui donn^ le nom de chose : la rondeur, dit-on, est une chose qui convient au cercle ; la science est une chose qui convient au philosophe.
On pourrait ici demander à quel genre d'idées il faut rapporter celles qui répondent à ces mots armes, habits et autres semblables. Il les faut rapporter, sans difSculté, au dernier genre, parce qu'être armé, et être habillé, aussi bien qu'ôtre nu et être désarmé, c'est chose accidentelle à l'homme : et ainsi, quoique les armes et les habits, considérés en eux-mêmes, soient plusieurs substances ; dans l'usage, qui est proprement ce que nous y considérons, ils sont regardés comme convenant accidentellement à l'hoaune qui en est revêtu.
Ces remarques paraîtront vaines à qui ne les regardera pas de près ; mais à qui saura les entendre, elles