LIVRE I
des objets, est intelligible de soi, et ne peut être ignoré, si peu qu'on y pense.
Quand je parle des végétaux ou des animaux, ce que j'entends par ces termes est intelligible de soi, et se trouve clairement dans les objets mêmes. Les végétaux sont des corps qui croissent par une secrète insinuation; les animaux sont des substance^, qui, frappées de certains objets, se meuvent selon ces objets, de côté ou d'autre, par un principe intérieur. Tout cela est clûr et intelligible.
Voilà peut-être assez d'idées claires. Nous avons déjà rapporté un grand nombre d'idées confuses. Une telle plante a la vertu d'attirer du cerveau de telles humeurls, U'ôn chasser d'autres de l'estomac ou des entrailles, de favoriser la digestion, de rabaisser ou de dissiper les vapeurs de la rate, de peur qu'elles n'ofilisquent le cerveau \ et ainsi des autres. Cette plante ou ce minéral a une qualité propre à guérir un tel mal, ou à faire un tel effet : voilà des idées confuses, qui disent bien ce qui se fait par le moyen de ces minéraux ou de ces plantes, mais qui ne montrent rien de distinct dans les plantes mêmes.
Ainsi, quand nous disons chaud et froid, doux et amer, de bonne ou de mauvaise odeur; nous proposons, à la vérité, ce qui est très-clair, que le feu ou la glace, quand je m'en approche, me font dire : J'ai chaud, ou j'ai froid, et me causent des sensations que j'explique par ces paroles. Je vois aussi qu'il faut bien qu'il y ait dans le feu et dans la glace quelque chose qui les rende propres à me causer de tels sentiments;
1 Voyez, à la Un du volume, note A.
mais cette chose, soit que je l'exprime par le terme générique de vertu, de qualité, de faculté, de puisiance, ou par le terme spécifique de chaleur, ou de froideur, est une chose à chercher, et que je n'entends pas encore.
En un mot, ma sensation et la chose d'où elle me vient, me sont connues ; ce qu'il y a dans l'objet qui donne lieu à la sensation, ne l'est pas.
Il en est de même des termes qui répondent aux autres sensations. Je conçois ce que je sens, quand je dis que cette liqueur est douce ou amëre; j'appelle douceur et amertume ce qu'il y a dans cette liqueur, qui me cause mes sentiments. Mais ces termes ne m'expliqueut rien distinctement, dans l'objet qu'ils me représentent, et je suis encore à chercher ce qui le rend tel.
n faut peut-être juger de même des termes qui signifient les couleurs. Car, si être coloré de telle ou telle sorte, n'est autre chose, selon Aristote \ aussi bien que selon Démocrite et Épicure, que de renvoyer différemment les rayons d'un corps lumineux ; il s'ensuit que ce terme de hlane ou de noir, nous marque, à la vérité, très-distinctement ce que nous sentons en nous-mêmes, et nous fait aussi très-bien entendre qu'il y a quelque chose dans la neige qui nous la fait appeler blanche ; c'est ce que j'appelle blancheur, et j'ai raison de donner un nom à cette propriété de la neige, quelle qu'elle soit : mais je ne sais pas encore ce que c'est, et je ne le saurai jamais, si je ne puis pénétrer aupara-
i VoyeE son traité dt Atiima, lib.U, cap. vit.