CHAPITRE XXXTTT
Nous De connaissons pas ce qui fait précisément la différence nomérique
ou indiYiduelle.
Il faut ici observer une chose très-importante pour entendre la nature et les causes des idées universelles; c'est que nous ne connaissons pas ce qui fait précisément la différence numérique et individuelle des choses, ô'e8t-à-<lire ce qui fait qu'un cercle diffère précisément d'un autre cercle, ou un homme d'un autre homme. Si on dit qu'un cercle est reconnu différent d'un autre parce qu'il est plus ou moins grand, je puis supposer deux cerdes parfaitement égaux qui n'en seront pas moins distingués; je ne sais point distinguer deux œufs ni deux gouttes d'eau. Il en serait de môme de deux hommes qui seraient tout à fait semblables ; témoin ces deux jumeaux tant connus de toute la cour, pour ne point parler de ceux de Virgile, qui, par la conformité de leur taille et de tous leurs traits, faisaient une illusion agréable aux yeux de leurs propres parents, on sorte qu'ils ne pouvaient les distinguer Tun de l'autre *.
Gela montre évidemment, qu'outre les divers caractères qui conviennent ordinairement à chaque individu
* Vlrg. ^neid., lib. X, ▼. 391, 92.
de la môme espèce, et qui nous aident à les distinguer, il y a une distinction plus substantielle et plus foncière, mais, en môme temps, inconnue à Tesprit humain.