‹ De la connaissance de Dieu et de soi-mêmeChapitre 92 sur 207 · CHAPITRE XLIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIII

Quelle est la force de ces termes.

Ce qu'il y a de plus remarquable dans les termes abstraits et concrfits^ c'est que tous les termes abstraits et concrets s'excluent nécessairement l'un l'autre, au lieu que les termes concrets peuvent convenir ensemble. Le rond peut être mol, le musicien peut être

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géomètre, l'homme peut être savant : mais Thumanité n'est pas la science, la rondeur n'est pas la mollesse, et la musique n'est pas la géométrie.

La raison est que la nature des termes abstraits est de nous faire regarder les choses selon leur propre raison ; or, il est clair que ce qui fait être rond n'est pas ce qui fait ôtre mol, et que ce qui fait être musicien n'est pas ce qui fait être géomètre, et que ce qui fait être homme n'est pas précisément ce qui fait être savant ; autrement être savant conviendrait à tout ce qui est homme.

C'est ainsi que nous pouvons dire en termes concrets, que l'homme est tout ensemble spirituel et corporel ; mais nous ne pouvons pas dire en termes abstraits, que la spiritualité soit la corporalité, parce que cette partie de nous-mêmes qui nous fait être esprit, n'est pas celle qui nous fait être corps.

Par la même raison, nous pouvons dire que celui qui est spirituel est corporel, parce que ces termes concrets spirituel et corporel signifient ici la personne même composée de deux natures ; mais nous ne pouvons pas dire que l'esprit soit le corps, ni ce qui est la même chose, que le spirituel, en tant que spirituel, puisse jamais être corporel.

De même nous pouvons dire que le même qui est animé est corporel, sans qu'il soit vrai de dire que l'&me est le corps.

La même raison nous fait dire que Notre-Seigneur Jésus-Gbrist est Dieu et homme, quoique la divinité ou la nature divine ne puisse jamais être l'humanité ou la nature humaine.

Pour cela, nous disons aussi que Dieu est mort pour

nous, et que rhomme qui nous a rachetés est toutpuissant ; mais c'est un blasphème de dire que la divinité soit morte, ou que l'humanité soit toute-puissante. La force des termes concrets et abstraits fait seule cette différence ; parce que les termes concrets qui marquent le sujet, c'est-à-dire la personne et le composé, peuvent s'unir; au lieu que les termes abstraits qui marquent les raisons précises selon lesquelles on est tel ou tel, ne peuvent s'afflrmer l'un de l'autre. Par exemple, quand je dis. Dieu est mort pour nous, ce terme Dieu marque la personne, c'est-à-dire Jésus- Christ, qui, selon une des natures qui lui conviennent, est mort en effet pour nos péchés ; et quand je dis, La divinité ne meurt pas, c'est de même que si je disûs que Dieu en tant que Dieu, est immortel, et qu'il ne peut jamais mourir qu'en tant qu'il a pris une nature mortelle.

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