‹ De la connaissance de l'âmeChapitre 2 sur 38 · CHAPITRE r · texte numérisé non relu

CHAPITRE r

Nous sentons le besoin d'avouer que , dans le volume qui précède, nous avons encoiv sacriné à la pale philosophie abstraite. Mais, dans ce second volume, nous essaierons un plus grand elTort pour

mieux sortir de ral>stractioii , et entrer davanta^»dans la substance dc^ chost^. Nous nous soutenons de a?s paroles, écrites cm annonçant ce U^tv : tf Qu'il me soit permis de laisser le côté abstrait A*: «c la science , et de dire avec Malebranche : Je ik- « veux jrfus «'occuper que de morale et de iHiu gion. Je neveux plus méditer que Tàme et son tf avenir, Thumaniié, et sa destinée en la ternir comme au cic4. Dans ce désir, j'aborderai le li- «c vre de la connaissance de Tàme : travail qu#' « m'impose, je le crois, la volonté de Dieu. J^c^ tf saierai donc de bien connaître l*àme en £ace d«- « Dh^u, et de méditer en e(Tet sa vie, sa mort, s^m tf immortalité. Si quc-lque clir^se de lieau, de contf solant, par la Ixmté de Dieu, S(f montre à moi, tf je rc'crirai plus simplement ei plus cordiale- « ment. »

Je voudrais donc que du moins ce volume tint quelque chose? de a-s promesses, ou plutôt de ces bons désirs, et que quelque âme soufTrante ou quelque esprit découragé put l'appeler consolation.

Mais la véritable consr^lation ne vient qu^aprés la connaissance et le vif s^Titinient du mal. Il faudrait donc d'abord bien dénoncer a; mal qui nous fait tant souffrir, et bien montrer où c*st la cause de nos douleurs. Cette cause, c'est que les âmi-s ne

LES DEUX EOYERS. 3

se développent poÎDt. Les âmes sont mortes ou endormies. Et tout gémit, tout souffre, parce que les âmes sont mortes, et ne se forment pas k la vivante et\ivifiante image de Dieu. La source de notre âme, et sa sève, sont données. La source de la raison et <le la liberté, la sève de la lumière et de Tamour sont en nous tous. Mais la raison, la liberté, ne par raissent point; la lumière et 1 amour n*éclatent point ; ou bien, si des lueui^ paraissent, elles s'évanouissent en orgueil; si quelque ardeur s^allume, elle se consume en sensualité. Ces lueurs disparaissent en épuisant la source que ces ardeurs dévo* rent en s'éteignant. Le princi|)e de notre âme, toujours dévoré, ne vit pas; les lueurs vaines, et le feu sombre qui lepuisent , ne vivent pas mieux. Ce sont trois forces mortes ou mourantes qui si^ détruisent par la séparation. Le courage, Tintelligence et la sagesse, Tamour et la bonté sont des trésors perdus. L'homme n'est plus que faiblesse, misère , laideur. L'humanité a |)erdu sa beauté ; elle ne |)eut plus aimer, et elle n'est plus aimable. Son premier bien et sa dernière ressource, l'amour, n't^t plus au milieu d'elle pour consoler la terre.

El d'où vient à son tour cotte mort des âmes, et cette ruine des vertus vivificatrices, et cette impossibilité, pourTàmc, de maintenir son unité et de dé-

vdopper,dansleurdistiDction nécessaire, ses forces et ses rayons? Tont cela vient d'une très- imperceptible et habituelle prévarication au centre, au fond du cœur, et d'un secret amour de soi, par lequel, se séparant quelque peu de Dieu , l'âme en détache doucement sa racine , voulant bien vivre des dons de Dieu en elle , mais refusant de vivre de Dieu en Dieu. L'âme ne veut point sortir d'ellemême, comoïc le demandent Fénelon et Itossuet et tous les vTais observateurs de l'âme. Alors se montre la vérité de cette admirable parole : « Jas

■ vertus saintes ne sont pas des états de l'âme |>oa sée en soi , mais des ébns de l'âuic hors d'elle-

■ Diéme et en Dieu ' . >

Ceci veut dire, dans le tangage chrélieii , que l'âme repousse la grâce de Dieu pour s'enfermer dans sa propn* nature. Mais ci>lte nature, etsa vie propre, n'est pas la fîn la plii!» éWée pour laquelle Dieu ait créé l'homme; et il est iiuitilc de nier ou de paraître ne pas voir que, |tar le fait, celle* nature en elle-même est aujourd'hui mala<le. l>i^ sorte que, réduite â soi, l'âme n'a ]ilus les grandes lorces qui viennent directement de Dieu : elle n'a

• Virtnles ooo intra w >ci)ii:rar4'nlij. sf^l cMra n' pfi'jilit-ntiâ

plus la divine auréole de lumière el de feu. Elle se voit nue et dépouillée, et, de jplus, elle sent quelque chose du mal mortel qui la dévore. Elle sent en elle le principe de la mort. C'est la cause de ses larmes. L*âme ne voit plus de bonheur sur la terre, parce que le bonheur est trop court, et parce qu'il est empoisonné. L'âme ne porte point en elle la racine d'immortalité, mais un vide infini, au sanctuaire où devrait vivre le principe de la vie éternelle.

Oh ! qui lui donnera de bien sentir ce vide ! Si elle croit encore au bonheur tel que les hommes l'entendent. Dieu veuille la détromper , et imprimer en sa substance la désolation salutaire, qui est le commencement de la consolation et de la renaissance.

Oui la renaissance ! la renaissance évangélique 1 U D*y a pas d autre consolation , pas d'autre ressource pour lame. Oui, c'est bien l'Evangile, rÉii-angile et la croix, que nous voulons annoncer aux âmes, dans cette seconde partie du livre de la Connaissance de Tâme. Je ne veux phis ui'occuper ici que de morale et de religion.

Que dire de ceux qui nomment leur science psychologie, et qui prétendent connaître l'âme, sans vouloir convenir, avec le Christianisme, et même

« LES DEL'X FO^'EBa

avec Platon, que cette âme est malade, qu'elle est morte en un sens, qu'elle doit renaître, et qu'elle peut trouver, dès ce monde, une vie nouvelle en Dieu ? Que dire de ce naïf aveuglement ? Il faut dire que ces savants abstraits n'ont pas même encore aperçu le coninienceraent ni le but de leur science. Si l'on veut éclairer et consoler les âmes, voici la suite des vérités qu'il faut connaître, et qu'il faudrait pouvoîrdévelopperà la fois avec science, avec simplicité, eu formes \î$ibies et saisissantes.

I.'âme est un mot vivant que Dieu prononce actuellement. L'âme est un germe que Dieu veut développer à son image. L'âme est un vix'ant prin* cipe, excité par l'attrait du désirable et de l'inlelligiMe, et qui cherche à produire et l'intelligence

et l'amour.

L'âme est malade, l'âme est dans l'égoisnie, l'âme

se préfère à Dieu ; l'âme ne laisse pas venir en elle

les dons de Dieu, parce qu'elle refuse de s'écouler

en Dieu par le sacrifice et l'amour.

Dieu parle aux âmes, et au dedans et au dehors ;

mais un grand nombre résistent pendant une vie

entière.

Sous la fermentation intérieure de la vie, l'âme

malade produit un déveIopi>ement bien différent

<ic celui que Dieu veut. Elle ne se développe point

LES DELX FOYERS. 7

à Tîniage de la Trinité incréée. La Trinité créée n\'st dans l*àme quVn puissance. L'âme n*a point un principe fécond, un centre puissant et fort d*oii jaillissent une lumière et un amour vivant. Les trois forces sont divisées, et en se divisant elles se dissipent.

Li\Téeà cette affreuse décomposition, à ces deux foyers dévorants, l'âme se consume, diminue, se léiluit, et, comme s'exprime encore l'Écriture sainte, descend vers le néant. Le néant est le terme vers lequel elle converge, dont elle s'approche toujours, dont elle s'approchera sans cesse, peut-être, sans Tatteindre jamais.

Quittez donc cette forme infernale , o âme , et cette vie pervertie qui vous dévore. Anéantissez en vous ces foyers. Arrêtez cette épouvantable décompiosition de votre être et de toute votre vie. Vous voici divisée en deux \ies séparées. Pourquoi? Parce que vous avez voulu prendre une \\e à part de Dieu. Rentrez dans votre loi. Vos forces, en se di- \i$aut^ se dévorent et s'anéantissent. Qu'elles recommencent à >ivre et à se développer en s'unissant. Cherchez Tunion à Dieu. Dieu rt*ntrera en vous. Dieu vous rendra votre unité, et l'unité refleurira en Dieu et produira le triple rayon de la vie. AlorSf au lieu de descendre vers le néant, vous re>

s LES 1>EL\ FOYECSl

moffitipx vers THn* , ci %ou5 êl^pikcx %eTS la gloire. Et |>f*iil-<4n* monlenez-%oiis, £TandirPx-%o«s toiijotirs dans io ^m du I>k*ii infini, qui peut toujours donner, toujours., sans fin, luie %ie plus al^oïKlante.

Voilà ce qu'il f;iudrait savoir^ e! ce qii il faudrait envLgiu-r. Nous avons c^^mimencè cl* j;i. Mais qui nous d^*nnera de jM^uirsui^Te et d'acl»e\er dans inio plus saisissante évuKnce? Comment donner un corps à ces foniîn!t-s. qni seml 'lent usées et dénuées de sens, de Insniere et de coi^^^ijalion, à ceux dti moins qui n'en ont paî. quelque e\|x*rience, et qui n'en sou|H;oniient j^as toute la vivante n'^alitê?

Montrons-Ienr donc d'alionl , de notre mieux, le mal« la maladie, la mort de Tàme, cet é^roisme qui la sé|iare de Dieu, qui la d:>i>c\ qui la coupe en deux vies qui s'annullent.

Mais cet égoîsme en lui-même ne |kmiI se voir. Il n'est visible que far ses elïets, |^r ses deux formes et ses deux fovers. I^ il «Vlatedausson effrovable énenjie. L'un des deux e>l Tahusde la lumière, l'autre l'abus du feu. L'un <!é\ore la Iumien\ l'autre le feu. Les deux ensemble êpuiM'ut la s«Hirce «le l'âme en la déi^om|x>saiit sans cesse en lucnirs qui s évanouissent et en ardeurs qui se dévorent. Essayons de le bien montrer.

LES DEl \ roiERS.

Noiis somiuos daiis régoîsme. Qui |)eut feiiicin^

do risnomr?

Prnir nier l'rî^oïsnio, il faut nier lo mal. C'est, il «st \ rai, ce que Ton tente. Ijcs sophistes conteni|K>rains ont écrit : « que le bien et le mal ne sont |)as « aussi op|X)ses qu*on le pense. «

Ainsi, |x>ur nier Tégoîsme, comme vice, il faut nier le mal. Mais, rvciproquement , pour nier le maK il faut nier Tc^oîsme comme fait. Car si Fêjzoisme ne |ieut ètiv autrement défini que comme l'amour du moi poussé jusqu*au mépris d'autnii, lie Tonlre et de la justice, et si, de fait, Thomme saime avec désordn\ il sVnsuit que l'égoïsme du moins est un mal, ce qu'implique sa définition.

iV, quant au fait deTégoïsme, il n'est |Kisa prou- ^or. Un fait se montre et se décrit. Décrivons-le.

Puis-je ne |vis voir que je me préfère a autrui, à l'onlre, à la justice et à la vérité; |Xir conséi]uent A DiiMi; que non-seulement je me préféix* à mc*s 5eml>lables , mais que j'accepte , pour ini |Hni de KMihtnir, um* grande souffrance d'autmi ?nien plus, pnis-je récuser l'histoire, quand elle me montre quV OTtaines A nies aimaient à n^le^er leur propre joie

par la doiiloiir dos autres; quand elle constate ce fait si général du sang humain mêlé aux grandes orgies, et qu'elle me montre non-seulement des proconsuls faisant massacrer des esclaves, dans leurs festins, pour leur plaisir et celui de leurs courtisa* nés, mais encore d<*s peuples entiers ivres de joie et de plaisir au spectacle des gladiateurs qui s'égorgent? N'est-ce point là de l'égoïsnie? Et n'y a-t-il pas là de mal ?

Que chacun descende en son cœur. Qui n'a pas eu, dans sa vie, quelque heure de féroce passion où l'on eut accepté la destruction du genre humain, pour vivre dans sa concupiscence satisfaite à ce prix ? De sorte que tous les hommes ont pu se sentir, quelque jour, frères de Néron, qui brûlait Rome pour son plaisir, ou de Caligula, qui souhaitait que le genre humain n'eût qu'une tête, afin de la couper. Dans pn»scjue tous les cœurs il y a un Néron, sinon développé, du moins en germe.

Notre égoîsme (*st si aveugle et si contraire à l'ordre en tout, que non-seulement l'homme se préfère à Dieu et à Thumanité, mais que de plus, il se préfère lui-même à lui, lui-même dans sa joie présente, partielle, passagère et honteuse, à lui-même dans sa joie durable. Non-seulement les hommes qui croient très-fermement à la vie à venir et à ses

LES DE13X FOYERS. ii

condirions, la sacrifient mille fois et presque constamment au bonheur de la vie présente; mais ceux qui voient, par expérience, au bout de la {>assion et d'une joie d*un moment, la souffrance, le regret permanent^ la maladie, la mort peut-être ; qui savent que la \ictoire sur la passion serait la joie durable, le bonheur, la santé, Thonneur, la régénération morale et intellectuelle, ceux-là même s'aiment arec tant de désordre , d'aveuglement et de folie, qu'on les voit très-souvent risquer la vie pour un moment de joie ; et Ton peut dire que dans tout homme, il y a le germe de ces fureurs qui forçaient les amants de Cléopâtre, à dire : « Je veux c mourir demain ! »

Ces faits sont-ils douteux ? N'y a-t-il point là de désordre, point d'égoîsme, pas de mal ?

« Nous naissons injustes, dit Pascal, car chacun « tend à soi. Cela est contre tout onlre : il faut teni dre an général : et la pente vers soi est le com- « mencement de tout désordre, en guerre, en poli- « tique, en économie. »

« Quiconque ne hait point en soi cet amour pro- « pre et cet instinct qui le poAe à se mettre au- « dessus de tout est bien aveugle * ! »

• T«M n, p. 3€6. fidit. de la Haye.

Pascal, comme Platon , comme Malebranche, et comme tous les vrais philosophes, a vu que nous naissons et sommes dans un état dVgoîsme absurde et mocstrueux, qui consiste à vouloir, en toutes choses, nous faire centre, princi|)e et tout.

a Dieu, dit Pascal, a voulu faire des êtres qui « composassent un corps de membres pensants. « Tous les hommes sont membres de ce corps ; et a pour être heureux, il faut qu*ils conforment leur a volonté {particulière à la volonté universelle qui a gouverne le corps entier. Cependant il arrive sou- « vent que l'on croit être un tout, et que ne se a voyant pas de corps dont on dépende, l'on croit a ne dépendre que de soi, et l'on veut se faire ceiia tre et corps soi-même. Mais on se trouve en cet « état comme un membre séparé de son corps, qui, a n'ayant point en soi de principe de vie, ne fait a que s'égarer et s'étonner dans l'incertitude de a son être. Enfin, quand on commence à se coua naître, l'on est comme revenu chez soi. On sent « que l'on n'est pas corps ; on comprend que l'cni ce n'est qu'un membre du corps luiiversel; qu'être a membre c'est n'avoir de vie, d'être, de mouve- « ment que par l'esprit du corps et pour le corps; ce qu'un être séparé du corps auquel il appartient, « n'a plus qu'un être périssant et mourant ; qu'ainsi

LES OEIX FOYERS. 13

« Ton ne doit s^aimer que \youv le coqis, ou plu- « lot qu^on tie doit aimer que lui , parce qu'en « Faimant, on s'aime soi-même, puisqu'on n'a c d*étre qu'en lui, |)ar lui et pour lui. »]

On ^mit se fiiiro centre, se faire tout, se fairo principe. On s'isole de l'universel et de l'ensemble. On se sé|)are de Dieu aussi bien que du genlt^ humain. MalebraïK'he voit k*s mêmes choses : « C-om- « ment, dit-il, dounera-t-on à chaque chose le rang « qui lui convient, si l'on n'estime rien que |)ar « rapporta soi? Certainement, si l'on se regarde « comme centre de l'univers, tout l'ordix? se ren- « \erse, toutes les vérités changent de natiuv. in « Jtamlpeau de\*ient phts grand quune vioile , xm « fruit plus estimable que le salut de l'État. I^ « terre, que les astronomes regardent comme lui c point jiar rapport à l'univers, est l'univers même. « Mais cet univei^ n'est eucon^ qu'un point |)ar « rapport à notre êtix* même. Dans certains mo- « ments , que le coqis |>arle et que les {Kissions « sont râiues, on est prêt, si cela se pouvait, à le « sacrifier à sa gloire et à ses plaisirs ' . »

Mais , regardons de plus près encore le monstre de l'cgoisme.

, cliap. ▼.

ik LES DEUX FOTEB&

N'est-il pas vrai que celui qui contemple no horizon physique, le voit toujours, et três-eiLacte* ment, sous la forme d'une spliêre, dont son œil est le centre et sa puissance visuelle le rayon ? C*e^l précisément pour cela que la voûte célestt* est uim' sphère. C'est qu'en effet tous les objets visibles se projettent nécessain/ment et toujours sur une i^>hèredont notre œil est le centre; et Tœil rapporte tellement tout a lui-même, qu'en se rapprocliant de nous tout grossit ; tout diminua*, pâlit, s'efface en s' éloignant de nous ; ile sorte que le plus petit de nrjs doigts, près de nos yeux, nous cache une ville ou une montagne dans le lointain, ou, comme le dit Malebranclie, qu'un flamlieau e^t plus gra.nd qu'une étoile.

Et que serait-ce si l'illusion allait être la même pour les grandeurs intelligibles, |K>ur la coui|>âraison des £iits moraux et d(*s autres esprits à moi ? Malheureusement il en est ainsi, avfc ctnte différence pourtant que, dans le monde des corps, l'exp'rience nous a bientôt appris à n*dresser h*s illusions d'optique, mais que, dans le monde dt-s esprits, un très-grand noinbn' d'hommes , et des

mcUleurSy surtout des plus savants, prennent pour la vérité les illusions les plus énormes.

Oui j surtout parmi les hommes qui pensent , tout ce qui tient à la mesure et aux rapports du Moi à ce qui n*est pas Moi, dans Toixire moral et intellectuel, est vu par Fœil de Tàme, comme un horixou physique par nos .yeux. Un très «grand nombre d'hommes, sans bien s*en rendre compte, croient ceci : que le monde des esprits est une sphère dont leur œil est le centtt? , et leur puissance \isuelle le rayon ; et, par suite, qu*une do leurs pensées est plus giaude en réalité que la pensée des siècles, des générations et des peuples

qu'on aperçoit dans le lointain du monde et de riiistoire.

Celte assertion qui semble à peine sérieuse n'est cependant qu'mie vérité rigoureuse et précise. Nous allons le montit^r.

On sait qu'il y a, dans la vie, une heure de puberté intellectuelle où les mots prennent lui sens nouveau , où la vue de Tc^prit se forme , où les idt\^ sont }X>ur nous tout à coup comme des objt*ts vi\ants; c'est l'heure de la jXMisét* virile, A vi-ai din*, ci^tle heure n'est pas donnée à tous, et l'époque de ce dévelopjKMuent intérieur varie lx*aucoup.

16 LES DCn FOTEKS.

QiM>i qu'il en soît, n'a-t-on jamais remarqué ce qni arrire , à peu près inévitablement , au jeune bcMnme, en ce mcNoient on il par^ ient k la puberté de Tesprît? Un immense orgiu-il se déclare, un égoîsme spirituel Traiment étrange se dévHop|je, comparable à Tégoîsme s(*nstiel, qui se dé^elopp' à répoque de la pnljerté coq>oreHe. L'horizon s'illumine pour cet esprit naissant, mais prend autour de lui , comme centre , la redoutable foruH' spbériqiie : il voit Tapparence déce\'ante d'um* S{>hére précisément éïï:ale à la portée de son reganl. Ce point de vue rt cette portée de vue deviennent pour cet esprit le mètre universel et le point de rapport de chaque chose. Dans le premier mo* ment, cette illusion est à peu prés irrésistible. Pourquoi ? C^est que malgré Textrème puérilité de Fillusion et son extrême énonnîté, il se passe cependant une grande chos<* dans cet homme qui parvient à la virilité et à Toriginalité de la ptnisée. En ce moment, pour lui, le snleil intérieur se lève : le soleil de rintelligence se lève sur c<*t esprit : vu un instant, les objets intérieurs de la pensée, qui étaient plongés dans la nuit, et dont Tesprit ne voyait rien, sMIluminent et de\ieiHient vîsiblt*s- Comme ce spectacle est vraiment grand , et semblable au s|iectacle de la nature sous le soleil Ic^-

\aDt, est-il possible qu'une très-grande joie et lui très-gratod orgueil n*assaillent Tàine , quand elle se dit : Cette belle lumière, c*est moi !

\o\ez maintenant la conséquence pour la corn- Ijaraisou des autres à nous-mêmes , quand notre ùme est dans cet état. Il nous est impossible de voir la pensée d*autrui aussi lumineuse que la uotre : la notre, nous la vovons elle-même. Elle t^st cette magnifique lumière, en qui nous >îvons et nous sommes; mais celle d'autrui arrive à nous sous Tinfidèle et tenie enveloppe des mots. Que sout ks mots en face de cette lumière? 11 nous est donc comme impossible de ne pas croire — du oioins nidle illusion d*optique ne peut être plus forte — que cette tète, dont Taurèolc interne vient iiéclater, est le point le plus lumineiu du monde.

Eh bien, cette étrange, mais puissante illusion, la plupart des penseurs y restent, et s y enfoncent profondément. Presque tous les esprits qui pensent, vivent isolés. Chacun au centre de sa sphère ne voit que kii : les autres, au loin, lui apparaissent comme des astres de nuit qu*on entrevoit sans Ws comprendre; et quand, dans les élans de la pensée actuelle, notre propre soleil se lève et s*apercoit directement et sans nuages, il efface même, dans notre ciel , ces faibles traces des soleils les

vt. â

plus proches. Oui : on est le soleil : le reste, tous les autres esprits, sont des étoiles effacées par le jour. La lumière actuelle de l'idée, dans notre esprit, efface toutes les lumières, comme le soleil sur rhorizon efface et supprime à nos yeux dt*s millions de soleils et de mondes, aussi grands ou plus grands que le nôtre.

C'est que les âmes ne sont pas, comme elles devraient, une seule âme unie, et, comme le dit Pascal , un seul corps vivant et pensant. Chacun est centre ou se fait centre, et ces âmes, supérieures à l'espace parleur nature, sont dispersées, par leur égoïsme, comme les étoiles au sein de l'étendue.

Comment expliquer autrement les phénomènes intellectuels, vraiment étranges, qui se passent sous nos yeux , et qui se sont passés dans la plupart d'entre nous? Comment expliquer cette lamentable division, cette dispersion et cet isolement intellectuels qui, dés les premiers moments de la pensée individuelle, rompent pour chacun le cours puissant des traditions; rendent vaine toute l'expérience des siècles et toute la sagesse des anciens ; effacent le sens, presque sacré, des plus constantes pensées du genre humain ; annulent l'autorité des plus puissants génies et l'éclat des plus grandes lumières, en face de l'indocile et orgueilleuse pau-»

MHè des plws faibles esprits; les séparant ainsi de b raison commune répandue dans Thumanité, et plus eiKt>rp de la raison étemelle qui est Dieu.

Quel est, parmi nous, le jeune homme, j*excepte les vrais chrétiens, qui ne croie sincèrement avoir Iteaiicoup plus de lumières, une connaissance sans comparaison plus profonde de Thomme, de la natim* et de la société, de l'utile et du ^Tai, de Dieu rt de ses rapports au monde, que le xvii* siècle, nnini au xiii*, réuni au siècle des Pères ? Tout cela hiî semble nuit close ; il n'y voit rien ; et sur le té* mo^inasr^ de ses veux, qui, ne |x>rtant pas jusquelà, n'y voient rien en effet, il juge que tout ce passé n'est que nuit. Comme, d'un autre coté, on trou^^ en soi une hunière réelle, la lumière naissante de b raison, dans bquelle on voit en effet le sens de plusieurs mots, et quelques vérités, on ne met {las même en comparaison cette lumière manifeste avec toutes ces ténèbi^es du passé. On se croit, non pas peut-être personnellement plus grand, mais du moins plus dans le vrai que Bossuet, Fénelon, Pascal, Leibniz, saint Augustin, saint Thomas dWquin ; que tout le sombre moyen âge, que le royal et dévot x%Ti* siècle, que tout le siècle fanatique des I¥res, que toute la fabuleuse et radoteuse antiquité. Oui, tout cda parait moins lumineux qu'une

seule de nos pensées, et, tout considéré, en présence de la lumière naissante dans notre tête juvénile, on s'écrie : Ce que je vois , nul ne Ta vu ; il y a du nouveau sous le soleil.

Ces inexplicables excès d'aveuglement sont, di&> je, beaucoup plus répandus qu'on ne croit ; la plupart des jeunes hommes non chrétiens, et non pas seulement ceux qui pensent, mais ceux-là même qui ne vivent que de lumière empruntée, c'est-àdire que de mots et du peu de lumière nécessairement attachée aux mots, des enfants qui n'ont jamais pensé, qui peut-être ne penseront jamais, sont dans le même orgueil.

Qu'est-ce que ce fait formidable, si commun parmi nous, d'un écolier qui, l'âge venu, sous l'influence de la puberté physique, et par suite de ce phénomène nouveau et de ses misères, déclare tout à coup qu'il n'est plus ni catholique, ni chrétien et qu'il ne croit plus même en Dieu ? Quiconque s'est occupé des enfants et a reçu leurs intimes et sincères confidences, connaît ces choses. Cet enfant donc déclare cela; pour lui, maîtres, parents, Eglise et tradition, grands hommes, grands auteurs et grands siècles, toutes ces autorités sont nulles et non -avenues : tout cela n'est pour lui que mensonge, sottise, hypocrisie, supei*stition ,

LES DEUX FOreKS. . 21

ténèbres ; lui seul sait a quoi s'en tenir, et il s'y tient • .

A ce compte, et en ce sens, que d'hommes demeurent écoliers toute leur vie ! N'est-ce pas là l'état, aujourd'hui en Europe, de la majorité des hommes qui ont appris à lire, et même d'un grand nombre de ceux qui gouvernent le monde par leur plume, leur importance ou leur richesse ?

Voilà les faits.

Il est donc vrai que le sens intérieur de nousmêmes nous tient dans la même illusion que le sens eitérieur. On croit ceci : que le monde est une sphère dont nous sommes à la fois le centre et le rayon. Mais la raison nous a été donnée précisément pour l'edresser les ilhisions des sens. Tous les hommes, après quelques années d'enfance, corrigent l'illusion dans les sens extérieurs, mais presque aucun n'applique la nécessaire et raisonnable correction aux illusions du sens interne. Nous sommes dans un égoïsme intérieur prodigieux, monstrueux, risible. Nous nous voyons nous-mêmes à l'exclusion des autres, et nous nous aimons nousmêmes contre tous. Nous sommes tous <c ces esprits

* Les dix U^^nes qui précèdent sont enopruntécs à notre Sophts^ Uque contemporaine.

22 LES DEUX fX>YERS.

a étroits, dont nous avons déjà parlé, qui voient « clair dans k>urs petites pensées et ne voient rien B dans celles d'aiitrni; esprits à courte vue, esprits a de ténèbres, qui, de près, voient ce qui est obsa cur, et ne voient pas de loin ce qui est lumia neux. n

Nous naissons ainsi. « C'est une manifeste in- « justice où nous sommes nés, dit Pascal. . . CeiK*!)- « dant nulle autre religion que la cbrétienne n'a a remarqué que ce fût un pécbé , ni que nous y « fussions nés, ni que nous fussions obligés d'y ré- K sister, ni n'a pensé à nous en donner les re- « mèdes ' . o

Nous venons de décrire surtout l'égoïsme de l'esprit, l'orgueil, l'abus de la lumière. Décrivons l'égoïsme des sens, la sensualité, l'abus du feu.

Ce ft'u, qui doit donner au cœur de l'homme ses mouvements, à sa volonté son élan, à ses membres leur force, ù son sang la fécondité et la pater^ nilé; ce feu dont on ne connaît [las encore bien l'origine, ni la nature, ni la destination entière ~—

' T. n, p. 365. Edit. de la Haye.

caroD sail ce qail peut quand il se répand, non ce qu'il peul quand il est contenu — ce feu, qui n*est pts seulement corporel, qui tient au cœur, qui est mAé d'amour, ce feu, qu*en £aûsons-nous ?

Jl^ant rage, avant que la puberté des sens, antérieune à celle de Tesprit, ne le rende manifeste en nous de latent qu*il était, et ne lui donne sa destiuadon légitime, un égoîsme peners et une cupidité prématurée, dans la plupart des hommes, en dtvouvre les retraites cachées, et en provoque, malgré la nature, les formidables et foudroyantes explosions.

Virgile disait, en parlant des premiers jours du monde et de la création naissante : « Les créatures, • tendres encore, eussent - elles pu supporter ce c labeur? »

\ec ras faune leners posseot perferre laborem ;

que dire de Thomme naissant, et de ses tendres onranes, livrés à ce feu dévorant ?

11 faut dire de ces irré|xirabli»s combustions ce qiiî t^ écrit au livre de Job : « Ce feu-là consimie c tout, et bmie la vie dans tous ses germes et dans r toutes ses racines ' . »

* Iznisesl usque ad internecionem devorans, et omnia eradîcans .^nuDÎna. Job. wxi, 12.

n LES DEUX FOYERS.

Voilà l'usage que Taoïsme des sens fait de ce feu, avant le temps. Le temps venu, voici ce qu'il en fait :

La puberté, d'ordinaire arti6ciellement provoquée, survient, et rend continue, débordante et dominatrice, la flamme d'abord intermittente : les forces nouvelles, données par la nature, sont dévorées comme les anciennes, et le corps entier n'est bientôt qu'un holocauste au feu d'enfer.

L'égoïsme et la per\'ersité des sens, qui veulent jouir, dévorent ainsi l'homme tout entier dans son germe et sa fleur. Tout le feu à venir, toute la force future, sort avec violence en brillant. Le feu parti, et ses ressources dévorées, il ne reste que cendres. Le cœur, c'est-à-dire le principe de la vie, dans tous les sens du mot, « le cœur n'est plus que cendre, a selon la forte expression biblique {Cinis est enim cor ejus '). Ix* ressources de l'amour élevé, les poésies de l'adolescence, prêtes à éclore, les enthousiasmes de la jeunesse, le sens de l'inânî, les forces futures de la raison virile, et la sagesse promise à l'automne de la vie, tout est perdu d'avance. Une maturité vide, pleine de vieillesse prématurée, une longue, stérile, infinne d(^répitnde,

' Sap. JLv, (0.

est déjà posée en principe dans l'âme et dans le corps brûlé de cet adolescent. Les sens déjà sont afiaiblis , comme chez le vieillard épuisé ; les organes les plus délicats et l'instrument de la pensée, ravagés, durcis et flétris dans Tégoîsme furieux des sens. Cet homme s'est suicidé.

Mais de toutes les forces détruites par ce suicide égoîstique , qui ne sait que l'amour , l'amitié , la charité et la pitié sont les premières anéanties , et que les hommes ne sont pas plus isolés par l'orgueil que par la sensualité !

Oui , c'est ainsi que sous le poids de l'égoïsme inné, l'immense majorité des hommes venant en ce monde , sont perdus , détruits , annulés et foulés aux pieds par le vice, avant la fin de l'adolesconce : toute leur noblesse est enlevée, toute leur beauté flétrie : toute possibilité de grandeur, de génie, d*héroîsme et de sainteté, est perdue. Le monde n'a déjà plus rien à attendre de ces survenants, ni secours, ni gloire, ni progrès, ni lumière ; ils languiront chétifs , chagrins d'esprit et de corps , dans la ser\ile et basse condition qu'ils se font; ils souffriront, travailleront sans fruit jusqu'à la mort, sans autre fruit du moins que de se concilier, peutêtre , à la fin , par ini [>eii de bonne volonté , la pitié de Dieu, pour entrer dans une autre vie.

M LES DEUX FOYEBS.

Ainsi, presque tous les hommes , par Taoïsme pervers des sens, se séparent librement, dès leurs premières années, de la vie pleine, comme bientôt ils se vont séparer, par l'égoisme de l'esprit, de la lumière universelle, se séparant d'ailleurs, et s'éloignant aussi les uns des autres , à mesure qu'ils s'éloignent de la lumière et de la vie.

Mais certes tout n'est pas dit sur l'épouvantalile puissance d'homicide du sens pervers livré au feu mauvais.

Sans parier des poisons mortels que là nature mêle à ces joies coupables, comme châtiment ou comme menace; sans parler de ces contagions vénéneuses et de leurs traces indélébiles, transmissiblcs par hérédité ; sans parler de ce lépreux de la détiauche, qui reste marqué de ses plaies vives, ou de ses cicatrices toujours terribles, et qui, avec la perfide impudence de l'égoisme, les apporte, en dot sécrète , à sa virginale fiancée , cl en héritage imprévu à ses ûlsjsans parler de tous ces accidents extrêmes, et de toutes ces complications étranges du vice et de ses châtiments; voyons le spectacle ordinaireque nous présente letravail même de la génération dans toute l'humanité : mystère d'iniquité répandu sur la face du globe, horrible fermentation dont on ne peut [las dire, s'il en sort la mort ou la vie.

La mort, je Ton vois bien sortir. Je vois partout, sauf de rares exceptions, le but de la vie oublié, la nature insidtée, des millions de germes broyés comme par la dent des bétes; Tbomicide à tous les degrés; depuis la vie refusée, jusqu'à la vie arrachée dans son germe et son premier commencement, par une abominable opération qui a son nom dans toutes les langues, et non pas seulement chez le nègre abruti, comme le disait M. de Maistre. Puis je vois ces continuels massacres de nouveaunés, pratiqués dans tout TOrient et ailleurs, et moins d*bommes naissants conservés, que d'hommes naissants jetés à la voirie, aux bétes, aux fleuves et aux torrents.

Ainsi, je vois bien, en effet, sortir la mort de cette fermentation putride.

Sous un autre rapport, je vois encore les hommes continuant à s'y éteindre et à s'y épuiser, pendant tout Tâge viril : se plongeant dans la criminelle volupté sans relâche, sans ces intermittences que la nature apprend aux animaux, que la nature et la raison indiquent aux hommes : je les vois mourir par là chaque jour, au lieu de grandir dans la \ie; je les vois, après l'âge fixé par la nature, continuer sous l'entraînement de l'égoïsme sensuel, et feindre de transmettre la vie qu'ils ont tant de

LUS UOOL FOYERS.

V % iii:»co. hi hi^ \ois s'attacher à la chair et an

oi^, s.' o/lk'r s la terre par le ventre, jusqu'à

. lu un: du Ji^pait, jusqu'au moment de se lever de

Il I tt: •L (Ji; (paraître devant Dieu. Ils n'ont pas pris

Ir t(jiij|j^ dv vi\Te avant de mourir.

II.' voiÀ donc bien sortir la mort de cette ferment:iiuMU pn-sque partout, presque toujours, et la vie M^ult^uient par exception, par accident.

Et encore! r^rdons de près la vie qui sort de la.

Examinons ce petit nombre des élus de la génération : voyons la vie telle qu'elle leur est donnée. Ijorsqu'elle n'c*st pas directement empoisonnée dans sa source par la transmission d'un venin saisissable, je la vois commencer fiévreuse, chétive, ulcérée, grosse des excès qui vont la perdre, ou incapable de traverser la première chute des feuilles. Je vois la moitié des naissances retomljer dans la mort, avant qu'aucune lumière, aucune parole, aucun amour ait atteint ces germes humains, ou qu'aucun acte libre en soit sorti : et ceux qui échapperont à tous ces filets de la mort, sont lancés dans le sens de la mort par l'esprit même et la tendance qui préside à leur conception ; ils sont suivis et surexcités, dans le même sens, pendant leur long sommeil, dans leur premier })erceau, par la per-

IJSS DEUX FOYERS. 29

^^ersîté sensuelle qui les couve ; précipités , enfin , par toutes les impulsions originelles dans la voie maladive d*avidité mortelle qui cherche le feu avant le temps, et qui en abuse en tout temps, et perd la w en le cherchant.

Telle est la puissance d*homicide de Taoïsme sensuel. C*est ainsi que, par égoisme, les généra* tiens successives se transmettent la mort, mêlée à la vie que Dieu donne.

Un mot encore sur le suicide moral et intellectuel pratiqué par le sens peners. Il est encore parmi nous des hommes, de prétendus savants, qui nient le danger corporel du feu ! Nous leur répondons dans ces pages. Quant au fait de suicide moral, voici ce qu*on en a pu dire : « La manière de juger du

< siècle, en ce point, comme sur tant d'autres,

< tient à une sorte d'indifférence qui en use d'ail* « leurs, selon son plaisir, à un mépris tolérant, « qui se satis£ùt et ferme les yeux. Les matérialistes c et de nos jours la plupart des hommes le sont « du moins en partie) envisagent le fait de vo- « lupté comme indépendant presque du reste de la c conduite, comme agissant simplement dans l'or- « dre animal, par fatigue, ou excitation ; les plus ■ ph^-siologistes vous parleront même d'une réac- « tioo réputée avantageuse au cerveau. Les pères,

1 frères aînés et tuteurs, dans les conseils qu'ils e donnent à ce propos, en font communément, « une aflaire d'hygicne, d'économie, de régularité. a U y a, dans tout ceci, un oubli profond du cùlé

a le plus cs54^'ntiel et le plus délicat Si nous

« entrons dans la sphère vive et spirituelle, dans « celle des idées, là, tout contrecoup est un dé- B sordre, toute déperdition une décadence. A ce « point de vue, qui dira combien dans une grande a ville, à de certaines heures du soir et de la nuit, « il se tarit de trésors de génie, de Iwlles et hienfat- « santés œuvres, de larmes d'attendrissement, de

■ velléités fécondes détuiiniés ainsi avant de naitn>, " tués en essi-nce, jetés au vent dans une prodigaa lité insensé«>! Tel qui était né capable d'un mo- (c nument grandiose cou{>era, cliaque soir, à plaiu sir, sa pensée, et ne lancera au monde que des

■ fragments. Tel en qui une création sublime de 0 l'esprit allait éclore, sous une continence sévère, a manquera l'heure, le |>assage de l'astre, le mo- » ment enflammé qui ne se rencontrera plus. Tel c disposé par la nature à la bonté, à l'aumÛDc et a à une charmante tendresse, de^iend^l lâche, a inerte ou même dur. Ce caractère qui était près

a de la constance restera dissipé et volage Ce

« qu'il y a de plus subtil et de plus vivant dans la

« matière, ainsi jeté, tiré à mauvaise fin, et n*étant A plus là en nous, comme la riche étincelle divine, « pour courir, pour remonter en tous sens et se « transformer, cette âme du sang, dont II est parlé « dans l'Écriture, en s'en allant, altère Thomme et « Tappauvritdans savirtualitésecrète, le frappe dans « ses sources supérieures et reculées. Voies inson- « dables de la justice. Solidarité de tout notre être ! « M}*5tère qui est celui de la vie et de la mort ' . » Et non-seulement le mortel égoïsme du sens pervers domine Thumanité ; mais quoique ses lamentables conséquences soient sous nos yeux ; quoiqu'on en voie sortir la mort partout semée, Fabâtardissement manifeste du geniT humain ; quoiqu'on nomme et décrive les maladies et les infirmités qui en résultent directement; que Ton cite et raconte les crimes, les violences et les ruines qui piUlulent en tout temps de cette racine immonde : pourtant cet abus impur de la vie, par égoïsme , n'est pas seidement accepté , mais il est encore provoqué librement , encouragé avec sourire et avec joie, cidtivé, recherché , adoré par la masse des hommes , depuis le commencement du monde jusqu'à présent.

' Saiote-Beu^'e.

L'antiquité Tadorait formelleinent. Des temples, des chants sacrés, tout un culte secret, tout un culte public, honoraient Priape et Vénus impudique. Non-seulement dans les théâtres, mais encore dans les temples, le spectacle de la débauche en action, présenté avec art, était offert aux hommes, pour réveiller leurs sens éteints, s'ils languissaient et cher* chaient du repos.

Je l'ai vu de mes yeux , dit saint Augustin , j'ai vu pratiquer dans les temples, les dernières

infamies. « Ante ipsum tamen delabrum

a ludos intentissimi s))ectabamus : Cuncta

« obscœnitatis implebantur officia Exhibeba-

« tur quod de templo domum matrona doctior a reportaret. >*onnulla; pudentiores avertebant « £siciem ab impuris motibus scenicorum, et « artem flagitii furtiva intentione discebant. Hoa minibus namque verecundabantur , ne aude- « rent impudicos gestus ore liliero cemere; sed « multo minus audebant sacra cjus quam vecr nerabantur, casto corde damnare. Hoc tamen « palam discendum pnrbebatur in templo, ad « quod perpetrandum tamen secretum qua^rebatur a in domo

« Ha*c oculis et auribus publicis civitas tota dis- « celiat, luec commissa numinibus placere cerne-

« batf et ideo non solum illîs e\hibon<la, stnl sibi « quoquc imitanda credebat ' . »

Non-seulement dans rantiquité, mais parmi nous au sein du christianisme, qu'est-ce que provoquent nos théâtres, nos arts, la plus grande jiartie de nos livres? De quoi parlent les hommes, à quoi pensent-ils? «r De quoi s'entretient la jeunesse, dit « Bossuet; de quoi s'occupe notre jeunesse dans « cet âge où Ton se fait un opprobre de la pudeur ? « que regrettent les vieillards, lorsqu'ils déplorent « leurs ans écoulés; et qu'est-ce qu'ils souhaitent t continuellement de rappeler , s'ils pouvaient , « avec leur jeunesse , si ce n'est les plaisirs des « sens ? »

Les hommes, sur ce sujet, ont tellement encore des yeux pour ne pas voir, ou plutôt, lors même qu'ils voient tout , ils \ivent encore , en si grand nombre , de leur pleine et entière volonté , dans Têgoisme sensuel et ses ignominies, que la société, même la plus civilisée, n'ose pas encore proscrire le crime d'excitation publique au désordre des sens. On sait que ces excitations tuent plus d'hom* mes, corporellement et moralement, qu'aucun fléau, qu*aucuu poison; on proscrit pourtant le

' Glé lie Dieu, liv. II, chap. xxvi et xxvii,

ft

Zh LES DEUX FOYERS.

poison d'où peut sortir qiK'tqiiP ran> accident; on n'ose pas loucher l'art païen, le théâtre impudique, les lettres corruptrices qui surexcitent l'impure fermetilaliond'où niissellent la dépravation et la mort sur la suite des géuératious. On laisse passer et circuler la mort, sous prétexte de lilM-rté! 1^ loi n<> s'arme pas, la société ne se soulève pas, l'instinct sacré de la patentité n'inspire pas tous li-s pên-s! On ne voit pas que le premier devoir des peuples qui veulent^ vivre et grandir, est d'arrêter ce torrent de mort, pour que les hommes deviennent plus beaux, plus forts, plus sains, plus calmes, plus courageux, plus intelligents et plus sages; pour que la grandeur d'âme, c'est-a-dire le génie, l'héroïsme, la sainteté, puissent apporter au monde leurs fruits. Non, les peuples acceptent encore, tolèrent encore le culte du mal et de la mort. On adore encore les faux dieux, les dieux île l'homicide. Mars et Vénus, c'est-à-dire I«*s dixiiiités iuf«-males qui perdent l'humanité, qui détruisent et brûlent dans son germe toute esjtérance de «'génération et de prr»grès.

Aveugles et coupables qui ne Toi<-nt pas que la vieille société {laîenne a |Mri dans la honte, daris des floli de saii;;el(ielarun->, parce que, déplovant soo principe, elle en est venue au sin-ctacle, et à

renseignement public du meurtre et de la luxure, au nom de l*état et de la religion ; pratiquant ces deux crimes fondamentaux par édits des pontifes et des empereurs, et par voie d*administration publique !

Aveugles et coupables qui ne voient pas que la civilisation moderne repose sur une révolution rvligieuse radicale, sur le contraire de Tégoïsme, c'est-à-dire sur le sacrifice; divine vérité religieuse qui proscrit comme satanique ce qu'on adorait comme divin ; qui a forcé Tétat, après un combat de trois siècles, à cesser le spectacle, le culte, renseignement public du meurtre et de la débauche !

Aveugles et coupables qui ne voient pas que, si, malgré cet immense progrès , la société moderne languit, et tourne sans avancer, c*est parce qu'elle est livrée à deux forces contraires, d'une jKirt le vice perpétuellement excité, de l'autre la religion qui proscrit et condamne absolument ce que les mœurs publiques et l'opinion, les spectacles, les lt*ttn*s y les arts provoquent , sous la tolérance de la loi, et souvent avec son appui !

Aveugles et couj>ables qui attendent un progrès

du monde et une transformation sociale, et ne

voient pas que ce progrès est éternellement imposai

sible oïl qu'il est à celte condition inespém* : proscription parles mœurs publiques, l'opinion, les lettres, les arts, du culte de Vénus criminelle!

La société a enseigné ce culte d'accord avec la religion, c'était la mort.

La société a cessé cet enseignement , mais elle l'a toléré, malgré la religion : c'est la lutte entre b vie et la mort, lutte à laquelle nous assistons.

Que la société tout entière le proscrive, et ce sera la vie, autant du moins que la vie peut régner sur cette terre.

I.*s terribles vérités qui précèdent sont-elles assez certaines et assez saisissantes ? Est-il vrai que, par sa pente iuné(>, l'âme se divise en deux foyers mauvais, dont l'un peut s'appeler l'abus de la lumière, l'oi^ieil ; l'autre, l'abns du feu, la sensualité ?EJit-il vrai que cette double force fie décomposition morale et intellectuelle est, sur cette terre, le princi|M' de la mort, de la douleur, des lannes et de l'avortement de tous les divins germes que l'Ame de l'bomme pourrait dévelopjier?

Nous le disions en commençant celte partie de nos méditations sur l'âme : a T/-s âmes sont mortes

c ou endormies, et tout gémity tout souffre, parce c que les âmes sont mortes, et ne se forment point « à la vivante et vivifiante image de Dieu. » Nous ajoutions : « La véritable consolation ne vient qu'ait près la connaissance et le vif sentiment du mal. » Quiconque a bien voulu méditer avec nous ce qui précède, doit maintenant, ce semble, bien connaître et sentir le mal.

Oui , les âmes sont mortes ou endormies ; elles ne se développent point à la vivante et vivifiante image de Dieu. Il n'y a pas, sur notre terre, assez de force, de constance, de courage ; pas assez de sagesse, d'intelligence, de science; pas assez de bonté ni d'amour, parce que l'âme détruit sa lumière par l'oi^ueil, ruine son feu par sensualité, et se dessèche jusque dans sa racine par ces deux formes de Taoïsme. L'oi^ueil ruine les intelligences ; la sensualité détruit les corps, éteint les cœurs ; Tégoîsme sépare tous les hommes les uns des autres et de Dieu ; le faisceau de la famille humaitie est brisé, comme chaque âme elle-même est brisée, et c'est vraiment la mort qui règne sur ces multitudes. La mort en arrête la plus grande partie à rentrée de la vie. Le plus grand nombre des créatures humaines apparaît en ce monde pour quelques heures, et disparait avant d'avoir aperçu

LES DEUX FOÏER&

';( 'ia:u:v<L-l la face de l'bumanité; et là plus grande |m:(.iv'>.U-(.x- (|iii reste encore, quelle que soit saduiw iiii" U'rre, n'arrive pas au réel développement de U raiion et de la liberté. Un fantôme de raison et un lantùine de liberté remplacent les forces vivi-s vl magnifiques que l'âme devait produire et que Dieu veut donner. Au milieu de tous ces fantômes, où est l'homme? Où est le roi du monde? Où est celui que Dieu charge de gouverner la terre et d'y établir la justice? Où est celui que Dieu destine à faire, de ce monde qui passe, un marchepied du ciel, un commencement de la vie stable? Où est celui qui travaille vraiment à réveiller ou à guérir son âme, à guérir d'autres âmes, à consoler la terre? Voilà la cause de nos douleurs; les âmes sont mortes et ne vivifient pas assez leur corps, ni le monde, ni ta société humaine, ni tout le cours dirlavie présente. Lésâmes meurent trop, lescorj» aussi, et tout languit et meurt avec les âmes.

Comment donc vous coiisolerai-je ? Vous coiisolerai-je en disant que celte vie ce[>eiidai>t renr iiiie encore beaucoup de biens, et le germe de t'i-aucoup d'autres? Cela est vrai; mais ce n'fsl pas ainsi que nous vaincrons notre tristesse. Je veux vous consoler en vous parlantde la conscience, du sactifice , puis de la mort. Nous verrons quelles

consolations découlent du sacrifice, et quelles con* solations promet la mort. Et dans ces grandes et austères recherches , nous trouverons la véritable connaissance de Tâme et de sa destinée.

CHAPITBE 11.

Lk COXSCIEHCE ET LE SACRIFICE.

L'amour désordonné de soi est le principe du mal. La vertu, le mérite, le salul, consistent à vaincre l'amour de soi en s'appuvant sur Dieu.

lâ victoire sur l'amour de soi, c'est le sacrifice.

Ije sacrifice, c'est l'acte libre d'une volonté aimante et courageuse, qui consent à sortir de soi, |K>urallerà Dieu, et [>our se retrouver en Dit-ii, Sortir de soi ou y rester, là est toute la (jueslioti, louti- riiistoin-, tout le drame de la vie morale.

J'entends sortir de soi relativement a Dieu et à la société des âmes, et non ntlativcment à ta nature snisil)le; car si l'on consi<lêr(^ nos rap|K>rts seii- Muls, multiples, passionnés à l'égard des clios«-s

LA CONSCIENCE ET LE SACRIFICE. ftl

extérieures, il faut dire que la vie morale consiste à en sortir, pour rentrer en soi, et à sortir de soi, pour rentrer en Dieu. « Sortir de soi, dit Fénelon, « pour entrer dans Finfini de Dieu. » A quoi Bossuet ajoute ce complément d*une admirable profondeur, qui est la plus haute expression de la loi de la vie, qu'il faut, étant en Dieu, sortir encore et quitter Dieu pour Dieu , comme Tavaient dit saint François de Sales et saint Jean de la Croix. De sorte que la loi universelle de la vie, ou la loi du progrès éternel, s'exprimerait par ces trois mots, que Bossuet prend pour texte de son panégyrique de saint Benoît : Egredere^ egredere, egredere. c Sortez , sortez toujours ; montez , montez toujours.» Sortez, sortez toujours de votre état présent, pour en trouver toujours un plus élevé dans l'infini de Dieu : « U nous est tellement ordonné de che- « miner sans relâche, qu'il ne nous est pas même « permis de nous arrêter en Dieu *. » C'est là ce qu'on peut nommer l'éternel et perpétuel sacrifice. C'est à quoi se rapportent ces belles paroles déjà citées : ■ Les vertus ne sont pas des états de l'àme c posée en soi, mais des élans de l'àme hors d'ellec même et en Dieu. »

' Panégynque de saint Bi'noit. Exorde.

b2 LA CONSCIENCE ET LE SACRIHCE.

Mais développons ceci.

L'amour est ou l'amour de Tordre ou l'amourpropre désordonné. L'aniour-propre désordunné, c'est le vice. L'amour de l'ordre, ou l'ordre dans l'anionr, c'est la vertu.

Aussi, selon Malebrancbe, voici toute la morale: le vice, c'est l'amour désordonné de soi; la vertu, c'est l'amour de l'ordre. L'ordre, qui est Dieu , nous touche, nous pénètre par le sentiment, nous donne un amour naturel, instinctif, nécessaire du souverain Bien ; de plus, il nous éclaire par la raison. C'est à nous, sous la double influence du sentiment et de la lumière, de concevoir, par raison et |>ar liberté, l'amour habituel, libre et de choix, l'amour de l'ordre souverain, en travaillant incessauunont à détruire l'amour-proprc en nous. «Tout a consiste, dit Malebranche, a travailler jusqu'à la a mort à détruire l'anionr-propre on la concua piscence qui se renouvelle sans cesse '. »

Mais comment cela {>eut-il se faire, et comment détruire l'amour-propre ?

Ici, Malebranche répond \>ar toute la théorie du sacrifice chrélicn, et entre dans la doctrine évan- {iilii|iir, on l'idée de la Croix du Clirist. C'est ce

LA CONSCIENCE ET LE SACRinCE. kZ

qu avait entrevu Platon , quand il disait : «c Philosopher, c*est apprendre à mourir. » Vérité maintetiant incamée, historiquement visible, expérimentalement connue.

c U faut mourir, dit Malebranche, pour voir « Dieu et s'unir à lui; car personne ne peut vivre et « le voir, dit TEcriture sainte. Maison meurt \érila- « blement à proportion qu'on quitte le corps, qu'on c se sépare du monde, qu'on fait taire ses sens, c sou ima^nation et ses ])assions, par lesquels on < est uni à son corps, et par lui à tous ceux qui « l'environnent . On meurt à son corps et au « monde à proportion qu'on l'entre en soi-même, « qu'on consulte la vérité intérieure, qu'on s'unit « et qu'on obéit à l'ordre. La sagesse éternelle est c cachée aux yeux de tous les vivants. Mais ceux qui « sont morts au siècle et à eux-mêmes, ceux qui ont « crucifié leur chair avec ses désirs déi^églés, ceux « qui sont crucifiés avec Jésus-Christ et k Tégaixl c desquels le monde est crucifié; en un mot, ceux « qui ont le cœur pur, et dont l'imagination n'est « pas salie, sont en état de contempler la vérité...

« Q^ux qui viveut de la vie du corps et de la « \ie du monde, ceux qui jouissent des plaisirs, et « se ivi^andent dans tous les objets qui les envi- « rounent, ne trouveront point la vérité

U LA GONSGI£NGE ET LE SAGRIHCE.

c U £iut commencer et continuer son sacrifice, « et en attendre de Dieu la consommation et la réc compense ; car la vie du chrétien sur la terre est « un sacrifice continuel, par lequel il immole sans « cesse son corps, sa concupiscence, son amour- « propre à Tamour de Tordre '. »

Ainsi, ce que Ton peut appeler le procédé moral, c'est-à-dire le moyen de passage de Tégoîsme ou de Famour-propre désordonné a Tamour de Tordre, ou, pour mieux dire, à Tordre dans Tamour, ce procédé, c'est le sacrifice.

Mais il importe d'étudier et de comprendre philosophiquement la nature de ce saint et universel procédé de lame, dans sou passage vers la justice et la vertu.

Les aurions ont connu la raison la plus mani- (csle de la nécessité du sacrifice, lorsqu'ils enseîgiK*nt que Taccoptation de La mort, c'est-à-dire le sacrifice, est une purification nét*c^ssaire pour sortir cîc la fanpe ', Le sacrifice, <mi effet, est purificateur ; c^est le moyen de passai::e de Timpureté à

* ]|0raW% ch. \i. 2 rt 3.

• Vtiy. tePbêdon.

LA CONSCIENCE ET LE SACRinCE. 65

la pureté. Mais l'idée radicale, je dirai l'idée nécessaire du sacrifice, est plus profonde encore. Elle résulte de ce que la créature étant nécessairement finie, comme Dieu est nécessairement infini, le sacrifice est le moyen universel du passage, c'està-dire de l'union du monde à Dieu, et du fini à l'infini. GK:i sera amplement démontré. Soumettre le fini à l'infini, pour unir l'un à l'autre, c'est l'essence même du sacrifice.

Des deux raisons du sacrifice résultent les deux es|)ècesde sacrifice : l'un sanglant, l'autre triomphant; l'un accidentel, l'autre nécessaire; l'un temporel, l'autre éternel.

Quoi qu'il en soit, qu'est-ce que le sacrifice ? En quoi consiste cet acte libre qui attaque et qui diminue Tégoïsme, cet acte de vertu que tous les hommes, dans tous les temps, dans tous les lieux, ont pu et du pratiquer, sous peine de transgresser la loi naturelle ?

Thomassin l'exprime parfaitement en ces termes : « Aller k sa raison, la soumettre à la raison sou- < veraine, soumettre alors sa chair à sa raison \ »

* Ubi adierit rationem suam homo quilibel, et summœ œtemœque nlioni eam coaplaverit, carncmquc suam ralioni adaptarit. Theol. dogm. Hb. I. cap. ix.

46 LA CffSSaESŒ ET LE SACRIFICE.

C'est toujours la maxime ascétique : « Aller do A^

• hors au dedans, et du dedans â ce qui «^ \A is

• haut. • y/A exterioribus ad interiora, €ib interiO' ribus ad superiora.t Soumettre sa chair à sa raison, c'est le sacRÛce de la sensualité. Sfjumettre sa rai* son à Dicni, c'est le sacrifice de l'orgueil. C est Ti.j procédé moral et pratique analogue au proc*rfie logiqui* et spéculatif qui monte df-s phénom*-firii sen!»îblf'S, placés hors de nous, aux notions ab^ traites qui sont en nous, et s'éli-\e ensuite aux idées qui sont en Dieu, et qui sont Dieu.

Mais, nous 1 avons montré en Io;:iiqut.% Ir yx^f^ cérlé dial^'Ctiqup qui passe ainsi de la nature sensible a Dieu, et du fini à l'infini, a un point d'ajrpui dans son élan. O- |Kjint d'appui, si Ion v*-:i?. c'i-st d'un côté rimage d'o»j la raison fait ja.II.r l'idée. Mais où est le n-ssort qui tire de rimai-? phis que cette image ne conîi'iJ. et q»ii s'*-bi.u^* sans s%Ilogi>mf*, sans interm^rrliainf, sans continuité, df ce fini à l'infini ?f> ress^jrt, nous l'a^oi.s dit, n'a, en philov>pbie s^'jianVf, qu'un nom^a^if. H n'y f-sl qiif tri-^j¥:u d/-crit ou étudié : c'*M 1*sens di^in, le yi:\\s mém#' de l'infini, sans Ifqu* I aucun pijénom#'ne, qu<-l qu'il v^it, ne nous donnerait l'idée de l'infini, ni a-lie Ai- l'unité, ni aucune idée nécessaire. Ce contact de l'âme et de Dieu ;

LA CX)NSCIENCE ET LE SlCRinCE. 47

« ce sens secret qui sent et qui touche Dieu, plu- « tut qu'il ne le discerne ou le voit , » c'est là Fattrait de Tinfini qui nous mène au sens intelligible de Fioiage, comme c'est Tirnage qui développe eu nous ridée dont nous avions le sens ou le germe implicite ; précisément comme il est dit, dans TE* \^ngile, que Thomme ne \a au Verbe incamé que par Tattrait intérieur du Père, et que, d'un autre ct^té, nid ne connaît le Père que celui à qui le Fils le révèle. De même. Dieu nous {)arle au dehors par ses œuvres , et au dedans par son attrait intime, pour que l'esprit, ainsi circonvenu de Dieu, ne lui puisse échapper. Voilà, disions-nous, le point d^appui et le ressort du procédé sjx*culatif.

Or, il se trouve que c'est la même chose en morale.

Toutes les créatures nous parlent; elles nous |>arleiit de vérité, mais surtout de bonheur. Au fond, elK^ ne sont qu'une j>arole de Dieu, adressét* à notre intdligence et à notre volonté. Or, que nous prt»seiitent-elles toutes, en parlant de Ixinheur? Êviiltiument un bonheur passager, im|>arfait et borné. Et [X)urtant c'est le vrai bonheur, le l)onheur éler- 1x4, infini, souverain qu'ellc*s doivent nous enscMçner. Dieu ne leur donne leurs charmes et leurs attraits que dans ce but. Leur beauté, leur dou*

ceur, leurs séductions sont des amorces pour nous attirer à l'amour ; leurs défauts, leurs limites, leurs épines, leurs mensonges et leur perfidie, sont des forces de sens contraire, mais préparéos dans le même but, pour nous repousser, par la douleur, la tristesse et les larmes, vers Famour souverain. — Mais, qui écoute ces deux leçons ? Quelles sont h's âmes qui ne restent pas prises aux pièges de la première ? Quelles sont celles qui s'élèvent à l'autre, c'est-à-dire au sens entier de la di\ine leçon ? Où sont les Ames qui, trouvant, dans l'imparfait, sa dc'*ception, sa >*anité, piassent à l'amour d'en-haut? En d'autres termes quelles sont les âmes qui pas* sent de la sensualité et de Taoïsme, à l'amour et à la vertu ? Ce sont les âmes qui ont en elles quelque sens implicite de Dieu, de Dieu senti ou pressenti comme amour et bonté. Ce s<*ns et cet attrait de l'infinie bonté, quand Fâme ne rétouffe point, lutte contre l'attrait prissent des biens partiels et |iérissabK^ , et |iarce qu'il vit»nt d'un plus puissant« et d'un autre que nous, il jH»ut lutter contre l'attrait de Tamour étroit de nous-ménit*s. Voila le ressort où s'appuie la vi>Ionlé libnt\ qui dtVide entre deux attraits, et reste vraiment lilm^, jniuvant fain* |xniclH*r la balance où tlle \vu\. O tte déci- SH^i« qiuinl elle est on fa\eur de rinfiui, quand

L\ CONSCIENCE ET LE SACRIFICE. à9

l'Ile donne à Dieu notiv joie présente, et nousmêmes, c'est le sacrifice. Le sacrifice met en pratique les deux ])arties de la leçon divine, et passe (lu bonheur borné, dont parlent les créatures, à la félicité sans bornes que pix^met Dieu.

Que si la liberté décide en faveur du fini, c'est un nouvel éloignement de Dieu , luie chute nouvelle dans régoïsnie; le fini « se rcsserre en luimême, » comme le dit Bossuet, et il reste isolé de la source éternelle, qui seule peut l'agrandir sans fin.

Mais ce ressort du procédé moral, ce sens divin du souverain bien, est donné à tous. Il fait partie (le la lumière qui éclaire tous les hommes, et grac(» à Dieu, il a un nom dans toutes les langues.

Dans l'ordix? s|)éculalif, ce sens divin n'a pas de nom particulier; dans l'ordix^ moral, tous les hommes le connaissiMit et le nonunent : c'est la conscience.

Qu'est-ce donc que la conscience ?

11 (aut convenir que si tous les hommes, en pratique, coiniaissent la voix de la conscience^ peu

d'entre eux $e demandent ce qu*est la conscience eq elle-même. Essayons d'éclaircir ce point.

ii'éclaircissepient est simple. Il suffit de prendre au sérieux, de croire et de comprendre ce que Ton en dit vulgairement. La conscience, dit-on, c'c^l la voix de Dieu qui nous pousse ou qui nous réprime, qui nous blâme ou qui nous approuve. Pourquoi ne pas croiixî cela ?

Le manque de foi est la source de nos inint(*lligonc(»s, On a des ycqx pour ne pas voir, on ne voit pas ce qu'on a sous les yeux.

Lorsque l'on croit en Dieu , c'est-à-dire, quand la raison n'est pas éteinte, je demande s'il est possible de ne pas voir que Dieu, en qui, de toute nécessité, nous vivons et pous sommes, que Dieu, dis-je, nous touche, nous meut, nous inspire et nous p^rlq. La sagesse éternelle, s'écrie saint Augustin, ne cesse de parler à sa créature pour l'attirer. Si quelque chose est incontestable en philosophie, c'est que Dieu est la lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde. Mais cert<»s, comme le dit Malebranche, cette lumière porte sur le bien et le mal pratique, plus encore que sur le vrai et le faux théoriques. Dieu, comme bonté, nous est nécessairement plus accessible que Dieu, comme vérité ; et les bons cœurs sont avec Dieu, plus que

les grands esprits. N'oublions pas le but de Dieu et Tidée mère de la création : la création est une pluralité de personnes destinées à Tamour. Aimer Dieu, s'aimer entre soi^ c'est le but, c'est la morale. Les êtres tendent à l'union , et s'ils sont séparés, c est pour pouvoir s'unir ; s'ils sont distincts, c'est pour pouvoir s'aimer et se rapprocher librement. U £iut admettre un fiait primitif que vpici : c'est qu'il y t un attrait de Dieu vers tous les ^prits libres : que les êtres capables d'amour, sont des êtres que Dieu attire et qui s'attirent entre eux. U y a une attraction universelle des âmes, comme il y a une attraction universelle des corps. Cette loi morale est aussi scientifique, aussi certaine que la grande loi |>hysique quigouverne les astres. £t qu'est-elle autre chose que Vénoncé du fait même qui est sous nos yeux ? Voici le fait : il y a des esprits capables d'amour, qui veulent aimer. Gela veut dii^ qu'il y a des êtres que tend à rapprocher un attrait moral. Nous n'en disons pas plus. Seulement, l'attraction physique est fatale ; l'attrait moral est libre. La liberté détermine le sens du mouvement, le trans* forme et le change; elle peut tourner vers soi Tattrait qui est vers autrui et vers Dieu. Elle décide si le résultat de l'attrait sera Taoïsme ou l'amour. £t

de même qu'il y a des esprits qui, sous l'influence

52 LA (MNSiJKMX El LK SACHIFWJE.

dp la luniitTO universelle «le la raison, prise à rv- Imiirs, descendent vers les ténèbres, la négation, l'absurde; de même, il y a des volontés qui, sons l'influence de l'amour, pris de travers, conçu avec perversité, s'éloignent de l'amour et des objets qu'il faut aimer.

Ainsi cette force qui', au fond de l'âme, nous attire au souverain bien, ce sens du Dieu l>on, présent, vivant, qui nous toucbe et nous parle, c'est la conscience.

Cette force donc, que tout hoamie sent en lui, tonjours mêlée à tout; cette force qui nous attire au bien, sans jamais se lasser; cette force qui nous pousse, par un irrésistible élan, vers un avenir de lumière, de bonheur, malgré les mécomptes de chaque jour, et la vanité du passé; cette force confiante, qui maintient en nos cœurs l'espémnce indomptable, malgré toutes les douleurs; cette force infatigable, qui ne cesse de nous dire : « Il y a mieux ! » cette force qui conduit l'homme, dans son voyage terrestre, comme un voyageur enthousiaste, plein de jeunesse et d'Ulusion, rêvant toujours dans le lointain, au delà de chaque horizon, une nature plus riche et plus belle; cette foi*ce clairvoyante qui, danscha<|uecs|>érancearc(>mplie, nous montre inte vanité ; qui dans tout bien que nos mains tien-

ueiit, nous fout voir un défaut; qui bride et réprime notre cœur en face de tout bouheur présent, de peur que notre âme ne s'y livre, ne s'y plonge tout entière, comme une source peu généreuse, qui ne prend pas son cours, et se laisse boire au sable et à la terre; cette force chaste et pure qui uoiis retient en face du mal, qui nous maîtrise et nous arrête sous Télan des plus fortes passions; qui met, entre le mal et nous, un temps d'arrêt, une épou^'ante qu'une volonté désespérée nous fait seide traverser; cette force irritée qui se lève, et De veut plus se taire , quand le mal est commis ; qui ^ibre et crie sous l'effort même tenté pour l'étouffer; cette force, qui est le frein et l'aiguillon, qui se remue en nous sans nous, cette force, c'est la voix de Dieu : c'est Dieu présent partout. Dieu dans k^uel nous sommes, dans lequel nous vi« vons. C'est Dieu qui nous attire à lui , qui nous montre, pour nous éveiller, les biens partiels, images de sa bonté; qui nous en détache en même temps pour nous mener à la réalité; et qui, nous (lisant sentir l'être meilleur que nous, nous donne le choix entre l'égoîsme et l'amour, et nous pose ainsi, à chaque heure, la question de la vie mo* raie et son épreuve.

Et le sanctuaire intérieur où Dieu parle, ce fond

5& LA CO^XiEyCE ET LE SACRinCE.

de Tâme que Dieu tient, qui est hous, où est Dieu, dont saint Augustin dit : a Là il v a Dieu et toi. • Et dont il dit ailleurs : v Est-ce moi? est-ce lui ? » ce point, c'est la conscience.

« Cet intérieur de Thomme , qu*on apfiHIe b «t conscience, dit encore le même Père, est le li«-u « de refuge où l'on trouve Dieu V Dieu est au mî- « lieu de l'âme. Dieu a pour trône la consctenoe û des bons : le trune de Dieu est dans le coeur d^'s <t hommes '. Dans ta conscience ne saurait entrer « aucun homme; mais la il t a Dieu et toi *. »

La conscience , ou du moins son étincelle prenûi^re ^ conscientiœ scintUlam , syyideresim ^] , dit saint Tliomas, ne trompe jamais *. C'est une tf-ndance innée au bien, opposée à la tendance innée au mal, qui nous Ment du péché origiiM4 '. Elle est la donnée innée des principes moraux *.

m-.en.et I>:uni Enarrat. in p*. i*!»."

* U?u* ia nie«ij'» «t»... cui ««les pst rwwîentia ptonnn : rt ita

' In c«^nMrii-nî..a, \\io nu!!.:* hi..ra"nuin intra': ubi n^mo Uîcnai est. ubi lu «'l ftru.'^es. 'En ïrrat. in \^. 'X.\

* >vmlere!^i5... nun]<|uain errât, i «Ijst. ii. q [1. a. î.)

^ Svnrieresï o{;p«m.liir fij-mifs; s>.rut en m f« iLe» R-mf-er a«l ma- Itim in-jti^jt. tu et 5> n<ii.'nfs:.'* é^m\^^T m b«.n':m tcmi.t. [Ihtd.

* Rnnopia opifnibtî:nm fio6ô notivahter sTuiito noa pertnieiit

Thoniassin |)arlc admirablement de la conscience, lorsqu'il dit : « Uâme porte en elle la vé- « rite presque coessentièe à sa substance. Pour « comprendre Dieu et les choses de Dieu, il sullît « de déployer les fibres qui la constituent, et d*a- « mener au jour les raisons cacbéi^s en son fond... c L*âmc est toute chose à sa manière. Quand elle « omTne son sein, et en développe les richesses, elle « trouve, mentalement. Dieu et les choses de Dieu. « Dans rame, il y a quelque chose de plus haut « que Tesprit : c'est le point simple qui est le cen • « Ire et le sommet de ses rayons ; c'est en ce point « que vit, avant toute pensée, le désir du bien : et « c*est de là que la pensée, suscitée par la splen- « deur du Bien , reçoit l'impulsion pour jaillir ; « c*est là que l'àmc pressent plutôt qu'elle ne com* « prend, qu'elle touche plutôt qu'elle lie connaît. « En Cl» centre de l'àme , nous souj)çonnons l'u- « nité même, le Bien lui-même. Dieu même, ou « |4utôt nous lui sommes unis et adaptés par un « profond et mystérieux contact ' . »

«i specîalem potenliam, sed ad specialem habifwnnaXurcXem^ quem dicimus s>iideresiiii. (I*. q. 79. M, c.)

* Anima rationes rerum et veritatem menti suïp quasi coosscn Uatamhabet; utque Deum et dl\ina omnia intolligat, opusbabel Ualum fibras, quibus \^luU compacta est, explicare, et lalilantes

56 LA CONSCltNCE ET LE 5ACRIFIIX

Saint Augustin applique à la conscience la divimparole évangélique qui nous promet qu'un fleuve A't-aii vive jaillira des entrailles de l'âme qui s'unit au Sauveur par la foi. « Ces entrailles de l'àmo, o dit-il, c'est la conscience. Et ce fleuve, c'est l'a- « aiour qui veut se donner au prochain '. »

Après avoir clt-crit la conscience , ce sens intérieur du Dieu bon, toujours prt-seiit, revenons it Vusa^v qu'en fait l'Iumune.

Quel est rusa};e qu'il eu faut fain- .' (> que saint Augustin enseigne à ce sujet est admirable. Il n'y a qu'un mol, mais il dit tout.

rationes evolvere. Mens omnia est inonlalUcr... suoin ergo sinum iibi mense\cutil; et abstnis^iâ ibi dîvilias cipromic. et [)euni et divina omaia ibi invenit, Dii'ntali motlo. lo itiJma uliquid est ipsi mente superius, nempc unum, quod menlisipsius 3|)exelfaâtipnm est; quo anie omoem mentis intellecllonem ipsum tMoum appetitur; quo inlenectio ipea inde erumpere jtibetur. quia boni splendore perfusu est; quo prtesa^iinus mu^is i|ti:im intelli^iinus; tan^'imus ma^is quim co;^uii^imuâ. Hoc i;:ititr uno mentis, ipsum unum et ipsum bonum seu Deum au^ramur, vfl illi pvthis arrano qnodam contactu roapUimur et ropuliimur. iTheol. <i<>pn. lib. I, cap. n.)

* Venter inlcriorishctniiiisninscientia coniis est... Qiiidcst funs et quid est Hiivius qui iDiir.il lic lenliv inlencris liomiriis'? Dene- \n1enUa qua viill i-onsiili-n- pn.Mnm. ;ln Jo.in, tnirt. <i \\ii. i.)

LA CONSaKNCK ET LE SACRIKICE. 57

I^ coiiscîetice , dit -il, est Faulel où noire ànie NAcrilie à Dieu.

# Je TMix rentrer en moi , dit-il , |K>iir y ren-

* i»ulïvr la matière du sacrifice ; je veux pénétrer ' rti moi pour y trouver la victime qui te glorifie,

• ô uuMi Dieu î Qi E MA a^NsciFjxcK sorr to> aitel,

La conscience est Tau tel. \'oil;i son rôle dans la oM)>ouunation <lu sacrifice* Elle est le ynÀnX d\i|>* :n!i du sacrifice.

\a. ct>nscietKe est un point d*appui en Dieu, > .nt d\ippui qui est bien en nous, mais qui n^'st .•A> iHMis siMds. Par la conscience, nous nous a|i- ;*:\ons sur un plus fort que nous. Ainsi appuyée s.;r autrui, IWme peut sortir de Tégoîsme. Elle en >:it sacrifier les deux formes, Forgueil et la senulité; elle peut sacrifier la passion k la raison,

omettre ses sens à Fesprit^ soumettre son esprit a WetK à rétemelle raison ; quitter ainsi les de- :^>rs lie la vie |xiur rentrer en elle-même, et se v;:;:Uer elle-même, dans son état {xirtiel, pour tiT>u- ^- r Dieu, €*n qui elle se retrouve elle-même entière -t îllorilkv.

' A - -TIC n>itMm ub"; inxonîam *î«ix1 :imn«>lom. .k1 iïh^ n^KMm m ■♦ i.tr. J31 l?«-ii> inuiKK^l'oiH^iD. Srr ara t\*a roN:îtit,vnA 3it.\. viimt ji 1^ 49.'

58 LA C0NSCIE7ICE ET LE SÂCEIFICE.

Nous répétons encore que si Tesprit, pour passer de la vue du fini aux idées étemelles des cfao^js en Dieu, en brisant les limites du fini, a besoin, non-seulement de la vue des êtres finis, images des idées éternelles, mais encore du sens implicite d*- Finfini, sens di\in que Dieu donne, parce qu*il est prési'nt et touche Tàme ; de même la %'olonté, pour |)ass<*r des désirs, des amours bornés, et d*adl<-ur> dérégIc'S du moi fini, à Famour ordonné de Dieu, et de soi et d*autrui ; la volonté^ disons- nous, pour franchir ce passade, et accomplir ce sacrifice, a besoin aussi que Tamour implicite de Dieu lui soit donné. 11 faut qu'un sens di^in de la bonté de Dieu et de ses justes volontés, ou de sa loi morale se trouve en elle. Il faut que le sacrifice ait son autel, son point d*appui. Or ce sens di^in d^ la loi étemelle, ce point d'appui du sacrifice e^ donné, c'est la conscit^nce.

Ija conscience est donnée : le sacrifice peut s'opérer. En quoi consiste le sacrifice? Le voici.

Tout se trouve dans ce court passage de Bossuet, dont nous essaierons de compn^ndre la profondeur.

Bossuet commente ce texte de saint Augustin : « Ma volonté me mène où je ne voulais pas ^voienj « quo noUem pervenerani. 9 U montre comment

SA GOUBGIBNCB BT LB SACRIFICE. 59

h Tolônté sans Frein finit jiar agir contre ellemème^ et jiar se perdre eh se cherchant. T>1 t^t, en eflErt^ le terme où aboutit la volonté non sacriliée : elle se perd et devient esclave, fiossuet ajoute: >'ous allies k la servitude par rindé|)endance ; prenez une voie contraire : allez par Tobéissance à la liberté. »

« Qu'est-ce, en efïet, dit-il^ que la liberté des enfants de Dieu, sinon une étendue et une dilatation d*un cœur qui se dégage de tout le fini. Sortez donc ; coupez, retranchez. Votre volonté «t finie. Tant qu'elle se resserre en elle-même, elle se donne des bornes. Voulez-vous étro libre? Dégagez-vous. N*ayi*z plus d'autre volonté que celle de Dieu • . »

Il V a là le christianisme: il v a la morale, il v a la plus profonde psychologie, la plus profonde métaphysique, et les mystères de la logique elleiiienie« et d'autres encore à quoi sans doute fiossuK ne pensait pas.

Quoi qu'il en soît^ cela veut dire que le procédé moral, le sacrifice de la volonté consiste, non pas à anéantir sa volonté^ mais à en briser les limites : non à la rendre esclave, mais à la tendre libre:

* r—i|L5 lîqœ dp saial Benoit, SBCDadpdnl

GO LA CONSCIENCE ET LE SAGRinCE.

non à ia resserrer, inais à la dilater. Le sacrifice de la volonté consiste à dégager la volonlé, à couper et à retrancher tous les liens qui Tentravent, c'està-dire tous ses liens à toutes les choses finies. El comme Fâme elloméme est finie, il ne faut pas s y renfermer : ce serait se donner des bornes en se resserrant en soi-même. Il faut sortir du moi , de Tégoïsme, se dégager, non-seulement des choses finies qui resserrent le moi, mais encore du moi qui se resserre lui-même. £t comment cela? Eu anéantissant Tàmc? En aucune sorte, mais en mettant en Dieu son point d*appui et sa racine. S'agitil d'annuler la volonté ? Bien loin de là ; il faut tout au contraire l'unir à celle de Dieu ; il faut qu'elle veuille comme Dieu et avec Dieu , c'est-àdire avec force et sagesse croissante, et liberté croissante, de plus en plus empnmtée à Dieu. Faut-il éteindre et arrêter son cœur? Au contraire, puisqu'il le faut étendre et dilater, en lui donnant la lil)erté des enfants de Dieu, qui est une étendue et une dilatation d'un cœur dégagé de tout le fini.

Comme on le voit, la véritable idée du sacrifice, c'est le contraire du faux mysticisme. C'est le vrai mysticisme orthodoxe, tel que l'IilgUse l'a fonuulé souvent, et notamment au wir siècle, où il en était ^rand bcsoni, par la condamnation de Ix^ucoup

LA (X)NSCIENr.E ET LE SACRIFICE. 6t

tlVxpressious in^-stîqucs \\o\i piwisi^ , et iiarfois fausses et dangereuses \ C'est Topiiosé direct du m}^ticisme absurde qui infecte toutes les philoso* |Jiies |)anthéistiques, depuis l*lnde jusqu'à TAlie* magne, et qui tend à ranéaiitissement du fini, de 1 individu et de ses facultés, |)ar Tabsorption en Dieu et sa rentrée dans l'infini. Mais le mysticisme dirétion travaille à la glorification de diaque être, |iar cette union à Dieu qu'o|)c're le sacrifice, et au dé\irfoppement indéfini du fini, par son union à Tinfini.

Reprenons en détail ce texte de Rossuet qui renferme toute notre idée.

Notre volonté est finie ; tant qu'elle se rt*ssiMnx* en elle-même, elle se donne des bornes.

Notre volonté t*st finie, d'abord |Mirce que, d'aprt« ridée claire de l'infini et du fini. Dieu seul est infini. Tout ce qui est infini est Dieu ; mais la création est finie ; tout en elle est fini. Puis, nous voyons directement de mille manières que notre

' loy. d^abord la Ut^iin{H)rUntc bulle pontitiralo sur Molinus, f-uis la tfvs^uâle el mveséaire cxnidaronation du li\ ro di*s Ma\inK*s drssainliw

63 U C03i9CIE!iC8 BT U SiGUnCB.

ycloaté nesi pas infinie. Est-elle infinie en lumière, en foroe, en persévérance, en continnilé? Veut-elle taujouK, je ne dis pas infiniment, finrtenient?

Kotre volonté est, non-seukfment finie, trop courte de tous cotés. Elle manque de tout : de suite, de continuité, d'unité; elle manque de force, de lumière; elle manque de foi, elle manque de direction, elle manque d^amour. Les passioas, Qotes-le, ne sont pas un ei^cès d amour, mais un dé&ut d'amour. La volonté se trouve renfermée et bornée en elle-même, dans régoïsme où nous nai«rsoiis et sonunes. EJle manque enfin de liberté. Elle est esclave de fait, quoique de nature libre. Elle manque de lilx^rté, car die n'est libre qu\*îj ce sens qu'il lui reste cette étincelle de liberté , et cette étincelle de raison, dont elle peut se servir pour par\'enir de proche en proche et à la %érité et à la lilierié. Qu'elle veuille cultiver ce germe ^ qu'elle pratique cette parole séminale du Verbe en nous, et alors seulement il lui sera fait comme il est dit dans l'Evaugile : « Si \oiis pratiquez ma pam rôle, vous connaîtrez la vérité, et la vérité %ous « rendra Ubres '. »

* loan. vm, 31

Là CÛNSOBNGE ST LB SACRIFICE. 63

Oui, notre volonté est manifestement finie et bornée en tous sens.

Comment décrire ses petitesses et ses entraves ? Aiicim homme, disait FéneloUi ne \a jusqu au bout ilo sa raison. Mais quel est Thomme qui va jus* quau bout de sa volonté ? 1^ bout de la raison , c\^ Ditni connu ; le bout de la volonté, c'est Dieu cIh^ivIh^ ; le tenue oii aspire la raison aussi bien ijm^ la volonté, c'est toujours runité, Tinlini et le souverain bien. Or, il est clair que si j*y tends, je ii\ suis pas. Je ne suis donc |)as où je veux« > oiln U borne de ma volonté. ^ oilà en quoi elle i*st, iK)Q pas seidement finie, mais arivtét* a>'ant son terme.

Je cherche, mais je n*ai pas trouvé. Et non^seu- Itiuent je cherche, mais je m'égare; tantôt j'approche et tantôt je m'éloigne. Je veux et je ne vt*ux (Vis; je voudrais voiUoir : je voulais dans ct^ stnis, je \eux en sens contraire ; je lance ma volonté iUiis une poursuite, et, en courant, j*oublie le but:

Amphora cœpit Institui, Cttifenle rota ciir ureeus exit :

a^e remarque est tout aussi vraie de la volonté, qu'elle est vraie de l'esprit. Je me résous, et bientôt, QOD-seidement je ne veux plus ce que j*ai résolu,

64 LA COXSCIENCK ET LE SACRinCE.

mais j*oiiblie que j'ai résolu. Je suis, dans mes plus fermes décisions, comme Fange rel>elle, dont parle le poète, qui menace le ^'erl3e fait homme de briser la terre en la frappant du pied ; mais Jésus le regarde, et le rebelle épouvanté s'enfuit, et oublie de frapper la terre. Je veux ce bi<*n bonié dont y saurai la vanité quand jeTaurai ; et le bien |)artiel que je veux n'est pas un but, mais bien une borne, qui termine et arrête ma volonté. Je poursuis ce plaisir : j'y laisse aller mon cœur et j'y appuie ma volonté. Regardez-y : ce n'est pas un appui; c'est un clou qui vous tient, comme s'exprime si admirablement Platon '. Voilà une volonté toujours finie, toujours brisée», interrompue, captive.

Non-seulement elle est finie, interrompue, captive , mais de plus elle est évidemment partielle. C'est un de ses plus saillants caractères. Mon intelligence est partielle, de même ma volonté, comme au reste ma vie entière. Je vis, je pense, je veux par lignes étroites , ou plutôt point par point. Pour fixer une idée, j'oublie les autres, et |>our vouloir un point j'abandonne tout le reste. Je me fixe aux moindres objets ; j'y prends goût ; je m'exclus dans ce goût ; j'oublie le monde entier |>our

iv si^iil |)oîiil qiii m^occiipc^ aiijoiirdMiui. Ainsi va toiilc ma vie, toujours engouée sur un point, et dégoûtée sur tout le reste. Ma volonté n*est pas comme un soleil qui rayonne en tous sens et toujours, eUe est comme une fusée qui suit une ligne étroite , très-courte , au bout de quoi elle s*arrète et s'éteint, pour éclater bientôt suivant une autre ligne. Le soleil n'est pas infini, tout en lui est fini, gnodeur, éclat, sphère d'attraction; mais il est une totalité, il a son unité, sa plénitude, sa per^ maneiice. Ma volonté , comme toutes mes autres bcultés, n*a rien de tel ; elle ne se possède pas entière, elle est toujours fraction d'elle-uiéme. Quand elle agit, c'est un rayon unique qu^elle envoie dans un sens à Texclusion des aulres directions. De luème que ma pensée , ma volonté se* <léveIop|K» comme par séries ; elle parcourt une série de ternés, en produit un à chaque instant et quitte les autres. En outre, tous ces termes ensemble euxmêmes ne sont |)as sa totalité. Pris ensemble , ils convergent vers leur unité, mais ne Tatteiguent pas. Non-seulement donc ma volonté n^est pas infiiiie« mais elle n*a pas même la totalité de sa grandeur finie : elle n*a pas même son imité, ni son intégrité.

Ne ditt^ pas que ma volonté est infinie |Kirce

66 LA CONSCIENCE ET LE SACRinCE.

qu'elle tond à Tiiifini et au souverain bien. Est-ce que la série des nombres croissants vers riufiiii n^est pas toujours unie? Ce qui est inûni, c'est le souverain bien qui m'attire, ce n'est pas moi. Dieu, présent dans ma conscience. Dieu, qui me parle, m'inspire , attire ma volonté, est infini , mais non ma volonté. Tout au contraire, si je me ressi?rre un instant en moi-même, en m'isolant de Dieu, si je cesse un instant de m'appuyer sur ce Dieu infini, je ne veux plus actuellement que le fini. N'arrive-t-il pas à chaque instant aux meilleun^s âmc-s, d<*s qu'ell(?s cessent de tenir à l'inspiration intérieure de Dieu, et à la loi d'en haut, dont ])arle saint Paul , ne leur arrive-t-il pas de revêtir une volonté chamelle, qui ne veut plus rien que de bas, et perd le goût des chosc^s du ciel? Pour cette volonté-là, justice et vérité sont deux mots dénuc'S de sens ; elle comprend seulement ce que v<uit dire plaisir; elle n'a plus que le goût de la terre, et trom|Xî le besoin de l'infini et du souverain bien, par le goût de l'orgueil, et surtout de la volupté. Il y a, pour la volonté, deux enceintes, deux circonvallations qui la bornent et la terminent. D'ordinaire, ces deux enceintes tiennent bon pendant tout le cours de la vie. Quelques-uns brisent, en partie, la plus étroite, mais se resserrent d'au-

LA œNSCIENGE ET LE SACRIFICE. 67

tant dans Tautre. Enceinte du corps , enceinte de Fesprit isolé; enceinte de sensualité, enceinte d'or* giieil. Enveloppée dans la première enceinte, saint Jean appelle la volonté, volonté de la chair (yolun^ tas camii)*j enveloppée dans la seconde, il l'appelle volonté de rbomme (yohuUas viri). Ces deux en* ceintes sont les deux mondes dont parle Pascal , celui des corps et celui des esprits curieux. Dans la première enceinte, les bornes de la volonté, ses petitesses sont les grandeurs chamelles, les richesses, les honneurs. Dans la seconde, lorsque la première est brisée , et souvent sans qu*clle soit brisée, vîvelit, en très-petit nombre, les gens qui sont dans les recherches de Fesprit. Dans la pre-> mière, la volonté que Dieu attire vers Tinfini étoufie dans la fange ; dans la seconde, on étouffe dans le vide. Car toute la science possible est vide et froide. Quoi de plus partiel et borné que le monde de la réflexion? Plus j'y entre, plus je vais en m'éloignant de la plénitude de la vie; plus j y avance et plus j'y vois mes bornes ; plus j'aperrois la ceinture de ténèbres qui m'environnent, plus je sais que je ne sais pas. Eussiez-vous toute la vérité, — et Ton n'en a jamais qu'une partie, — ce n'est pas tout , car la vérité seule sans la cliarite n'est pas Dieu , mais une image et inic idole.

68 LA iX}\Si:iEM:E ET LE SICRHICE.

Donc imflii si lo oioimIo des sens c^ mon bict i . mon coetir v est, et il v est esclave; si le monde d*la réflexion est mon trésor, mon cœur v est et v languit.

Voilà œqu'est la volonté resserrée en eUe-méme. et dans les biens bornés où elle s*attacbe.

« Mais, dit Bossuet, voulez-vous être bbres, déc gagez«vous. Sortez de vous, coupez, retranchez ; « n*avez plus d'autre volonté ^e celle de Dieu. •

C'est qu*en effet , il n*y a pas seulement detis mondes : il y en a trois. Il nV a pas seulement ks deux mondes que nous portons en nous, celui drs corps et celui de Tesprit humain; il y en a un aiitiv qui est réellement infini : c*est le vrai Dieu. CVsl en ce troisième monde qu'il but râtrer pour étnlibre.

Sortez donc de vous ; coupez , retrancliez tous If^ liens qui attaclient votre volonté à vous-même, qui la terminent à votre corps, à votre esprit, qui la bornent à un bien quelconque autre que le souverain biefi. N*ayez plus de volonté fixe, arrêtt^« déterminé^*, sinon sous Tattrait seul du souverain bien, et par la volonté de Dieu .

Entrez dans ce que les mystiques ap{jellent la sainte indifftrence y mot qu'on n'a pas compris* parce que les faux mystiques €*fi al>usai<-nt, |iarlaiit

Li CX)^SCtENCK ET LE SACRIFICE. 69

d^Hetndre la voloïKé. Mais s'agil-il, selon Bossiiel, sekNi le Chiistianisme , cl Vleindre la volonté ? U s^agil de la délivrer et de la glorifier.

Il s*agit de lui apprendre à puiser sa sève en l>îeti. Il hnt que, dégagée de tout, la volonté soit comme entée sur celle de Dieu, qui étant infinie, f«^ia croître la notre en tous sens : qui la rendra une, intégre d*abord, puis grandissante au delà de toute borne.

L*îiidifferenci^ sainte, c*est la pleine liberté d'une âme «pii n'est liée à rien à resclusion du reste, et qui possède sa volonté totale.

Le retranchement de tout lien ne veut pas dire le neiranchement de tout amour et de toute volonté; c'est au contraire la liberté de Famour plein ot de la volonté entière.

Que ne pouvons-nous fiiire comprendre ici cette liberté obtenue par le sacrifice ! Que ne sait-on ce qa*est la volonté de Thomme, séparée de la volonté de Dieti , ce qu'est la volonté de l'homme unie à celle de Dieu !

Dieu parle îiKessanunenl à la conscience pour riospiFer et la conduire; il y a tout un plan de rhîstoire de chaque âme et de l'histoire uni^*er- 5«lle, que Dieti cherche a réaliser sans cesse par les pensées qu*il nous inspire* et les mouvements qu'il

nous donne. Mais que fait l*honiine ? U n'entend pas, et répond d'ordinaire à Timpulsion de Dieu, comme répiond au moteur un mécanisme faussé. Comme la dent usée d'un rouage qui glisse, et passe* quand vient son tour de mordre, Thomme à tout instant transgresse le vouloir actuel de Dieu, et la motion providentielle du moment. Toujours lancé dans la tendance de sa volonté propre, il ne sait plus ni obéir ni écouter. La force divine le sollicite toujours, il ne la sent même pas ; il continue sa marche inerte sans répondre : la voix de Dieu n'a plus de prise sur le pontife de la création : elle crie en lui, il n'entend pas : il marche à travers la lumière sans le savoir.

Ecouter, obéir serait la vie, et le réveil du plus mortel engourdissement.

O Père, je viens pour faire ta volonté, dit le Verbe incarné : et ailleurs : a J'ai une nourriture à pren- « dre que vous ne connaissez pas ; ma nourriture « est de Caire la volonté de mon Père qui m'ente voie * . » La vie chrétienne, la vie de Dieu en nous {yitam œternam in nobis manentem)^ y est développée par l'aliment de l'obéissance. L'obéissance nous élève au-dessus de nous-mêmes pour nous

* Joan. iVt H.

LA COXSaENCE ET LE SACRIFICE. 7t

doniKY à Dieu : oUo nous élè\e plus haut que l'i.vHiuDe. I/homnie alors n\^t plus né ni de la \o!.Hitè de la chair, ni de la volonté de Thouiuie, uais de Dieu même. L*homme alors est eufiuit de

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