‹ De la connaissance de l'âmeChapitre 24 sur 38 · VI · texte numérisé non relu

VI

Quels sont, dans l'univers physique, les caractères dont la forme nous soit bien connue, et quelles sont ces grandes lettres dont Fénelon disait : a Elles sont trop grandes : nous n'en voyons que a des parties, et non la forme entière ? • Ces grandes lettres sont les corps célestes, et leurs orbites. Or, aujourd'hui nous connaissons assez leurs formes. Nous pourrions y trouver du sens. Mais où sont les esprits qui croient à cette lecture ? Non-seulement la science moderne ne sait pas encore lire, mais elle ne croit pas même que le livre ait un sens!

Pour moi, j'avoue que depuis ma jeunesse, depuis qu'il m'a été donné de connaître la forme qiatérielle des cieux , cette forme , dans ses détails , semble vouloir me montrer un sens, ou du moins elle excite mon esprit par mille questions inévitables.

Par exemple , que signifie cette dispersion des mondes loin du centre de gravité commun ? Pourquoi tous ces mondes dispersés ne savent-ils rien les uns des autres ?

Qu'est-ce que cette nuit générale qui les enveloppe tous? Car il fait nuit dans l'ensemble du ciel, et les soleils sont des gouttes de lumière sur la nuit. Pourquoi ne fait-il jour que très-près des soleils, et pourquoi la nuit r^^ne-t-cUe dans tout l'espace créé ?

LK UEU D£ L'IHNORTAUTÉ. 259

Toutefois, ces points de lumière dispersés donneuty à petites distances, un jour partiel.

Et ces points lumineux, qui sont aussi des forces, retiennent des mondes dans leur lumière. Chacuq dVux est comme un centre d'action lumineuse, fécondatrice et directrice, s'exerrant sur im groupe de mondes.

Mais pourquoi aucun de ces mondes n'est-il en repos ? Pourquoi tous marchent-ils dans une inquiète mobilité autour des centres d*oix leur vient la lumière?

Pourquoi, si nous en jugeons par le groupe dont nous faisons partie, et dont notre soleil est le centre, uy a-t-il autour d*un soleil qu'un petit nombre de mondes solides , de forme stable , capables de porter la \ie ? Et pourquoi des millier^ d'astres inconsistants, plus vagues, et plus légers que les nuages, plus dispersés que l'écume des flots, voguent-ils autour des centres lumineux qui ne pei|vent pas les vivifier ? Pourquoi ces midtitudes in* formes, stériles, incapables de persistance, d*ordre et de stabilité ? Que sont-elles et pourquoi sontelles ? Qu'est-ce que cette prodigieuse excentricité qui tantôt précipite ces astres sur le centre, où i|s sont brûlés, et puis les laisse fuir aussitôt à d'énormes distsinces, 014 ils vont ç'çfiEacer dans la puit ?

Du reste, je remarque avec joie , sans trop savoir pourquoi, que ces astres ne sont qu*une écume, et n*ont pas, tous ensemble, le poids d*un seul monde habitable.

Quant au petit nombre de globes consistants , organisés, propres à supporter la vie, qu*esl-ce que cette hiérarchie sjrmétrique des distances qui ks éloignent du foyer général de Tattraction, et de la lumière ? Pourquoi tous ont-ils quelque excentricité dans leur course ? Pourquoi les mondes s'appro* chent-ils ou s^éloignentnls périodiquement du centre qui leur envoie la vie, et pourquoi leur distance àla vie età lalumiére ne cesse4-elle pas de varier?

Pourquoi les mondes ne reçoivent-ils qu*une si Eûble partie du rayonnement total de leur soleil ? Pourquoi ne reroivent-ils ce rayonnement, déjà partiel, que sur une seule moitié dVux-mémes, sur un seul hémisphère à la fois ? Pourquoi toujours un hémisphère entier est-il dans Tombre ? Ten vois la cause physique, mais que signifie ce symbole ? Pourquoi Thémisphère éclairé ne reçoit -il des rayons pleins, des rayons droits que sur un point unique de sa surface ? Pourquoi tout autre point ii^estnl jamais frappé que d*un rayon obUque ? El pourquoi cette surface, toujours mobile, ne penneldie au point pleinement éclairé de recevoir le ravon

LE UEU DE L*IMMOATAUTÉ. 361

droit qu'un seul instant ? Pourquoi Tétat lumineux de tout point varie-t-^il à tous les instants ?

Ainsi y ce peu de lumière et de chaleur que , dans Fespace immense, donne chaque soleil, les mondes qui entourent ce soleil ne la hoivent pas entière. Pourquoi cela ? Un seul point de chaque monde, à la fois, en hoit un rayon plein dans un instant qui passe. U faut un jour entier, c*estsi-dire toute une période de la vie sur elKMuéme, pour que le monde entier en reçoive quelque chose : et il faut une année, c'est-ànlire toute une |)ériode autour du foyer de la vie, pour qu*uu monde parcoure point par point, non pas Tensemble des aspects possibles autour du foyer de la vie , mais une circonférence, une ligne, image partidie et pale et successive du rayonnement total.

Ainsi jamais de plénitiide ni de présent. Le monde toujours dans la himière partielle, toujours mobile entre Tavenir et le passé, le monde cherche et regrette toujours. Tout point regrette incessamment son maximum de lumière et le poursuit, et en obtient, après chaque période, une faible et fugitive image, un éclair sans durée, image insaisissable d*un point de Téteniel présent.

En outre , le monde a beau courir et circuler a distance de sou centre, et ajouter les jours aux

jourft, les années aux années : rien de nouveau n'en sortira : rien de nouveau sous le soleil. Au lieu de circuler et de courir, s'il lui était donné de ft*a|)procher du centre, de diminuer sa distance par une attraction plus puissante, Fétat de la vie changerait. Ija marche deviendrait plus rapide, les pé> riodes plus courtes, la chaleur plus ardente et la lumière plus vive. Les moissons deviendraient plus belles, et se succéderaient plus vite, puisque Tannée serait plus courte sous un soleil plus chaud. Pourquoi les mondes ne se rapprochent-ils pas du centre de la vie ?

Je ne vois partout qu'inquiétude, mobilité, recherche, privation, séparation, exil partout. Les mondes sont loin les uns des autres et ne se connaissent pas. Les mondes sont séparés du centre qui Ic^s éclairt% et n'en reçoivent que de Subies et lointains rayons, toujours partiels et passagers. De plus, diaquc monde ne possède ses propres richesses et la totalité de sa lumière possible que pen il pm, |)ar parties, successivement, avec le temps et à traders l'esjiace. Les richesses possibles d'un momie, déjà |>artielUs, sont elles-mêmes dispersées clans resjvice et le temps, et ne s'obtiennent qu'apnrs mille mouvements autour du centre propre, qu'après un long circuit autour du centre qui

LE UEL DE L'IMMORTIUTÉ. ^6t

les donne. De sorte que chaque monde est connue éloigne de lui-même en même tem^is que des au* 1res mondes, et du centre commun des mondes.

Ne serait-ce pas la Timage des âmes et la peiu* ture fidèle, détaillée, riche en profonds enseignements, de l'état des esprits et des cœurs ?

La \ie présente est-elle la lumière pleine ou le cré|>uscule de la w ? Notre cœur est-il stable ? At-il toute la chaleur et toute la vie jx>ssibles? At-il toute la dialeur et toute la vie dont il serrait caiiable ? L'esprit a-t-U toute sa lumière ? A-t-il à chaque instant toute celle qu'il peut avoir? Voit-il ensemble toutes les choses* qu'il {K'Ut voir, qu'il a \iies et verra? Le cœur a-l-il jamais en lui Tensi^mble de ses aflections? Les a-t-il mieux que notre esprit rensemble de ses liuuières ? Pour contempler la vérité que notre esprit jx^ut contempler, dit saint Thomas d'Aquin, il £aiut le transformer, et guérir deux difformités, celle qui divise l'esprit dans la multiplicité extérieure, et celle qui le rend successif dans la course du raùsonnement \ K\

* In ttûiM, «kieqiiain «d islam onîformiUiteai piTi-MiuiU exiintor

quod duj»îe\ ejus d.ffi^nnius anwviMîur. Prinio quuk^in i"a t^ua» est f\ divefsiUle e\terionim neruro... sevumio autem oj^ortcl qiKKi re- Bkireatur sccunda diâormîtas qi]<e c»l pcr di>cur$uiii ratii»ni$.... ni îciiiceU cessant*» discursu, ù-ralur ejus inlu tas in oi^ntempU- Uooe unius àimplicis venUlis, (i* i* q, l>0. a. 6- V*,)

su LE UEU DE I/IMIIORTALITÉ.

a-Uil pas des difformités analogues à vaincre pour le cœur, afin qu*il vienne k posséder ensemble tout l*amour qu'il peut posséder?

D*où viennent donc aux esprits et aux coeurs ces difformités de dispersion, de morcellement, de course inquiète et de passage continuel d'un point à Tautre, sinon de la distance qui les sépare du centre de la vie, qui est Dieu : distance qui, séparant les irocs de Dieu, les sépare en même temps des autres âmes, et les sépare d'elles-mêmes. Les mondes, fatalement tenus dans leurs orbites, ne peuvent franchir ni diminuer leur distance. Mais les âmes libres ne peuvent-elles pas se rapprocher? Est-il £ïtalement vrai, comme le disent deux grands observateurs de Tâme, que « les âmes même les « plus parfaites ne font guère que tournoyer au- « tour d'elles-mêmes, sans avancer vers Dieu ' ? * Tout en tournoyant sur elles-mêmes, comme notre terre, n'ont-elles pas de libres élans d'attraction qui les rapprochent du centre? Ne peuvent«Ues, en s'approcliant ainsi, rendre leurs mouvements plus vifs, leurs périodes plus courtes, leur lumière plus intense, leur vie plus pleine, leurs années plus

* Témkm H MaÎM de Bina. loy. Vaine de Birsa, n Tie d pMsée», p. 139.

fécondes, leurs moissons plus fréquentes et plus riches? Et ne peuvent«elles enfin, supprimant toute distance, s*unir au centre de la vie ; et alors, ces» sant de vivre par le dehors , posséder la lumière en soi ? Ne plus chercher, ne plus courir, ne plus attendre, ne plus aller sans cesse vers un avenir qu*on n'a pas, en laissant un passé qui s'oublie, à travers un présent qui n'est plus ; sortir de la vicissitude des nuits, des jours, des heures et des saisons, et vivre enfin dans l'étemel présent; avoir en soi la vie et la lumière, non plus partielle, non plus oblique , mais pleine ; boire la vie dans sa source, sans en rien dérober à autrui, n'est-ce pas là notre terme idéal ?

Mais cherchons à mieux lire, et a résoudre au moins quelques-unes des questions posées, tout en allant à notre but, la recherche du lieu de l'immortalité.

Pour cela, secouons d'abord la ténébreuse tristesse , l'ingrate défiance , qui pèsent sur presque tous les cœurs. Si nous voyons parmi les astres tant de nuit, tant de froid, tant d'inquiétude* tant de vicissitudes et tant d'hivers , n'écoutons pas uni-

quement l^imprcssion de nos sens ; mais par nom* raison et notre foi, bien assurés que Funivers visible est une demeure providentielle où Dien place ses en&nts, et que ses mains ont préparée pour réducation des esprits , ne craignons pas de regarder les choses en face, d'interroger et de chercher. Peut-être un sens sublime, d'admirables lumières sortiront de Tobscurité des énigmes les plus effrayantes.

Sans doute , je suis tristement étonné , en contemplant ce morcellement des mondes, cette immensité de la nuit, ce froid de Tespace, et cette mobilité des globes dans ces éloignements de leurs soleils, et puis la souffrance et la mort de tous les êtres. Mais d'abord n'est-il pas nécessaire que l'être créé, l'être qui n'était pas, s'avance de la nuit du non être à la lumière d'une vie toujours plus abondante? Le créé ne peut commencer que par la nuit. C'est l'un des sens de l'antique parole : « Du ff soir et du matin. Dieu fit le premier jour. » Puis, n'est-il pas nécessaire que l'être libre, en qui Dien n'est pas seul acteur^ mais qui doit agir pstr luimême, choisir la vie et non la mort, et avancer vers la vie croissante, n'est-il pas nécessaire qu'un tel être, pour l'éducation de sa foree, de sa raison et de sa liberté, lise dans la création, et sente dans

Lfi LIEU DE L'inMORTAUTÈ. 367

toute sa vie, les grandes lois de la vie, de la Hiort, de la croissance et du progrès ?

Il faut d*abord que l'esprit libre soit amorcé par des gouttes de lumière , comme les lèTres du nouTeau-né par les gouttes du lait maternel. Les soleils sont ces gouttes de lumière , et quand le nôtre se lève et monte, nous pénètre et nous investit pour quelques heures de sa splendeur et de sa force, c*est une goutte de la \ie, sous la forme la plus saisissable, qui vient nous exciter. Puis cet excitateur, qui nous £ùt sentir notre vie, et nous donne nous-méme à nous-même, se retire bientôt, pour nous montrer que la vie n*est pas nous. Et il commence alors à nous apprendre qu'il ne faut point rester en soi, tuais allor de soi-même à la vie, toujours sortir de soi, toujours passer à Dieu.

Il est donc bon que le soleil s*e(face, que la vie trop ardente, trop présente, se retire, et nous laisse seuls dans nos ténèbres, notre (iaiiblesse et notre humilité. L'autre face de la vie mortelle, sa face nocturne vient alors nous instruire à son tour, et nous montrer, d'un même asjiect, la petitesse de ce que nous sommes, et la grandeur de ce qid n'est pas nous. Ou voyait la beauté de la vie, et Ton en sentait la sa\\mr, mais il faut en sentir les bonies

268 LE U£U DE L^IMMORTAUTÉ.

en face de l'infini dont le ciel de la nuit nous vient

offrir l'image.

Mais cette grandeur de l'univers ne se montre dans ce miroir qu'obscurément , pour nous apprendre que la vie créée n'est encore qu'à son crépuscule. Il fait presque encore nuit dans rensemblede la création , comme dans l'esprit du genre humain sur notre terre. La création entière ne fait que s'éveiller, et les astres, selon la parole inspirée, sont tous encore des astres du matin.

Et vous ^ussi, mon âme, vous n'êtes qu'un astre du matin. Vous ne faites que de naître. Vous avez à grandir beaucoup. Offrez à Dieu , pour avancer et pour grandir en lui, offrez-lui votre sacrifice du matin . Voyez vos Jx>rnes , votre faiblesse et votre obscurité. Sacrifiez ces ténèbres à une lumière plus grande, et ces bornes à une vie plus lai^e. Cette vie , Dieu veut vous la donner, si vous sortez de vous, si vous passez de vous à lui.

Ici est le fondamental procédé de la vie, la loi même de la vie. Et c'est cette loi que nous force à comprendre, ou du moins à sentir et presqu'à pratiquer l'inévitable loi de la vicissitude qui constitue la forme du monde présent. Le jour, la nuit, le jour qui monte et redescend, le soleil qui s'éloigne et revient, et le froid de l'hiver et l'ardeur

de rété| et la saison qui vivifie et celle qui donne la mort, tous ces grands faits de la vie sidérale qui nous sont imposés, nous annoncent notre loi et nous y soumettent par la force. Notre loi, c'est le sacrifice. Cest le sacrifice qu'ils enseignent, et aussi qu ils exigent. L'être créé doit savoir mourir pour renaître. Il doit savoir sortir de soi, pour avancer en Dieu. Il faut que Fàme sache tolérer la nuit , le froid , la mort , la vue de son pix>pre néant, et qu'elle apprenne à en sortir volontaire* ment en s'appuyant, hors d'elle-même et plus haut, sur une vie plus grande et meilleure.

Oui, le mouvement même des astres, par ses périodes, nous excite à la vie pour nous ; puis nous détourne de la vie pour nous, et nous pousse à la vie pour Dieu. Et je crois lire, dans ce que j'aperçois au ciel, la doctrine même des maîtres de l'âme qui me disent : « La vie chrétienne a deux par* « ties, la mort et la vie, et la première sert de fon* a dément à la seconde * . »

* Olier. Vie et vertus chrétiennes, chap. m.

270 LE U£U DE L^IHMORTAUTÉ.

Mais, en même temps que la vie des astres me force à traverser ces vicissitudes nécessaires à mon éducation I les astres m'enseignent aussi la loi de ces vicissitudes, leur progrès et leur terme. Il ne faut donc pas suivre seulement le livre de la nature dans ses impressions nécessaires , il faut en* corc le lire avec science et raison, pour en suivre avec liberté les préceptes.

Mais ici, je Tavoue, je n'avance qu'avec crainte. Qui me suivra dans cette lecture ? Qui me croira ? On ne sait pas comprendre, et Ton ne veut pas croire, Qu'allea&-vous chercher dans les astres ? me dira-t-on. Et quel rapport le ciel physique a*t-il avec qos âmes ?

Par cette question on peut éteindre la sainte curiosité, et la respectueuse intelligence du livre de Dieu. Cependant ni la divine Écriture inspirée, ni le génie, ne nous tiennent ce langage. Le prophète, en parlant des célestes occupations de Tàme, s'é* crie : « Seigneur, je contemplerai votre ciel : le c soleil, les étoiles que vous avez créées. » Il dit ailleurs : « Les étoiles sont en votre présence, Sei- « gneur, et tressaillent de joie en brillant devant

LE UEU DE riMMORTAUTE. 271

« ^t>us. » Ailleurs : <c VousaVcz placé, ô Dieu, votre « tabernacle dans le soleil ! » Ailleurs encore : « Les « cieux parlent de votre gloire et la racontent. »

Mais en outre, depuis que Dieu a suscité, dans ces derniers siècles, un contemplateur de son œuvre, Kepler, et créé dans Tcsprit humain la science du ciel visible ; depuis que les formes et les lois de ce ciel ont été démontrées à Thomme, et que la science et la raison y ont découvert des beautés, des grandeurs que nos sens |ie soupçonnaient pas; depuis ce temps, comment ne voit-on pas que ce spectacle merveilleux doit s*emparer de Tesprit hu* main, et se mêler de plus en plus à sa poésie, à sa science, et à toutes ses contemplations ?

Se peut-il que Fastronomie continue, comme on s'en plaint , « à s*isoler dans la mécanique et la < géométrie, et à ne nous montrer que des pierres « en mouvement, pendant que la science de Tàme, « s*isolant à son tour, dans unespiritualité abstraite, « parie de l'étendue avec la même indifférence que « si Tunivers était vide '. » X'est-il pas temps que la gcande science du ciel visil>le se lie enfin à la science de Dieu, à celle de Tâme, à la science du ciel des idées ? Pour nous, depuis de longues an^»

« * kêa laynaïKi. Qel el Terre.

273 LE LIEU DE L'IMMCmTALITÉ.

oées, oous le croyons, et souvent nous nous eflfor* cons d'atteindre à qudques points utiles de cette science comparée.

Dans la méditation rdigieuse, les maîtres de la vie intérieure conseillent de commencer par « cons^ truire le lieu, » c'est le terme. Par exemple, disentils, représentez-vous Bethléem, on Jérusalem, ou la montagne des Oliviers ou le Calvaire ; voyez vivre et mourir Jésus, afin d'apprendre à vivre, à mourir avec lui. Eh bien, en coùtera-t-il davantage à la pensée de se représenter le Calvaire et la croix sur le globe, sur le globe couvert d'hommes couchés dans les ténèbres et l'ombre de la mort, sur le globe voguant dans la nuit du ciel, sous les étoiles, comme un navire en marche !

C'est là, nous l'avouons, le lieu habituel de notre méditation. Et que nous montre ce spectacle ? Essayons de le dire.

En contemplant, par les yeux de l'écrit, ce beau vaisseau qui est la terre, je vois d'abord que nous sommes en marche. Mais je ne sais où tend la mai^ che, et dans quel port elle doit s'arrêter. Y a-t-il un oilote ? Ce pilote n'est-il oas Jésus-Christ? Mais

LE UEO DE LIMMORTAUTS. 373

lui, à qui tout pouvoir est donné au ciel et en la terre, où conduit-il notre navire ?

Je me demande aussi pourquoi notre navire tourne autour du soleil comme autour d*une ile de lumière. Et en même temps, je m'aperrois que le vaisseau qui nous emporte ne vogue })as seul. J*en vois sept autres, presque tous plus grands que le notre, qui tous voguent avec nous dans le même sens, et dans un ordre régulier, et a des distances mesui^ées , comme une flotte en bon ordre corn* mandée par un chef unique. Le céleste océan qui nous porte est si par£sùtement délicat que le mouvement de chaque navire influe sur les mouvements de tous , et cependant nous sommes si loin qu*à peine si nous pouvons nous voir. Mais que portent donc ces navires ? Gomment leur sort se lie-t-il au notre? Dois-je croire qu*ils sont vides ? Le pilote y va-t4l aussi ? Vient^il de Tile qui nous attire ? Cette île est-elle le port ?

Souvent, je serais tenté de le croire. Et cependant je crois savoir aussi que ce centre de lumière et de force n^est lui-même qu^un navire énorme qui nous emporte par sa puissance à travers le céleste océan. Et ce grand navire à son tour n'est pas seul : il fait partie d\ine flotte immense, aussi nombreuse que les étoiles, car chaque étoile est un

Page 1