‹ De la connaissance de l'âmeChapitre 25 sur 38 · VI. «s · texte numérisé non relu

VI. «s

. . « \ohU% «tifemUe sont la grande flotte; u |)ourUuit que ooi grands corps, si puis- .) il ni UmmteuXf ne soient que des machines .o II iii qui eui|xirtent à travers le ciel des flottes |i,iii'illcé a celle dont notre terre est un vaisseau. Ju lit' niiîè pas ce qui en est. Ce que je sais, c'est i|uu ix' s|jectacle mVuieut et semble vouloir m'éilaiivv. Je couieiuple avec transport Tœuvre de DiiHiy et il tue semble qu'en étudiant le séjour des àmt%y ou plutôt la demeure mobile et flottante qui vui)iorte notre humanité, et où nous sommes atr tacluii |>our vivre, agir, cliercher, regarder, espérer i*t aimer, il me iM*mble que je vais trouver quelque iuclii'e di*s devoirs et des destinées de mon âme. Jo les verrai dans ces conditions nécessaires qui me Miut faiti*s, dans la frêle machine qui me porte, dans êà mobilité, dans ses rapports intimes aux Uiitt*eH vaiss4*au\ de la flotte, dans son inévitable attache au corps immense qui nous entraine, dans le rôle prodigieux du corps central d'où nous vient la huuièi*e, la vie« et les aliments de la vie.

llheivhuus donc et soyons attenti£i.

Kh bien , que «ais-je encore de notre marche et de uom relations } Je sais que notre moteur central luârvhe aitsst, comme tous les autres centres de lumière qui brillent au loin. Toute celte iannmhi

ble pléiade tourne aussi sur elle-métne autour d'un invisible centre de gravité, et ce centre, à son tour, se déplace et emporte le tout dans l'insondable espace.

Mais voici un bien autre prodige : c'est que Tin nombrable pléiade, composée de toutes les étoiles que nous voyons au ciel , tant de celles qui scintillent et semblent nous adix^ser de continuels signaux, que de celles qui paraissent immobiles dans le profond éloignement de notre voie lactée, toute cette pléiade à son tour n'est pas seule. Je vois d'autres pléiades pareilles, immensément éloignées de la notre, composées de millions de soleils, dont l'ensemble n'offre à nos yeux qu'une imperceptible tache dans le ciel. Il y en a des multitudes : et ces pléiades aussi son t en mouvement, et voguent comme nous. Tout cela marche, tout cela roule en tourbil- Ions qui s'enveloppent les uns les autres, tout cela vit dans la vicissitude de continuelles révolutions. Et, sur les mondes que nous connaissons, sur celui que nous habitons, ces périodes font le jour et la nuit et la succession des saisons, et signifient et mémeproduisentcesdeuxfondamentales opérations de la nature, la vie, la mort, ces deux extrêmes que tous les êtres poursuivent et fuient, et qui forment comme la succession des flots qui nous emportent

276 LE LIEU DE L'IMMORTALITâ

Je ne vois donc jusqu'à présent qu'une course et une agitation sans fin. Je n'apcrrois ni port, ni continent, ni séjour stable. Et je ne puis m'c-mpècher de répéter cette poésie :

« Soleils ! inondes errants qui voguez avec nous, Dilc5, s*il \oui$ Ta dit, où donc allons-nous tous? Qu/eH est le port céleste où son souffle nous guide? Qu/tA terme as^igna-tril à notre vol rapide ? Âl:oni-nous sur des bords de silence el de deuil, Échouant dans la nuit sur quelque vaste écueil, Semer l'iiunensité des débris du naufrage ? Ou, conduits par sa main sur un brillant rivage Et sur Tancre étemelle à jamais affermis, Dans un golfe du ciel aborder endormis * ? »

Mais quoi ! dans ces demeures voyageuses qii*habitent les âmes , — les âmes plus voyageuses eo* core, par Tinquiétude, le désir, l'espérance et le besoin du but et du repos, — dans ces demeures flottantes, y a-t-il des naufragés? Avons-nous des exemples de navires perdus? — Oui, des étoiles ont disparu. — Sont*elles brisées ? Ces feux immenses ont-ils fait éclater le vaisseau ? ^ous ne savons. Mais nous savons du moins qu'elles sont éteintes, et que si elles entraînaient une flotte comme la nôtre, dont elles étaient la force, la lumière et la vie, cette flotte entière est livrée aux ténèbres, au

* Lamartine : Harmonies.

froid et à la mort. La vie a du cesser partout. Ces globes déserts ne portent plus que les débris de races éteintes.

Ce n*est pas tout. Dans notre propre flotte, il semble qu*il y a déjà un naufrage. Qu'est-ce que ces débris que nous voyons flotter au delà du vais« seau que nous avons appelé Mars? Chaque jour, ceux qui observent le ciel, découvi*cnt, comme après un naufrage, quelques débris nouveaux. Nous ne sommes pas certains que ce soient des débris : ce pourraient éti*e dos nacelles qui voguent avec la flotte. Cependant il se peut que ce soient des débris. 11 se peut que le feu intérieur de ce globe ait éclaté, et ait fait voler en morceaux Tun des vaisseaux qui voguaient avec nous.

£n sera-t-il ainsi de notre terre , demain , ou bien dans quelques siècles? Ou bien en sera-t-il ainsi de notre gi*and moteur et illuminateur central ? Ou bien perdra-t-il seulement sa lumière et tomberons-nous dans la mort par la congélation et par la faim ?

O Dieu, o divin Pilote qui connaissez cet océan, qu*est-ce que tout cela ? N'y a-t-il point de terre

OÙ l'on demeure et où Ton vive? N'y a-t-il donc que des navires qui passent, et dans ces navires mêmes des existences qui naissent et meurent, des âmes qui, unies à des corps, paraissent et disparaissent aux yeux, avec les corps qui passent et se corrompent?

Il est certain, divin Pilote, que vous êtes venu dire ce qu'est la mort. Peu d'âmes veulent le comprendre, mais cependant vous l'avez dit. Voici le lieu où vous avez affronté la mort, et pour la faire connaître, et pour la vaincre, et pour la transformer en source de vie. Nous direz-vous aussi ce qu'est tout ce passage, cette immense traversée et son but ? Vous avez dit que notre race ne passera pas toujours de la vie à la mort, mais s'arrêtera dans la vie. Eh bien, y a-t-il donc une terre pour la vie stable , sans vicissitude et sans fin ? Tout ce que j'aperçois ne semble fait que pour passer, passer encore : tout ce que je vois n'est fait que pour la mort et la génération. Où est le lieu de la vie pleine ?

Je l'avoue, lorsque, dans ma jeunesse, j'ai vu la mort, lorsque j'ai vu finir et disparaître ceux que j*aimais, lorsqu'à cette vue vous m'avez fait sentir que mon heure sonnerait aussi, et celle de tous les vivants d'aujourd'hui, et que cette heure viendrait

LE UBU DB L'tHMORTAUTl 1)9

bientôt ; lorsque j'ai vu les hoinmes si dispersés, plus encore par le mal que par le temps et par l'espace ; lorsque j'ai vu l'amour finir, et la lumière flotter ai fiûble et incertaine sur les esprits } lorsqu'enfin j'ai senti mon 4me vivre d'une vie par* tielle, si étroite et si successive, et courant si vile à son terme; alors, au milieu de cette incorrigible mobilité, de cette épouvantable dispersion, j'ai été saisi de terreur. Pendant longtemps , je ne com-^ prenais la vie k venir que comme un vide, et l'im* mortalité conune une ombre de la vie présente. Le pale séjour des ombres, Tintolérable inanité d'un ciel et d'une éternité sans corps, ni monde visible, ne me semblait qu'un calque froid, qu'un souvenir abstrait de la vie passagère , mais sensible et palpable du monde présent. Mais quand est-ce que mon cœur, ma foi, mon imagination et ma raison ont retrouvé quelque repos , quelque espérance ? Ce fut le jour où il me fut donné de méditer le spectacle du ciel visible, et d*étudier la vie mobile des flottes et des pléiades célestes, à la lumière de Vos doctrines, divin Pilote, à la lumière de ces paroles de la vie éternelle que vous nous avez apport tées. Ce fut le jour où mes yeux s'ouvrirent sur le sens de la sainte Écriture, de Tétonnante épitre de saint Paul au peuple de Dieu dispersé, sens qui

»»« U UEU DE LIHHORT&LlTl

pvut se renfermer tout entier dans ce seul mot du h>xle divin ; a La fïii de la mobilité {mobUium trans^ tatioitem). > Ce sens n'est que le commentaire de ces simples paroles sorties de votre bouche : « Je « vais vous préparer le lieu I »

Eh quoi 1 divin Pilote, qui êtes venu et qui vous êtes rendu visible pour nous montrer la route dans cette immensité où je ne puis ni voir ni concevoir aucun heu stable, vous allez préparer le lie» ? Vous le dites, vous le répétez I a Je vais vous prém parer le lieu , et quand je vous aurai préparé • le lieu, je reviendrai, et je vous prendrai avec « moi, afin que là où je serai vous y soyez aussi ' I > Oui, il fallait que cette parole fût dite, car il n'y a pas d'autre consolation I Quand je vois passer tous les hommes comme les flots d'une rivière, et tous les mondes comme des vaisseaux qui courent, quand je me sens passer moi-même , il me faut l'espérance d'un but, d'une terre, d'une d«neure stable, d'une patrie, d'une cité de paix. Ceci est nécessaire à l'esprit et au cœur de l'homme. Ausù vous l'avez dit : « Je vais vous préparer le lien, »

< Vnilo pararo vobis lucum. Et et abicra et prsparavero vobis un), iicnim vcnioct afcipiam vos ad me ipum, ut ubi enm e^ M.s!>'tiâ. (Joan. xiv,Sel3.)

LE UEO DE LIMMORTAUTÉ. 981

le lieu de la vie stable, de rimmorlalité, de la joie pleine, de la |iaix, de Tamour sans bornes.

Mais quand sera-ce, Seigneur? Où cela? Et comment ?

Puis, il est une autre question que posent mon intelligence et mon cœur.

Je ne demi^nde pas seulement où est le lieu de la vie stable , je demande encore , o mou Maître , où est le lieu de la vie rassemblée. Quelle parole que votre parole : « Je vais vous préparer le lieu.,.. « afin que là où je serai vous y soyez aussi ! » Il y a donc un lieu où seront réunis ceux qui aiment. Mais comment faut-il le comprendre? S'agit- il de tout Tunivers ? Nous sera*t-il donné tout ce que la contemplation de votre ciel visible nous peut faire concevoir d'espérance?

Contemplons donc encore ce ciel.

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