CHAPITRE IV
Mous voulons comparer le déyeloppement d*iuie àme à celui d*une étoile, ou, si Ton veut, à Tétat de rétoile développée. L'étoile développée, c'est le soleil entouré des planètes.
Nous venons de décrire Tun des termes de la comparaison. Nous y avons trouvé, outre lés astres inconsistants, et outre le soleil central, trois zones qui ont dû se former successivement, en commeo* rant par la plus éloignée du centre.
La première zone renferme des mondes énormes, lents et obscurs. La seconde ne semble ren* fermer que des débris. La troisième contient notre terre , et les autres j^nétes relativement agiles et lumineuses. Regardons maintenant lautre terme de la comparaison , l'âme et ses phases de développement.
LE UEU DE L*IIUHNiTALITl 309
récartarai d'abord ces astres incoDsistanls, ces flots d*éciiiiie du ciel qui ne me représentent que ks ténèbres extérieures, et Tincapacité de la vie; où il D y a ni ordre, ni forme, ni solidité, ni suite, ni organisation. Je le sais, il n y a que trop d*âmes iiH foimes, où rien ne tient, ne dure, ne s*organise, et ne se suit ; dans lesquelles manque la force de œnlralisation qui les ramènerait à elles-mêmes et ji Dieu : âmes diffuses, âmes en dissolution , qui n*obéissent à rien qu*â la partie nécessaire et fatale de la loi : âmes entièrement stériles, où il ne peut T aToir de moisson, parce qu*d n\ a par leur iaute ni base solide ni stabdité, et parce que leur allure à regard du principe de la vie consiste, tantôt â sV brûler et' tantôt â s*en séparer. Elles passent de la flamme qui dévore au froid qui tue, et reviennent ensuite à la flamme, si toutefois elles n\ni Tiennent pas à descendre indéfiniment dans le froid. Certes le déchaînement d*uue âme dans toute Texœntricité des passions , et Temportement qui la lance successivement dans les flammes de la furieuse sensualité, puis dans Tabsolue dureté de la haine et dans Tévanouîssement de Toi^ueil, ceiics
Ht U LIBU f» VmWMJkUTt,
ce déchaînement dUsout les âmes, anéantit en elles tout germe, ùte à la vie toute base, toute force aux facultés. La raison et la liberté se fondent dans la passion. Où est le centre de ces âmes? Où est leur cceur?OD ne le sait. Leur forme, leur lieu, leurs relations varient sans cesse : elles sont parfois absolument doubles : elles n'ont plus de centre; ^es n'ont que l'excentricité, soit en elles-mêmes, soit k l'éganl du principe de la vie ; et l'excès de l'ex* centricité crève parfois leur orbite, et les détache absolument du centre, ou du moins les lance dans une ligne que gouverne toujours le soleil étemel, mai» qui n'y revient plus. L'expérience et l'histoire nous montrent Budheureusemeot qu'd y a de telles âmes.
Mais laissons-les : ce sont les âmes en dehors d'elles-mêmes, en dehors de tout ce palais que décrit sainte Thérèse. Parlons des âmes en voie de formation, et soumises à leur centre; âmes qui prennent, si l'on peut s'exprimer ainsi avec saint Augustin, la forme sphérique, solide, centralisée, que l'attraction divine leur donne, et qui vivent en rapport constant, et relativement uniforme, avec l<- principe de la vie.
us UBU DB LIMMORTALITÉ. 311
Noiis n*enteadons pas exposer la science des astres, mais celle de rame. Ce qui concerne le ciel physique peut n'être ici qu'image et poésie, mais ce qui r^arde Tàme elle-même, nous le donnons comme vérité. C'est le résumé de la science des chretienSf qui sont les vrais observateurs de Tâme. Ici les PèreS| les docteursi les mystiques et les scolastiques, saint Thomas, saint Bonaventure, saint Augustin, Richard de Saint- Victor, Thomassin, Suares, et tous ceux qui ont commenté cette parole de la sainte Écriture : « Le juste dispose dans sou ce cœur des degrés d'ascension vers Dieu, » tous sont d'accord.
Tous voient trois phases, tix)is jours de marche. Chercher la vérité, disent<»ils, c'est chercher Dieu, d*abord dans la nature visible , puis dans l'âme , puis en Dieu même. La raison le cherche dans le monde des corps ; puis elle cherche Dieu en ellemême, en sa propre lumière, reflet de Dieu; et puis elle cherche Dieu en Dieu. Et il est fort à remarquer, selon tous ces auteurs, que le troisième degré n'a plus seuleniont |X)ur princijx* la raison : la raison ne s'appuie plus seulement sur sa hunière
311 LE LIEU DE L'IHHORTALiTÏ.
naturelle, reflet de Dieu, mais surtout, et c'est ce qui caractérise ce degré, sur la lumière surnaturelle qui vient de Dieu directement et immédiatement. Selon Richard de Saint-Victor, chacun des trois degrés est double. Le premier des deux degrés de la première phase, c'est l'imagination seule; le second , c'est l'imagination aidée de la raison , et remarquant l'ordre et la beauté des lois du monde des corps. La seconde phase, c'est d'abord la raison passant des choses visibles aux invisibles, puis ne s'appuyant plus que sur elle-même (in rathne secunditm rationem). La troisième phase comprend ces deux degrés : la raison s'attachant aux vérités claires de la révélation, et puis s'attachant aux mystères de la révélation ' . Saintlliomas admet tout cet ordre et le commente ainsi : i* D'abord
* Quaruro prima est ncondiini solaiii imaginaliODem, dum lUendimus res corporales. Secunda autem est in inuginaiione secundiui rationem, prout Bcilicet sensibilium ordinem et dispos! lioDem consideraniuB. Terlia e^t ia rations eecundum imaginationem, quando sciliceL per inspeclionem rerum visibilium ad invisibilia aublevamur. QuarU aulem est in rations secundum rationem, quando scilicet animuâ Jntendil invisibilibiu qus imaginatio non novît. Quinla aulero est supra ratlooem, quando ex dinna revelaliuoe cognoadmiu ea qus bumana ralione comprehendi non pogsunt. Se&ta aulem l'-i supra rationem et pnclcr ralioncm, quando scilicet et di- \ iiiu lUiiiuinatione cogno^îmus ua i[ux humano; rationi repugnare viilmiiir. (Richard de Saint-Victor, lib. 1, (:c conlemplaL Cap. vi.)
LB UEO DE L1M9I0RTALIT& 313
perception du sensiUe ; a* commencemeDl du passage du seusiUe à rinlellîgible ; 3* comparaison du sensiUe el de Inintelligible ; 4* puis considéra* tkm du pur intelligible ; 5* et puis contan[dation de rintelligible que la raison ne peut trouver, mais peut comprendre; 6* enfin contemplation de rintelligible, qu elle ne peut ni trouver ni com«prendre , ce qui est la contemplation de la vérité divine yquœ pertineni ad coniempUuionem di^inœ verUaiis *).
c U y a, dit saint Bonaventure, trob jours de c marche dans la solitude '. Par ces trois jours, m nous devons passer, comme Jésus, du monde à « notre Père '. Ces trois jours corre^x>ndent à la
* hn* ilia se:^ (ie:$î^iiDtur grâdus quiiMis |)er creaturas ia Doi conlemplatiooem fescf» Jiiur. Nam in primo gnulu punitur perteptk> ipsonim scnsibiliuiii. In secundo vero gndu ponitur pro^pressus a SBBsibilibQS ad înteili^bilia. la toftio vero gradu ponilurdijudicatic sensibiiium secuadum inlelii^ilia. la quarto Tero gradu ponitur abâolu:a coosideratio iatelli^tbilium , in qu» per sensibiba perraailar. la quiato ^"ero ^nradu ponitur contemplatio intelli^biUuai quae per sensibilia non inveairi possunt» sed per rationem capi po»sunt. In se&to gndu ponitur consideratio inteU:^ibiliuai quae ratio net ia^eaire aee capere potest, quae stilicet pertmeat ad subiioiem coateaiplationeni divine veritalîSs îa qua llaalit«r contemplatio per« ficitur. (î* ^ q. I$0, a. iv.)
* Ujec est \ia thum dierum ia soUtudîn**. ^De ^raJibus ascen- 6ΫMÙ> m Deum. Cap. i.)
s CumChfftàlo tFMâeuales e\ hoc mundo ad Patrem. (IfrnL)
MA U LUU INB LlHMMtTALITt.
« triple nature des choses, la matière , Tesprit, « Dieu. Ils correspondent aussi à la triple sufa^ « tance qui est en Jésus-Christ, la corporelle, la € spirituelle, et la substance divine * . Us oorrespon- « dent encore aux trois époques, aux trois degrés « de la loi de Dieu, loi de nature, loi écrite, loi « de grâce ^. Ces trois jours répondent encore à c nos trois puissances , dont la première peut se c dire animale, la seconde intellectuelle, et la troia sième divine '. Dans le premier degré notre âme « voit les corps qui sont hors d'dle-méme {corpo- « raUa exteriord) : dans le second elle est en elle- « même et se voit {intra se et in se) : dans la « troisième elle regarde au-dessus d'elle-même « (supra se), et voit Dieu. Dans le premier elle a voit Dieu dans ses vestiges, dans le second Dieu
* HflBc respicit iripiicem rerum exislenUam, «cilioei in matma, in inlelligentia et in arie divina. . . Bsbc etiam reapicil tripUcem sobttantiam in Chrislo, qui est scala nostra, acilicet corporalem, stpiri* lualem et divinam. (De gradibus ascentionis in Deum. Cap. i.)
* Trium legum tempora, acilicet nature, scriptunei et gratis. (!bid. Cap. i.)
* Très potentiaa, animalem, intellectualem, divinam: 4*potentia animalia duplex, vel in objecta sansirampar tiou/anum; sive in phantasmata sensibilium, et sic est potentia imaginativa ; 2* intellec* tualis potentia duplex : scilicet ratio et tnUUêdus ; 3° potentia divina duplex : una qu^ se convertit ad t^ienda dimna $peetacuim • alla qua se convertit ad gustanda divina tolaiia* (Ibid.)
Ul LfltO DS LUMMORTAUTt. SIS
« dans son imà^, dans le troigième Dieu «i luic mâme. Le premier eti le partis da temple, le se- « cond est le lieu saint, le troisième est le saint m des saints V »
Mais, dit encore saint Bonarenture, chacun de ces trois degrés se subdivise en deux, selon le sens dans lequel Tàme regarde. Ge qu'il explique au long; d'où il conclut, comme sainte Thérèse, qu'il y a dans notre âme six demeures qui mènent k la septième, lieu du repos. £t de même, ajoutet-il, que Dieu fit le monde en six jours, et se reposa le septième , de même ce monde abrégé qui est l'homme doit arriver par six degrés d'illuminations successives au repos de la contemplation ^, comme il est dit dans rÉvangile que Jésus*Christ , après six jours, conduisit ses disciples sur la montagne
* Qnottiam autem oontingit contemplari Deom noa solain extra nos et ÎDlra nos, Teram etiam sopra nos : extra nos per vestisiom, înira nos per imaginem, et supra nos per lumen quod est sîgnatam super menlem nostram, qood est lumen veritalis iPtemie, cum ipsa mens nostra immédiate ab ipsa veritate fonnetur; qui exereilati sont in primo modo intraverunt jam in atrium ; qui tero in secundo, înlraTerunt in sancla; qui autem in tertio, intrant, cnm Summo FontiScet in sanctasanctonim. [Ibid, Cap. v.)
* Ut sîcat Deos sex diebos perficit universum mnndum et in sep* timo requievit, sicminor mundus sex ^dibus illuminattonum sîbi snccedcntium ad quietem oontemplationis ordinatissime perducatur. (Ibid.)
918 LE LIEtJ DE LIHHORTAUTt.
et fut traaffiguré devant eux. Lorsque l'ime a vu Dieu hors d'elle -même dans la nature sensible, vestige de Dieu, puis en eUe-mème dans l'image de Dieu, puis au-dessus d'eUe-mème dans la lumière de Dieu, il lui reste à passer et à s'élancer en Dieu tout entière par Jésu»<^rist, qui est notre passage, et il faut que le centre de l'àme et de l'amour soit tout entier transporté et transformé en Dieu. C'est là mourir. Et celui qui aime cette mort verra Dieu. Mourons donc et passons avec Jésus-Christ crucifié, du monde à notre Père '.
Tous les maîtres de la vie intérieure comprennent comme saint Bonaventtire ' , et sainte Thérèse , ce prc^rés et cette marche de l'àme. Tous
■ RMtat ul lucc specuUndo iruiKeniiat el transeat, non golmu mundum Utuin seniibileai, venim etiam semeLipMim, in quo tran- •itu Qiriftus est via et twlium .. Paiclta, bocest trannliini, cum eo facit... In hoc trtowta, si rit perfectug, oportet qood... apex aSecli» lob» IraMToralnr et IranafonDetur in Deum... Qium morlera qni diligit, videra poleat Deum... moriamar ergo et tiaïueamus cum Cbrisio cmciSso n hoc muodo ad Patrem. [De gredibai asceosionit in Deum. Cap. vu.)
* Juila igjlur »ex gradua aacenaionift io Deum, sn tant gradus potCDliarum ininiE, per quos aKendiinui ab imia ad suiiMta , ab eilerioribus ad inlinia, a lemporalibui ad eterna, aciliœt acnaos, îinagiDitio, ratio, intelligenlia, apex mentis «CD gynderesiaidnlilta. Hua iradua babemus in nobis planutos per natma, delonuloa per culpam, rcfoniiatos |irr gralian, perfiaeiHkN per « l/W. Cap. 1.)
LE LIEU DE L*IMMORTALITâ 317
voient trois jours de marche, pour arriver au centre, où l'âme trouve le repos.
Or, j*aperçois dans ces trots jours de marche, dans ces trois degrés de la vie, et dans ce centre vers lequel tout converge, la véritable science de r&me, de sa vie et de son avenir» science dont les modernes, et surtout les contemporains, s*occu-' peut bien peu.
Mais, au moment où j'écris cette plainte contre la psychologie des modernes, qui ont rompu avec la grande tradition catholique, comme avec Platon tout entier et avec Aristote lui-même, voici que la Providence suscite, ou, pour mieux dire, exhume un grand observateur de lame, pour coufondre, par la plus éclatante leçon , la philosophie séparée qui regarde Tâme isolée, et qui refuse de voir ses trois vies, ses trois jours de marche, ses trois degrés d'élévation.
Ce penseur, que tous les penseurs séparés appelaient « iwtre maître, » semble sortir aujourd'hui de la tombe pour leur dire : « U n'y a pas « seulement deux principes opposés dans l'homme. « U y en a trois. Car il y a trois vies et trois or*
« dres de facultés ^ Il y a trois espèces de disposi- « tions d*àme bien différentes : la première, celle « de presque tous les hommes , consiste à Tivre ^ exclusivement dans le monde des phénomènes K qu'on prend pour des réalités. ... La dmixième <c est celle des esprits les plus réfléchis qui cher- « chent longtemps la vérité en eux-mêmes ou dans « la nature.... T^a troisième enfin est celle des Ci âmes éclairées des lumières de la religion, les ce seules vraies et immuables. Ceux-là seuls ont « trouvé un moyen d'appui fixe *. »
Ces trois vies sont appelées par le grand psychologue fes degrés it intériorité de notre âme. Selon lui, la première est la yie animale. La seconde est proprement la vie de Thomme. Ce sont là « les deux « vies, animale et pensante '. Mais au-dessus de f> cette deuxième vie, il en est iine troisième qui, cr pas plus que la vie organique, n'a en elle son « principe, ses aliments, ses mobiles d'activité, ff mais qui les emprunte d'une source plus haute. « La deuxième vie de l'homme ne semble lui être <c donnée que pour s'élever à cette troisi^ne. ... Le cr Christianisme seul expUque ce mystère : seul, il
* Maine de Biran, sa vie ses écrits, p. 399. — ' /6td., p. 338. — s /6td., p. 364.
LE LIEU DE L'IMMORTALITÉ. Stft
•r révèle à Thomme une troisième vie, supérieure fc à celle de la sensibilité, et à celle de la raison ou ir de la volonté humaine. Aucun autre système de « philosophie ne s'est élevé jusque-là •. »
et L'illusion de la philosophie est de regarder le « principe de la vie spirituelle comme exclusive- « ment propre au moi, et de le considérer comme ff indépendant de cette autre influence supérieure « d'où lui vient toute cette lumière qu'il ne fait « pas *. Cette vie est supérieure, non-seulement à « l'instinct de l'animalité, mais encore à l'instinct de « l'humanité •.... L'Esprit de Dieu connaît seul ce «f qui est de Dieu : méritons d'en être éclairés *.... <r J'ai été autrefois embarrassé pour concevoir comcc ment l'Esprit de vérité pouvait être en nous, « sans être nous.... J'entends maintenant la com« « munication intérieure d'un esprit supérieur à et nous, qui nous parle, que nous entendons au « dedans, qui vivifie et féconde notre esprit sans se « confondre avec lui. . . . Cette communication de A t Esprit avec notre esprit propre, quand nous sait vons l'appeler ou lui préparer une demeure au ft dedans , est un véritable fait psychologique , et « non pas de foi seulement *. »
< Ibià., p. 361 et 36^. — « /ôid., p. 405. — « /6i<l., p. 446. ^ « /6ii. p. 412. —» ;6i(l., p. 410.
$2U LE LIEU DE L*IMMORT AUTÉ.
Mais écoutons encore ce penseur admirable qui, par un demi-siècle de méditations originales et opiniâtres, et par la plus éclatante sincérité, a retrouvé les grands principes de la science de Tâme, foulés aux pieds par ses contemporains. Voici que, comme nous , il semble comparer, en quelque chose, les trois phases de la vie de Fâme, à certains traits de la vie des astres : « Notre âme, dit -il, «c semble obéir à diverses attractions, comme la
ce matière » Tantôt « les affections de To/j^a-
« nisme attirent à elles presque toutes les forces a de rame, et la fixent ou l'absorbent dans le a corps...» »
Tantôt , tt la force active peut concentrer l'âme a en elle-même, en la faisant tourner, pour ainsi a dire , sur elle-même et autour de ses propres « idées : c'est la vie philosophique, qui consiste « dans la méditation intérieure, dans l'exercice de tt l'activité employée à atteindre un but intellec* « tuel * . . . . » Or le plus souvent, « les âmes même a les plus parfaites, les plus réfléchies, ne font que tt tournoyer autour d'elles-mêmes sans avancer « vers Dieu ^. «> Mais tt pourtant la force active tt peut aussi porter l'âme hors d'ell^méme, vers un
■ Maine deBirah, sa vie et ses écrits, p. 384. ^ * /6mI.» p. 339.
« idéal, un infini qui est donné ou qu'elle se donne « pour but de ses efforts. En entrant ainsi dans « ime sphère supérieure , toute lumineuse , l'âme « jpeut encore obéir à une attraction tout à fait op- « posée à celle du corps. C'est la vie mjrstique de « l'enthousiasme y et le plus haut degré où puisse « atteindre l'àme humaine, en s'ideutifîant autant « qu'il est en elle avec son objet suprême , et re- « venant ainsi à la source d'où elle est émanée * . » Mais comment concevoir « cette troisième vie , « plus haute que nous et que tout ce qui peut être « atteint par l'entendement ou l'esprit qui est « nôtre *?...)* Comment concevoir « cette influence « surnaturelle de la grâce ou de l'Esprit de Dieu « sur nos âmes ?. . . » et ces « deux états opposés de « l'homme, où c'est comme un autre être, une « force autre que sa force personnelle.... qui agit « en lui sans être lui '?... » Comment concevoir, « ce qui paraît inconcevable, d'après l'expérience, « que la vie intellectuelle reste inaltérable, indépen- « damment de toutes les conditions naturelles?. . . » Aces questions, le philosophe répond ceci : «Voila
« LE BIIBACLE DE l'HoMME-DiEU \ »
« /6#J., p. 38t. — • Ibid,, p. 40Î. — » îbid,, p. i(SX — * /6iVl., p. 384.
Sn LE Ueu DE riMMûRTAUTÉ.
Méditons avec attention, respect, sincérité, cette marche d'un puissant esprit, qui a du soulever le poids de tout son siècle, pour retrouver, par lea plus prodigieux efforts et par la grâce de Dieu, lea grands traits de la vie de Tàme tels que lei « décrits la philosophie des chrétiens sous la lumière de TÉvangile.
L^àme donc, selon la vraie philosophie, la dirétiennci la seule entière, Tâme développe sa vie par ces trois grandes phases successives. Ce n*est d'abord que la vie implicite des sens , vie impersonnelle, où la raison et la liberté sont en germe, et fermentent sous l'attrait du désirable et de l'intelligible : vie d'innocente enfance, où Dieu nous parle surtout par les symboles de la nature visible, et par les sacrements du premier monde.
Puis le temps vient où, sous l'attrait de Dieu, la raison et la liberté se dégagent, se distinguent de la masse; l'homme prend possession de lui-même, et la personne humaine se déploie. Ici, Dieu parle surtout à l'homme par l'homme, à la raison par la raison, par la loi écrite ou parlée.
Mais le premier usage de la raison et de la li-
LB UEU OB LIMMORTAUTÉ. 323
bertéf c'est d'oixlin^ire Fabus de la lumière au^i bien que Tabus^ du feu. I^ crise dMndépendapco mène d'ordinaire à l'esclavage; la fKksaewon de l'homme par l'homme mène à la raine de l'homme. Mais l'homme ) libre d'ailleurs , toujours sollicité de Dieu par l'attrait du désirable et de rintelligible, sent alors sa faiblesse» s* misère et son élot** gnement de la souree des foroes. Il cherche pour sa raison et pour sa liberté» un immuable point d'appui. Cette recherche de l'immuable est, dans tous les ordres de chose» la loi de la raison et de la liberté. Et l'immuable ne se trouve pas dans la mobilité du monde des corps» et la force réeU lement substantielle ne se trouve pas dans les im« mnables fantômes de la raison» ombres ou reflets do Dieu. L'immuable et le substantiel absolus ne sont qu'en Dieu lui-même» et l'âme» sous l'attrait de Dieu» veut passer d'elle à Dieu. C'est la seconde crise. La première crise» c'est» en un certain sens, le passage de la nature à l'homme; la seconde est le passage de l'homme à Dieu.
Étudions un instant les deux premiers états.
Voici l'âme au plus bas degré de la vie» enveloppée dans la nuit des sens, tout unie à son corps» nullement dégagée de cette masse de chair. Elle ne sent et ne perçoit la vie qu'à travers les cinq
32à LE LIEU DE L'IMMORTALITÉ.
sens; elle l'aperçoit très -réfrangée, très- morcelée. Elle voit l'innombrable multiplicité des existences individuelles, et saisit encore peu leurs rapports et leur unité. Que de temps il lui faut pour pressentir ou entrevoir une loi ! Que de répétitions du fait pour imprimer une habitude équivalente au pressentiment de la loi! Il semble qu'il lui faille un grand nombre de jours pour amener rarement une année. L'âme, dans ce crépuscule, vit lentemeut : sa raison émerge à peine, peu à peu, et empiriquement, de la variété vers l'unité : c'est le crépuscule de la science, ou plutôt son absence. L'âme ne voit que lumière diffuse, et ne saurait saisir le centre, la source et l'unité de la lumière. Sa lil)erté, sans clair discernement, n'a pas de force, pas de mouvement; le côté personnel de la vie se développe à peine. Tout est à peu près implicite. La vie personnelle est peu distincte de l'impersonnelle, de même qu'il n'y a pas beaucoup de distinction dans le côté diurne et le côté nocturne de la vie des premières planètes. Il n'y a donc presque pas encore de liberté, ni de raison, mais peutêtre aussi moins d'erreur et de perversité. L'instinct domine, mais n'est pas perverti par calcul et par volonté. Dans cette faiblesse et cette pauvreté de la vie, il y a peut- être le reflet de la première
LE LIEU DE LlMMORTAUTl S2S
béatilude évaiigélique : « Heureux les pauvres d'es- « prit ; »• peu d'excès , peu d'excentricité fiuieuse allant entre les deux passions extrêmes , l'orgueil et la sensualité : naturelle innocence dans cette faiblesse de développement : c'est presque lUrresponsabilité du réve«
Tel est le premier degré de la \ie de notre àme, comparable à la vie des mondes qui donnent dans la zone éloignée du centre, a^Ue qui, dans l'hypothèse astronomique reçue , s'est formée la premièiv.
Voici le second degré.
Le passage du premier degré au second, c*est, en quelque sorte, un passage de la nature à l'homme. L'homme sort d'une sphère passi\^, impersonnelle, pour entrer dans sa propre sphère.
Que dire des âmes arrivées à cette crise ? C'est la crise la plus dangeureuse de la vie *. Ici com«
■ Nous ne saurions txx^ enga^r nos lecteurs à lire le li\Te inlitulé : Maine de Biran, sa \ie et ses pensées. GeUe crise dm muifm a êlé la grande crise de ce noble esprit, el a duré pendant la meilleure partie de sa \ie. 11 en.est sorti philosophe chrétien. Dans son journal intime, il décrit amplement^ ei dans les mêmes termes que
d26 LE LIEU DE L IMMORt^LITÉ.
menée vmitaiekii la personnalité. La lumière et le feu augmetitent, et sont plus explicites. Mais c'est alors, à peu près toujours, qu'arrive l'abus de la luhiière aussi bien que l'abus du feu. Nous avons décrit amplement la naissance^ les effets de ce double foyer, la séparation qui tue l'âme, la dèx-ore ou la brise, la laisse eu ruines pour toute la vie.
Il est visible que, sous nos yeux, la plupart des âmes sont des ruines , des palais renversés , des motides brisés, qui ont été détruits à telle époque, à cette seconde phase de la vie où commence la personnalité bien distincte^ où l'âme, sortant de sa simplicité native, de l'innocence passive, com» mence à vivre par pensée propre et par volonté *^rsonuelle. Elle reçoit de Dieu pour cela une augmentation de lumière et de feu , tnaÎB en abuse pour développer en elle les deux foyers inauVaisy où la lumière se dissipe en oi^eil, où le feu se dévore en sensualité.
Et Voici une particularité qui rentre bien dans notre comparaison. C'est que la seconde zone du ciel , à laquelle nous voulons comparer cette se-
nous, cette régioh de Veffort, de la Ikiite^ de Vinquiétnde, lie td mobiUlé, de Vif^fàbilité. Ce sont les termes quMl répète sans cesiip : J\à tietaé à constater ique depuis la lecturô de te /ourHof je D*ai m ajouté ni changé un seul mot à mon teitc.
LE UEU DE L^IMMORTAUTÉ. 121
conde phase de la \\c de Tâmey ne nous présente qu'un seid objet , savoir : un monde en ruines! Une planète brisée, un A-aisseau naufragé, dont on voit flotter les débris ! Sans doute, le fait de ce naufrage peut être contesté ; mais voici qui ne saurait Télre, c'est qu'en cette zone moyenne, d après les lois du mouvement, la condition des masses qui s'y trouvaient était celle d'un fnoux'enient instable y Ainsi, que le naufrage ait ou n'ait pas eu lieu, il est certain que la zone moyenne est, en tout cas, la région des tempêtes. Ceci suffit à la solidité de la com{>araison ; car des trois grandes stations de l'âme, la moyenne est bien évidemment la région des tempêtes *.
■ Lagrange a entrevu, et M. Lcvemer a suivi encore pluB loin«e résultat des lois du mouvement, savoir que dans la région qu'occupent )cs nombreuses petites planètes, la condition des masses destinées à devenir ultérieurement des planètes, était celle d*iiii imw* irmenl imtabU, (Babinet, Revue des Deu3>M<mde$, 4 5 janvier 4 856.)
* Ceci est précisément une des idées fondamentales de Maine de Biren. M. Emest Na>ille, son intelligent éditeur, résume aitasi, d'après les noureaux es$aÏ5 d'anthropologie, que nous n'avons pas encore, la doctrine des trois vies ou des trois degrés successifs du dé\^loppement complet : t L'homme est donc placé dans une posi- « tien intermédiaire entre Dieu et la nature. En s'abandonnant à c ses appétits et à toutes les impulsions de la chair, il trouve une « sorte de triste repos dans Tunité d'une vie purement animale. En R s'abamkmnant sans réser\e à Tinfluence de VEsprit'ÂiMmr, il
Mais avançons! Ne parlons pas des âmes eu ruines, des naufragés de ia première crise ; parlons de celles qui survivent et qui traversent la tem<^ péte. Ces âmes seules développent la fleur, l'intelligence. Elles emploient et consacrent la première sève de la jeunesse^ non au plaisir, mais à la vérité. Elles ne la perdent pas dans les joies sensuelles, mais rélèvent jusqu'au sommet de ThommCy jusqu'à la tête qu'il faut organiser pour la pensée, pour la raison. Elles commencent à sortir de la bassesse de l'égoïsme, par le culte de la lumière, qui est universelle et qui est Dieu. Ces âmes alors sentent redoubler l'attrait du désirable aussi bien que de l'intelligible, et sont appelées, parla grâce de Dieu , à porter le vrai fruit de la vie, l'amour libre de la justice et du souverain Bien , c'est-àdire de Dieu et des hommes. Et c'est alors que commence la soif de la lumière directe, substantielle, pleine de ses trois rayons, rayon de force, rayon d'ardeur, en même temps que rayon lumineux. La lumière diffuse, indirecte, ne suffit plus;
c trouve, dans rabncgalion de sa volonté propre, la joio du renoo- « cernent, et parvient à la paix [dans Tunité de la vie divine. Mais t dans Véiat moyen où Vkomme lutte contre les impulsions [sensi^ « bUs, sans s'abandonner à la puissance supérieure de V Esprit di- « vin, se trouve la région des luttes, du trouble et ile l* inquiétude. »
les reflets montrent leur insuffisance; la lumière rêfrangée ne semble plus que Tombre et le fantôme de la lumière. L^esprit entre dans la grande crise si admirablement décrite par Platon , lorsqu^il af« iirme qu'alors Tintelligence cberche le soleil , . et non plus seulement son reflet sur les corps, ou bien son image dans les eaux. Selon nous, l'esprit humain s'élève alors à sa plus haute pensée : la raison est à sa limite ; l'intelligence a traversé ce degré de l'intelligible divin qu'il est possible de connaître par notre raison seule, et qui est un reflet de Dieu, et elle cherche cet autre degré que le reflet ne peut donner, qui est une certaine vue directe, une certaine connaissance immédiate de Dieu même. C'est la crise de l'intelligence arrivant à la foi.
C'est donc ici Tépoque où l'âme, sortie de la nature {ab exterionbus)^ et rentrée en elle-même \^aii i'nieriom) , veut commencer à sortir d'ellemême pour s'élever vers Dieu (ab inierioribus ad sapenoru). C'est l'entrée dans le troisième monde qui n'est plus ni le monde des corps, ni celui des esprits créés, mais qui est Dieu, qui est la charité, où l'àme, selon la belle distinction d'Âristote, s'élè^-e au-dessus des deux substances naturelles qui naissent et meurent, pour s'appuyer sur la troisième
119 Ut LIEU DE L'ItaMORtAUTÉ.
qui seule est immuable. C'est £e que les chrétiens uommeht là vi6 surnaturelle. La recherche de la luittièriB chaude, de la lumière directe, de la lutnièk>e pratique qui est justice et charité: le mépns de la <h3hnaissauce stérile, qui tie se tourne pas à altnef t TaoïbUr dàus là lumièrc [chûrfiàs verkatis) ; c'est le troisième degré.
Ce degré est symbolisé par les demeui*es du ciel qui, après cette région vide où surnagent des débris, fortuent un groupe de planètes Centrales, dont là dertiièk^e, là plus centrale. Mercure, cottiparée à la Hioius éloignée de^ planètes extérieures, Jupiter, rt^oit, êur une tnéUie surface, deut cents fois plus de lumière et Ad chaleur, et, pour uue même uuité de tUà^se ^ dëut Cehls fois plus de fonde d'attrac>tion. Qu'on se représente, sur l'immense corps d^ Jupiter, la plus centrale des planètes extérieures , Uh jour viugt-cinq fois moindre que le nôtre, et luette faible luttiière tombant sur Tépàisse iatmt>s<phèils de Ténorme plàuète. Il est poitoible que Toeil d'un hotome placé sur cette dernière , et à plus forte raison sur la plus éloighée, n'iai^ercoive jamais le soleil et ne connaisse que la lUUiière difitise. Mais au contrâirt*^ sur les planètes (cetttrales, le so* leil est radieux. Nouï, UoUs savOUs dilstingUer du soleil ce jour difllts qui n'est qu'UU t^eflet du soleil.
L8 UfiU DS L'iMMORTàUTÉ. 531
Car nous voyons le. soleil même directement, nous en apercevons le disque, nous saisissons ses rayons droits , nous connaissons sa forme , sa rotation , son poids et presque sa eonsHliitiou physique.
Mais attîTons à l'àuie. L'àme dans cette troisième pliase entre dans la zone intérieure , non ))as au centre^ mais dans ces demeures rapprochées où l'atttait, la lumière et Tamour du soleil divin se fout sentir ou N^oir déjà si fortetnent : où la vie hors de Dieu est transformée et) un coihmehcement de \îe en bien, l'n germe de la vie éternelle^ un principe d'immortalité \^mftùuH stibstemtiœ psàis,... semen ^mus m eo nianet) déx-elopjie, sdott Dieu, toutes ses forces intérieures, de sorte qu'il n'y aura rien dans la \ie étemelle en Dieu, qui ne soit commencé ici-bas , |iar la grâce et par le don surnaturel de Dieu.
Mais r&me ainsi régénéiw et transformée «teUe âti terme ? Est-elle dans le repos et dans la pais ? N y a-t-il plus de matrhe nécessaire? N\ a44l plus de progrès possible ? Loin de là , car à vrai dire c'est ici q\ie commence le progrès.
Regardez la vigueur de la course de notre terre. Nous courons, nous volons avec l'incroyable vitesse de sept lieues par seconde, et le vaisseau le plus central de notre groupe. Mercure, marche beaucoup plus vite. Ce dernier serre de si près le centre, qui est le principe de sa vie, il en est si a\ide, il est tellement emporté par Tattrait, qu*il en fait presque mille fois le tour pendant qu'aux confins du système , Neptune , dans sa lenteur et son indifférence, parcourt une fois sa route.
Il y a, dans cette demeure presque centrale, comme une vie violente sous un attrait, sous une lumière, sous des splendeurs et des ardeurs sept fois plus énei^tques que celles de notre plus ra* dieux soleil. Cest un monde de vigoureux et rapides contrastes, et par la grande inclinaison du pôle sur Técliptique, et par Texceutricité empressée de l'orbite. On dirait un vaisseau très-penché dans sa course, que son extrême vitesse jointe à la résistance des flots, fait avancer par saccades et par bonds.
Or, je crois voir dans la vie de cet astre si rapproché de son soleil Timage des empressements de
rame vers Dieu. Cest la vie, trile que la décrit sainte Thérèse, dans la sixième demeure où l'âme aspire au terme et veut mourir, pour aller au prin* cipe de la vie. « A ce degré, dit sainte Hiérèse, « rame est blessée d'amour * . » Dans cette demeure, on souffre vigoureusement, comme on aime I L'âme déjà connaît quelque chose des richesses et de la beauté de la patrie dernière où elle aspire. Elle sent et connaît mieux le contraste de sa misère et de la plénitude de Dieu ; elle entre d*ailleurs dans une plus grande union de toutes ses puissances. Elle croit s'être retrouvée elle* même, et Dieu la comble de félicité. Mais, à son tour, cette joie divine augmente l'attrait, le besoin de mourir, pour aller s'unir à la source, et ne plus voyager loin de Dieu. Et pourtant, dans ce degré de la vie, dit toujours sainte Thérèse, les puissances luiies et distinctes , très-rassemblées et très-développées, sont plus que jamais dans la vie, dans la force, dans la lumière, l'amour et le bonheur. Le sens touche avec transport Dieu présent. L'âme se sent puissamment elle-même et croit se retrouver : et en même temps ce sens d'autrui, d'ordinaire si
* Il faudrait lire tout ce que dit sainte Thérèse de la sixième demeure. Nous n*en donnons ici qu*une très-courte analyse.
CHAPITIE T.
LE LIEU DE L*IMMORTALITK ^SCITE.
Nous aTons fait une 'première lecture dans le lirre «le Dieii. Nous t aTons trouvé un premier enseignement. Cesl que Télat présent du monde est an état de dispersion, de morcellement et de TÎcissîtude, de vie et de mort. Ce n*€st pas là Tétat définitif de ronnnre de Dien. Cest le premier état que la sainte Écriture a nommé « la vieille forme ! • (yeiera; et dont elle dit :« La vieille forme a passé...
m tout a été renouvelé! 9 'yetera iransitntnt
facia suni onuûa nova *;. De plus, nous avons commencé à comprendre vers quel état meîUenr et
« L Cor. V, 17.
LE UEU DE riHliORTALITÉ. Zll
vers quel idéal moule et s'élève la création, il y a dans la création, comme dans la vie de Tâme, plusieurs demeures de plus en plus centrales. lie. progrès, pour tout être créé, consiste à diminuer la distance qui le sépare de son principe et de sa source, à s'approcher du centre, et puis à y entrer afin d y trouver le repos.
Mais y a-t-il une demeure centrale ? A force d'approcher du centre y arrive-t-oii ? Oui, disons-nous; car pourquoi Dieu fait-il marcher les créatures , sinon pour les faire arriver ?
Mais pouvons-nous poursuivre ici notre comparaison de Tâme au ciel \isible ? Y a-t-il dans les dcv meures du ciel, outre les trois grandes zones que nous avons décrites, une demeure meilleure que les autres, qui soit aux autres ce qu'est le centre à regard de Tenceinle, ce qu'est le repos au mouvement, le tout à la partie, l'unité à la dispersion, la vie pleine à la vie et à la mort mêlées ? Évidemment il y a, au centre des moiules qui circulent, un monde central, immuable au milieu de ces mouvements, qui renferme, et bien au delà, toute la vie et toute la lumière des autres , pleinement et sans vicissitude, puisqu'il en est la source. Ce monde, nous le voyons, c'est le soleil.
Mais le soleil est-il véritablement une demeure ?