‹ De la connaissance de l'âmeChapitre 8 sur 38 · VI · texte numérisé non relu

VI

\ih LA TRANSFORMATION.

nous serait pas donné d'entrevoir, ne fût-ce qiic bien confusément, la possibilité philosophique et scientifique d'un pareil avenir.

Eh bien, ce que je cherche ici nie parait impliqué dans cette divine et mystérieuse |>arole de notrf- Maître : « Aotre œil est la lanijK! de votre coq», » et le reste. L'œil, disent les commentateurs, signifie le regard, le désir, l'intention, l'état ou la disposition de l'âme. Or, notre Maître a dit : « Votre « œil est la lampe de votre cor|>s. Si donc votre œil « est simple, tout votre corps sera éclairé : si votre a œil est mauvais, votre corps sera ténébreux. Pre- « nez garde que la lumière qui est en vous ne se a change en ténèbres. Si votre corps est lumincnix, « n'ayant aucune partie dans les ténèbres, la lua mière le pénétn», et il devient pour vous, comme a un réflecteur de lumière V » Je ne lis jamais ces parolc*s sans être saisi d'étonnement. Et il me semble qu'elles ne pouvaient sortir que de la bouche de celui qui a créé l'âme et le corps.

* Lucema corporîâ tui e^t ckiiIus iuus. Sî oculus tuus fuorit sïmplex, totum corpus (un m lucidum erit ; si aiju*ni nequam fucrit. diain corpus tuiim tpnel)ro§ijfn erit : vide ergo, ne lumen, qaod io le es>t, (enebra.* sint. Si ergo cor|>us tuiim totum lucidum fuerit, non habenà aliquam parlcm iew^hranim^ erit lucidum totum, et sîcul lacerna fulgoris illuminabil te. (Luc, \f, 31, 35, 36.)

LA TRANSFORMATION. \ÏS

Voici donc que l'Évangile nous parle de deux états du corps, correspondant à deux états de rime. Notre Maître signale Tétat simple, qui est le vrai, et un autre état de la vie qui n'est pas simple, qui est foux et mauvais. Dans Tun , le corps est ténébreux, dans l'autre le corps est lumineux , et reflète sur tout Thomme sa lumièi^.

Si je comprends bien ces paroles , et si je con« nais quelque peu la vie du corps, il y aurait deux états de sa Tie correspondant aux deux états de lame, que nous avons appelés simplicité^ dupli" cité. L*àme est ou recueillie, ou divisée. Ses forces sont ou ramenées à Funité, ou sé|)arées en deux foyers, L'àmeest alors ou lumineuse, ou ténébreuse, comme Télectricité polarisée en deux foyers est ténébreuse, mais devient lumineuse, quand, par le lieti des pôles, ou la ramène à Tunité.

Il en serait de même pour toute la vie du coqis; et 1 ame elle-même, selon son propre état, rendrait le corps ou simple dans sa vie, oti divisé , ou lumi* neiix ou ténébreux. Ce double état du corps serait l'essi^nce, la cause, la forme même de la santé ou de la maladie, de la force ou de la faiblesse, de la longévité, ou de la mort avant le temps.

Tantôt le corps tout entier serait un, par un puissant et parfiftit concours de toutes les forces et de

toutes les fonctions. Lliarmonie de la vie serait pleine : chaque organe soutiendrait, multiplierait la vie des auti'es. I^ ruissellement général des forces ne rencontrerait pas d*obstacle : aucun point sourd, mat et fermé n'en arrêterait Tharmonieux mouvement. La pénétration mutuelle des forces, des fonc* tions, des parties, réduirait tout à la simplicité, et l'ecueillerait tout comme en un point. Et comme, quand beaucoup de rayons se réunissent au foyer des miroirs en un point simple, alors éclatent la lumière et le feu, de même les rayons de la vie corporelle, ramenés tous au foyer principal, développeraient la vie dans sa magnificence, et dans sa plénitude. Le coq^s serait alors , comme le dit rÉvangile, tout lumineux, parce que son foyer serait simple.

Mais cette magnificence serait détruite, cette plénitude et cette lumière perdues, quand cesseraient cet ordre et cette simplicité. Comme cette substance qui tantôt est charbon, tantôt diamant, tantôt parfaitement noire, tantôt pleinement lumineuse, selon Tordre de ses parties et leur groupement dans Tunité ; le corps aussi deviendrait ténébreux, quand l'unité de la vie cesserait, quand des organes particuliers s'isoleraient dans leur vie propre, ou accumuleraient la vie sans la laisser passer pour la trans-

mettre; quand à la pénétratiou mutuelle des foixres succéderaient la division des forces et la lutte des fonctions , et quand ainsi la vie se neutraliserait par la contradiction, an lieu de se multiplier par l'accord.

Sans nul doute il en est ainsi, et ces vérités générales sont connues, et elles sont manifestes. Cest le consensus unus d'Hip)x>ci*ate. Mais voici ce qui est moins connu : c'est que le corps, comme une pile électrique, se polarise en deux foyers principaux avec l'Ame, quand Tàme elle-même, dans l'égoîsmo et la passion, divise sa vie en deux foyei^. Quand l'âme attire la vie, comme s'exprime la sainte Écriture, pour l'engloutir dans ses concupiscences ' ; quand, par avidité, elle veut multiplier en elle ce qui n'est pas elle; quand, selon l'énergique expression du texte , elle accumule en elle , par la passion, une boue épaisse '; quand l'âme agit ainsi, le corps en fait autant, ou plutôt 1 ame elle-même

* Petitisut insumatis in concupiscentiis vestris. (Jac. iv, 3.)

* Vsci qui muUiplicat non sua ! Usquequo et aggravai contra so dnisum lutumt (UalMic. ii« 6.)

opère le tout, et à la fois, en elle et dans le corps. Le corps prend deux foyers distincts qui décora* posent, mais ne recomposent pas. Il engloutit sa vie en ces deux pôles, au lieu d'en faire ruisseler la lumière et Tardcur. Il multiplie en lui la ma* tière étrangère, la matière non domptée, non pénétrée, non ramonée à Tunité. Il multiplie en lui ce qui n'est pas lui. Il accumule littéralement sur lui ime l>oue épaisse. H devient ténébreux, parce qu'il n'est pas simple.

Les hommes n'observent pas leur corps, pas plus qu'ils n'observent leur àme. Ils en voient la forme palpable, ils en sentent les douleurs aigués, mais c'est là tout. Les états profonds de la vie leur échappent, ou plutôt riiabitude k peu près exclusive de l'état faux , fait qu'ils ne le sentent plus, a Voiu a les avez frappés, dit la sainte Écriture en parlant a des hommes endurcis ; vous les avez frappés ; ils a ne l'ont pas senti ' ! » Ainsi du corps de l'homme traîné par les passions : il ne sent pas ses plaies.

Qui est-ce qui sent assez dans son corps cet obstacle à l'unité, à la simplicité, et au parfait rap« port de chaque partie au tout , et à la mutuelle pénétration de tous les points dans l'unité? Qui

• Pcrcuâsisli eo». el non doliieninl. (Jerem. v. 3.)

sent tssee ce dédoublement de la vie qui décompose les forces, qui divise les grandes sphères orpaniques, détruit les harmonies, et mène rapidement le corps à la souffrance et à la mort ?

Mais si chaciui de nous s*observe très -mal et très^u, surtout si ceux qui vivent dans Tétat faux n obser\'ent rien , voyons du moins ce que nous dit la science.

]'ai consulté de tous côtés depuis bien des années, et je viens de relire de suite bien des volumes sur la vie et ses lois, sur la santé, la maladie, la mort. Or, je puis affirmer que voici, sur ce grand sujet, ridée qui se dégage de plus en plus clairement dans la science.

Cette idée, c'est le commentaire de la parole e\angélique qui vient d'être citée.

La \ie de notre corps est une pluralité de fonctions, toujours distinctes, toujours unies, comme la création tout entière est une pluralité de personnes cl«tinées à Tunion, ou comme Dieu même, modèle lie tout, est une pluralité de personnes en un seul Dieu.

Il V a trois fonctions fondamentales, correspondant aux trois grandes sphères du corps, et aux lro;s grands systèmes d*organes, et à ce que lîordeu nommait « le trépied de la vie. »

Se développer, sentir, agir; nutrition, perception, mouvement, sont les trois fonctions générales. L'on peut dire qu'il y a trois forces : la force radicale, d'où tout sort; la force perceptive ou sensitive, et la force motrice.

La force radicale ou nourrit ou engendre. Elle nourrit, c'est-à-dire engendre au dedans. Elle engendre, c'est-à-dire nourrit au dehors. C'est toujours elle qui donne la vie. Nutrition et génération sont une même fonction générale.

La force sensitive perçoit la vie et en jouit.

La force motrice emploie la vie, agit et meut, soit au dedans, soit au dehors : au dehors par les membres et les muscles, à partir du cerveau, par des mouvements libres et des actes intermittents ; au dedans, par un mouvement aussi puissant que l'autre, et continu, à partir du cœur, muscle central, le plus parfait des muscles.

La loi de ces trois fonctions est celle-ci : qu'elles soient distinctes et soient en un ; que chacune des trois soit distincte, soit puissante, soit grande et forte ; (ju'aucune ne s'atrophie, ne disparaisse, et ne soit absorbée ; mais en même temps que les trois soient en un. Si elles se divisent, elles s'annulent : leur unité est la condition de la vie.

On aperçoit dt^à quelque chose du sens de la

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ptrole êvangéiiqtie : Si Toire œil (voire vie) est sÎBipley toiit votre corps est éclairé ; s*il est mauvais, (Ml double^ ou divisé, il est tout entier ténébreux.

Sfaùs quelle est donc parmi les hommes la marche ordinaire de la vie ? Comn^nt les corps, sotis Tinfluence des âmes, pratiquenMls la loi« ou s*en ccaitent-ils?

Je réponds que le genre humain se divise en trois races, sous le rap|)ort de IVmploi des forces H dv la forme que prend la vie.

In célèbre physiologie divise en trois grandes classes loule TanimaUlé, selon que prédomine le ventre , la léte , ou la poitrine. Les animaux , en effet, ne sont que des fractions, lis sont comme (les parties du complet organisme vivant : Thomme «^ le tout.

Mak voici que les hommes se fout fractions. Et il est manifeste qu*il y a trois classes dliommes : ceux qui iiivent par le ventre, ceux qui vivent |iar b léle, et ceux dont la w est au cœur.

H y a ctnix dont le vrntre est la \io et le li-ésor ; 4*ii, dit Salhiste, sont livrés tout enTiei^i à leur

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ventre el à ce qui en dépend ; qui, ieloo la ninte Écriture, le sont fait un Dieu de leur ventre ' , et .qui peuvent dire i o Notre ventre est collé à la a terre ^. »

Mais il y a aussi des hommes dont la tête est la vie, le trésor et le Dieu ; ceiuc, disait Épictéte, qui ne fleurissent que par la tête ; ceux, dit Bossuet^ qui vivent dans cette connaissance stérile qui se trahit elle-même, et ne se tourne pas à aimer.

£n6n il y a les hommes que la sainte Écriture nomme « les hommes convertis à leur cœur '. » Thomassin les appelle d'un seul mot : « Hommes « du cœur : Cordatos ! »

Mais ici, soyons attentifs. Nous prenons le mot cœur dans son sens plein, son sens évangéliquc, qui est le vrai. Dans ce sens, saint Augustin dit : « I^e a cœur n'a pas do paix, tant qu'il ne se pose pas « en Dieu. » Et la sainte Écriture : € J'écoute ce « que Dieu dit en moi; car il parle la paix en tous a ceux qui se convertissent à leur cœur. » Dans ce sens, les maîtres de la vie spirituelle disent encore : « Notre cœur est une capacité sans fond, et

* Quorum Dcus venter est. (Philip, m, <9.)

* Con<:Iutinatu3 est in terra venter noster. (Ps. \uiu 2o.)

* Et in cos qui convertuntur ad cor. fPs. lxxxit. 9.)

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« couiine un abime indéfini , que Dieu seul peut < remplir. » Ainsi , vivre du cœur, c'est vivre de Dieu. C'est dans ce sens que l*on peut dire , avec toute la théologie, de tous ceux qui ont %'écu du tueur, en quelque temps , en quelque lieu qu'ils aient vécu , qu'ils ont été chrétiens. C'est ce que nous développerons ci^dessous.

De sorte que les trois grandes classes d'hommes sont bien celles dont parle Pascal , lorsqu'il dit : U y a trois mondes, le monde des corps, le monde des esprits et le monde de la charité , qui est surnatuivK Aristote avait déjà dit : Il y a trois esstMices, deux naturelles, l'autre immuable. Les trois races d'hommes sont les trois races distinguées par ct^lui des trois mondes dans lequel chacun met son tïésor et sa source de vie principale. Il y a, dit Pascal , ceux qui vivent dans les grandeurs et les joi€s terrestres, ceux qui vivent dans les curieuses *ui glorieuses recherches de l'esprit, et ceux qui cherchent la sainteté.

Ce sont bien les trois races que distingue TE- , vangile« lorsqu'il parle des hommes qui sont nés de la volonté de la chair [fx î»ohmiate camù) et lies liommes qui sont nés de la volonté de l'homme exix)fiiiitate i7>f\ et des hommes qui sont nt»s de Dieu ejr Deo naii sunt^. Et ceci com*s|>ond en-

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core a cette doctrine théoloffque. Il y a deux concupiscences, celle de la chair et celle des yeux on de Tesprit.

Voici donc qui est bien visible. Et TEvangile, et la philosophie, et notre expérience quotidienne sont d'accord.

Mais ce qui n*cst pas moins manifeste, c*est cpie chacune de ces trois races organise son corps dans le sens où elle dirige sa vie, et d'après la fonction où elle la concentre. U y a la pbysiolc^e des ^ îveiirs, des voluptueux et des gourmands. Il y a la physiologie des gens de lettres et d'afEaires. Et il y V aurait celle des saints ou des enfants de Dieu. Mais qui est saint? Et qui le sait?

Les deux premières physiologies sont des patho« logies , c'est-à-dire que les deux premiers modes de la \ le sont des modes maladifs, et qui courent à la mort; le troisième seul est le vrai mode, le mode vivant et vivifiant.

Dans les deux premières races, la vie est double, la vie est divisée , le corps est ténébreux ; dans la troisième, la vie est simple, le corps est lumineux.

Les deux premières polarisent la vie. La troisième seule laisse les fovers , et recueille la ^ie au centre.

La premièro polariM* la vie par eu lias, mais

forme en haut, par, contre-coup, un fo} er secondaire, vide, négatif.

La seconde polarise la vie par en haut , mais forme en bas, par contre-coup, un foyer secondaire de scmsuatité. Tout pôle appelle nécessairement son pôle corrélatif en physiologie, comme en physique ou en géométrie.

Les deux premières de ces trois races, ne vivant point de Dieu, vivent de Thomme ou du monde di*s corps. L'âme, détachée de Dieu, tombe sur elle-même, et y prend son centre, mais prend tout aussitôt un centre secondaire dans le monde extérieur; ou bien, si elle a dans le monde extérieur sou centre principal , elle a dans* l'homme son centre secondaiœ. L'âme alors , divisée de Dieu , est toujours divisée en elle-même en deux concupiscences, deux attraits dominants, deux volontés, celle de la chair et celle de l'homme. Mais l'âme, {Kirtagée ainsi, partage le corps et l'organise à son image, suivant ses deux attraits. L'âme ne le contient plus en un, dans cet un qui est la condition \itale *, parce qu'elle-même n'est plus contenue

* Tous les actes vitaux doivent se réduire « à l'unité harmonique t de l'organisme. Cest précisément dans celte unité que consiste le f principe fondamental de la santé. » (Réveillé-Parise, Étude de l homme, 1. 1, p. 42* )

daus le nœud vital de la simplicité , dans runité de Dieu.

Toujours, sans exception, l'âme qui n*est point une et simple en Dieu, |iar la vraie vie de Dieu, b vie surnaturelle, celte âme est divisée, et elle divise son corps. La sensualité appelle toujours Torgueil ; Forgueil appelle toujours la sensualité ; d<* même que dans l'ellipse, cercle dégénéré, dont hcentre s'est divisé en deux fovers , tout ravonnement partant de l'un des deux foyers se recueilktout entier dans l'autre.

Je le répète, cet état ou cette marche de la vie fausse est visiblement incamée dans le corps des trois races |)sychologiques et physiologiques qui se partagent le genre humain. Kous avons ici la loi même, l'idée, la forme de la maladie et de la mort, et par contre celle de la vie.

Et en parlant ainsi , nous ne confondons rien , nous n'excédons en rien, et nous croyons demeu ht purement, rigoureusement, dans la vraie science du corps. Il est clair que la loi de mort signalée ici n'c»st pas celle de la mort qui survient par blessun-, ou poison, ou par hérédité. Il y a la mort qui survient du dehors : il y a colle qui part de notre fond. Il y a celle qu'envoie la providence ; il y a celle que notre &ute o|>ére. Évidemment, je ne parle que de

LA THANSFORMATION. !27

ct'lle-ci, qui d'ailleurs est de beaucoup la plus fréquente * .

De ce point de vue, il est certain que la vie et la mort sont devant nous, comme le dit la sainte Écriture , et que l'homme reçoit librement , et prend par choix celle des deux vers laquelle il étend la main '.

Or, voici comment Thounne prend la mort.

J'ouvre les livres qui me parlent de la santé ou de la maladie, de la vie ou de la mort, et je lis ce qui suit, comme je le lis dans mon expérience personnelle, et dans celle des hommes que j'ai connus.

J'y trouve d'abord cette fondamentale vérité : « L'homme ne meurt pas, il se tue *. » Les hommes se tuent parles passions et par les vices. Je vois des

' D est aussi bien entendu que, lorsque nous parlons de la maladie, nous prenons ce mot dans son sens général et vulgaire, el non dans le sens précis où il peut être resserré par telle ou telle définition scientifique.

* Anle hominem vi(a et.mors.... Ad quod volHeris, porrige manam tuam. (EccU. xv, M et 48.)

* Cest le mot de M. Fiourens dans son charmant travail sur la longévité : c Avec nos momirs, nos passions, nos misères, l'homme « ne meurt pas, il se tue, » p. 32.

liviTS intitulés : « Médecine des passions, Hygiène morale, Médecine morale, Hygiène de Fâme. » Et tous affirment que la volonté, le cœur humain, la passion, est la grande et principale cause des maladies et de la mort *. Les quatre cinquièmes des

< StahU Pathol. générale, ii, § 4. — Feucblersieben, Hygiène de rame, p. 20. — Desciiret, Médecine des passions. « Les maladies produites par les passions, dit le docteur Descuret, sont à elles seules incomparablement plus fréquentes que toutes les autres. La moitié des phlliisies, tant acquises qu'héréditaires, reconnaissent pour cause lamour et le libertinage. La goutte et les pblegmasies aigws du tube intestinal ne sont, la plupart du temps, que les tristes fruits de intempérance, surtout de la gourmandise. Les maladies chroniques de Testomac, des inte:ftins, du foie, du pancréas et de la rate sont plutôt dues à l'ambition, à la jalousie, à Tenvie ou à de longs et profonds chagrins. Sur cent tumeurs canoéreuaes, quatrevingt-dix au moins doivent leurs principes à des aflections morales tristes. Lépilepsie, la danse de Saint-Guy, les tremblements nerveux, les convulsions, proviennent souvent d'une vive frayeur ou d'un violent accès de colère. Lorsque la Gèvre lente nerveuse et le marasme, auxquels succombent un si grand nombre d'enfants et d'adolescents, ne sont pas déterminés par la jalousie, nous devons porter nos soupçons sur de funestes et vicieuses habitudes. La passion de l'étude, surexcitant continuellement le cer\'cau, au détriment des autres organes, n*amène-t-elle pas encore, chez les personnes qui s'y abandonnent, la dispepsie, la gastralgie, l'insomnie, le flux hémorrhoïdal, et cette susceptibilité nerveuse, qui les rend tk malheureuses, en même temps qu'elle fait le tourment des é(r» qui les entourent ?

c D'un autre côté, les trois quarts des morts subites ne sont-elles pas occasionnées par l'ivrognerie, la gourmandise, le libertinage ou la colère?»

hooimeSy disait un médecin célèbre, meurent de chagrin. Buffon affirme la même chose : « Si Ton « observait ks hommes, dit-il, on verrait que pres- « que tous mènent une vie timide et contentieuse, « et que la plupart meurent de chagrin * I »

Le chagrin ! Qu'esta que le chagrin , sinon le vide, Fépuisement, la contraction, le brisement du cœur, « Tépine au cœur, » comme le dit Hippocrate? Le cœur est percé et brisé, parce quUl n'a point la vie, ou n'a point Dieu, vraie substance de sa vie. La vie que Thomme avait, s'est versée tout entière dans les deux mondes , qui ne sont point Dieu ; la vie s'est dévorée par ses excès , et hors de Dieu ; et ces excès dans les deux mondes créés D ont point donné la vie au cœur ; et le cœur retombe sur lui-même dans la désolation, dans

Le suidde, œ fléau qae Ton voit régner épidénùquemeDi aux ^poqns de oorruplioa el de perturbation sociales, n'est-il pas preafaa toiyours la oonsé<|uence de quelque passion fougueuse ou d*un chagrin secret?

^fin, sur huit mille deux cent soîxante-douie aliàiés admis à Koètreetila Salpètrière dans le cours de neuf années, on trouve, Capiès le compte rendu de Tadministration des hôpitaux, que la ■lôeare partie de ces- infortunés avait aussi perdu la raison par Mile de \iolenles passions ou d'aflections morales trop vivement Mies. (Pages 162 et 163.)

* Tome n, p. 334. — M. Flourens appuie cette opinion : Longé- Tiié, page 73.

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