TÉLÉOLOGIE
pas entrée en considération. Si elle entrait en considération il faudrait établir l’antithèse suivante : la connaissance scientifique ne s'occupe que des phénomènes et de l’enchaînement des phénomènes sous des lois — qui ne sont elles-mêmes que des phénomènes; la philosophie, la métaphysique, la connaissance religieuse s'occupent de l’essence des choses, quel que soit le sens et la définition qu’on donne de cette essence, et que l’on soit ou non partisan de la substance, de la chose en soi, peu importe ici.
Après cela, le langage de M. Sabatier, derechef, n’est pas très net ni très précis. Il nous répondrait peut-être qu’il n’exclut pas toute connaissance de l’essence. Dans sa comparaison du vaisseau, ne dit-il pas que « la foi regarde surtout à l'orientation des voiles » ?.. Donc elle peut regarder et elle regarde aussi autre chose. N’écrit-il pas : « En toute notion religieuse, il n’y aura jamais au fond qu’un jugement téléologique »? En y réfléchissant, cet au fond n'est-il pas justement là pour indiquer que, tout de même, il y a au fond autre chose ? Peut-être M. Sabatier veut-il simplement marquer un jugement de hiérarchie entre la connaissance de l’essence qui n’est que moyen au point de vue religieux et le jugement téléologique qui est comme qui dirait le but? Dans ce cas, nous pourrions nous entendre. Mais ici encore, ne serions-nous pas fondé à dire que la pensée ou le langage de M. Sabatier oscille entre la vérité banale et le parodoxe erroné?
Avant de quitter ce sujet, remarquons que les deux antithèses auxquelles nous sommes arrivés : féléologie — mécanisme, et : métaphysique — étude des phénomènes dans le champ de l'expérience actuelle, ces deux antithèses instituent entre la connaissance religieuse et la connaissance scientifique une différence non pas tant de procédé, de méthode, que d'objet, de domaine. Par exemple, le savant cherche à répondre à cette question : Comment les choses se sont-elles produites? Le philosophe se propose ce problème : Pourquoi se sont-elles produites? Il y a là deux questions différentes, deux ordres dissemblables de problèmes. M. Secrétan l’a dit :
« La science a pour objet de recueillir et de coordonner les phénomènes observables, en remontant à leurs antécédents prochains, en déterminant leurs suites vérifiables, dans une progression indéfinie. L'hypothèse proprement scientifique ne porte que sur
des objets et des rapports observables de leur nature... Les jugements et les systèmes philosophiques ont pour objet la cause et la fin » (1).
Et il en est de même pour l’antithèse entre la métaphysique et l’étude des phénomènes dans le champ de l'expérience. Le domaine n’est pas le même. La science se borne aux phénomènes acces- 2 sibles à l’expérience, à leurs lois, à leur enchaînement. Quant à la philosophie, ou bien elle se flatte d’atteindre les substances, ou bien, si elle repousse la substance, elle fait porter ses inductions et ses postulats sur l’expérience possible à la vérité, mais non plus actuelle, non plus donnée, sur l’expérience inaccessible aux moyens par lesquels nous nous emparons de l’expérience actuelle et donnée; elle dépasse les phénomènes donnés dans l’expérience actuelle et pose certaines anticipations ou hypothèses portant sur des phénomènes futurs ou passés, sur des lois qui les enveloppent, sur leur ordre de développement, leurs causes et leurs fins.
saur el ride ae nu 1-4