XXXVIII
Ligne 4* Mais nostre droit ne seroit mie conté par tout. C'està-dire : « Mais on ne conterait pas en tous lieux les raisons légitimes « de notre conduite. » La leçon préférée par dom Brial porte : Mais nostre droit ne seroit mie par tout contens. Ce qui ne signifie rien. Cette faute ne se trouvoit pourtant que dans le Ms. 9644*
Ligne 7. Requérons un plait. Proposons un accord, un arran-
gement. Plais a été formé àe placcre, placitum; et Du Gange ne Fa put bien entendu quand il a traduit ce passage : Requérons-les plutôt (Tune chose, et plus loin quand il a rendu li plais par la condition.
Ligne 7. Li rois de Hongrie nos toit ladres en Esclaconnie. Jadres , aujourd'hui Zara, en Dalmatie , s'étoit donnée au roi de Hongrie Bêla III , pour se soustraire au joug détesté des Vénitiens.
Lions 16. Li plais fu moult contredit deceus, etc. C'està-dire : « Bien des barons furent d'avis de ne pas entrer en ac- * cord. » Pour bien être en état d'apprécier les raisons mises en avant par les deux partis , il faut confronter toutes les autorités. Écoutons d'abord la Chronique de Robert d'Auxerre : « Sed pro- « ceres, dum libère transituros se putant, quaedam inter ipsos et « Venetos emergunt causai quibus transitas impeditur; ob hoc inte- « rim peregrini multas patiuntur molestias, aliique redeunt, alii « obeunt, alii dum morantur sua prorsus expendunt, eo quod ve- « hemens ingrueret inopia victualium , quae non modo Italiam et oc- « cidentales provincias, sed et partes premeret transmarinas. » (Ad ann. 1202.)
La deuxième continuation de Guillaume de Tyr est encore moins favorable aux Vénitiens s « Quant li baron de Frauce vin- « drent en Venise , il y a une ille près de Venise , à une mille , qui « a non Fille de Saint-Nicholas ; à la mesure que li pèlerin venoient « deçà Venise si les faisoit-on passer en Fille et héberger là. Si m establM'en et assena l'en chascun haut home à. sa nef et combien « paierait. Et quant il orent tout paie ce que à chascun estoit as- « séné f ne fut mie Festoire demi-paie de ce que l'en leur avoit en « couvent. Et moût en retorna arrière de la menue gens en lor «« pals, et moût s'en espandi par la terre , pour querrc lor viande. « Quant li pèlerin orent paie et doné aus Vénisiens ce que il a voient « et que il orent en couvent , si dirent as maronniers que il les u passaissent. Li Vénisien dirent que il n'entreraient jà en mer m tant que il auraient toutes les convenances eues , que il avoient
« bien faites les lor. Et li haut home lor vaudront donner bons « pièges et bone seniié de l'avoir, et il dirent que il n'en feroiect « néent, ne il ne mèneraient jà en mer tant que il en fussent paie. « Là les tindrent si à mésaise en celle ille que li estez ra passés , « et vindrent vers river, et ne porent passer par le froit. Lors fu- « rent li haut home moût dolent et moût coroucié de lor avoir que «i il avoient dépendu et gasté , et de ce que il ne pooient rien esploi- « tier. Quant li Vénisien virent que il estoient si à malaise , si en « furent moult lié. Dont vint li dus as haus homes de l'ost, si lor « dist que il avoit mal fait y et moult les avoit grevés , si se vouloit u accorder ensemble. Et conseil lor donnoit que il allassent avec « eaus , et lor aidassent à prendre une cité , si lor quiteroit l'avoir « que il dévoient de l'estoire , et si les mèneroient là où il les de» « voient mener. Li haut home dirent que il en auroient conseil «... « et dirent que il feraient la volonté des Vénisîens.... * (Fol. 364-)
La première continuation adopte le récit de ViUehardomn et le reproduit en d'autres termes. Celle que nous venons de citer l'admet également , si ce n'est dans l'opinion défavorable qu'elle exprime relativement à la bonne foi des Vénitiens. Il se pourrait qu'elle eût raison : les Vénitiens se soucioient beaucoup moins de la gloire de Jésus-Christ que des intérêts de leur république ; ils le prouvèrent bien dans toute cette expédition.