CHAPITRE IX
Du désaccord entre l'intention et Taction. — L'une peut être bonne, l'autre étant mauvaise. — Du niveau moyen de la moralité à chaque époque. — La pureté et l'énergie de la volonté unique mesure de Ja ver-tu. — Tâche de la vertu essentiellement individuelle. — A chacun de l'accomplir tout entière pour son propre compte et par ses propres forces. — L'homme vertueux emporte avec lui toute sa vertu dans la tombe. — Le mérite diminue à proportion des facilités extérieures pour faire le bien et des empêchements pour faire le mal. - Egalité absolue^ au regard de toutes les générations et de tous les individus, des conditions du mérite et du démérite. — Perfectibilité, non de la vertu, mais de la conformité extérieure des actions avec l'ordre. — Difficulté croissante de mal faire par la contrainte morale des opinions et des coutumes et par la contrainte physique des lois, de la police de l'état. — Ne pas confondre le progrès social et politique avec le progrès de l'honnêteté et de la vertu.
Ne perdons pas de vue la distinction que nous venons de faire entre Tintention et Taction. Il se peut en effet qu'il n'v ait pas harmonie entre l'intention la plus pure, qui n'exige que la droiture du cœur, et Taction qui, pour être bonne et raisonnable, exige en outre la droiture de l'esprit et les lumières de Tintelligence ; il se peut qu'il y ait progrès dans les lumières qui éclairent l<»s volontés,
nOlMLMLR. 3
sans un progrès correspondant dans la pureté des motifs qui les déterminent et dans la quantité de l'effort pour accomplir le bien. Pour apprécier la valeur morale d'une action quelconque, il faut tenir compte, non-seulement du degré de lumière ou d'ignorance de l'agent, mais aussi de l'intensité de sa bonne volonté et de son énergie morale. Comparez, à ce double point de vue, des actions semblables; combien ne doit pas différer le jugement que nous en portons, suivant le degré d'éducation des individus, suivant les temps et les lieux, suivant l'état social, suivant le niveau de la moralité moyenne des contemporains? Assurément l'homme des temps barbares ou de la féodalité, le chef assuré de l'impunité dans son donjon, aura plus de mérite à ne pas maltraiter un esclave, un serf, à s'abstenir d'un meurtre, par colère ou par vengeance, à ne pas se faire justice de ses propres mains, que Thomme civilisé, qu'un bourgeois de Paris du 19* siècle contenu de toutes parts par les convenances, par les mœurs, par les lois, par la certitude du châtiment, par une double contrainte, physique et morale (1). En outre, de même qu'il y a des états divers de la
(1) Le moraliste anglais Lecky apprécie avec une grande justesse de vues, unie à beaucoup de science, les différences dans le niveau de la moralité moyenne et dans la valeur relative de chaque classe de vertus dans des états divers de so^ciété, différences qui influent à un si haut degré sur la con" science morale. (Historj of morals, 3 vol. London^ 1869.)
conscience de Tindividu, selon l'âge, la condition, l'éducation, de même il y a des états divers de la conscience générale, plus ou moins purs ou corrompus, plus ou moins lucides et délicats, selon les divers âges du monde et les divers degrés de la civilisation.
Mais, à travers toutes ces différences dans le ni* veau de la moralité moyenne et dans les lumières qui éclairent la conscience, c'est toujours l'énergie de la bonne volonté qui, avec le même caractère obligatoire, demeure Tunique et invariable mesure de la vertu, au sein de la barbarie, comme dans la civilisation la plus avancée. Dans cette pureté et cette énergie de la volonté, qui seule nous justifie, consiste la tâche personnelle, l'œuvre essentiellement individuelle que tous en ce monde sont tenus de recommencer à nouveau, les uns après les autres, et d'accomplir entièrement pour leur propre compte. Ici ne sont pas de mise les secours d'autrui ; ici nul allégement à espérer de la part de ceux qui ont été vertueux avant nous, ou qui le sont à côté de nous; point de gestation sociale, suivant une expression à la mode dans une certaine école, point de substitution ni de délégation d'aucun genre De* legationenij comme dit Sénèque, res ista non recipit (1).
Comment en effet la bonne volonté d'autrui pour-
(1) Epist. 37,
rait-elle, en quelque degré que ce soit, suppléer à la mienne? Comment ma vertu s'accroître ou se fortifier par celle des ancêtres ou des contemporains ? Quelque loin qu'un homme vertueux soit allé dans les voies de la perfection, fût -il le plus grand des saints, il emporte entière avec lui sa vertu dans la tombe, comme l'artiste son génie. Quelques combats qu'il ait livrés, quelques victoires qu'il ait remportées, au prix de n'importe quels efforts, tout n'en est pas moins à recommencer et à refaire pour ses descendants. La tâche n'en sera pas moins rude, parce que d'autres déjà l'ont accomplie, le but où ils doivent tendre n'en sera pas plus facile à atteindre, parce que d'autres l'ont déjà atteint. Voilà comment l'égalité absolue des conditions du mérite et du démérite subsiste pour tous les individus de tous les temps, de tous les lieux, de toutes les conditions, de tous les degrés de culture intellectuelle, au sein de toutes les révolutions de l'ordre social, au sein de la barbarie ou de la civilisation, de quelque infime condition que l'humanité soit partie, et à quelque degré qu'elle se soit élevée, ou doive s'élever un jour, sur l'échelle de la perfectibilité.
Ainsi ce qu'a dit Bufibn du style s'applique aussi parfaitement à la vertu : « Les faits et les découvertes s'enlèvent aisément, se transportent et gagnent à être mis en œuvre par des mains plus habiles. Ces choses sont hors de l'homme, le style est
rhomme même ; le style ne peut donc ni s'enlever ni se transporter (1). »
La vertu elle aussi ne peut ni s'enlevor ni se transporter ; la vertu elle aussi Cbt l'homme même. Toutefois en niant que la vertu soit progressive comme la science, nous n'avons garde de méconnaître la force des bons exemples, TinfiLuence salutaire de la charité, de la bienfaisance, des bonnes œuvres et de l'éducation, ni même qu'en un certain sens il n'y ait, des temps anciens aux temps modernes, une diminution du mal dans le monde.
Mais pour ne pas prendre le change, il importe de considérer ici encore plus attentivement ce qui est de nous, et ce qui n'est pas de nous, ce qui doit, ou ce qui ne doit pas nous être imputé, soit en bien, soit en mal. Si l'homme vertueux ne laisse pas sa vertu après lui, il laisse, dira-t-on sans doute, son exemple, exemple qui ne sera pas stérile, qui servira d'encouragement et de soutien à ceux qui, lorsqu'il ne sera plus, marcheront dans la même voie. Mais serait-il juste de porter au compte de notre mérite propre cette facilité à bien faire qui nous vient du dehors et de circonstances indépendantes de nous, de la famille, de l'éducation, des exemples d'autrui, cette force pour le bien, cette contrainte morale extérieure, qui n'a pas sa racine en nous-mêmes et dans l'énergie propre de notre
(1) Discours sur le style.
volonté? Si quelque chose d'étranger nous soutient, si des secours extérieurs nous dispensent en quelque mesure de notre eflfort propre, il faut en faire la déduction, il faut les mettre entièrement à part, dans une appréciation rigoureuse delà valeur morale qui appartient en propre à chaque individu. Tous ces appuis ne sont rien de plus à la vertu que les procédés techniques au génie du peintre ou du sculpteur.
Le mérite diminue proportionnellement à la facilité de faire le bien et à la difficulté de faire le mal, à moins toutefois que cette facilité ne soit notre œuvre tout entière, une habitude acquise par l'empire sur nous-mêmes, par une lutte victorieuse contre les mauvais penchants. Il est sans doute né sous une heureuse étoile, celui qu'environne, dès le berceau, tout ce qui peut pousser au bien et détourner du mal ; néanmoins il ne lui sera pas donné, même en faisant plus de bien, d'égaler le mérite de celui qui en a fait moins, mais qui a lutté avec plus d'énergie contre plus d'obstacles et plus de tentations. Cette vertu qu'un enfant bien né trouve toute faite au berceau, suivant l'expression d'un poète dramatique cîontemporain (1), non-seulement ne s'ajoute pas à la valeur morale intrinsèque de l'individu, mais tout au contraire doit s'en retrancher pour ne le
(l) Pailleron, les Faux ménages^
juger que d*après ce qui lui appartient réellement en propre (1).
L'intention plus ou moins pure, le degré plus ou moins grand de l'effort et de la difficulté vaincue, abstraction faite de tout le reste, de tout ce qui n'est pas uniquement de notre propre fait, voilà donc l'unique mesure équitable de ce que vaut un homme, à ce point de vue moral absolu où nous nous sommes placés. Essayez d'y faire ejitrer, pour une part quelconque, les lumières de l'intelligence, les avantages de réducation et de la famille, des mœurs générales, de la mode, du bon ton, des lois d'une société civilisée, de la police d'un état bien ordonné, et vous établissez la plus monstrueuse inégalité qui se puisM concevoir. Comment juger les hommes d'après ce qu'il n'a pas dépendu d'eux de connaître et de faire T Si les conditions du mérite n'étaient pas en cela seul qui est également à la portée de tous, la vertu dépendrait pour la plus grande part de la place échue à chacun dans le temps et dans l'espace. Pour être vertueux, comme Ta bien dit Voltaire, il suffirait d'être venu au monde à propos. L'obligation étant la même pour tous, il faut que tous puissent s'en acquitter au même prix, sinon les générations anciennes seraient en quelque sorte maudites et déshéritées, condamnées à ne servir que de piédes-
(1) On peut encore appliquer ici à la vertu ce que ditSënèque de la philosophie : Quid hàbereg quod ifi phUotOphia iiifpfceres si heneficiaria r»8 esset^ Spist. 90 1
tal OU d*échelon à la perfection morale des dernières venues et à leur préparer, au prix de leurs souflfrances et leurs efforts, un mérite auquel ellesmêmes étaient d'avance condamnées à ne jamais parvenir. Herder repousse avec indignation une pareille pensée : « Comment toutes les générations seraient-elles faites, à proprement parler, pour la dernière qui s'élèverait ainsi sur les débris épars du bonheur de celles qui l'ont précédée? vous hommes de toutes les parties du monde, qui avez passé avec les années ou les siècles, vous n'avez point vécu, vous n'avez point enrichi la terre de vos cendres pour qu'à la fin des âges votre postérité dût son bonheur à la civilisation européenne (1) ! »
Il répugne donc àla raison et à la justice d'admettre un progrès de la vertu, par voie de transmission et d'accumulation, semblable au progrès de la science et de l'industrie où les modernes, les derniers venus, l'emportent nécessairement sur les anciens. Ici tout doit être, et tout est égal, entre les anciens et les modernes, les barbares et les civilisés, les ignorants et les savants. En venant au monde, nul n'a l'avantage sur un autre; le point de départ est le même pour tous.
Cependant si la vertu doit se trouver aussi bien au commencement qu'à la fin de l'humanité, si c'est
(1) Idées sur la philosophie de l* histoire de Vhumanité, traduction d'Edgard Quinet, liv. 8, chap. y.
EN PSVCHOLOGtE ET EN MORALE 141
l'œuvre personnelle par excellence, œuvre que doit recommencer et accomplir tout entière, par ses propres forces, chaque homme venant en ce monde, que devient le progrès moral ? Est-ce donc à dire qu'il n'y ait nul avancement dans le bien, nulle diminution dans le mal ? Si nous soutenions que tout va de mal en pire, ou même que rien ne va vers le mieux, nous aurions contre nous les faits et les témoignages les plus éclatants de Thistoire. Sans nul doute il y a un mal qui a diminué, comme il y a un bien qui a augmenté avec les siècles, avec les progrès de Tintelligence et de la civilisation. Mais ce bien perfectible n'est pas la religion du devoir, ou le vrai bien moral et la vertu. Quel est-il donc et en quoi en ditfèré-t-il? C'est le bien visible, extérieur qui ne se produit pas dans les âmes, mais dans les actions, indépendamment des motifs, suivant qu'elles sont plus ou moins conformes avec le bon ordre de la société et avoc la législation ; c'est un progrès dans les devoirs de droit, et non dans les devoirs de vertu.
Le progrès de la vertu n'est qu'au regard de l'âme de rindividu, l'autre n'est qu'au regard de la société; Tun est absolu, l'autre relatif aux temps, aux personnes, aux circonstances. L'un et l'autre peuvent sans doute heureusement se rencontrer ensemble dans la même action, au sein du même individu, mais il arrive aussi qu'ils ne sont pas en proportion, ou même qu'ils sont en complet désac-
cord l'un avec l'autre. D'ailleurs, il est difficile, sinon impossible, de les comparer ensemble et de s'assurer de leur rapport exact.
En effet, pour être plus éclairée ou plus sage, une action n'est pas toujours plus pure et plus désintéressée. Il y a aujourd'hui moins d'erreurs, moins de préjugés, moins de cas d'ignorance invincible, que dans les temps passés ; il y a plus de lumières pour discerner ce qui est nuisible à la société ou à rindividu lui-même, mais autre chose sont ces lumières, autre chose est la vertu. Loin que ces lumières en augmentant accroissent nécessairement la vertu, trop souvent elles ne font que rendre plus coupables le peuple ou l'individu qui agit néanmoins comme s'il ne les avait pas. D'un autre côté, par une conséquence non moins rigoureuse, elles diminuent le mérite de ne pas faire le mal, si le mal est plus ou moins empêché par les obstacles qu'oppose un plus grand degré de civilisation, une organisation sociale meilleure, et non la ferme volonté dans l'individu de ne pas le faire, quoiqu'il arrive, quelle que soit la force des tentations, quelle que soit l'assurance dePimpunité. Enfin la notion de l'intérêt bien entendu, en prenant la place de celle du devoir, peut enlever tout mérite aux actions les plus vertueuses en apparence. S'il y a aujourd'hui moins de crimes, moins d'assassins, moins de voleurs de grande route, ce qui est un gain incontestable pour la civilisation, est-ce h dire qu'il y ait un
gain aussi assuré pour la morale, qu'il y ait moins de vices, moins de corruption, ou qu'il y ait plus d'hommes vertueux et dévoués? Il est vrai que les statistiques, les comptes rendus de la justice criminelle, attestent une diminution croissante des crimes et des délits. Mais les statistiques ne regardent les actions que par le dehors, en laissant de côté les intentions et les motifs. Elles ne peuvent en efifet tenir compte de l'affaiblissement des tentations de la misère, du perfectionnement de Tordre social, ou du mécanisme administratif et judiciaire, des empêchements divers qui en résultent pour Taccomplissement du mal, du châtiment plus assuré et enfin des progrès de la police de Tétat. Combien de mauvaises actions restent à l'état de pensées et de désirs uniquement parce qu'il est impossible de les en faire sortir? Combien de bonnes actions, qui ne pouvaient avoir autrefois que le mobile du devoir, seront plus tard accomplies par le seul mobile de l'intérêt bien entendu, dont la notion se développé avec les progrès de Tintelligence et pénètre, pour ainsi dire, dans l'organisation même de la société? De combien de ces actions ne peut-on pas dire avec La Bruyère ? « Nous faisons par vanité ou par bienséance les mêmes choses, et avec les mêmes dehors, que nous les ferions par inclination ou par devoir (1). »
(1) Chapitre de l'homme ^
Voici une route escarpée qui longe un précipice, route autrefois dangereuse où bien des voyageurs ont péri. Ils y passent aujourd'hui en plus grand nombre, sans nul accident. Est-ce donc qu'ils sont plus robustes, qu'ils ont le pied plus ferme et plus agile ? ou n'est-ce pas plutôt parce que l'étroit sentier a été élargi, et qu'il est garni de garde-fous aux passages les plus difficiles? C'est uniquement parce qu'on n'y peut plus tomber qu'aucun voyageur n'y tombe plus (1).
De même nous aurions tort de trop nous vanter d'un moins grand nombre de crimes au temps où nous vivons. Peut-être ces crimes ne sont-ils plus rares que parce qu'ils sont plus empêchés, et nullement parce que nous sommes meilleurs, peut-être est-ce uniquement à cause des liens de plus en plus forts dont une société civilisée enlace chaque individu au sein de l'ordre et de la loi , et par cet ensemble de causes déjà indiquées, où n'entrent absolument pour rien ni la pureté des intentions, ni la bonne volonté. Il en résulte, sans nulle amélioration de la
(1) Vauvenargues a dit dans le même sens :c Ce n'est pas mon dessein de montrer que tout est faible dans Ja nature humaine en découvrant les vices de ce siècle ; je veux, au contraire, en excusant les défauts des premiers temps, montrer qu'il y a toujours eu dans l'esprit des hommes une force et une grandeur indépendantes de la mode et des secours de l'art. » Discours sur le caractère des différents siècles. Edition Gilbert, Tom. I, p. 16î. C'est bien là aussi ce que nous avons* l'intention de montrer.
volonté, que tel individu est contraint à être moins malfaisant, par la force même des choses, par la difficulté croissante de mal faire (1) .
Par là on voit comment il y a un progrès de la civilisation auquel peut bien ne pas correspondre, en dépit de toutes les apparences extérieures, le vrai progrès moral, le progrès du désintéressement, delà pureté du cœur, de la vertu. Les sciences morales, politiques et économiques qui règlent les rapports des hommes en société, les conditions d'existence sociale de Tespèce humaine, l'opinion publique, les mœurs, les actions prises en elles-mêmes, indépendamment des motifs, voilà la sphère où demeure enfermé le progrès qu'on a trop souvent le tort de prendre pour le progrès moral. En résumé, il y a un progrès intellectuel et social, et non un progrès moral> il y a un gain politique pour le bon ordre, pour
(1) Sous les manifestations extérieures les plus diverses, dit Schopenhaucr, la significaton morale peut être réellement la même. Pour un même degré de méchanceté, l'un peut mourir sur la roue et l'aulre tranquillement au sein de sa famille. Ce peut être le même degré de méchanceté qui s'exprime chez un peuple en traits grossiers, comme le meurtre et le cannibalisme, et chez un autre au contraire en intrigues de cour, par toute espèce d'abus et de roueries en petit et en miniature. L'essence Jemeure la même. Il ne faut pas croire qu'un état plus parfait, ou bien peut-être qu'un dogme salutaire, généralement accepté, de peines et de récompenses en deçà de ki mort pourrait empêcher toute infraction; il y aurait là un gain politique mais non moral ; ce serait seulement un obstacle à la manifestation de la volonté à travers la vie. Die Welt als WilU and Vorstéilungi 4« livre, paragr. 66.
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la civilisation, et non pour la vertu qu'il faut se résigner à retrancher du domaine de la perfectibilité, pour la laisser tout entière, dans la conscience de l'homme vertueux, avec son incommunicable essence (1).
(I) Ces distinctions nécessaires, quand il a'agit du progrès moral, n'ont pas été faites, ou du moins n'ont pas été assez nettement marquées, par la plupart de ceux qui ont traité du progrès moral et social, par Javary dans sa thèse sur le progrès, in-8o, 1851 ; par Rigault dans son histoire de la querelle des anciens et des modernes ; par About dans son ouvrage spirituel, mais peu philosophique, sur le progrès.