‹ De la consécration épiscopale d'après le pontifical romain (volume 2)Chapitre 8 sur 13 · JÉSUS, BON PASTEUR · texte numérisé non relu

JÉSUS, BON PASTEUR

« Jo suis lo bon Pasteur, dit Jésus ; ot jo connais mes brebis, et mes brobis me connaissent, et jo donno ma vio pour mes brobis. » ( S. Jean, x, 14-15. ) Mosaïque du v* sièclo; église Sainte-Croix, à Ravenne.

bonum et jucundum habitare fratres in unum ! , qui pourrait être appelé, si l’on n’avait pas tant abusé de ce mot, l’hymne de la vraie fraternité. Entre ces deux onctions, la Préface a été achevée, et la seconde partie est encore d’un plus haut vol que la première. Les devoirs de l’Évêque y sont tracés dans cette belle langue liturgique qui n’aura jamais assez d’admirateurs : Abundet in eo constantia fidei y

1. « Comme il est bon, comme il est doux de ne faire qu'un avec scs frères! »

puritas dilectionis , sinceritas paris . Sint speciosi pedes ejus ad evangelizandum pacem, ad evangelizandum bona. Da ei, Domine , ministerium reconciliationis in verbo et factis.... Sit sollicitudine impiger , sit spiritu fervens , oderit superbiam , humilitatem et veritatem diligat , neque eam un-

LA REMISE DE LA CROSSE AU NOUVEL ÉVÊQUE « Recevez co bâton pour marque de l’office de Pasteur que vous allez exercer. » Gravure du Pontificale romanum (Voir p. 33).

quam deserat l . « Ne pas être le déserteur de la vérité, » c’est une vaillante devise pour un évéque, et je comprendrais qu’on la choisit entre toutes pour ennoblir les

1. « Puissent abonder et surabonder en son âme la constance de la foi, la pureté de l'amour, la sincérité de la paix! Que ses pieds soient beaux pour évangéliser la paix, pour évangéliser tous les biens! Donnez-lui, Seigneur, d'être le ministre de la réconciliation dans ses paroles et dans ses œuvres; qu’il soit infatigable en sa sollicitude; qu’il se prenne de haine contre l'orgueil; qu’il se passionne pour l’humilité, qu’il aime la Vérité et ne la déserte jamais. »

armoiries épiscopales. Veritatem non\deseram ; on ne trouvera rien de plus beau.

« L’imposition des mains et les deux onctions », tels

LES FIANÇAILLES DE L’AGNEAU DIVIN Illustrations de la Bible, par Schnorr. Paris, Schulgen. — Jésus contemple l'Église, son épouse, qu’il forma de son sang sur la croix : « Le Christ est l’époux, dit saint Augustin, l’Église l’épouse, et la croix le lit mystérieux. »

sont en définitive les trois riles primordiaux et nécessaires de cette Consécration, et le Pontifical romain nous le fait très lucidement comprendre. C’est seulement après la seconde onction que l’on cesse en effet de se servir du mot electus pour qualifier le nouvel Évêque ; c'est seulement après la seconde onction qu’on le désigne sous le nom de consecratus . Il y a ici beaucoup plus qu’une

nuance. Tout ce qui va suivre sera le complément superbe des trois grands Rites.

Que le Consécrateur mette alors la crosse entre les doigts du Consacré, en lui recommandant de sévir miséricordieusement contre tous les vices, de juger toujours

LA REMISE DE L’ANNEAU AU NOUVEL ÉVÊQUE « Recevez cet anneau, dit le Consécrateur, comme une marque de la fidélité inviolable avec laquelle vous devez garder l'épouse de Dieu, qui est la sainte Église. » — D’après une gravure du Pontificale romanum.

sans colère et de conserver en son cœur la tranquillitas

severitatis;

Qu’il bénisse ensuite l’anneau épiscopal, ce véritable anneau de fiançailles qui unit pour toujours l’époux pontifical à son Eglise, qui est le sceau d’un mariage à jamais indissoluble et sans divorce possible ; qu’il lui prêche, comme aux autres époux, une fidélité inviolable ; qu'il lui dise enfin, avec les accents d’un poète : Sponsam Dei,

sanctam videlicet Ecclesiam, intemerata fide ornatus , illibate custodias 1 ;

Qu'il lui fasse enfin toucher l’Évangéliaire, en lui disant : « Reçois l’Évangile, et prêche-le. Vade et præ» die a; »

Ces bénédictions, si belles qu’elles soient, n’ont pas le caractère décisif de l’Imposition des mains et des deux Onctions. Entre les rites sacrés, il en est qu’il faut placer au dessus de tous les autres, et tels sont en particulier ceux qui sont « la forme » des sacrements.

Nous ne sommes encore parvenus, dans le Sacrifice auguste, qu’au commencement de l’Offertoire, et voici qu'une procession se dirige alors vers le milieu de l’autel où le Consécrateur s’est assis de nouveau entre les deux Assistants. Cette procession est bien faite pour surprendre aujourd’hui les regards de tous ceux qui ignorent les choses liturgiques : six clercs la composent, avec le Consacré lui-même, et ces six acolytes portent solennellement deux cierges allumés, deux barils de vin dont l’un est argenté et l’autre doré, et deux pains de môme parure. Le tout est présenté, comme offrande, au Consécrateur par le Consacré. Ce rite, que des esprits étroits peuvent seuls trouver bizarre, n’est pas notablement différent de cet autre rite, encore pratiqué dans quelques églises de Paris pendant la messe de l’enterrement, et qui consiste à offrir à l’officiant, en ce môme instant de la liturgie, une bouteille de vin et un pain. Ces rites remontent tous deux à

1. « Qu’avec une inviolable fidélité il se fasse le très pur gardien de cette fiancée de Dieu qui est la sainte Église. »

D’après une gravure du Pontificale romanum.

D'après une gravure du Pontificale romanum.

■ Que le front de votre défenseur et combattant, dit le Consécrateur s’adressant à Dieu, protégé par ces deux cornes, figures des deux Testaments, apparaisse terrible aux ennemis de la vérité... Que votre grâce remplisse de vigueur dans l’attaque et la défenso celui que vous armes pour le combat 1 » — D’aprôs une gravure du Pontificale romanum.

une très haute antiquité, alors qu’en certains jours de l’année liturgique on offrait à l’Église « la matière du saint sacrifice », le pain et le vin qui devaient être consommés par le prêtre et eucharistiquement distribués aux fidèles. On y ajoute ici les cierges, dont le symbole est plus aisé à comprendre et n’a pas besoin de commentaire. Sur ces cierges, comme sur les barils et sur les pains, éclatent les armoiries du Gonsécrateur et du Consacré. Elles sont très nobles, ces armoiries où la croix tient souvent la plus grande place, et très nobles aussi sont les devises qui accompagnent le blason épiscopal, Pauperes evangelizan tur , par exemple, ou vingt autres encore qui sont comme un rayonnement de l’Évangile.

La messe continue toujours, et le Consacré, comme nous le disions plus haut, la dit en même temps que le Gonsécrateur. Même autel, mêmes paroles, mêmes gestes. Il en va ainsi jusqu’à la communion. Sur la patène on n'a déposé qu’une hostie qui sera tout à l’heure rompue en deux parts, dont l’une est réservée au Consécrateur et l’autre au Consacré. Le môme calice sert également aux deux évêques, et je ne sais rien, en vérité, de plus profond que ce partage fraternel de l’hostie et du calice. Le baiser que les deux prélats se donnent après YAgnus Dei ne fait que confirmer une telle union. Qui pourrait jamais la rompre?

C’est au Consécrateur qu’il appartient de donner cette grande bénédiction solennelle par le Sit nomen Domirti benedictum , que la liturgie romaine réserve aux évêques. Son Benedicat vos retentit dans la basilique, et passe

comme un souffle divin au dessus de tous les fidèles prosternés. 11 ne reste plus qu’à « introniser » le nouvel

LA CÉRÉMONIE DE L’iNTRONISATION (P. 42)

Le Sacre de saint Martin , évêque de Tours, d’après los tapisseries de Montpezat. (Commencement du xvi* siècle.)

évéque et à l’asseoir solennellement dans ce faldistorium d'où il va dominer en roi le peuple qui lui est confié. II convient que sur ce trône il soit revêtu de tous les attributs de son autorité, et c’est pourquoi le Consé-

orateur bénit alors cette mitre qui va servir de diadème au Consacré, et ces gants aussi qui vont recouvrir ses mains bénissantes. A l’un de ses doigts, le Consécrateur met ensuite Panneau des fiançailles épiscopales. Le Consacré est maintenant tout prêt à recevoir les honneurs du trône : on Py conduit, et la crosse lui est placée en la main gauche. Le voilà dans toute la gloire de sa magistrature et de sa paternité spirituelles. Ses épreuves commenceront dès demain peut-être; mais aujourd’hui c’est Pheure d’une allégresse et d’un triomphe dont il faut rapporter à Dieu tout le bienfait et tout l’honneur. Il n’y a, dans toute la liturgie, il n’y a véritablement qu’un chant qui soit en ce moment possible : c’est le Te Deum. Il est entonné par le Consécrateur et chanté par tout le peuple.

C’est alors qu’un dernier rite vient ajouter un nouvel élément à la beauté d’une fonction où nous avons eu à signaler tant de traits sublimes. Dès les premiers mots du Te Deum , les deux Assistants viennent chercher le Consacré, qui est toujours assis sur son trône, et ils le conduisent alors par toute l’église, en fendant les flots de la multitude chrétienne qui se précipite à genoux sous la bénédiction de son nouveau pasteur. Cette déambulation est superbe et émeut les cœurs les plus rudes. Pas un chrétien, pas un être humain n’est exclu de la tendresse bénissante de l’évêque, et c’est en ce cas qu’on pourrait dire, même à un athée, le mot célèbre de Pie VII :

« La bénédiction d’un vieillard ne fait jamais de mal. » Omnibus benedicit , dit le Pontifical. De sa main en effet les bénédictions pleuvent; les plus rebelles s’agenouillent devant lui et baissent la tête ; les mères lui tendent leurs enfants, et il bénit, il bénit encore, il bénit tou-

LES TROMPETTES D’iSRAEL

Dessin tird des Illustrations de la Bible , par Schnorr. Paris, Schulgen.

jours. De toutes ses fonctions, c’est la plus douce. Il est père.

Le Consacré a un suprême devoir à remplir, et il convient qu’il témoigne publiquement sa reconnaissance en-

vers son Gonsécrateur. Après avoir donné au peuple, du haut de l’autel, sa première Bénédiction solennelle, il s’avance vers celui qui, tout à l'heure, a partagé avec lui le calice et l'hostie : il se met à genoux devant lui et, d’une voix émue, sur un rythme solennel, chante cet Ad multos annos où l’on sent toute la vivacité de sa gratitude et toute la sincérité de son amour. Il le chante trois fois, et, à chaque reprise, élève la voix davantage. Cette triple répétition sur un ton de plus en plus haut se retrouve plus d’une fois dans les fonctions liturgiques. Elle saisit vivement l’esprit, et le laisse sur une plus durable et plus vive impression.

C’est par ces mots aussi que nous terminerons cette insuffisante analyse d’un rite aussi magnifique, et nous adressons ici Y Ad multos annos 9 non seulement au Consécrateur de tel ou tel évêque, mais à tous les évêques du monde catholique, et à ceux surtout de notre France.

Annoau chrétien des premiers siècles.

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