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DES VERNIS AU BLANC D’OEÜF. — DES COLLES ET GRASSES

Outre l’emploi que faisaient les anciens des corps gras, ainsi que des huiles, afin de faire revivre les couleurs de leurs tableaux, ils se servaient encore d’encollage et de vernis factices. Beaucoup aussi de leurs productions sont restées telles qu’elles ont été créées. Il faut alors se bien garder de les confondre, n’étant que couvertes des crasses du temps.

Ces vernis ou encollages loin de protéger la peinture ont fait corps avec les crasses du temps , et ce gen^e d’encrassement est aujourd’hui une des grandes difficultés du nettoyage.

Nous avons bien souvent entendu des plaintes s’élever contre l’usage du vernis que nous employons, pourtant il est le seul moyen de conservation des tableaux. Sans sa présence, les peintures, comme par le passé, se couvriraient de poussière que l’humidité de l’air y fixerait; les fumées viendraient y joindre leur ton bistré, les mouches y déposer leurs salissures (1), en un mot, il se formerait sur leur pâte même une croûte de saletés que l’humidité ferait pénétrer dans tous les

(1) Les salissures des mouches ou de tout autre insecte sont bien difficiles à faire disparaître entièrement des peintures non vernies, surtout lorsqu’elles proviennent de grosses mouches on d’araignées, car elles sont très-caustiques.

pores, et qui en changerait le ton général, ce qui se voit trop souvent.

Le vernis ferme ces pores ; il subit seul les avaries que le temps faisait éprouver aux tableaux. En le renouvelant tous les 30 ou 40 ans, époque où les chancissures viennent le décomposer, les peintures reparaîtront de nouveau brillantes et pures. Ce vernis pourra même se conserver plus longtemps, si on a soin de l’essuyer souvent d’un foulard, de le préserver de la trop grande chaleur, comme de l’air humide ; ces précautions prises, nul doute qu’un tableau ne traverse des siècles. L’expérience a prouvé suffisamment que l’état le plus funeste d’un tableau est celui qui l’expose à recevoir, sans protection aucune, toutes les souillures que le temps accumule nécessairement sur lui, comme à l’influence délétère de l’humidité ou d’une chaleur trop vive.

Les vernis au blanc d’œuf étaient principalement employés par les anciens. Leurs tableaux en traversant les siècles en ont reçu probablement plusieurs couches à des époques différentes, car ils arrivent jusqu’à nous couverts d’une croûte d’un . brun jaunâtre et d’une grande dureté.

Pour opérer leur extraction, il faudra, comme pour les huiles , laisser séjourner le tableau sous l’huile de lin pendant plusieurs jours. Puis on frottera le tableau avec du savon noir que l’on laissera séjourner jusqu’à ce que la surface de cette croûte se soit amollie. Aussitôt que l’on s’apercevra que l’effet s’est produit (ce dont on s’assurera en grattant avec l’ongle), on se servira alors de l’eau chaude pour en laver le tableau. 11 arrive toujours qu’après ce lavage la peinture n’est nettoyée que par places ; alors on la recouvrira d’huile, et le lendemain on recommencera son opération par parties, mais sans chercher l’entière propreté.

Lorsqu’il ne restera plus que l’harmonie à obtenir, l’esprit mitigé d’huile devra être employé (1).

Quand on aura nettoyé ainsi ces sortes de tableaux dans leur ensemble, qu’il ne restera plus que des saletés dans les inégalités des empâtements, on mouillera ces derniers avec un peu de savon, ou bien une légère impression d’alcali en liqueur à l’aide d’une brosse rude ou d’une éponge imbibée d’eau. On frottera pour extraire ces crasses. Il ne faudra pas cependant s’obstiner, si elles résistent. Dans ce cas il faudra recourir au grattoir. Si, lui aussi , était impuissant et qu’il fallût absolument les enlever, comme dernier moyen on se servira pour toucher ces empâtements de l'eau-forte que l’on inondera immédiatement d’eau pure. Le grattoir doit alors pouvoir les extraire. Après deux épreuves infructueuses, il ne restera plus que la retouche pour y porter remède. Il est bien entendu que toutes ces dernières opérations ne devront être tentées que sur des tableaux parfaitement émaillés et sur leurs parties claires.

Lorsque les crasses ont été simplement produites par les poussières d’un appartement, ainsi qu’occasionnées par les exhalaisons et les fumées des habitations ordinaires, elles ont rarement de la consistance. Une simple eau savonneuse les fait disparaître.

Mais quand les tableaux ont été exposés dans une cuisine , par exemple , où la fumée grasse , où la buée des eaux chaudes pénétrent jusque dans les pâtes les plus fermes, alors il faut réclamer le secours des alcalis, en ayant préalablement fait séjourner son tableau sous l’huile pendant plusieurs jours. 11 est bon

(1) Toujours en imbibant et frottant le coton sur la partie que l’on veut nettoyer, exactement comme pour les vernis. Seulement on substituera l’huile à l’essence.

aussi de ne pas chercher à opérer ce nettoyage le même jour, car en le couvrant d’huile entre les différents lavages on aide les crasses à se détacher.

Cependant, il faut observer qu’un tableau qui a passé un long espace de temps dans un tel lieu ne peut presque jamais reprendre ses tons brillants; on s’exposerait à tout détruire si l’on voulait s’y entêter.

Nous avons acheté un tableau de Jeaurat à Vermenton, sa ville natale. Ce tableau occupait le dessus de la cheminée d’une pièce où les gens de la maison faisaient leur cuisine journalière. Il y avait été placé parle peintre lui-même, qui l’avait fait pour son père, ancien propriétaire de cette demeure. Cette peinture était à peine visible, tant elle était noire. Comme elle avait une réputation parmi les petits amateurs du pays, nous l’achetâmes au hasard.

Nous employâmes tous les moyens possibles, même les plus violents, pour arriver à son nettoyage, nous ne pûmes obtenir le blanc dans les parties qui devaient y être les plus brillantes ; elles restèrent toutes d’un jaune sale. Ce maître cependant, comme la plupart des artistes français de cette époque, possède une couleur sinon belle, du moins claire et agréable.

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