PEINTURES COUVERTES D’HUILE
Quoique les vernis soient très-anciennement connus, puisque le moine Théophile, au Xe ouxie siècle, en fait mention; cependant ils n’étaient point employés soit comme moyen de faire revivre les couleurs, soit comme conservation pour les tableaux. Son application est d’invention toute moderne, elle est due au commerce des objets d’art qui ne commença à prendre quelque importance qu’en 4700.. Avant cette découverte, quand les peintures étaient trop sales, elles étaient lavées et frottées de corps gras pour redonner le brillant à la couleur (\). Beaucoup de tableaux ont été
de la surface du tableau elles restent d’un ton jaune salé qui fait tache.
(1 ) Bien des amateurs de tableaux moderiies passent de Hittite sur les vernis de leurs tableaux ; c’est uu tort, car ces huiles s’infiltrent dans les pores que le vernis laisse par placés. Cettè huile s’incorpore avec la peinture et finit par faire tache.
gâtés par ces enduits. Les Italiens employaient la graisse animale et souvent des huiles contenant des siccatifs. Les Allemands adoptèrent généralement ce dernier moyen. Ces enduits, car on ne peut les considérer comme vernis, ont acquis avec le temps une solidité qui pourrait compromettre les tableaux, si l’opération de leur extraction était confiée à un homme d’une expérience peu éprouvée. /
Plusieurs moyens peuvent être employés pour les extraire de la surface des peintures. Voici le procédé le plus doux que nous employons de préférence et qu’il faudra, dans tous les cas, tenter le premier; car il amollit toujours sensiblement les crasses et contribue ainsi à la réussite de tous les autres procédés du nettoyage. On couvre le tableau en restauration d’huile de lin en l’en baignant le plus possible. Ce tableau posé à plat doit être exposé soit au soleil dans les chaleurs, soit près du feu en hiver, jusqu’à ce qu’enfm la vieille huile arrive au point de laper sous le doigt, ce qui avertit qu’elle est suffisamment amollie. Alors on l’extraira en se servant de l’esprit mitigé tel qu’il est indiqué pour enlever le vernis ordinaire. On pourra utiliser le grattoir pour extraire le plus gros de l’huile, mais en ne poussant jamais ce travail jusqu’à la peinture, car on se gênerait pour l’emploi des spiritueux par la raison que nous en avons déjà donnée.
Nous avons employé les huiles bouillantes quand la chaleur tempérée ne suffisait pas. Ce moyen nous a souvent réussi. On peut encore se servir de l’eau chaude ou bouillante; c’est aussi un excellent procédé. Nous avons obtenu par lui des résultats inattendus; peut-être aussi les tableaux étaient-ils recouverts de matières que nous avions mal appréciées. Il est donc toujours bon de l’essayer dans les cas diffici-
les; mais il faut être prompt et ne pas tourmenter son tableau, car c’est un procédé f uneste aux préparations qui ont reçu les peintures. 11 est tout à fait dangereux pour les préparations à la colle , pour les tableaux italiens gothiques surtout. Nous avons vu de ces tableaux dont les ors ont entièrement frisé sous cette immersion.
On peut encore, pour détruire cette crasse grasse, utiliser les alcalis; mais ce moyen est très-dangereux entre des mains inexpérimentées. Il réclame l’attention la plus soutenue et les précautions les plus minutieuses, puisque tous les sels alcalins, cendre, potasse, sel de tartre, etc., attaquent facilement l’huile, et qu’il est impossible de déterminer la force de leurs solutions (1 ).
Le tartrate de potasse n’agit que sur les crasses et ne se combine pas avec l’huile, comme les sels précédents : aussi doit-il être recommandé spécialement.
Il faudra toujours que le tableau sur lequel on voudra expérimenter soit bien rentoilé et solide dans toutes ses parties. C’est une condition essentielle afin que les liqueurs alcalines ne s’écartent pas de la surface de la peinture.
Pour opérer un nettoyage au moyen des alcalis, on aura soin de tenir près de soi un grand vase plein d’eau, et une éponge remplie de cette eau propre sera tenue à portée de la main ; puis on en imbibera une autre plus fine et plus douce de la préparation alcaline dont on frottera légèrement la partie du tableau que l’on veut nettoyer, en commençant par le haut, afin que les crasses grasses ou huileuses protègent la peinture contre les eaux saturées de sels qui couleront sur
(1) Les alcalis n’ont pas d’action sur les tableaux couverts de vernis ou de substances bitumineuses , pourvu qu’on ne les laisse séjourner que le temps necessaire pour un nettoyage ordinaire.
elle nécessairement ; car dans l’instant même où vous aurez posé votre alcali* il faudra l’inonder en passant votre grosse éponge pleine d’eau pure sur la partie qui en aura été frottée. Nous ferons ici la même recommandation que nous avons déjà faite , c’est que pour toute opération dans laquelle on se servira de l’eau froide ou chaude afin de ménager les préparations, il faudra agir avec promptitude , suspendre même le nettoyage au besoin, c’est-à-dire au moment où l’on s’apercevra que le tableau courrait quelque risque en conservant plus longtemps de l’humidité sur sa surface ; alors avec du vieux linge on en extraira autant que possible l’eau , et on le laissera sécher jusqu’à ce que les préparations aient repris leur consistance accoutumée ; après quoi on reprendra de nouveau son travail pour l’achever sans danger.
Les anciens n’ont pas seuls couvert leurs tableaux d’huile. De nos jours, comme on le verra en parlant de la peinture de restauration, certains peintres restaurateurs se servent de patines pour dissimuler leur travail. Ces patines ont le plus souvent pour base le vernis; mais souvent aussi les huiles grasses sont employées : les Italiens surtout en couvrent leurs tableaux. En Angleterre, ils en font un mélange avec le vernis. Heureusement ces patines, d’une invention récente, n’ont pas eu le temps de prendre une dureté qui expose les tableaux à des inconvénients. Un simple nettoyage en fait facilement justice. Puis il est encore vrai que toutes ces salissures ne sont employées que sur des tableaux d’un ordVe très-inférieur qu’il faut se garder de toucher, car toute leur valeur réside souvent dans leur restauration.
Cependant il est arrivé quelquefois qu’une bonne peinture a été ainsi enterrée , mais cela est bien rare.
Voici ce qu’il faut faire en ce cas ; Toujours ces ta-
bleaux ontrc $u un vernis sur leu” satire; si les restau* rations sont déjà anciennes et quelles résistent à l’esprit, il faudra d’abord enlever le vernis en respectant la patine huileuse que l’on attaquera ensuite par les bains d’huile de lin, en continuant l’opération telle que nous l’avons indiquée.