‹ De la conservation et dela restauration des tableauxChapitre 12 sur 51 · PEINTURES COUVERTES D'HUILE · texte numérisé non relu

PEINTURES COUVERTES D'HUILE

Quoique les vernis soient très-anciennement connu8| puisque le moine Théophile, au x*' ouxi*" siècle, en fait ^en^ion ; cependant ils n'étaient point employés soit ^^Hïme moyen de faire revivre les couleurs, soit comme ^^Uservation pour les tableaux. Son application est ^'^Qvention toute moderne, elle est due au commerce ^es objets d'art qui ne commença à prendre quelque importance qu'en 1700, Avant cette décpu» ^erte, quand les peintures étaient trop sales, elles étaient lavées et frottées de corps gras pour redonner Vebrillant à la couleur (1). Beaucoup de tableaux ont été

^e la surface du tableau elles restent d*un ton jaune sale qui fait taché.

(1 ) Bien des amateurs de tableaux modernes passent de Thuile sur les vernis de leurs tableaux ; c'est un tort, car ces huiles s'infiUre&t dans les pores que le vernis laisse par places. Cette huile s'incorpore aveo la peinture et finit par faire tache.

gâtés par ces enduits. Les Italiens employaient la graisse animale et souvent des huiles contenant des siccatifs. Les Allemands adoptèrent généralement ce dernier moyen. Ces enduits, car on ne peut les considérer comme vernis, ont acquis avec le temps une solidité qui pourrait compromettre les tableaux, si Topé* ration de leur extraction était confiée à un homme d'une expérience peu éprouvée.

Plusieurs mayens peuvent être employés pour lei extraire de la surface des peintures. Voici le procëdl le plus doux que nous employons de préférence ei qu'il faudra, dans tous les cas» tenter le premier; cm il amollit toujours sensiblement les crasses et contri* bue ainsi à la réussite de tous les autres procédé du nettoyage. On couvre le tableau en restauratioi d'huile de lin en Ten baignant le plus possible. Ge ta' bleau posé à plat doit être exposé soit au soleil dm les chaleurs, soit près du feu en hiver, jusqu'à jc qu'enfin la vieille huile arrive au point de laper sou le doigt, ce qui avertit qu'elle est suffisamment amol lie. Alors on Textr^iraT en se servant de l'esprit mitig tel qu'il est indiqué pour enlever le vernis ordinaire On pourra utiliser le grattoir pour extraire le phi gros de l'huile, mais en ne poussant jamais ce trava jusqu'à la peinture, car on se gênerait pour TempU des spiritueux par la raison que nous en avons d^ donnée.

Nous avons employé les huiles bouillantes quan la chaleur tempérée ne suffisait pas. Ce moyen nous souvent réussi. On peut encore se servir de Fea chaude ou bouillante; c'est aussi un excellent prc cédé. Nous avons obtenu par lui des résultats ina tendus; peut-être aussi les tableaux étaient-ils recoi verts de matières que nous avions mal appréciées, est donc toujours bon de l'essayer dans les cas diffîci

lei; Biis il faut être prompt et ne pas tourmenter son tahleau, carc^est un procédé funeste aux préparations qui ont reçu les peintures. Il est tout à fait dangereux pour les préparations à la colle , pour les tableaux italiens gothiques surtout. Nous avons vu de ces tableaux dont les ors ont entièrement frisé sous cette immersion.

On peut encore, pour détruire cette crasse grasse, Yttillser les alcalis; mais ce moyen est très-dangereux entre des mains inexpérimentées. Il réclame Tattention la plus soutenue et les précautions les plus minutieuses, puisque tous les sels alcalins, cendre, potasse, sel détartre, etc., attaquent facilement Thuile, et qu'il est iapossible de déterminer la force de leurs solutions (4 )• Le tartrate de potasse n'agit que sur les crasses et ^ se combine pas avec Thuile, comme les sels précétets: aussi doit-il être recommandé spécialement.

faudra toujours que le tableau sur lequel on vou- ^ expérimenter soit bien rentoilé et solide dans tou- ^ ses parties. C'est une condition essentielle afin que ^ liqueurs alcalines ne s'écartent pas de la surface ^ la peinture.

I^our opérer un nettoyage au moyen des alcalis, on ^<U« soin de tenir près de soi un grand vase plein ^oau, et une éponge remplie de cette eau propre sera ^ne à portée de la main ; puis on en imbibera une ^^tre plus fine et plus douce de la préparation alcaline ^oiit on frottera légèrement la partie du tableau que ^^On veut nettoyer, en commençant par le haut, afin ^e les crasses grasses ou huileuses protègent la peinture contre les eaux saturées de sels qui couleront sur

(1) Les alcalis n'ont pas d'action sur les tableaux couverts de ^«mis ou de substances bitumineuses , pourvu qu'on ne les laisse ajourner que le temps nécessaire pour un nettoyage ordinaire.

elle nëeeMtirement ; car du» rinstiint même eu Teoft anrez po«é TOtre alcali, il faudra rioooder eo passant Totre grosse ëpoDge pleine d*eaa pure sur la partie qui eD aura été frottée. Nous ferons ici la même re* oommandation que nous avons déjà faite , c^est qne pour tonte opération dans laquelle on se servira de Peau froide ou chaude afin de ménager les préparatioDS, il faudra agir avec promptitude , suspendre même le nettoyage au besoin , c'est-à-dire au moment où Ton s'apercevra qne le tableau courrait quelque risque en conservant plus longtemps de Thumidité sur sa sui«face ; alors avec du vieux linge on en extraira autant qne possible Teau , et on le laissera sécber jusqn^à ce que les préparations aient repris leur consistance ae^ coutumée ; après quoi on reprendra de nouveau son travail pour l'achever sans danger.

Les anciens n'ont pas seuls couvert leurs tableaux, d'huile. De nos jours , comme on le verra en parlant de la peinture de restauration, certains peintres res«taurateurs se servent de patines pour dissimuler leur travail. Ces patines ont le plus souvent pour base 1» vernis; mais souvent aussi les huiles grasses sont employées : les Italiens surtout en couvrent leurs tableaux. En Angleterre, ils en font un mélange avec 1» vernis. Heureusement ces patines, d'une invention ré-^ cente , n'ont pas eu le temps de prendre une dureté qui expose les tableaux à des inconvénients. Un simpla» nettoyage en fait facilement justice. Puis il est encore vrai que toutes ces salissures ne sont employées qucr sur des tableaux d'un ordre très-inférieur qu'il faut um garder de toucher, car toute leur valeur réside souvent^ dans leur restauration.

Cependant il est arrivé quelquefois cpi'une bonn^ peinture a été ainsi enterrée , mais cela est bien rare.

Yoici ce qu'il faut faire en ce cas : Toujours cea

bleani ont reçu on vernis sur leur patine ; si les restaurations sont déjà anciennes et qu'elles résistent à Tesprit, il faudra d'abord enlève r le vernis en respectant la patine huileuse que Ton attaquera ensuite par Ifli bains d'huile de lin, en continuant Topération telle qwnous ravoB« indiquée.

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Outre l'emploi que faisaient les anciens des corps j^, ainsi que des huiles, afin de faire revivre lescouleun de leurs tableaux, ils se servaient encore d'cncol- Iige et de vernis factices. Beaucoup aussi de leurs prodoctions sont restées telles qu'elles ont été créées. Il &ut alors se bien garder de les confondre, n'étant que couvertes des crasses du temps.

Ces vernis ou encollages loin de protéger la peinture ont fait corps avec les crasses du temps , et ce genre d'encrassement est aujourd'hui une des grandes diffi- <^tés du nettoyage.

Nous avons bien souvent entendu des plaintes s'élever contre l'usage du vernis que nous employons, pourtant il est le seul moyen de conservation des tableaux. Sans sa présence, les peintures, comme par le passé, se couvriraient de poussière que Thumidité de l*air y fixerait ; les fumées viendraient y joindre leur ton bistré, les mouches y déposer leurs salissures (4 ), en un mot, il se formerait sur leur pâte même une croûte de saletés que l'humidité ferait pénétrer dans tous les

(I) Les salissures des mouches ou de tout autre insecte sont bien difficiles à faire disparaître entièrement des peintures non ▼eraies, surtout lorsqu'elles proviennent de grosses mouches ou cPtfaigDées, car elles sont très-caustiques.

pores, et qui en changerait le ton général, ce qui se voit trop souvent.

Le vernis ferme ces pores; il subit seul les avaries que le temps faisait éprouver aux tableaux. En le re*" npuvelant tous les 30 ou 40 ans, époque où les chan* cissures viennent le décomposer, les peintures reparaîtront de nouveau brillantes et pures. Ce vernis pourra même se conserver plus longtemps, si on a soin de ressuyer souvent d'un foulard, de le préserver de la trop grande chaleur, comme de Tair humide; ces précautions prises, nul doute qu*un tableau ae traverse des siècles. L'expérience a prouvé suffisamment que rétat le plus funeste d'un tableau est celui qui Texpose à recevoir, sans protection aucune, toutes les souillures que le temps accumule nécessairemenit sur. lui, comme à Tinfluence délétère de Thumidité ou d'une chaleur trop vive.

Les vernis au blanc d'œuf étaient principalement employés pai* les anciens. Leurs tableaux en traversant les siècles en ont reçu probablement plusieurs couches à des époques différentes, car ils arrivent jusqu'à nous couverts d'une croûte d'un brun jaunâtre et d'une grande dureté.

Pour opérer leur extraction, il faudra, comme pour les huiles , laisser séjourner le tableau sous l'huile de lin pendant plusieurs jours. Puis on frottera le tableau avec du savon noir que l'on laissera séjourner jusqu'à ce que la surface de cette croûte se soit amollie. Aussitôt que l'on s'apercevra que l'effet s'est produit (ce dont on s'assurera en grattant avec l'ongle), on se servira alors de l'eau chaude pour en laver le tableau. Il arrive toujours qu'après ce lavage la peinture n'est nettoyée que par places ; alors on la recouvrira d'huile, et le lendemain on recommencera son opération par parties, mais sans chercher l'entière propreté*

LoraquMl ne restera plus que Tharmonie à obtenir, Tesprit mitigé d'huile devra être employé (1 ). ^

Quand on aura nettoyé ainsi ces sortes de tableaux dans leur ensemble, qu'il ne restera plus que des saletés dans les inégalités des empâtements, on mouillera ces derniers avec un peu de savon, ou bien une légèreimpression d'alcali en liqueur à l'aide d'une brosse mde ou d'une éponge imbibée d'eau. On frottera pour extraire ces crasses. Il ne faudra pas cependant s'obstilier, si elles résistent. Dans ce cas il faudra recourir iui grattoir. Si, lui aussi , était impuissant et qu'il falliftt absolument les enlever, comme dernier moyen on ^servira pour toucher ces empâtements de l'eau-forte ciue Ton inondera immédiatement d'eau pure. Le grattoir doit alors pouvoir les extraire. Après deux épreuves infructueuses, il ne restera plus que la retouche Jour y porter remède. 11 est bien entendu que toutes ces dernières opérations ne devront être tentées que sur des tableaux parfaitement émaillés et sur leurs parties claires.

Lorsque les crasses ont été simplement produites par les poussières d'un appartement, ainsi qu'occasionnées par les exhalaisons et les fumées des habitations ordijuiires, elles ont rarement de la consistance. Une simple eau savonneuse les fait disparaître.

Mais quand les tableaux ont été exposés dans une cuisine, par exemple, où la fumée grasse, où la buée des eaux chaudes pénétrent jusque dans les pâtes les plus fermes, alors il faut réclamer le secours des alcalis, en ayant préafablcment fait séjourner son tableau sous l'huile pendant plusieurs jours, il est bon

(I) Toujours en imbibant et frottant le coton sur la partie que l'on veut nettoyer, exactement comme pour les vernis. Seulement on substituera Thuile à Vesseuce.

aussi de ne pas chercher à opérer ce rettoyage le ntême jour, car en le couvrant d*huile entre les différents lavages on aide les crasses à se détacher.

Cependant, il faut observer qu^un tableau qui a passé un long espace de temps dans un tel lieu ne peut presque jamais reprendre kcs tons brillants ; on s*exposerait à tout détruire si Ton voulait s'y entêter.

Nous avons acheté un tableau de Jeaurat à Vermenton, sa ville natale. Ce tableau occupait le dessus de la cheminée d'une pièce où les gens de la maison faisaient leur cuisine journalière. Il y avait été placé par le peintre lui-même, qui T avait fait pour son père, ancien propriétaire de cette demeure. Cette peinture était à peine visible, tant elle était noire. Comme elle avait une réputation parmi les petits amateurs du pays, nous Tachetâmes au hasard.

Nous employâmes tous les moyens possibles, même les plus violents, pour arriver à son nettoyage, nous ne pûmes obtenir le blanc dans les parties qui devaient y être les plus brillantes; elles restèrent toutes d*un jaune sale . Ce maître cependant, comme la plupart des artistes français de cette époque, possède une couleur sinon belle, du moins claire et agréable.

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