LAPS
la bouillie dans la moitié gauche du transverse. Il l'adresse à l’Hôtel-Dieu avec le diagnostic d’occlusion intestinale en précisant : Volvulus ou invagination.
À son arrivée à l’hôpital, l’enfant est examinée par la garde. L’enfant ne présente pas de crise douloureuse abdominale intermittente — n’a pas vomi de la journée — l’état général est parfait. Le toucher rectal ne ramène pas de muscosités sanguinolentes. L’abdomen est absolument souple à la palpation. Il est parfaitement dépressible et l’exploration la plus attentive ne révèle nulle part aucune tumeur suspecte.
Le résultat de cet examen clinique met fort en doute le diagnostic d’invagination envisagée. Pour plus de sûreté, un lavement baryté est aussitôt pratiqué.
On voit, sous l’écran, la bouillie injecter tout le cadre colique ; les contours du cæcum deviennent nets et finalement la fin du grêle commence à s’injecter.
L'enfant est mise en observation à la crêche chirurgicale, salle 8, où elle restera cinq jours. Au cours de ce séjour, aucune crise caractéristique, pas de melæna, pas de boudin. Le 21 février, elle émet spontanément une selle normale. Les 20 et 21 février, elle présenta un léger accès fébrile à 38° et 38°8 en rapport avec une légère infection pulmonaire qui ne persista que deux jours. Le 24 février, l’enfant quitte l'hôpital bien portante.
OBSERVATION N° X (Docteur RIOU, inédite)
L'enfant Annick G.…., 5 mois, demeurant à Nantes, est envoyée à l’Hôtel-Dieu, le 2 mars 1939, à 21 heures, pour invagination intestinale, par le Dr Crémet.
C’est une enfant bien constituée, alimentée au biberon, qui pousse très bien et qui n’a jamais été malade jusqu’au 2 mars. Dans la matinée de ce jour, elle a été prise, ra-
conte la mère, d’une crise douloureuse au cours de laquelle l’enfant a crié, est devenue très pâle et a vomi. Puis le calme est venu, et la crise ne s’est pas répétée. Cependant, la mère alarmée a fait venir le médecin dans après-midi. En lui racontant l’histoire de la crise douloureuse du matin, elle lui montre les langes souillés par la dernière selle ; les matières sont striées de traînées rougeâtres ; aussi, craignant une invagination intestinale, le Dr Crémet envoie l’enfant à l'hôpital.
A son arrivée, à 21 heures, elle y est examinée par la garde. La crise douloureuse et vomitive ne s’est pas renouvelée depuis le matin. L'enfant n’a pas la pâleur si fréquente dans l’invagination intestinale, L'état général est bon. Au toucher rectal, on ramène des matières jaunes verdâtres avec manifestement quelques traînées rougeâtres de sang. La palpation facile, car l’enfant ne s’agite pas et ne crie pas, permet d’explorer tout l’abdomen, La dépression facile de l’abdomen ne permet pas de découvrir nulle part de boudin d’invagination. La négativité de ce signe, jointe à l’histoire clinique générale, fait éliminer cliniquement le diagnostic d’invagination intestinale.
Cependant, par prudence, on pratique un lavement baryté lent et attentif sous écran ; tout le côlon s’injecte bien jusqu’au cæcum inclus. Et même, après une certaine attente, on voit la bouillie barytée ayant franchi la valvule iléo-cæcale se répandre dans le grêle.
A la suite de cet examen, on déclare à la famille qu’il ne s’agit pas vraisemblablement d’invagination intestinale et en tout cas qu’il n’y a pas lieu d’opérer l’enfant immédiatement. Elle va être mise en observation. L’interne de garde passera la voir deux ou trois fois dans la nuit.
AT
Au cours de la nuit, aucune crise douloureuse, aucun vomissement, pas de selles sanglantes.
Hospitalisée le lendemain à la crêche chirurgicale, l’état de l'enfant resta le même toute la journée et le soir les parents la ramenaient chez eux.
Le Dr Crémet nous a déclaré ces jours derniers que lenfant était en parfaite santé.
Troisième groupe
Si les deux groupes précédents nous serviront à montrer l’importance de la constatation ou de l’absence de boudin d’invagination dans le diagnostic des invaginations intestinales, ce troisième groupe de deux observations nous permettra de montrer qu’il est des cas, rares il est vrai, où, bien qu’il s’agisse d’invagination, il ne faut pas s’attendre à le trouver.
Ces deux cas concernent des invaginations iléoiléales qui se manifestèrent par des crises douloureuses, des vomissements, des hémorragies. Mais la palpation attentive de l’abdomen ne révéla pas de tumeur, mais seulement une résistance localisée de
l'abdomen sans contracture pariétale vraie.
Le lavement baryté qui ne fut pas pratiqué dans l’observation XI, mais qui le fut par deux fois dans l'observation XII, ne renseigna pas plus dans ce dernier cas que la palpation abdominale, en ne montrant jamais d’image d’invagination et en remplissant tout le côlon jusqu’au bord interne des cæcum
inclus.
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OBSERVATION N* XI (Professeur FAVREUL, inédite)
M. Joseph H..., 26 ans, en traitement au sanatorium de Chantenay pour tuberculose pulmonaire bilatérale très avancée, entre à l’'Hôtel-Dieu de Nantes, le 5 février 1939, pour « occlusion intestinale ».
Depuis le 3 février, après un début brutal, ce malade présente des crises douloureuses abdominales intermittentes avec vomissements et arrêt des matières et des gaz. À l’examen d’entrée, l’interne de garde note : ventre légèrement météorisé, sans ondulation péristaltique, abdomen souple, douloureux et gargouillant au niveau de la fosse iliaque droite ; température 37°6 ; pouls, 140. Il est prescrit lavement salé, sérum physiologique, sérum hypertonique, prostigmine, toni-cardiaques. Le malade est hospitalisé, salle 17.
Lors de la visite le 7 février, on examine ce malade la douleur n’a plus la périodicité des premiers jours; elle persiste sourde, continue dans tout le ventre. Le malade vomit fréquemment; ce sont des vomissements bilieux. La température est à 38°. Le pouls défaillant, labdomen est ballonné mais ce météorisme n’est pas très marqué. À la palpation, la paroi abdominale au niveau de la fosse iliaque droite est tendue, résistante, mais ce n’est pas une contracture de bois. La palpation à ce niveau est douloureuse, ne perçoit pas de boudin. On hésite sur le diagnostic.
Dans la soirée : le malade présente pour la première fois une hémorragie intestinale de sang rouge. Le lendemain matin 8 février il est opéré. La laparotomie médiane sous-ombilicale découvre une invagination iléo-iléale avec intestin sphacélé. Résection. Entéro-anastomose. Mort le lendemain.
DES |, OBSERVATION N° XII (Inédite).
L'enfant X..., un gros garçon de 9 mois, nourri au sein, est envoyé à l’Hôtel-Dieu le 28 juin 1937, pour « occlusion intestinale ».
Cet enfant n’avait jamais été malade jusqu’au 24 juin. Ce jour-là, cris, vomissements, fièvre à 38°. Le médecin appelé parle d’embarras gastro-intestinal.
Le lendemain, le même état persistant, la mère inquiète ramène son enfant du bord de la mer à Nantes, et consulte un médecin nantais. Celui-ci, devant un tableau de crises douloureuses intermittentes, de vomissements et d’hémorragie intestinale, porte le diagnostic d’invagination. Le chirurgien appelé pratique un lavement baryté. La bouillie opaque remplit facilement tout le côlon sans montrer aucune image en cupule, en cocarde, d’invagination. Le cæcum lui-même s’injecte bien et son bord interne est très visible. En conséquence, l'enfant ne fut, malheureusement, pas opéré.
Les deux jours suivants: persistance des crises douloureuses, de vomisgements, d’hémorragie intestinale. Le quatrième jour l’enfant arrive à l'Hôpital. Son état général est défaillant. Le facies est très pâle. La température est à 38°5. Le pouls rapide, l'abdomen est météorisé. La paroi abdominale est tendue mais sans contracture vraie. La palpation ne reconnaît nulle part de boudin d’invaginaion. Le toucher rectal ramène du sang rouge brique. Le lavement baryté remplit rapidement tout le côlon, injecte le cæcum dont le bord interne est très visible, nulle part la bouillie n’a marqué un arrêt et une image en cupule, en trident ou en cocarde. Le diagnostic hésitant entre ulcère saignant du diverticule de Meckel, syndrome abdominal aigu du purpura sans lésions cutanées et invagination iléo-iléale,