TITRE IX
De l'instruction publique.
Il va sans dire que des philosophes, pour compléter la Constitution , n'ont point oublié leur Instruction publique. Nous observerons à la vérité que , dans le fait , jamais et nulle part elle n'a pu être introduite. 11 s'est trouvé , pour ces doctrines , des maîtres et point de disciples ; mais cette instruction publique , qui couronne l'oeuvre philosophique , n'en subsistera pas moins sur le papier, car elle est destinée à graver les mêmes principes dans tous les es-
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pi ils : la secte veut elle-même ies dominer et devenir l'Eglise universelle. Aussi , ce chapitre est-il presque littéralement copié de toutes les autres constitution« de ce genre. D'abord on établira dans toutes les villes et villages des écoles primaires ( tout comme si elles n'avoient pas existé jusqu'ici) : on y enseignera à la vérité la lecture , l'écriture , le calcul et le cathécliisme ; mais comme les philosophes laissent entrevoir parfois le bout de l'oreille , quand ce ne seroit que pour se faire reconnoître à leurs pareils , l'on ajoutera au catéchisme , qui contient, déjà tous les devoirs de l'homme , une courte exposition des obligations civiles , qui ne sera probablement que le portrait du jacobinisme en miniature. Ensuite on fondera le nombre nécessaire d'universités et autres établissemens d'instruction publique ( comme si l'Espagne eu' eût totalement manqué jusqu'à présent ) , afin d'y enseigner toutes les sciences , mais principalement la littérature et les belles-lettres. M paroit que l'auteur de cette Constitution a eu une prédilection particulière pour ces dernières , puisquil les place au-dessus de toutes les sciences, et qu'il n\'\\ nomme pas d'autres. 11 ignoroit sans doute que la liltérature et les belles-lettres ont été enseignées de tout temps dans tous les séminaires , collèges , et même dans les écoles de couvens , comme étude préparatoire, et comme moyen de former le goût. Ensuite les Cortès ordonnent que le plan général d'instruction publique soit uniforme pour tout le royaume. On n'admet point de modifications , lors même qu'un objet d'instrucliou seroit plus ou moins nécessaire dans une province que dans une autre \ et la Cons-
tilulion sera expliquée dans toutes les universités et autres élablissemens littéraires où Von enseigne les sciences théologiques ou politiques ( art. 56b\ \ Ici nous craignons que les commentateurs de Ja Constitution n'éprouvent une forte opposition de la part de l'église catholique , des séminaires épiscopanx et de la faculté de théologie , qui pourroient bien regarder ce fatras constitutionnel comme contraire à ce te religion ( à laquelle toutefois on a aussi prêté serment ) ; ou si , d'un autre côté (ce qui est possible , et ce qui est même arrivé au code Napoléon en Allemagne) , les professeurs appelés à expliquer la Constitution , bien loin de la prôner , en montroient au contraire toute l'absurdité , mettoient au grand jour ses contradictions, sa tyrannie, le despotisme mal déguisé des Cortès , et arrachoient au loup le masque de l'agneau , alors les Cortès pourroient bien manquer leur but, ou être obligés de faire infiJéiité à cette liberté d'enseignement , et à cette liberté de la presse qu'ils ont constitutionnellement d»!crét^e. — Nous croyons aussi maintenant avoir expliqué cette Constitution , et nous prions ses auteurs et. adîiérens de recevoir ce commentaire avec une bienveillance libérale , de laquelle cependant nous ne pouvons guère nous flatter. Indépendamment du pbn général d'instruction publique, il y aura encore une direction générale des études (art. 069. , de manière que l'Église catholique , les corporations savantes , et les chefs et propriétaires des établùsemens d'instruction seront absolument déchargés de toute fonction. Les Cortès prétendent encore être des instituteurs universels 5 ils se réservent d'ordonner, par des statuts
particuliers , tout ce qui est l'objet ou la matière de l'instruction publique ( art. 370 ). Il est sans cloute à regretter que cet illustre congrès ne se soit pas occupé de même de la construction des sièges et des bans de chaque collège; de la nature des thèmes à donner aux écoliers; des classes dans lesquelles on les répartira; de la division des heures de leçons ; des lois de discipline, des avanceinens, des promotions et des prix ! ! !