TITRE X
De V observation de la Constitution^ et de la manière d'y apporter des modifications.
Les Corlès semblent toutefois avoir prévu la possibilité d'une violation de leur Constitulion , car dès leur première séance ils veuleut en faire peser la responsabilité sur les contre venans ( ait. 372. ). Tout Espagnol peut faire des représentations dans le but de faire observer la Constitution , mais il ne peut en faire pour obtenir son abolition ou sa modification ; et toutes les autorités civiles , militaires et ecclésiastiques seront obligées de lui prêter serment d'obéissance (art. 373 et 574 ). Jusqu'à l'époque de la nouvelle philosophie on ne savoit pas encore ce que c'étoit que de prêter un serment d'ubéissance à un livre muet , que chacun peut expliquer à son gré , et non à l'autorité vivante dont il émane ; à la loi écrite , et non au législateur. Pendant huit années consécutives il ne pourra être fait aucune proposition tendante à en changer ou à en modifier un seul article, ni à y faire quelque addition ( art* 375 ). Ce
(■54 ) n'est pas tout } les formes requises pour opérer ces changemens sont tellement compliquées que , dùt-on voir périr la nation entière dans l'intervalle, il se passera bien encore huit autres années avant qu'on puisse y changer une seule virgule. D'abord, toute proposition tendante à obtenir un changement quelconque, un article additionnel ou un amendement, devra être signée ou appuyée au moins par vingt membres des Cor lès 5 ensuite cette proposition devra être lue trois fois de six en six jours , et ce n'est qu'à la troisième lecture que Ton peut décider s'il y a matière à délibération ; puis on observera en délibérant les« mêmes formes que pour les antres propositions de loisj c'est-à-dire qu'après trois nouvelles lectures et le rapport d'une commission , l'on ira aux voix pour savoir sic\est le cas de reproduire cette proposition dans la députation générale de Vannée suivante i question qui ne pourra être décidée à l'affirmative qu'à la majorité des deux tiers des voix ; mais il s'en faut bien que celle nouvelle députation ait le droit de statuer encore sur le projet de changement d'un seul article. Après qu'elle aura observé les mêmes formes dans toute leur étendue , elle pourra simplement déclarer , et cela toujours à la majorité des deux tiers de voix , dans quelle année de sa séance les pouvoirs spéciaux du peuple pour le changement projeté pourront être conférés aux députés. Ce décret important sera envoyé dans toutes les pro-
/ vinces ; £|seloj£ que les Certes auront déterminé l'an-
<> née décisive , 'les assemblées électorales des provinces
> donneront leurs pouvoirs spéciaux , dont on 'prescrit
même jusqu'à la formule ; enfin, lorsque ces pouvoirs
seront arrivés , la réforme proposée sera de nouveau mise en délibération , et ce ne sera que lorsqu'elle aura été approuvée par les deux tiers des députés qu'eue sera élevée au rang de loi constitutionnelle ( art. 577 — 583 ). C'est ainsi que MM. les Cortès prétendent avoir donné à la nation espagnole une Constitution philosophique qui vivra des siècles, oubliant sans doute combien furent éphémères tous^ ces ouvrages prétendus immortels , et comment ils furent renversés jm j^emier souffle de leurs ennemis , quelquefois même par celui de leurs amis.
Eheujam salis est l Si la charité chrétienne ne Pexigeoit pas , si le cœur n'étoit ému de compassion sur le sort des honnêtes gens et même sur celui des victimes trompées, nous serions accablés du triste travail d'avoir dû conduire nos lecteurs au travers du dédale de la sottise humaine. Combien de temps la stupidité , l'ignorance et la folie dureront-elles encore ? Trente années de sang, de misère et d'esclavage ne suffisent-elles pas aux hommes aveuglés pour leur ouvrir les yeux sur ces principes mensongers , ou pour faire prêter Poreille aux vérités qui leur sont opposées ? Combien de temps les peuples et même les rois se laisseront -ils honteusement lier dans les
fers, et souffriront-ils encore qu'on leur enlève tous
leurs droits naturels et acquis , leur vie , leur honneur , leur liberté , lemsjpropriétés^ et même "leur pain quotidien , se laissant encore abreuver d'outrages et d'insnltes , aussitôt qu'un imbécile ou un scélérat leur prononce le mot de Constitution , mot funeste qui entraîne à sa suite des calamités sans mesure, et répand autour de lui une odeur cadavéreuse?
( 56) Vous croyez que c'est dans le peuple que réside le pouvoir souverain , que c'est par lui que les constitutions doivent être données ; et cependant le triomphe même des jacobins espagnols vous prouve le contraire. Fendant six années , cette Constitution ne fut qu'un chiffon de papier , parce que le roi ne la vouloit pas ; elle n'est devenue quelque chose que dès l'instant fécond en calamités où sa volonté l'a érigée en loi. Le roi est devenu le valet d'une junte provisoire, d'un comité révolutionnaire ou de salut, public, c'est-àdire du salut des jacobins; mais les rebelles ont encore hesoin de sa puissance et ne peuvent s'en passer; il faut que sa parole , son autorité, leur servent d'iris- 1 rumens pour paralyser le bras des sujets fidèles, qui jamais n'auroient obéi à la junte seule. Du moment où cette Constitution a été non pas exécutée, mais seulement proclamée , il semble que la boîte de Pandore ait été versée sur la malheureuse Espagne. Avant cette époque , il n'existoit qu'une insurrection locale d'un petit nombre de troupes , qu'une volonté décidée ^turoit écrasée en peu de jours , et dont la répression efficace auroit rendu un nouvel éclat à l'autorité royale. Maintenant le feu est aux quatre coins du royaume^^et Fanarchie devienjjuniverselle. Il semble nue l'enfer avec ses satellitesse soient déchaînés contre V MKtgue , pour se répandre dans toutes ses provinces. Les crimes sont aussitôt transformés en vertus , et les vertus en crimes ; les malfaiteurs sont en liberté , et les honnêtes gens sont jetés dans les fers. On pille , on :na vde, on démolit des maisons , pour prouver que l'empire de la destruction est arrivé, et que des bouleversemens plus grands encore suivront de prè^.
(57 ) ces premiers attentats. Ou assassine les prêtres de la religion dans les rues , on traîne les serviteurs fidèles dans la boue , et t au milieu de tous ces forfaits , les scélérats qui en sont les auteurs osent se glorifier de ce que des maux plus grands encore n'ont pas signalé lés premiers momens de la révolution. Le pouvoir suprême est déjà conféré aux jacobins , car ce lut IaT, dans le fond , l'unique but delà Constitution : elle doit élever la secte à la souveraineté , afin qu'elle puisse opérer par là l'exécution de ses principes , et qu'une faible minorité puisse asservir la nation entière , et de plus la calomnier en faisant passer pour un effet de sa volonté les crimes qui se commettent en son nom. Dès le premier moment, les hypocrites jettent le masque libéral : ils commencent par décréter , sans aucuns indulgence , peine de mort contre tous ceux qui , par des paroles ou des Jwits , s'opposeroient aux mesures du peuple ,
c'est-à- dire à celles de leurs factions; mais cela même est une preuve de la résistance qu'ils éprouvent , et fait voir combien elle leur inspire de frayeur. Ils abolissent les plus nécessaires de toutes les cours de /><~H |ujJi£ature , celles qui avoient été destinées à combattre les fausses doctrines. La foi que les Corlès ont eux - mêmes reconnue véritable ne doit „plus être gardée , mais en échange ils é ta blirofîf des polices révolutionnaires , desj^ojiH-té^mquisi loues pour la protection desjiieölmis et contre la sûreté de tous les honnetesgens. Sous le nom de liberté de la presse on encourage le mensonge et la calomnie , ou on leur donne un privilège d'impunité; mais l'on force au silence la vertu et la vérité , et on les condamne à la
e-fu
servitude. Contre Die«^ le roi et et la justice , il est permis d'écrjjûà^fa'ijtnprîùier tout ce que l'on veut ; mais ènTeur faveur ou contre les Corlès , leurs principes et leurs Constitutions', chaque mot, chaque écrit est regardé comme un crime digne de mort. Nous demanderons , par exemple , à ces messieurs , si , en vertu de celte liberté de la presse dont ils font un si grand étalage , le présent écrit auioit pu être imprimé avec sécurité? Son auteur, sans toutefois manquer de courage, ne voudroit pas se hasarder à se rendre sous le gouvernement de la junte provisoire ou des Cortès. Aucun fidèle et honnête serviteur du roi ne peut rester à sa place. Sous le prétexte qu'il ne convient d'employer que des hommes attachés aux institutions constitutionnelles , c'est-àdire aux principes jacobins, la faction n'en souffre pas un seul qui ne partage son système d'impiété, afin d'accaparer tout le pouvoir , et qu'un petit nombre de sophistes puisse appesantir son sceptre de fer sur la nation entière. Les traîtres et les rebelles parviennent aux honneurs , *>arce qu'ils sont les auxiliaires de la secte , et que c'(?st en eux seuls qu'on peut avoir de la confiance ; ma/s ceux qui ont sauvé le roi et le peuple sont privés de leurs emplois , ou obligés de prendre la fuite pour ne pas être punis de leurs vertus. Ces conseils aussi illustres que nombreux qui, depuis des siècles , avoient administré les affaires de l'Etat avec gloire et dignité, sont dissous en masse ; les ministres fidèles sont renvoyés et remplacés par d'autres, dont une partie étoient naguère dans les fers , ou avoient été condamnés aux travaux forcés , ou qui du moins s'étoient rendus fameux par des actions ou
( 59) des sentimens méprisables. On rétablit même les municipalités qui avoient existé sous l'empire de la faction révolutionnaire, en 181 2 ; et pour preuve de modération , on nous annonce qu'on n'en a exclu que ceux qui ont approuvé l'abolition de la Constitution , c'est-à-dire qui étoient restés fidèles au roi et à la patrie, et avoient préféré une justice égale pour tous à l'empire d'un club de jacobins. Chaque jour est gros de nouveaux malhejirs , amène de nouvelles destructio s; l'oygtrelTrit, l'humilité pleure; les traîtres triomphem, mais les hommes honnêles et paisiblement dans la désolation ; les égoïstes et les lâches affectent un assentiment hypocrite jusqu'à ce que le pouvoir se tourne du côté opposé ; grand nombre d'autres cachent leur indignation qui éclatera bientôt par des faits ; et pour prouver enfin au monde entier qu'il ne s'agit pas ici d'une résistance locale contre quelques mesures partielles du roi , la secle entreprend déjà de propager son système désorganisateur , ne respectant pas plus la justice envers ses voisins qu'envers son propre roi , ou envers le peuple espagnol ; elle cherche à entraîner le Portugal dans la communauté de ses forfaits , et excite les troupes portugaises à assassiner leurs officiers , afin de priver ce royaume de la protection bienfaisante de l'Angleterre , et de le soumettre au contraire au joug des jacobins espagnols.
uelles seront les suites de ces téméraires entre-
prises? c'est ce qu'il est facile de prévoir, taut par la nature même des choses que par l'expérience de ce qui s'est passé ailleurs. Les mêmes causes doivent nécessairement produire les mêmes effets : la Constitution,
( 6o) à la vérité, ne sera jamais exécutée ; le roi et les Corlès ensemble, et même tous les potentats de la terre réunis, ne sauroient parvenir à escalader le ciel, ni à donner de la réalité à ce qui est impossible : aussi avons -nous vu que toutes ces constitutions n'ont jamais exislé que sur le papier; mais la secte jacobine cherchera avec fureur à maintenir son pouvoir, et à réaliser ses principes, fût-ce même sur les ruines de cités florissantes, ou sur les cadavres de la nation , et de la maison royale elle-même. Nous la verrons cette impieté triomphante, persécutant ses adversaires tantôt par l'insulte et la dérision, tantôt par le fer et le feu, méprisant d'un côté la seule loi universelle, c'est-à-dire la loi divine, écrasant de l'autre les peuples d'une grêle de décrets arbitraires. Nous la verrons encore, cette guerre à mort contre toutes les traditions et institutions anciennes, cette destruction de tous les droits individuels d'un ordre supérieur aujourd'hui 'désignés sous le nom de privilèges; cette dissolution de tous les liens sociaux naturels, cette dispersion des hommes, qui réduit les uns comme les autres à la même misère; en un mot, celte dent du tigre révolutionnaire, qui, depuis le prêtre et le roi, enlève à chacun ce qui lui appartient, et pour laquelle le corps du pauvre ou l'obole de la veuve n'est pas plus sacré que la prospérité du riche et la loi du Très- Haut. Mais, d'un autre côté, nous la verrons aussi, la résistance d'une nation courageuse, et qui, à tout
prendre, n'est point encore pervertie dans son ensemble, qui ne se laissera pas enlever impunément ses droits et tout ce qui fait le bonheur de la vie, et qui est trop fière pour supporter long-temps le joug
d'une secte impie. De cette lutte fondée dans la nature des choses, et qui ne pourra être empêchée par des proclamations fades ou hypocrites, il résultera nécessairement de deux choses l'une : ou une guerre intérieure formelle, qui sera poussée en Espagne avec plusd'énergie qu'ailleurs , et qui seroit probaiementle remède le plus prompt; ou bien , si les forces des honnêtes gens devenoient trop foiblespar leur dispersion, Pou verra les fact ioi is,sesuccedan t va pidement l»;s n mes .aux mtres, étendre autour d'elles leur empire sanglant ettyr.nui'i ie,el sedévrorer mutuellement, jusqu'à ce ^ue le règ.ie de l'enfer se détruise par la discorde, ou qu'un soldat heureux, un „.autre Cromwil, ou un second Bonaparte, écrase les Cortès avec toutes leurs constitutions, et introduise à leur place son gouvernement de jannissaires. O ii , nqus conservonsJ^gspeWrance que üjnr^Tespace de quelques mojs^ l'horreur que les principes révolutionnaires et leurs partisans ont toujours inspirée aux Espagnols éclatera avec énergie , et que celte nation , donnant pour la seconde fois un grand exemple aux autres peuples, et supposant à ce nouveau genre d'usurpation, rendra encore de grands services à la cause de la justice ou de la légitimité. La Providence, pour nous tenir en girde, permet cette nouvelle et déplora oie expérience; mais dans sa miséricorde elle a voulu ne la faire arriver que dans un coin de l'Europe, où elle est moins dangereuse qu'elle ne le seroit au fcentre. Il faut prouver au monde que la guerre contre la révolution est encore plus la cause des peuples^ue celle des rois ; que l'impiété révolutionnaire ne pourra s'affermir même par la puissance des rois alliés de la secte, et
qu'ail^ contraire la religion, la justice et l'ordre social naturel finironTpar triompher en dépit de ces rois» égarés.
Mais ici nous entendons l'hypocrisie et la crédule
«eV, ignorance s'écrier de concert : Ferdinand VU n'esl-iU donc pas lui-même la cause de tous ses malheurs? Ne devoit-il point de reconnoissauce à celte nation qui, en sa faveur, a résisté à l'usurpation étrangère, qui a versé son sang pour lui , qui lui a sauvé son empire et sa couronne?N'a-t-il pas traité avec dédain ses meilleui s amis , et ne les a-t-il pas persécutés ? Ne devoit-il pas accepter la Constitution qui lui fut présentée, ou iout au plusse permettre delà modifier, au lieu des'opposcfl à l'esprit du siècle, et de rétablir des institutions ré* prouvées par le progrès des lumières? N'eut- il pas mieux valu céder au torrent des idées dominantes, di-j riger Forage, et sauver par là sa personne et son troue? Nous répondons, d'après l'évidence des faits et la noloJ riété publique , qu'à la vérité la nation ( dont le nonqj honorable est ici comme partout usurpé par des soJ phisles) a sans doute défendu avec dévouement et per* sévérance sa patrie ( c'est-à- dire elle-même et son roi )J pour la délivrer d'un joug étranger,- mais que le part»
révolutionnaire dans les Cortès n'a contribué en rien
à cette délivrance, et qu'ainsi que les écrivailleura
allemands l'ont fait chez eux, il n'a voulu que rJ
— -cueillir là où il n'a voit pas semé, tourner les événement en faveur de sa secte, et placer la couronne non sur la tête du roi Ferdinand, mais sur la sienne propre. Toute l'Europe sait, et apprendra enqoj mieux par la suite, que le peuple qui comba'lit et versa son sang, qui sacrifia sa vie et sa fortune pour
(65 ) Je roi et la patrie, et même la Junte qui cïïrigeoit alors ses efforts , n'ont ni voulu , ni fait, ni approu* .', ni accepté celte Constitution, mais cm VI le fut au cont^ir^Tuirvrdge d'un petil nombre de facïïeux~7 composé en partie de corn eaTeilsJeT IkTTiUe ra ta rï ( hommes de lettres) qui , au milieu de la plus grande confusion, et contre la volonte de la saine et majeure partie desCortès, l'enfantèrent dans les clubs; et au grand étonnement du monde et de tous les honnêtes JSspagnois eux-mêmes, l'imposèrent à la nation comme une loi obligatoire : aussi avons-nous vu que cette oeuvre des ténèbres fut renversée et mise à néant par un seul mot ju roi, au milieu des applaudissemens de l'armée, du clergé, de la noblesse, des bourgeoisies des villes, et de tout le peuple des campagnes (1). En second lieu, l'on ne peut pas^ même dire que ce soit à elle seule que la nation doive sa délivrance du joug étranger, ni qu'elle ait sauvé au roi Ferdinand son royaume et sa couronne : nous sommes bien éloignés de vouloir rabaisser le mérite de ses nobles et courageux efforts; elle a du moins prouvé au monde que l'on peut résister quand on le veut ; peut-être a-t-elle ranimé le courage de quelques autres
(i) Ce fait fut recounu à cette époque (i8i4), même par les gazettes libérales ; or nous prions qu'on nous dise ce qu'il reste encore de la nation, lorsqu'on en excepte ces cinq classes que nous venons de nommer ; ou bien, voudra-t-ou la regarder comme n'eu faisant pas partie? C'est sans doute là le secret delà secte ; tous ceux qui ne professent pas les principes révolutionnaires qui reconnussent encore un Dieu dans le ciel et un supérieur sur la terre, n'appartiennent pas à ce qu'elle appelle le peuple, et dans son langage ils ne méritent pas même le nom d'hommes.
(64) peuples; et Ton ne peut sans doute pas exiger que dans un moment de confusion, sans moyens suffisons, sans chefs reconnus, tout se passe d'une manière régulière; mais il est universellement connu, et des milliers de témoins oculaires peuvent le confirmer, que sans le secours desAnglais et de leurjjrand général, sans le souffle de Dieu qui renversa Bonaparte en Russie, sans le con^ojn^del'Europe réunie qui détourna les armées françaises delà péninsule , les Espagnols seuls n'eussent pu délivrer leur pays: ils auroient été obligés de subir la loi du vainqueur, d'autant plus que leurs forces ne suffisoient pas pour la résistance, que la discorde régnoit parmi eux, et qu'il s'est trouvé en Espagne, comme ailleurs, assez m d'égoïstes, ou ce qu'on appeloit alors des Joséplùnos. ]Nul ne doit s'attribuer ici un mérite exclusif, mais chacun doit plutôt suivre l'exemple du héros de la Prusse, et destrois monarques qui, se jetant à genoux sur le champ de bataille de Lepsick, rendirent gloire à Dieu, dont la volonté seule put faire concourir toutes les circonstances pour opérer la ruine de l'usurpateur. En troisième lieu, il n'est pas vrai non plus que la nation espagnole n'ait versé son sang que pour l'avantage du roi Ferdinand; et cette tournure révolu tïonnaTrtTpar laquelle on veut toujours mettre en opposition les intérêts des rois et ceux des peuples mérite particulièrement d'être rectifiée. Les Espagnols n'ont pas seulement combattu pour le roi, mais aussi pour tout ce qui leur étoit cher et sacré, pour leur religion et pour la loi suprême, pour leur liberté personnelle, pour leurs propriétés, pour leurs femmes et leurs enfans, pour leurs droits acquis, pour tous
(65) leurs rapports sociaux , et pour le roi seulement , en tant qu'il leur garantit et conserve tous ces avantages • en général , celui qui défend son supérieur naturel et légitime combat encore moins pour celui-ci que pour lui-même, et pour tous les bienfaits qui découlent de cette autorité salutaire ; car les peupIeToTïT
~^j v~i iV.0 peuples ont encore plus besoin de leurs rois légitimes que les rofs n'ont besoin de leurs peuples. Il est dans la nature des choses, et l'expérience Ta souvent confirmé, que des rois détrônés mènent encore dans d'autres pays comme simples particuliers, une vie tranquille et passablement heureuse ; tandis que des peuples abandonnés, semblables à des brebis dispersées et privées de leur pasteur, se dévorent mutuellement, et deviennent la proie des premiers loups ou des premiers tyrans qui se présentent.
Toutefois nous ne disconviendrons pas que Ferdinand devoit rendre amour pour amour : il devoit de la reconnoissance à son peuple, mais seulement à ja partie fidèle qui résista généreusement au joua étranger, et non aux partisans de l'intrus, moins encoyej>)façdonja^obinejes Cortès, faction qûne fit combattre les autres que pourT'âj^roprier la couronne ; car, en dernière analyse, ne revient-il pas aujnjmejourleroidese voir enlever son trône sa liberté, sa propriété et toute la dignité royale par une pu.ssance extérieure , ou par des sophistes indigènes
qu.unposentdeschaînesdeferàleur seigneur et maître l'avihssent en le réduisant à la qlïdlié deTerfTeFTui préparent une destinée pire que celle dont il' auroit joui sous le ravisseur même de son empire? Tout au contraire, le joug de ces sophistes seroit encore plus
( 66 ) houleux et plus oppressif; tandis que l'honneur et l'espérance ne sont du moins jamais perdus lorsqu'après uuelutle inégaleet inutile il fiml pli^r devant ia supériorité des forces d'une puissance étrangère.
Mais l'erdinand VILlL'a-1-^ donc point rempli ce devoir de la re^njooissance envers ses fidèles jsujets^? Les Espagnols n'ont -ils rien gagné à son retour? N'ont-ils recueilli aucun fruit de leurs nobles efforts? Le but le plus essentiel qu'ils cherchoient à obtenir, cY-toit avant tout le roi légitime lui-même , celte puissance amie et non hostile , protectrice et non spoliatrice , sans laquelle aucune société ne peut subsister , et qui peut faire seule régner la paix parmi les hommes. Le peuple recouvra son père et son défenseur, l'arbre fécond qui répand ses bienfaits sur dcs~muMÏons d'hommes, et sous l'ombre duquel chacun repose avec sécurité. Le roi arriva , et son premier décret fut de rétablir la liberté personnelle de tous lesFspagnols, tandis que les Cor tes en font leurs serfs, et introduisent sans nécessité au milieu de la paix la conscription la plus absolue. Il s'imposa une sévère économie afin de ménager la fortune de ses sujels, et r> l'usa même au moment du plus grand besoin d'éla^ bürde nouveaux impôts, tandis que les Cortès, par leuir^iTtkütiön , s'approprient les biern comme les corps de tons les Espagnols, il protégea la religion, non pas en apparence et seulement sur le papier comme le font les Cortès, mais dans ses ministres, sans lesquels elle ne peut exister. Il reconnut l'existence d'une loi suprême de justice et de bienveillance, qui est imposée au roi aussi bien qu'au peuple , tandis que les Cortès ne reconnoissenl d'autre règle
(67) et d'autre frein que leur vulonté^jl rendit à l'Eglise lesbie^^goliés^u^éqj^trésjjgui doivent leur origine à de pieuses donations, .et qui ne sont autre chosp qu une propriété permanente pour l'entretien de la religion et des sciences, l'éducation de la jeunesse le soulagement des pauvres, des malades et des malheureux. Les Cortès, au contraire, les ravissent sans autre forme de procès , et ont commencé pârcônfisquer les propriétés d'établissemens ^^^^jflll^Jli^l^rrï^ confis^liofr-üerbiens soit abolie par leur" Constitution , même lorsqu'il s'agit des criminels : ou ne seroit-ce peut-être que contre ces derniers qu'elle doit être prohibée? Ferdinand fut juste à Péo-ard d'un ordre célèbre, innocemment et cruellement persécutésous son aïeul, ordre qui a rendu les plus grands services à la religion, aux sciences et à l'éducation
que les protestans les plus sa vans ont admiré et regretté qui fut protégé par Henri IV, estimé par Frédéric II que la Providence a fait conserver jter Catherine II , qui fut réj abhjjarje chef de l'Eglise, redemandé par Jesjrois deJ^ajp^e^e^de^'ch^^ëTpaiTe duc de Modène et d'autres souverains, invité à revenir en Espa£ne~ par tous les évêques et archevêques et par plus de cinquante-cinq villes du royauraeVrêçu partout avec jubilation , auquel, jusqu'au Mexique, on rendit volontairement ses biens et celles de ses maisons qui existoient encore, et qui n'eut pas besoin , comme la Constitution des Cortès, d'être introduit par une colonne mobile de vingt-mille hommes, par le pillage de cités florissantes, et par l'assassinat de citoyens paisibles. En revanche, les Cortès libéraux et les partisans qu'ils ont en Europe font déjà entendre qtfe
(68) malgré leur liberté de la presse, leur liberté de parler et d'enseigner, constitutionnellement décrétée, malgré le serment prêté à la religion catholique, leur intention
est de chasser de nouveau, et de faire mourir de faim
— — des milliers d'hommes modestes et sa vans qui, sans aucune rétribution, instruisent la jeunesse dans toutes les choses utiles. D'un autre côté, le roi voulut préserver son peuple des fausses doctrines , sources de toute corruption ; de l'influence de ces sociétés secrètes et antireligieuses qui furent la cause de tant de calamités; en conséquence, il prohiba ces ligues de sophistes, comme elles sont depuis long-temps prohibées en Auliiehe, à Naples , et. dans plusieurs états de l'Allemagne. Malheureux Ferdinand! ce fut peut-être | là votre crime capital aux yeux de l'esprit du siècle. Si vous aviez persécuté l'Eglise chrétienne, et remis le pouvoir suprême à ses ennemis, haï ceux qui embellissent les sciences par la modestie et en font les auxiliaires de la vertu et du devoir, et favorisé ceux qui ne cherchent qu'à nourrir l'orgueil, et à transformer tous les talens, toutes lescouuoissances eninstrumens de crimes: alors la secte libérale vous eût fait grâce même de la Constitution , elïe vous eût permis ou accordé tout le despotisme imaginable, et eût mis à votre disposition la vie et la fortune de tous les Espagnols. Mais, dit-on encore, Ferdinand n'a-t-il pas traité avec ingratitude nombre de personnes respectables; persécuté, destitué de leurs emplois, et banni même non-seulement les partisans de l'usurpateur Joseph, mais encore quelques-uns de ceux qui avoient combattu contre lui ? Nous ne déciderons pas ici si à cet égard il n'y a pas eu quelque abus , attendu
que nous manquons à cet effet des connoissances personnelles qui nous seraient nécessaires. Entouré d'ennemis de différentes couleurs, placé entre deux espèces de traîtres, peut-être séduit par des' conseillers suspects ou équivoques, il lui a été bien difficile de ne commettre aucune méprise et de tenir toujours un juste milieu ; mais ce que nous savons avec certitude , c'est que la conduite de ces fugitifs ou de ces bannis, au moment où ils virent éclater la révolution actuelle, ne fut nullement propre à intéresser en leur faveur. Ce que nous savons encore, c'est que lajsecte libérale n'a montré aucun symptôme de sensibilité , lorsque sous son empire deux cent mille Honnêtes gens, avec leurs femmes et leurs enfans, furent bannis et déportés de France, que d'autres gémissoient dans les prisons , et qu'un nombre non moins considérable a péri sur l'échafaud. Ce que nous savons enfin, c'est que dans ce moment même les libéraux et les gazettes libérales trouvent tout simple que la Junte de Madrid ou la populace ameutée destitue de leurs emplois et jette en prison les hommes les plus distingués , qui firent l'honneur et la gloire de la nation espagnole, et qui sauvèrent le roi et le peuple ; qu'elle les force à quitter leur patrie et à chercher un refuge en Portugal , en France, en Italie, ou chez les Musulmans mêmes, qui ont pour eux plus de compassion que ceux qui s'appellent chrétiens et concitoyens, qui ne parlent que de liberté, d'humanité et du progrès des lumières. Rien ne s'opposoit au repos, au bonheur et à la gloire nouvellement acquise de. l'Espagne, que la malheureuse guerre avec les colonies de l'Amérique méridionale, guerre que Ferdinand n'a voit pas suscitée,
( 70 ) mais qui existoit déjà lors de sa l'entrée dans le royaume, et qui n'aurait jamais eu lieu sans l'usurpation étrangère, ni sans les Cortès révolutionnaires. Cette guerre seule épuisa les forces qui eussent servi à guérir __ les plaies intérieures; mais les litteratori des Cortès et les comités des sophistes préférèrent leur secte à leur patrie. Pour prévenir le rétablissement de la paix et celui du pouvoir royal , ils empêchèrent le roi de réunir ces belles provinces à la mère-patrie, et de répandre ainsi l'abondance sur toutes les classes de ses sujets. A diverses reprises ils provoquèrent les troupes royales à la désobéissance, en les engageant à refuser de s'embarquer lorsqu'il s'agissoit d'aller combattreles rebelles , et de venir au secours de la majorité des habitons fidèles, tandis que les troupes des autres nations , et même les Anglais, si fiers de leur liberté, servent indifféremment sur mer comme sur terre, et se laissent conduire dans toutes les parties du monde, sans qu^ils s'imaginent pour cela être des esclaves que l'on mène à la boucherie. Si les anciens Espagnols l'a voient pensé de même, certes leurs descendans n'eussent jamais possédé ces provinces florissantes ; jamais le commerce et la navigation n'auroient acquis l'étendue et l'activité qui les ont distingués de nos jours. Cependant c'est par ces mêmes Cortès ou leurs partisans, qui décrètent dans leur Constitution qu'aucune province, aucune ville, aucun bourg, et même la plus petite partie du territoire espagnol ne pourra jamais être cédée ou aliénée, que nous avons yu commettre cette trahison^ L'avenir nous apprendra maintenant si, avec leurs proclamations et leur Constitution, leur service forcé et leurs impôts ar-
(70 bitraires, ils parviendront mieux à ramener ces provinces à l'obéissance, à les soumettre aujougdesCorlès, de leurs comités et de leurs proconsuls, plutôt qu'au gouvernement doux et modéré du roi.
Toutefois nous ne saurions disculper entièrement le roi Ferdinand des maux qui affligent l'Espagne et sa propre maison ; il a sans doute commis des fautes non par les actions précédentes qui lui furent reprochées, mais par celles que les révolutionnaires ont l'hypocrisie de louer aujourd'hui ; par son indulgence pour la révolte de ses troupes à File de Léon, révolte qu'il auroit dû combattre à la lête des braves ; et surtout par son acceptation de la plus calamiteuse des constitutions. Celui qui sonde les cœurs et les reins pourra lui accorder la rémission de cette faute, parce que lui seul connoît les motifs intérieurs et les influences extérieures 5 mais aux yeux du monde, elle ne sauroit lui être pardonnée. On ne doit jamais céder aux criminels , mais il faut savoir mourir plutôt que de faire le mal, ou , ce qui est la même chose , d'en devenir l'instrument. Il en est des rois comme dt.s particuliers: celui qui expose sa vie la conservera ; mais qui veut la conserver en manquant à son devoir la perdra. Il éloit permis à Ferdinand de renoncer à sa
couronne s'il le vouloit, mais non pas de sacrifier le3
droits de sa maison, et encore moins les droits individuels de ses sujets, droits qui sont écrasés par cette Constitution, tout aussi bien que les siens propres. Aucune promesse ne peut lui donner cette faculté,, et nul n'est autorisé à accepter une pareille promesse. Un serment même par lequel on s'oblige à des actions illicites , à fouler aux pieds toutes les lois divines et
humaines, est un scandale et non un acte religieux , un blasphème et non un signe de dévotion ; remplir tin tel serment , après avoir été assez îïialhenreux pour consentir à le prêter , n'est autre chose que de l'obstination à persévérer dans le mal 3 c'est commet Ire une seconde faute pire encore que la première. On doit au contraire se repentir d'un semblable serment comme de toute autre erreur, et le révoquer formelle- ]\\- ment le plus tôt possible.Onenestdéliéparlesentiment ',— supérieur de ce que l'on doit à Dieu , et Ferdinand en sera délié aussi par tout son peuple, aussitôt qu'il pourra librement faire entendre sa voix. Personne 1 j# ne peut céder ce qui ne lui appartient pas; personne ne peut accepter ce qui appartient à un tiers, sans que ce dernier y ail consenti, et conséquemment les sophistes des Cortès ne peuvent exiger du roi , sous prétexte de son serment, qu'il livre à leur merci les droits et les possessions de toutes les provinces, de toutes les villes, de toutes les corporations, et de tous les particuliers de l'Espagne. Si un individu quelconque, ayant fait son testament, et l'ayant confirmé par serment , s'étoit permis dans cet acte public de violer un dépôt, ou de livrer le bien d'autrui à un brigand ou à une courtisane, penseroit-on qu'un tel serment lût obligatoire? Et les tribunaux reconnoîtroient-ils un droit acquis à l'héritier prétendu? De la même manière , il n'est pas permis aux rois d'acheter les ménagemens ou l'indulgence temporaires d'une secte impie aux dépens des droits d'une nation entière; et' l'on sait d'ailleurs que l'on ne comble pas Fabîmeens'y précipitant soi-même! Est-ce se sauver, as.iuei son trône et les droits de la couronne, que
de se livrer pieds et poings liés à ses ennemis , que
de boire la coupe empoisonnée qui nous est offerte,
et de signer son propre arrêtée mort?, Louis XVI
s est-il sauve en suivant de tels consens r l^ue son sort j^a^;
serve d'exemple et de leçon au malheureux Ferdinand
et à tous les rois de la terre !
Mais il est temps de terminer ces tristes mais instructives considérations. Il vous est fsfcile de blâmer , nous dirat-t-on : la critique est aisée , le remède est difficile; nous connoissons le mal depuis long-temps, montrez-nous comment il faut lecombattre. Eh bien !
nous accepterons le défi ; nous indiquerons les seuls \
et véritables moy«isjej^estaurajix^ \
les dirons avec courage et sans détour, avec l'assurance d'un médecin qui , appuyé sur les lois de la nature, ose garantir le succès. Loin de nous l'idée de vouloir dissimuler le danger et prêcher la sécurité là où la vertu et la vigilance sont nécessaires. Eh ! quels autres événemens faut-il donc encore pour ouvrir les yeux du monde? Voyez comment une secte pnissan le, répandue dans toute l'Europe, pervertit partout l'esprit des hommes, tantôt régnant elle- même, et tantôt entourant les princes de son hypocrisie pour les tromper et les faire servir d'instrumens à ses projets destructeurs; comment, depuis quatre années , elle soulève son front audacieux dans le centre de son activité , fait assassiner en Fiance le prince sur lequel repose le dernier espoir de la Maison de Bourbon ; avilit le roi d'Espagne en le réduisant au rang de valet d'un club de jacobins; solde même dans cette Angleterre û Imrjfje^-sf^m^'ïïse une innombrable populace , dans le but de renverser à main armée la
( 7*) Constitution du pays , et entreprend le meurtre de tout un ministère ; comment elle veut en Allemagne faire tomber trente-trois anciens souverains sous les poignards d'une jeunesse fanatisée ; comment (pour mettre le comble à l'atrocité ) ces forfaits, dont nos pères auroient frissonné, et contre lesquels ils n'eussent trouvé aucune punition assez sévère, sont encore publiquement vantés et préconisés; et comment enfin la flamme exerce son ravage jusque dans les autres parties du monde ; son but fanatique étant partout le même , non point d'obtenir le redressement des griefs réels ou de forcer le pouvoir à être juste , mais I j ; 1 1 de détrure l'Eglise chrétienne, de dissoudre la société humaine jusque dans ses élémens , et d'élever au pouvoir souverain, sous le nom d'une représentation du peuple , la secte elle-même ou ses partisans ! Princes et pères du peuple, qui êtes encore assis sur vos trônes et dont la conservation nous est tout aussi nécessaire qu'à vous-mêmes ; conseillers fidèles , ministres et hommes d'état qui gémissez avec nous sur Pesprit pervers du siècle , qui détestez le mal , mais qui balancez encore quelquefois sur le choix des moyens à employer pour le détourner , regardez en face le danger qui vous menace , et dès lors il n'existera plus ou sera du moins à moitié vaincu. Croyez-en celui qui depuis trente ans a étudié la secte danssesjprîncijpes et dans ses actions , qui Pa vue dans son triomphe , et qui a toujours observé que sa mauvaise conscience ~la~rënd craintive , tremblante devant, toute volonté ferme , au point de s'effrayer de la chute d'une feuille. Croyez-en celui qui ^ comme simple individu , a juré d'écrasçr cette race de vipères ; qui s'exposa aux
( 75) poignards des sophistes et n'en fut pas atteint, précisément parce qu'il ne capitule pas avec eux , et qui enfin croit avoir acquis le droit de faire entendre sa voix dans cette affaire. La secte n'est puissante que par votre indulgence et votre coopération ; sans vous ou contre vous elle ne pourroit rien et seroit bientôt réduite en poudre par la malédiction des nations , dès que votre bras protecteur aura délivré le peuple de son joug. Du moment que vous connoissez les causes , la nature et les signes extérieurs du mal , les antidotes à employer se présentent d'eux-mêmes. Cette^ecte que vous avez à combattre veut en un mot ne reconnoître aucun supérieur ni dans le ciel ni sur la terre , aucune puissance , aucune kù qui n^émane ^Tdle^même ^ ou , en d'autres termes , elle prétend détruire toute dépendance naturelle , tout service volontaire entre les hommes , et nous imposer en Revanche son propre joug. De là sa haine contre Dieu, comme la premièrlTHè toutes les supériorités , le créateur et le législateur de toutes choses $ contreja religion et ses minisires , comme ceux qui annoncent la parole de Dieu et qui sont les guides spirituels des hommes ; contre les rois, dont la puissance dispose des biens de ce monde , qui sont servis par un grand nombre d'hommes , et qui leur rendent à leur tour nombre de bienfaits ; contre les grands et les nobles , parce qu'ils tiennent la place la plus rapprochée cfës rois dans l'ordre de la puissance naturelle, et qu'ils sont les pères nourriciers, les protecteurs et les bienfaiteurs secondaires du peuple ; cçjnitre toute grande propriété permanente et assurée dans les mêmes familiespar des droits de primo/
niture , de fidéi-commis ou de substitutions , etc. , parce qu'elle forme des rapports naturels de supériorité et de dépendance , et lie les hommes entre eux par des bienfaits mutuels ; contre toutes les conventions connues sous le nom de féodales , c'est-à-dire ces pactes doux et humainsj^ces protestations de se- "coïïrs réciproques qui réunissent encore le fort au foible et le foible au fort ; contre toutes les bourgeoisies des villes ou autres corporations, parce qu'elles possèdent également une puissance supérieure , et peuvent offrir à d'autres hommes d'utiles services; contre les maîtrises ou communautés d'artisans , parce qu'elles donnent à leur état un certain honneur , et qu'il existe entre le maître et les ouvriers un rapport de dépendance ; contre la sainteté des mariages j, cette union intime des âmes que l'on représente comme un esclavage mutuel , et que l'on voudroit transformer en un contrat d'accouplement temporaire ; enfin contre l'autorité paternelle ellemême et contre la dépendance des enfans en bas âge , qui , d'après les principes de la secte , doivent aussi être rendus les égaux de leurs parens , ou même être placés au-dessus d'eux. Cette manière d'isoler les hommes en les rendant tous également misérables , cette dissolution de tous les rapports sociaux^, cette destruction" de tous les moyen* deTïïFnTaTsânce réciproque , la secte l'appelle tantôt philosophie et progrès des lumières, tantôt liberté et égalité , tantôt esprit du siècle, tantôt humanité et dignité de l'homme , tantôt unité ou uniformité , tantôt libéralité , tantôt civilisation , etc. Mais le serpent a beau changer sour vent de peau et de couleur , son venin reste partout
(77 ) et toujours le même ; et il est facile de le reconnoître à ces éternelles déclamations contre l'autel et le trône, contre Tés prêtres et les rois, contre la noblessejetje clergé, contre tous les supérieurs naturels, qu'elle appeÏÏe des aristocrates , et contre les prétendus / privilèges , expression sous laquelle elle n'entend que les moyens qui résultent de la supériorité de la fortune , et tous les droits acquis qui donnent de l'autorité et do l'influence sur les autres hommes. Si donc vous ne voulez pas le triomphe de cette secte impie, si vous voulez éviter les calamités qui en découlent ,
il faut faire et favoriser précisément le contraire de
tout ce qu'elle veutetjde Mtout ce qu'eUerecoinmande avecTTe" plus~7Peniphase. D'après cela, il faut donc rassembler éTmmdîspéf sëf,Tenouer les liens relâchés de la société humaine, reconnoître tout supérieur légitime et le protéger dans ses droits , exiger toute obéissance légitimement due, et punir ceux qui s'y refusent. Pom^j^parj^nir^ vous n'aurez pas besoin de recourir aux persécutions, aux barmissemens ou aux échafauds, si ce n'est contre ceux qui sont évidemment des malfaiteurs -, le nombre des hommes trompés est trop grand, et en général l'on ne triomphe pas des sectes par la force physique, mais il faut des actions, des lois et des institutions qm reposent sur des principes opposés à ceux que l'on suit depuis un demisiècle. Avant tout , rois et princes de la terre , sachez ce que vous êtes , et dans quel rang la Providence vous a placés ; vous n'êtes ni les valets , ni les fonctionnaires \ ^ du peuple; ce n'estjpas lui qui vousa établis , et vous | n'êtes point responsables à cette multitude à mille têtes, qui, balottée elle-mêmepar tout vent dedoétrine
el par des intérêts contradictoires, ne sait ce qu'ell veut, a besoin de votre direction, ne peut vous diriger et n'en a pas même la prétention. Vous êtes au cou-*
^^-traire des hommes puissanset libres, c'est-à-dire doués -—-^arJDieu de beaucoup de moyens, de biens et de possessions, afin d'exercer et de maintenir sa loi sur la
- -terre, de faire et dVncourager le bien, d'éviter vous-
__. — mêmes le mal , et de chercher constamment à le réprimer. A cet effet, honorez avant tout la religion, non* seulement en apparence ou par bienséance , mais! sincèrement et avec zèle ; reconnoissez Dieu pour votre seigneur et maître , et n'en reconnoissez pas d'autre; donnez les premiers l'exemple de Vohèis-
^——sance à un pouvoir supérieur et à la loi suprême qui, sans vous asservir, ne vous impose que des devoirs honorables, qui suffît dans toutes les circonstances; et si vous l'observez, les peuples n'auront plus rien à désirer ; honorez-la aussi dans ses ministres et dans ses institutions, sans lesquelles elle ne peut ni subsister, ni se propager, ni se transmettre aux générations futures. Là où l'Eglise universelle existe de toule antiquité, et où elle a été derechef reconnue par des traités,
laissez-la libre dans ce qui est de son ressort; vous
trouverez en elle un appui solide, une amie fidèle et éclairée, car la haine de la secte révolutionnaire est. dirigée contre elle comme contre vous, et cela par une suite des mêmes principes. Si elle manque de bien extérieurs et de moyens de conservation , vous n pouvez pas sans doute lui rendre tout ce qui a pér dans le naufrage; mais laissez-la doter successivernen 42aJC.seAjinisi.fai tes voir que de telles fondations von sont agréables; donnez-en vous-mêmes quelque
. ( 79) heureux exemples; alors bientôt elle ne manquera pas du nécessaire; nombre d'institutions utiles pour l'éducation de la jeunesse , pour les pauvres , les malades , etc., redeviendront florissantes sans devenir onéreuses ni à vos finances , ni à la bourse de vos peuples, et vous aurez même formé une source féconde de prospérité publique et privée ; respectez aussi dans tous les rapports temporels le bon ordre et la subordination naturelle, réunissez les hommes par la diversité de leurs moyens et de leurs besoins; rassemblez autour de vous les premiers et les principaux de votre pays pour entendre leurs conseils et leurs vœux , ou f / / / j pour obtenir leur consentement et leur coopération a^TY J// certaines mesures importantes. Dans une époque de / ' / danger il est bon de n'être pas seul, et même de ne point paroître isolé aux yeux du monde, afin que l'idée de la puissance soit relevée et devienne plus resplendissante par l'assentiment libre et spontané de tout ce qui est respectable, de tout ce qui tient immédiatement à votre personne, afin que la masse des honnêtes gens du pays sache auprès de qui elle doit se rallier, et où elle doit reconnoître la véritable patrie ; mais entourez-vous de vos amis et non de vos — ~- ennemis; de ceux qui désirent votre conservation, et —■ . h.. .,
non de ceux qui veulent votre ruine; des véritables
\élats provinciaux de vos royaumes , tels que la nature
'les a formés, et non de ces prétendus représentans du
peuple , dont l'existence révolutionnaire repose sur le calcul arithmétique de la population, et sur l'admission jacobine du principe de la dissolution de tous
les autres rapports sociaux pour servir d'acheminemènï~a~de nouveaux bouïeversemens. Ecoutez les
vœux de vos états fidèles, mais maintenez toujours l'autorité suprême, même envers eux; fuyez le mot de Constitution: il est ui poison dans les îmman hies, parce qu'il émane duj>» Lotion d'une ba-e démocratiquej qu'il organise la guerre intérieure j et crée deux
élémens contradictoires qui se livrent nécessairement un combal à mort. D'ailleurs., qui vous a demandé ces constitutions? Personne, si ce n'est les jacobins seuls., d'abord pour établir ieur principe fondamental, dont ils tireront plus tard les conséquences , et ensuite pour être élevés exclusivement au souverain pouvoir, sous prétexte qu'ils sont les seuls partisans de celte Constitution , les seuls qui veuillent la maintenir. Les ■ peuples au contraire ne vous demandent point de
jl^- constitutions, mais seulement de la protection et de
| la justice. Au surplus, à juii les ayez-vous promises?
Quia reçu cette promesse? Qui avoit le droit de la
recevoir au nom du peuple entier ? 8i elles ne sont que
le produit de votre libre volonté, vous pouvez ies
____ révoquer comme toute autre loi, les changer, les
— interpréter selon les intérêts de votre couronne, inséparables de ceux du peuple ; et si par hasard ces constitutions sacrifioient ou blessoient les droits privés
\ de vos sujets, vous n'aviez pas même le droit de les
donner ; et il est de votre devoir de vous en dispenser. Attachez-vous au contraire les diverses classes de votre peuple par des- conventions amicales et mutuellement utiles, dont l'ensemble seul peut être appelé la nature et la Constitution du lien social j rétablissez les droits et les libertés innocentes que la révolution seule a détruites , qui constituent l'honneur de chaque classe delà société, et lui donnent une patrie qu'il ne re-
(Si) trouvèrent pas facilement ailleurs. Abolissez ces lois pernicieuses qui depuis cinquante ans , tantôt sous prétexte de L'agriculture, tantôt sous celui de la. population ou de quelqu'autre idole du siècle, ne tendent qu'à morceler et diviser les propriétés , et par conséquent aussi à causer des divisions pairni les hommes , en les rendant les ennemis les uns des autres (1). Favorisez au contraire les propriétés considérables et permanentes^ cpu a leur tour favorisent les secours réciproques delà charité, et attacbeu! les hommes les uns aux autres par des bienfaits également permanens. C'est parmi les possesseurs de ces grandes propriétés que se forment ces familles opulentes et puissantes qui, enracinées dans la patrie, sont comme les pères nourriciers des autres classes du peuple, les colonnes et les appuis de la prospérité nationale, qui fécondent et vivifient ie commerce et l'industrie, et font espérer a ux enfans les mêmes a van tages dont leurs pères ont joui. Leurs fils puinés trouveront encore moyen de s'illustrer dans l'église , dans la guerre et dans l'état; car c'est à la campagne, et dans le noble sentiment
(1) Vente et morcellement des domaines , abolition1 des biens des corporations , -'partage des biens communaux que l'on, devroit considérer comme une substitution établie en faveur des pauvres ^égalité forcée dans Je partage des successions, prohibition des hdéi-commis, des substitutions, etc. ;"abolition du retrait lignager, de celui des voisins, des concitoyens, etc. Toutes ces mesures ne sont destinées qu'à préparer des révolulions , et" sont parfaitement calculées pour disperser les hommes et les rendre tous éga lern ein pauvres, en les mettant dans l'impossibilité de s'entr'aider et de s'offrir réciproquement le seoours de leur travail et de leurs ressources.
d'une certaine liberté, plutôt que dans les villes, et sous le poids des soucis économiques, que se dévelop-" pcnt les dispositions grandes et généreuses. Pour cet effet) laissez un libre cours à la faculté de tester: on ne l'a attaquée, on n'a cherché à l'abolir ou à la limiter arbitrairement, que pour ébranler le droit de propriété, l'aftbiblir et dissoudre les liens de lamille. N'enviez pas aux pères le plaisir de transmettre à leurs descendans les avantages d'une fortune bien acquise;
l'empêchez pas ces beaux établissemens de substitutions fidéicommissaires, qui abandonnent de certains Liens à la fidélité religieuse des générations successives, et en donnent la jouissance à une suite d'héritiers , tout en leur imposant aussi le devoir de la transmission. Ces établissemens sont aussi légitimes que toute autre fondation bienfaisante et permanente. Ils animent l'amour île la patrie, resserrent les liens de lamille , rappellent aux hommes le devoir de ne pas songer unique* wen ta leur personne, mais aussi à leurs descendans; et la faculté seule de les instituer réveille des sentimens généreux , s'oppose à l'égoïsme, et ennoblit le désir d'amasser de l'argent et de la fortune ; elle conserve la propriété des familles anciennes et indigènes, et, avec la fidélité , les souvenirs patriotiques et les rapports d'amitié entre les hommes 5 sans eux il n'est
)oint de véritable commerce ni de grands établissemens d'industrie, parce que ceux-ci exigent des capitaux considérables et assurés, et qu'ils ne peuvent subsister , s'il n'y a pas de grands propriétaires pour consommer leurs produits. Bien qu'au reste la force ou l'injustice des temps ait brisé bien des liens, ébranlé ou dissous nombre de ces rapports que l'on désignoii
autrefois sous le nom de féodalité, l'on verra se former à leur place d'autres conventions analogues sous des formes et des dénominations diverses. Des propriétaires assurés de conserver ce qui leur appartient, des redevables dont la prestation annuelle ne peut être arbitrairement haussée, dont les créanciers sunt en même temps leurs pères et leurs supérieurs légitimes, doivent nécessairement, avoir de l'amitié les uns pour les autres, et sous un semblable rapport, le monde ne sera plus divisé entre des esclaves misérables , entre des débiteurs tourmentés de crainte et d'inquiétude, et des usuriers impitoyables.
Quant aux villes do votre pays^ considérez-les comme des corporations qui peuvent vous servir d'appuis utiles et vous donner de nombreux secours. Là où les hommes vivent rapprochés les uns dea autres et supportent des charges communes , il faut aussi les réunir par des avantages communs; et c'est là que la nature a formé une chose publique , un rapport de communauté qui n'est nullement dangereux, puisqu'il ne repose pas sur le principe révolutionnaire d'une égalité universelle. Rétablissez donc ces bonnes et honnêtes bourgeoisies des villes, en considérant que jamais elles ne doivent être totalement fermées, mais qu'au contraire il convient de les renouveler et de les vivifier constamment par un recrutement successif, d'après un mode déterminé par la loi j c'est une jexistence honorable que celle de véritables bourgeois attachés à leur ville par des propriétés et par des souvenirs, et administrant avec probité la chose publique de leur heu natal. C'est de cette pépinière que sortent
des hommes capables, destines à satisfaire aux nombreux besoins de la société. Les sciences et les arts, le commerce et l'industrie y fleurissent mieux qu'à la campagne, parce qu'ils ont besoin du concours de plusieurs. Si la vie de la campagne fortifie Pâme et ennoblit le caractère, celle des villes développe les talens et les moyens industriels de l'homme, et ces qualités diverses, ayant besoin les unes des autres,doivent être considérées comme des compagnes inséparables. Accordez à ces corporations, ainsi qu'aux grands propriétaires, le degré de liberté qui leur
. convient pour régir leurs affaires particulières, afin que les uns et les autres s'honorent de leur état, et que des sentimens généreux naissent naturellement dans leurs cœurs. Il n'est ni nécessaire ni même possible que vous gouverniez toutes choses : la secte philosophique a seule voulu vous imposer cette charge, afin qu'à l'ombre de voire manteau royal elle puisse soumettre le monde entier à son joug. Ce système de tout gouverner nejait au contraire que le tourment de votre vie, vous cause de nombreux embarras et des frais immenses, fournit un prétexte pour critiquer toutes vos actions, et réveille à son tour chez le peuple le désir de gouverner vos affaires, parce que hors d'elles on n'aperçoit plus nulle part ni homme ni inlluence légitime. Rassemblez encore en corporations et en communautés les diverses classes des habitans des villes, tels que les savans. les négocia ns, les
jsrtistes, etc., afin que, fortifiés par leur union, et relevés par le sentiment d'une existence honorable, ils maintiennent l'ordre et la discipline dans leur état,
(85) qu'ils soient contens de leur sort, qu'ils n'envient pas celui des autres, et ne cherchent pas à se mettre à leur place; afin que l'ambition puisse se satisfaire même dans un cercle resserré 3 et que l'amour du bien commence par se manifester sur les objets les plus rapprochés. Exigez de toutes les classes l'accomplissement de leurs devoirs ; mais protégez-les de même dans leurs droits: car il y a aussi parmi elles des rapports naturels de subordination et de dépendance. Il faut commencer par apprendre à obéir, afin de se former à la jouissance pi us tardive d'une liberté légitime. Honorez enfin la sainteté du mariage, cette union intime des âmes, cette alliance céleste de puissance et d'amour, de laquelle émane l'esprit de tout ce qui est bon et honnête; ne permettez pas de le dissoudre là où le divorce est déjà illicite ; et que là où les lois le permettent, il ne le soit pas du moins avec une facilité scandaleuse et arbitraire. Protégez les rapports de familles , ce premier germe, ce prototype de toute monarchie. Rendez aux pères leur autorité légitime j ne les bornez pas trop dans leur faculté de tester, afin que les enfans apprennent derechef à obéir à leurs parens, qu'ils les envisagent comme leurs protecteurs et leurs bienfaiteurs, et qu'ils les en chérissent davantage: alors les liens du sang seront renoués; Ton ne verra plus l'infirmité et la vieillesse abandonnées avec ingratitude et traitées avec dédain; et dans la maison paternelle les fils se formeront à l'obéissance et à un amour respectueux envers des supérieurs d'un ordre plus relevé, et envers les pères de la grande famille. C'est ainsi seulement que vous réussirez à »•attacher les liens qui unissent les hommes entre
(86) eux, à rétablir Tordre naturel, c'est-à-dire la constitution divine ; à relever enfin avec ses branches et ses feuilles cet arbre de la vie sociale, dont vous êtes la racine et le tronc.
Au reste, rois et puissans de la terre ! joignez à ces maximes et à ces actions la prudence ordinaire des princes, qui, si elle est utile dans tous les temps, est aujourd'hui plus que jamais d'une nécessité absolue.
. L. . Avant tout, encouragez et protégez les bonnes doc-
c t>*/wu5 trines qui doivent faciliter et favoriser toutes vos entreprises, mais qui ne peuvent reposer sur d'autres ' ' fonäemens que sur la connoissance et l'amour du sou-
verain maître et législateur. C'est de la véritable foi qu'émane toute justice, de même que les faux principes sont la source de tous les maux. Sans cloute ce n'est pas à vous à répandre vous-mêmes cette doctrine: vous devez laisser ce soin à l'Eglise, cette antique gardienne de la vérité, et à d'autres savans , hommes de bien, qui se présenteront en assez grand nombre, lorsqu'une fois ils pourront compter sur votre protection. Ne les entravez pas dans l'accomplissement de ce sublime devoir; laissez-leur cette liberté, cet encouragement dont les missionnaires du mensonge et de l'erreur ont joui trop long-temps; éloignez sans pitié de vos conseils, mais surtout des écoles, des chaires et des académies que vous avez fondées, les partisans des principes irréligieux et révolutionnaires, d'une secte conjurée contre Dieu et toutes les autorités supérieures : secte facile à reconnoitre dans ses éloges comme dans ses blâmes, dans son langage et dans ses alentours, et qui, lors même qu'elle fait l'hypocrite, se trahit constamment^"ne
fût-ce que pour se faire entendre des adeptes, Ne croyez pas qïïèlex^ièTCes^'éducâtion et l'instruction publique puissent en souffrir : tous ses sophismes empoisonnent la jeunesse et ne portent dans tous les esprits que le trouble et le doute, sans véritable savoir; ils ne peuvent rien enseigner de bon. L'iguo-i rance ^orgueil et d'éternelles contradictions forment leur essence. Tout au contraire, l'arbre des sciences refleurira avec plus de majesté et ne portera que des fruits salutaires, lorsqu'il sera purgé de cette vermine qui le ronge, et qui , prêle à l'étouffer, lui enlève toute sa vigueur. Ne vous laissez pas séduire par les déclamations en faveur d'une liberté absolue delà presse : quoique des circonstances extraordinaires et fortuites J aient entraîné dans ce sens quelques bons esprits, néanmoins les sophistes ne l'invoquent en général que pour eux, et à leurs yeux elle ne doitêtre^u'un jprjvjlé^e^ujmibr^yjet d'impunité pour le mensonge et la calomnie, pour la rébellion et rjmpiété. Les savans, honnêtes gens, ne l'ont jamais demandée dans ce sens: elle leur ravit même leur honneur, en ce qu'elle les confond avec les empoisonneurs et les charlatans , et les enveloppe par conséquent dans le même mépris. La vertu est le caractère de l'homme : la santé de l'âme et de l'esprit seroit-elle donc moins impor^ tante que la santé du corps, sur laquelle vous veillez, avec tant de sollicitude, et qui, cependant, pourroiÇ être, à ce qu'il me semble, plutôt abandonnée aux soins de chaque individu ! L'on vous dit que cette liberté porte son correctif avec elle, que le mal produit uaç Jes mauvais écrivains est réparé par les bons: maisde-s puis quand lais^e-t-on propager librement le poisor\
( S'" ) ^"et Ja pesle, parce que des médecins peuvent admii nistrer l'antidote? ou 3 depuis quand permettez-vous qu'il y ait des inceiuliaires, parce qu'il n'est pas défendu aux honnêtes gens d'éteindre le feu? Faites donc examiner avec soin les écrits par lesquels on s'arr> ge le droit d'être les docteurs du monde et les médecins des âmes, afin que l'orgueil soit humilié et | que Penhée des jeunes gens dans la carrière publique I soit ornée par la modestie. Jamais les sa vans conscien- I dieux n'onl craint d'être censurés, ils l'ont au contraire désiré; aucun ouvrage grand, vrai et utile au monde n'a été empêché par la censure. Mais ne la confiez qu'aux hommes les plus habiles et les moins suspects; à ceux qui s'opposent au mal et non au bien, et qui savent rcconnoîlre le premier sous ses divers masques; à deux qui exercent leur emploi d'une manière religieuse et sévère, mais aussi avec charité, pour l'amendement et non pour le désespoir de l'honnête écrivain; relirez votre faveur à ces sociétés pernicieuses et secrètes : tout ce qui craint la lumière du jour ne peut jamais être bon; excluez de votre service les membres de ces sociétés, du moins aussi longtemps qu'ils ne les auront pas formellement abandonnées. On a trop long-temps versé l'ironie et la dérision sur tout ce qui est sacré : que la verge de la satire frappe à son tour le vice et la folie, et armez-en les ails et la littérature, afin de dissoudre ces ligues en les couvrant de ridicule. Elevezles héritiers de votre trône dans la crainte de Dieu, afin que toute autre crainte disparoisse, et que le courage du bien ne leur manque pas; faites-les instruire dans l'histoire de leur maisonet de leur pays , pour élever leurs cœurs à des
(89) «entimens nobles, pour réveiller des pensées dignes d'un prince, pour suivre les vertus de leurs pères, ou pour en éviter les lautes; mais surtout. afin de connoître les vrais rapports avec leurs sujets et leurs voisins , ce qui les formera naturellement à toute justice età toute bonne politique; faites-leur connoître même l'origine, l'essence et le but des sectes ré voluUo nnaijres de notre siècle, afin qu'ils sachent distinguer le poison sous ses diverses enveloppes, et ne puissent être trompés ou égarés par chaque bavard de sophiste. Nous n'entendons point exclure par là les autres objets d'instruction ; mais ceux-là sont aujourd'hui les plus nécessaires, et l'on peut facilement y réunir les autres. Ménagez les biens de la fortune que la Providence vous a donnés : ils sont la racine de votre puissance, et sans eux votre liberté ne sauroit subsister. N'aliénez pas ces domaines primitifs, la gloire de votre maison : vous devez au contraire surpasser en de telles possessions tous les grands de votre royaume, et il est nécessaire qu'à leur aspect le peuple se souvienne de vous et de vos pères , qu'il vous considère comme des amis et des bienfaiteurs, et non comme une puissance étrangère. Soyez bons, économes, toutefois sans une parcimonie indigne d'un prince; car l'économie contribue beaucoup à votre puissance età votre considération; moins vous aurez besoin de secours étrangers , plus vous serez indépendans , et moins la secte aura de prétextes pour vous imposer des fers. Entourez -vous de serviteurs religieux, capables et zélés, qui, après Dieu, soient principalement attachés à votre personne et à votre maison, et non à eux-mêmes ou à leur secte. Préférez
(90) la probité et la fidélité au seul talent; d'ailleurs les dons de l'esprit ne sont pas refusés à la vertu : elle leur donne au contraire la véritable direction. Voulez-vous savoir à quoi les hommes sont bons? Jugezles d'après ce qu'ils font en petit et dans leur vie privée. Fuyez les flatteurs, aimez la vérité, car elle est le fruit d'un coeur sincère. Ne vous chargez pas d'un trop grand nombre d'employés et de conseillers ; ne changez pas trop fréquemment ceux qui seront reconnus fidèles; encouragez-les par votre bienveillance; récompensez la vertu , punissez le crime. Dans tout votre genre de vie, dans vos alentours, vos occupations, vos récréations et vos plaisirs, conservez toujours cette supériorité conforme à votre dignité, qui fait resplendir la puissance réelle et commande le respect universel. Les peuples n'aiment à obéir qu'à celui qui se distingue réellement d'entre eux d'une manière extérieure et visible. Ne vous occupez pas vous-mêmes de chaque bagatelle, qui ne feroit que fatiguer voire esprit et le rendre incapable des grandes choses. Dans tous vos discours, vos publications et vos ordonnances, servez-vous d'un langage vraiment royal, qui émane du sentiment de votre droit, et réveille l'idée du devoir dans l'esprit de vos
sujets. Parlez en votre propre nom, ne faites point j^^n^otre^ersonne comme mdiilerente^ ne la fcéparez point du trône, ou de ce qu'on appelle YEiat; car le trône seul, indépendant de son possesseur, n'est qu'un morceau de bois, et sans vous il n'y a point d'état , mais seulement une multitude d'hommesisoTés . Exercez-vous dans des vertus et des habitudes militaires , non par la soif des combats ou par le goût
d'une vaine gloire, mais afin que le courage et les moyens pour une lutte nécessaire ne vous manquent pas. De nos jours surtout il faut qu'un roi sache protéger sa personne et son peuple contre des ennemis
extérieurs et intérieurs; cju^il se^ montre à la tête de
ses tiwp^s^-afin qu'on ne l'oublie point , qu'on s'habitue au contraire à l'envisager comme le seul général , et que les armes destinées à son service ne puissent jamais être tournées contre lui. Yoyez.ce .Qu'il en a .. coule a Louis XVI et a Ferdinand vil de* n'avoir pas ^ y possédé cette qualité , et d'avoir plutôt ménagé le sang des criminels que celui des honnêtes gens , qui bientôt après a coulé à grands flots. Ne craignez jamais une guerre nécessaire, afin que vous ne soyez pas obligés de la faire lorsqu'elle ne sera plus possible. Prêtez secours à votre prochain-» afin qu'il vous aide à son lbmr7~sTvous en avez besoin dans des cas de nécessité. C'est par le sentiment de l'honneur , le courage d'esprit, la vigilance et l'activité que l'on acquiert les trônes , et ce n'est que par ces mêmes vertus qu'on les conserve.
Quant à la tranquillité intérieure, il vous sera facile de la maintenir. Ne tourmentez pas vos sujets par trop de lois et de réglemens ; respectez leurs droits privés, leurs mœurs, leurs us et coutumes; ne blessez pas les classes supérieures dans leur honneur, ni les classes inférieures dans leur industrie ou leurs moyensde subsistance : alors vouspourrez être assurés du concours universel , et tous les efforts de la secte se briseront contre le bon sens du peuple. L'amour du repos et la crainte des révolutions est inêTne~srgrâ'ndë ~~ de nos jours, que des milliers d'honnêtes gens étoufîent
(90 peut-être des plaintes même fondées , afin (le ne pas affliger votre cœur, et de n'être point confondus avec les mal intentionnés. Les seuls ennemisj'ntérieurs que —■ i— • vous ayez à présent, ce sont les jacobiîîs, quel que soit leur masque. 11 faut leur déclarer franchement et formellement la guerre comme ils vous la font depuis long-temps; car ce n'est pas un état de repos, quand une secte orgueilleuse et impie sape les fondemens de votre puissance , en critique l'exercice le plus légitime , et veut même la faire servir d'instrument pour opérer votre propre ruine; quand par des mensonges et des calomnies publiques elle vous ravit les cœurs du peuple, et prépare le renversement de l'Etat dans ses conciliabules secrets. Déclarez la^guerre à ces sophistes, et ils trembleront: vous serez vous-mêmes surpris combien est foible et petite cette secte que l'on vous représente comme si nombreuse et si puissante; et comment, d'un autre côté, des millions d'honnêtes gens se rallieront à vous, pour former un mur d'airain autour de votre personne. Mais que^cette guerre se lasse, non d'une manière timide ^qui, portant tout au plus et en secret quelques coups partiels à l'ennemi, semble encore reconnoïtre sa souveraineté: il faut au contraire la faire d'une manière f ranch e et ouverte, avec le sentiment de sa propre supériorité tant d'esprit que de puissance réelle, avec celte assurance qui ne rougit pas du bien , et qui ose haïr publiquement le mal, avec une volonté ferme qui encourage et anime tous les autres, qui brise le pouvoir des impies, et relève celui des justes; gui prive les premiers de toutes les faveurs , et donne à ces derniers des honneurs et des récompenses; aveccfës doc-
(95) trines, des lois et des institutions qui reconstruisent ce que la secte a détruit , enfin sans doute aussi par la force lorsqu'elle e^t devenue nécessaire. Dès que ces sophistes ne reconnoissent ni votre puissance ni vos lois, ils ne peuvent prétendre d'être protégés par elles; dès qu'ils vous traitent en ennemis, et n'observent envers vous ni formes ni justice, traitez-les de même à votre tour : ils se sont séparés de votre peuple par leurs principes et leur association , et conséquemment ils ne méritent point de rester dans lé lien social, qu'ils cherchent constamment à dissoudre. Placez-vous au miljeu de^ y^3s fidèjej^amisiet ne tendez la main pour une réconciliation qu'à ceux qui ont donné despreuves non équivoques de repentir et d'amendement. Soyez démens et miséricordieux, mais, ainsi que Dieu , seulement lorsqu'on est retourné à lui et à ses préceptes. Enfin soyez justes, équitables et bienveillans envers vos voisins, non-seulement envers les princes vos semblables, mais, lorsque l'occasion s'en présente, même envers leurs sujets, sans que pour cela vous ayez à négliger vos intérêts. Ne croyez pas être isolés dans ce monde : la nature a créé un pays pour l'autre 5 ce n'est que l'esprit révolutionnaire du siècle qui, dispersant les individus, veut aussi totalement séparer les princes et les peuples, en les mettant dans une position constamment hostile. Les trônes, dit un ancien sage , sont encore mieux conservés par de bons amis que par des armées et des trésors. Sans amis, le meilleurdroit est nul; avec eux , des raisons médiocres deviennent souvent valables ; le plus petit ami même n'est pas à mépriser, car on ne peut calculer les immenses services que le zèle d'un seul particulier est
( 9* ) souvent à môme de rendre. Au rang où vous êtes placés ^ vos actions ne sont pas seulement faites devant votre peuple , mais devant le monde entier; le bien que vous opérez n'est pas seulement applaudi par les indigènes, mais par les étrangers, et souvent par ceux-ci d'une manière plus vive encore; leurs voeux s'élèveront au ciel en votre faveur, et la prière fervente des justes n'est pas sans prix : elle montrera sa vertu dans le moment du danger et du besoin.
Je vous les ai montrés, les moyens de salut et de conservation pour vous et vos peuples; je vous ai donné des conseils qui partent d'un coeur sincère et qui émanent de la nature des choses; conseils laciles à suivre, et dunt j'ose garantir le succès, si vous les acceptez avec une intime persuasion. Sur les troues , comme dans la vie privée, l'irrésolution est le plus grand des tournions ; elle seule rend la guérison du mal impossible. Du moment où vous aurez déclaré cette sainte guerre, dont la première qui portoit ce nom ue devoit être (fue l'image ouïe prélude, du moment où vous aurez courageusement opposé l'esprit de justice à l'esprit du siècle, l'édification à la destruction , le rassemblement à la dispersion, vous serez plus tranquilles j vous vous sentirez plus forts et plus libres , relevés par la puissance de Dieu et par l'assentiment de tous les hommes sages et honnêtes; tout ira bien et surpassera même votre attente. Ce n'est pas tout, je vous promets encore davantage : vous recueillerez des éloges, même de la part de ceux dont vous craignez le blâme; car l'anarchie des doctrines est aujourd'hui parvenue à un tel point, les contradictions des sophistes entre eux , et de chacun avec
(95) rùi-même, sont devenues si nombreuses et si intolérables , qu'ils commencent à se dégoûter de ce qu'ils ont vanté eux-m^"e^7e^uê^ëntôt ils prolesteront contre leurs proprêFerreurs. L'on verra peut-être ces sophistes mêmes saisirja pla nch e d e salut qui leur sera offerte par une main puissante; mais polir cet effet.ne vous ralentissez pas dans l'œuvre du bien: il faut au contraire y persévérer sans mterfuption; niië mesure salutaire doit suivre l'autre avec rapidité. Si le premier coup blesse les sophistes et provoque leurs hurlemeii is plaintifs, il faut leur en porter demain un secondjOt après demjunjmijroi^^ afin qu'ils oublient le premier, et que des défaites successives les jettent dans le trouble et la confusion. Alors, accablés de la lutte, ils l'abandonneront, et peut-être les verra-ton partager eux-mêmes la joie universelle sur le triomphe de la bonne cause. Frappez les pasteurs , et les brebis se disperseront.; alors les uns et les autres ne voudront plus être séparés du troupeau légitime ; chacun prétendra que telle a toujours éléson opinion, que dans le fond il n'a jamais voulu autre chose; nul n'aura été philosophe ou partisan de la révolution ; mais le meilleur de tous sera celui qui , reconnoissant ses fautes antérieures, en témoignera un n^enjJrj^ncère. Les peuples, dans un état de convalescence, jouiront du sentiment délicieux qui accompagne le retour des forces et de la santé après une longue et pénible maladie, ils rougiront de leur crédulité, et ne pourront comprendre comment il fut possible de se laisser égarer si long-temps par de faux.sages et
de misérables charlatans. " '
Quant à vous, princes et rois de la terre, vous
(9*) aurez été d'une part les bienfaiteurs et les sauveur» de votre peuple; et de l'autre, vous aurez fondé de nouveau votre trône sur une base inébranlable. Alors vous pourrez y rester assis tranquillement, et jouir encore du bonheur de la vie dont vous avez été privés si long- temps, ballottés par l'irrésolution et par tout vent de doctrine, ou tourmentés par des craintes ou des soupçons continuels. Forts de votre conscience, certains d'avoir rempli votre devoir, reposez en paix , et en suivant vos pères dans ce royaume où habite la justice que vous avez protégée sur la terre, soyez assurés que vos enfans ici-bas posséderont encore ce que vous leur aurez courageusement' sauvé et transmis avec fidélité. Après des siècles encore,: les peuples chanteront vos éloges et vous envisageront^ comme les fondateurs de leur félicité; réunis dans les temples du Très-Haut ils loueront le seigneur qui leur.avoit donné de tels rois; en un mot, les peuples ché^ riront leurs princes, les princes aussi chériront leurs peuples, et l'on ne parlera de l'esprit du siècle, de la révolution et de tous ses principes, que pour faire connoître à nos neveux les monumens de la sottisa humaine, ou pour les avertir des calamités que pro-| duit une raison orgueilleuse abandonnée à ellemême sans règle et sans frein.
fin. :
Le morceau suivant devoit être inséré dans le dix- huitième numéro du Défenseur , sous le titre de Lettre sur Paris. La commission delà censure en ayant défendu l'insertion , nous avons pensé qu'on le liroit avec intérêt à la suite de l'ouvrage de M. Haller , dont il est en quelque sorte le résumé.
Tandis que nos députés traversent en tous sens cette belle France que leurs bejjes lois ont rendue si heureuse et si florissante, impatiens qu'ils sont de trouver le repos des champs après tan t de bruit que quelques-uns d'entre eux ont fait à la ville; alors qu'ils vont faucher leurs foins, faire leurs moissons et leurs vendanges, et payer peut-être en gémissant les impôts qu'ils adoptent quelquefois avec tant de légèreté et d'in déférence, nous restons à Paris, seuls et désespérés , privés de ce que nous avions de plus clair et de plus net dans notre revenu hebdomadaire. Notre génie n'est plus qu'un feu qui s' éteint faute de nourriture', et tel député quia quitté la. tribune pouraller couper sesblés , ne se doute guère peut-être qu'il nous coupe ainsi les vivres, et sans doute s'en soucie fort peu. Pouvonsnous nous flatter de trouver, ou dans les coi tes d'Es^ pagne qui commencent, ou dans la junte napolitaine qui va commencer, un parleur aussi lourd, aussi diffus, aussi monotone que \1. Manuel; des harangues en prose poétique aussiélonnaniesqueles improvisations vraies ou fausses de M. le général Foy,
une abondance aussi stérile que celle deM. Benjamin Constant , sans compter cejront qui ne change poinTdé cou leur pour débiter des opinions qui sont de toutes les couleurs? Les lilteraiori espagnols et les giui'isconsulti de Naples sont-ils de la force de nos avocats législateurs,? Y trouverons-nous un parti libéral tellement composé par exemple, que M. de Chauvelin y serôil l'orateur le plus ingénieux et le plus piquant, M. de Kératry un génie du premier ordre, et par comparaison avec leurs collègues, MM. Camille Jordan, Dupont (de l'Eure), Devaux, Bignon , etc. , des modèles d'éloquence délibérât ive ? "Encore un coup, nous n'osons ^espérer 5 ce seroit un vrai phénomène que de rencontrer, non-seulement dans «11 même siècle, mais encore à une même époque, une réunion d'hommes de celte force, et pour un journal une nouvelle mine aussi féconde à exploiter. La France seule a le privilège de réunir tous les extrêmes : le bon y est excellent, le mauvais exécrable, et l'on y est rarement ridicule à demi.
Cependant quelle différence de position ; et pour se montrer tout ce qu'ils sont, que les grands hommes que nous venons de citer seraient heureux d'avoir entre les mains une constitution telle que V immortelle constitution politique de la monarchie espagnole, promulguée à Cadix le uj mars j8j2, par les très-hauts et très-puissans ^sjîigneurs des cortès, se faisant alors donner le titre de majesté; rejetée depuis par Ferdinand VII aux applaudissemens de toute 1'Espaene ? les jacobins ex-
ceptés, et depuis peu glorieusement rétablie par quelques bataillons de l'armée, qui avaient ordre de pariirpour l'Amérique, et qui ont jugé à propos de rester pour assurer le bonheur de la mèrepatrie, laquelle devait naturellement et sous tous les rapports passer avant ses colonies. JDans cette admirable constitution, point de gène, point d'entraves, point de dispositions fondamentales qtTît soit nécessaire de torturer pour les expliquer dans le sens de la liberté et de l'égalité; point d'articles auxquels on puisse dans le fond du cœur désirer même la modification la plus légère ; point d'omission que l'on soit dans le cas d'y regretter j tout y est précis, lucide, substantiel : ce que nos patriotes rêvent à la tribune s'y trouve réalisé à l'avance pour le plus grand progrès des lumières et pour la plus grande félicité des peuples. Par exemple, nous;
avons vu chez nous des députés et même de nobles
pairs gémir tout dernièrement sur ces distinctions-
établies entre les citoyens, enj-aison de leur fortune, tant pour élire que pour être élus : en Espagne, pour être député, il suffit qu'un citoyen ~-i . soit majeur et âgé de vingt cinq ans-, chez nous les députés n'ont point d'honoraires,ce qui ne laisse pas que d'en chagriner quelques-uns : les Cortès s'adjugent des appointémens, et en fixent eux-mêmes la quotité. (Art. 102.) On se rappelle sans doute que quelques honorables membres du côté gauche se permirent, dans une discussion à jamais mémorable, de disputer au Roi non pas le droit de proposer des lois, mais celui de retirer une proposi-
( loo ) tion déjà faite, et qu'ils fuient fort mal reçus par la majorité de rassemblée : en Espagne, ils n'auroient eu ni cet embarras ni ce désappointement ; aux cortès seuls appartient le droit de proposer
y toutes les lois , de les décréter, de les interpréter , et même d'en exempter. Il y a quelques jours que M. Manuel man ÜVs toit le désir, chez nous encore trop ambitieux, d'entrer comme partie contractante dans le traité conclu entre la France et le dey d'Alger, et il a échoué dans ses prétentions, ce qui ne laisse pas que d'être mortifiant. Que n'est-il membre des corlès, qui seuls ont le droit d'approuver toutes les alliances , tous les traités de subsides et de commerce ? sa demande n'eût pas même élé l'objet d'une discussion. Avant qu'il eut été décidé que la candidature ne feroit pas partie de la loi des élections, nous avons vu M. Benjamin Constant combinant cette disposition possible de la loi avec une dissolution probable de la chambre 5 nous l'avons vu, dis-je, dans des transes quelquefois un peu risibles, et exprimant à la tribune avec quelque naïveté les tristes pressentimens dont son esprit éloit obsédé: il eût dormi en repos et sur les deux oreilles avec une constitution telle que celle des cortès, dans laquelle, sons quelque prétexte que ce soit, le roi ne peut ni suspendre ni dis-
\ soudre leurs assemblées. ( Art. 172.)
Tout ceci est charmant; mais la médaille a son revers. Généreux athlètes du ministère , vous qui, afin d'arriver au conseil d'état ou à une direction générale, suez sang et eau pendant toute une ses-
( ">i ) sion pour soutenir toutes les opinions et tous les raisonnemens de leurs excellences , trouvant qu'elles parlent bien aujourd'hui et que demain elles parleront mieux encore ; ou qui, tremblans pour votre place de receveur ou de préfet, occupez avec moins de gloire mais non moins d'utilité ce centre de l'armée législative, lequel, par un mouvement simultané et presque machinal, décide toujours la victoire, vous n'éprouveriez, dans l'assemblée des cortès , ni ces fatigues ni ces terreurs, mais aussi vous y chercheriez vainement ces douces récompenses auxquelles peut prétendre chez nous tout législateur inébranlable dans son obséquieuse flexibilité. Un membre des cortès ne peut être nijninistre, ni çonseiller d'état , ni juge^, ni magistrat, ni employé par le roij ni appointé par lej>mjnjstres, et vice versa: ce qui établit en principe que, pour gouverner toutes les Espagnes ( car le gouvernement est tout entier dans cette assemblée ), il ne faut avoir ni connoissances administratives et judiciaires, ni science politique, ni expérience des hommes, ni habitude des affaires; mais en revanche nosseigneurs des cortès nomment
à presque toutes 2e^pJajees sur^les listes que le roi leur envoie, ou bien ils envoient des listes au roi , quand c'est à son tour de nommer. Cela peut sans doute amuser quelques instans ; mais trente années de révolution ont donné chez nous plus de maturité aux esprits; on vise principalement au solide, et on y arrive le plus vite que l'on peut :
« Car l'honneur sans argent n'est qu'une maladie. »
( 102 ) Tont dépendra cependant des appointemens que se seront alloués lesdils seigneurs; et s'ils surpassent les honoraires des places les plus belles de l'administration , il est probable qu'ils auront la modération de s'y tenir et d'en être satisfaits. Puis ces belles places et toutes les autres, jusqu'à la plus chétive, ___^ ils se hâteront de les distribuer à leurs parens, ^~ amis, connoissances, affidés , serviteurs , espions, sicaires, etc., de manière à former un tout bien compacte de l'administration, de l'armée, de la justice et de la législation. C'est Là le vrai secret des libéraux, c'est ainsi que se complète l'œuvre du libéralisme; tant qu'on n'y est pas arrivé, il reste encore quelque chose à faire pour la gloire et le bonheur de la patrie. On y arrive enfin; mais les impôts sont doublés, triplés, quadruplés : qu'importe ? C'est un axiome reçu parmi nos publicistes modernes, et démontré par leurssubtils et profonds
rai.sonnemens, que plus un pays est libre , plus il
doit payer d'impôts ; par la raison sans doute que la liberté est une si belle chose qu'on ne sauroit l'acheter trop cher. Que si ce peuple pour qui l'on aura tout fait ne goûte point ce raisonnement , s'il a l'esprit assez mal fait pour se plaindre de l'excès de son bonheur, alors, justement révoltés de tant d'ingratitude , ses défenseurs et protecteurs sauront le mettre à la raison; les loups ravissans se dépouilleront dans un clin d'oeil de leurs peaux de brebis ; ils apprendront à vivre à leurs administrés , et les grenouilles qui demandoienl un roi deviendront la vive et déplorable image de la foule imbécile
( io5) et mutine qui aura eu la sottise coupable de se lasser du sien.
Les premières séances des cortès se sont passées en très-beaux complimens que se sont mutuellement adressés les autorités constituées. Le roi a fait un discours au président, lequel lui a répondu en, termes généraux , ainsi que cela lui est expressément ordonné par la constitution (art. 125) ; mais dans l'adresse qui a été votée à sa majesté, ces re- PRÉ5ENTANS d'une grande nation (c'est ainsi qu'ils se qualifient) ont bien su se dédommager. 11 est difficile de rien imaginer de plus orgueilleux et de plus insolent. Ils promettent, ces hommes nou- veaux , que la révolte a fait sortir la plupart ou de leur nullité profonde ou des fonctions les plus obscures, d'avoir de la fermeté , de la circonspection , de la maturité; de réparer tous les maux, nonseulement qu'a causés le fatal système des dernières années (et le roi a été réduit à dévorer ces outrages); mais encore la mauvaise administration des siècles antérieurs (car ils sont plus habiles que tous les siècles). Us s'engagent à trouver le meilleur système de contribution, et nous nen sommes point embarrassés, si le meilleur est celui qui rend le plus, afin que la part de chacun ùç& frères et amis soit plus copieuse. Du reste, ils ont eu soin de signifier qu'ils se mêleront de tout, comme la constitution leur en donne le droit: de l'administration de la justice, de l'organisation de l'armée, de la marine, des traités avec les puissances étrangères, dans lesquels désormais on se conduira avec Jus-
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tice cl modération, espérant d'ailleurs que sa majesté voudra bien les aider de toute son énergie pour consolider un système NOUVEAU ; car en défi- —J- jiilif c'est un système nouveau qu'il est question d'établir; et c'est sur un système nouveau que ces hommes nouveaux parlent avec cette assurance et cette audace. Notre plume se lasse de transcrire tant d'inepties et d'insolences, qui toutefois ue peuvent manquer d'avoir un terme 5 car encore un coup, et nous le répétons, l'exécution de cette constitution des cortès est impossible; il faut fermer les yeux à l'évidence, l'esprit au sens commun et à l'expérience la plus commune, se montrer aussi ignare eu politique, en connoissance des choses et des hommes que des litleratori et des giurisconsulli, pour n'en pas re-
j connoitre d'abord Impossibilité. C'est, comme le
prouve fofrt bien M. de Haller, une plate et scandaleuse copie ou cnef-jTœuvre constitutionnel dû au génie de l'assemblée constituante de France et amené à sa perfection par l'assemblée nationale qui la suiviL, laquelle fut elle-même de la convention. Dans une constitution de ce genre, un roi
u~ devenu le commis ou plutôt le serviteur de ses sujets, ne peut rester long-temps dans cet état violent et contre nature : il faut qu'il redevienne le maître ou qu'il tombe du trône; et la position de Ferdinand Vtl ne diffère point de celle de l'infortuné Louis XVI.
Mais si nous nous étonnons de ces prodiges de démence, que dire de ce qui vient de se passer à
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Naples? est-il "une langue qui puisse exprimer ce que font éprouver de mépris, de pilié et d'indignation ces insultes que la majesté royale vient d'y éprouver, et ce mélanged'effïonterie et de bêtise dont se composeTe triomphe des libéraux napolitains ?Du moins enEspagne la constitution absurde des cortès étoit faite dès 1812; et l'on peut supposer que, parmi les auteurs de la révolte, il se trouvoit quelques fanatiques adorateurs de celle idole, que leurs mains ont formée et qu'ils s'étoienl indignés devoir fouler aux pieds, comme elle l'ajustement été en i8i4. Ces litteratori sans talent , ces avocats du dernier ordre, ces comités de sophistes, ces membres d'associations secrètes dont se compose la faction libérale en Espagne comme partout, et qui, suivant la remarque de M. de Haller, ont sauvé ce beau royaume de même que l'Allemagne doit sa délivrance au docteur, Janh et à ses écoles de gymnastique, tous ces hommes médiocres et turbulens avoient du moins partagé l'horreur de leur brave et généreuse nation pour le joug étranger; et s'ils sont traîtres aujourd'hui envers leur roi, dans une autre grande époque ils n'ont trahi ni leur roi ni leur pays. Mais qwe dne^'une .i^y^jujion . mUra^ geusement faitepar deux Q^trojs r éjimens et par quelques baqdeg je. paysans, que l'on fait vemrcfeT mander avec des cas, £,tu,pides l^^ç^^jtiMion des cortès cV Espagne, qu'ils connoissent tout autant que Ies constitutions de la Chine et du Congo, révolution dont l'effet a étéde faire passer dans vingtquatre heures le pouvoir entre les mains des parti-
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sans les plus éhontés de Murât? Non, il n'est point y encore arrivé, pendant trente années de scandales, «n événement aussi scandaleux; il comble la me- ~^. sure des insultes faites à la majesté royale; il annonce un plan bien lié, bien suivi qui enveloppe l'Europe entière comme dans un vaste filet, et les suites en seront aussi honteuses que terribles, si l'on n'en tire une vengeance aussi prompte qu'éclatante.
Voilà cependant ce que louent impudemment des journaux , organes avoués du parti libéral , comme un généreux effort des peuples , comme la conquête glorieuse de leur liberté; et cela en dépit de l'histoire de tous les siècles, et lorsqu'il est démontré plus évidemment encore par ce qui s'est passé naguère sous nos propres yeux, que les révolutions faites par les soldats amènent toujours à leur suite le plus violent et le plus farouche despotisme. Mais que sont-ils en effet ces libéraux, sinon des hommes qui ont rampé pendant quinze ans dans la poussière et sous les pieds du plus insolent des despotes , sous un despote qui, livré aux fureurs les plus insensées , montra du moins du sens dans le mépris profond que lui inspira toujours leur abjecte servitude? Sans doute ils eussent-préféré et préféreroient encore l'anarchiejjajiglante quilesfaisoit régner, à la tyrannie capricieuse sou.^ laquelle il leur faut servir,ei dont ilss ont lesdocileset cruelsinsliumens; mais n'étant pi us assez forts pour exciter l'une, ilsappellent l'autre de tous leurs voeux, ( t la secondent autant que leurlâchetépeutleleurpermettre,
prêts à recevoir indifféremment ou la robe d'un sénateur, ou la médaille d'un espion , ou le poignard d'un sicaire; prêts à tout enfin, pourvu que tout ce qui est fidèle ajuste, généreux, légitime , que tout ce qu'ils ne peuvent envisager que la rougeur sur le front, le remords et la rage dans le cœur, disparoisse à jamais de la face de la terre, et ne soit plus connu, même de nom, parmi les hommes.
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