AUX LIBELLISTES
Les événernena récens ont fait éclore une multitude d’écrits dont quelques-uns ont obtenu du public un accueil mérité parce que rédigés avec goût, décence et raison , ils présentent des observations judicieuses, et discutent avec sagacité divers articles du droit public; mais c’est le petit nombre/La plupart des brochures dont nous sommes inondés sont dictées par la passioiu Les unes sont des harangues adulatrices dans le genre de celles qu’on adressait au gouvernement qui vient de finir, et qui ont peut-être les mêmes hommes pour auteurs. A qui faut-il accorder estime et confiance , de ceux qui toujours courtisant la puissance , ont encensé tous les partis , ou de ceux qui ont le courage de publier des vérités utiles j au risque et souvei^t
avec la certitude de compromettre leur liberté , et leur repos? car presque toujours la vérité déchire le sein qui l’enfante.
D’autres brochures sont des amplifications furibondes très -propres à empirer une mauvaise cause 5 et qui feraient tort à la meilleure. Plusieurs sont dirigées nominativement .contre l’ancien évêque de Blois. On regrette de voir dans le nombre de ces écrivains un avocat justement célèbre, qui , après av^oir long-temps vécu sur son ancienne réputation , etpresque toujours gardé le silence, le rompt tout-à-coup pour mêler à ses argumens des personnalités odieuses contre d’anciens collègues. Comme jurisconsulte , il sait mieux que personne quelle qualification mérite la calomnie. Comme chrétien , il sait quelle réparation impose la conscience. On le dit pieux, ne serait-il que dévot?
Pêut-on espérer de sa part une palinodie en sens inverse de celle qu’il a chantée sur Napoléon,, dont il fut l’admirateur? M. Bergasse, dans ses Réflexions sur V Acte constitutionnel du Sénat J parle des crimes y àes projets désastreux de cet homme impitoyable qui ont causé une désolation générale. « La nation, dit-il, cc détestait Bonaparte, et les journaux n’étaient % remplis que d’adresses de protestation de
« dévouement , etc La providence seule a
« brisé le trône du plus étonnant despote qui « ait existé sur la terre, etc. etc. » Voyez pag. 12 , 5,6 et 1 5.
Jusque-là nous sommes de l’avis de M. Bergassej mais comment le concilier avec les passages suivans , qui sont extraits des Observations préliminaires de M. Bernasse dans V affaire de M. le Mercier, page i5? Il disait, en parlant de Napoléon : « Je remarque ce fait, « parce qu’il faut aimer ce qu^on admire,^ et « qu’il est temps qu’on sache que la vérité , ce c( besoin des âmes élevées, est d^un si haut prix c( pour le prince qui nous gouverne, que, quel- « que opinion qu’il pût adopter, il n’en serait a pas moins disposé à revenir sur ses pas pour i(. peu qu’on lui fit entrevoir que cette opi- (( nion a pu è[ie préparée par une erreur. »
Et page xij des Pièces justificatives dans sa première lettre à l’empereur.
« Votre Majesté a mérité toute sa gloire par cc les sentimens de justice qui l’animent et le a besoin qu’elle éprouve que sous son règne « nul ne soit opprimé par ceux auxquels elle « délègue l’exercice de sa puissance. »
Un opuscule nouveau nous assure que jamais M. Bergasse n^a fléchi le genou devant
Baal : l’extrait qu’on vient de lire en est-il la preuve? Finissons par une phrase élégante de notre auteur, page i3 de ses Réflexions sur VActe constitutionel. (( Je ne sais, mais il me « semble qu’en voilà bien assez, elo. ».
En 1790, M. Grégoire fut dénoncé au cluh des Jacobins pour n’avoir pas voté la mort du roi , car on sut que dans la lettre écrite par les. quatre commissaires envoyés en Savoie , il avait fait efi'acer les mots à mort. Déjà dans un discours, le i 5 novembre 1793, il avait demandé que la peine de mort fût abolie, et que Louis étant le premier à jouir du bénéfice de cette loi , fût condamné à l'existence. Aussi les gazettes du temps , et surtout le Journal des Amis.^ n*. 5 , du 2 février 1 793 , p. 197 , eurent soin de l’inscrire au nombre des députés qui avaient opiné contre la peine capitale , ce qui n’empêcha pas des libellistes d’imprimer qu’il l’avait votée. Ces hommes , la plupart d’un état très-différent de celui des habitués du club, et qui par là même devaient tenir un autre langage, savaient bien qu’ils mentaient, mais le mensonge leur parut propre à noircir un évêque qui le premier s’était soumis au sermçnt décrété par l’Assemblée Constituante , tandis qu’eux eii
en ont prêté un autre qui ne soutiendra jamais
le parallèle avec le premier,
M. Grégoire ayant toujours méprisé celte ac-« cusation, divers prélats, en 1801, invitèrent leur collègue M, Moïse, évêque de St.-Claude, à recueillir les faits j il s’en acquitta , et son rapport justificatif fut inséré par leur ordre dans
jénnales de la Religion 180,1, t. lé,
p. 35 et suiv.
En J 8 1 o , une explosion de fureur de la pari de Napoléon, contre l’auteur des Ruines de , Port-Royal^ fournit aux adulateurs du prince le moment opportun pour signaler leur haine , et ils répétèrent l’imposture détruite. Des amia de l’ancien évêque de Blois suppléèrent à son silence , en réimprimant le rapport fait par M. Moïse, et en y joignant une préface qui mettait dans un plus grand jour l’innocence de l’accusé, dont on avait même interpolé divers écrits , et l’infamie des accusateurs.
Des libellistes nouveaux , parmi lesquels on croit reconnaître des apologistes de l’esclavage des nègres , viennent de se mettre sur les rangs, plusieurs personnes , que M. Grégoire n’a pas l’avantage de connaître , et auxquelles il odre le tribut mérité de sa reconnaissance, ont pris la peine de les réfuter par des écrits qui associent
sa défense personnelle a celle des principes qn’il professe. Le caractère spirituel de ces opuscules forme un contraste parfait avrc Lignoble grossièreté des pampJblétüires. Le dernier agresseur est l’auteur du Philantrope dévoilé. Dans ces diatribes, on pourrait recueillir et rapprocher toutes les injures qu’elles contiennent, et y ajouter qu’un homme qui se respecte, se félicite de n’avoir pas de réponse à de tels argumens.
L’auteur fournit une occasion nouvelle de rendre témoignage à la vérité, par l’apostrophe suivante qu’il adresse à l’évêque : « Avez- » vous reclame l’indulgence de vos collègues » pour ces malheureuses victimes de la terreur, » lorsqu’elles étaient entassées sur les pontons » a Rochefort , où on leur laissait à peine res- )) pirer l’air extérieur »? Quelle maladresse ! Précisément l’évêque de Blois fut le seul qui, en leur faveur éleva la voix. Lecteurs, ouvrez le Moniteur an 5 , n"^. 8i , séance du i8 frimaire : (( Telle a été , dit M. Grégoire , la y> cruauté exercée contre des prêtres y que 3) 187 ayant été injustement transportés à Rochefort , ce nombre est réduit à 60 , les » autres sont morts de mauvais traitemens et » de misère. Si pour mettre un homme en li-