‹ De la constitution française de l'an 1814Chapitre 2 sur 6 · VI · texte numérisé non relu

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» berté , on demandait s’il est procureur , » avocat ou médecin, cette question indigne-

rait, et pour élargir un homme, on demande » s’il est prêtre, etc., etc., etc. Tant que l’on )) suivra de tels principes, on»ri’aura que le )) régime des sots, des fripons, etc., etc. » L’affaire renvoyée au comité de sûreté générale , y fut poursuivie par l’évêque qui enfin obtint l’élargissenient des malheureux détenus.

Un anonyme (qu’on dit être l’abbé de la Biche, chanoine de Limoges ) a publié la relation de la captivité de ces prêtres, et sans doute parce que leur bienfaiteur est un évêque assermenté , il a tu soigneusement que c’était à lui qu’ils devaient leur délivrance. Ainsi le mérite de la bonne œuvre n’a pas été atl énué par un excès de reconnaissance. Le Moniteur supplée à ce silence affecté, et l’auteur du Philantrcpe dévoilé , qui se dit abonné au Moniteur depuis 178g, ne lit pas son journal : cVsl la seule < xcuse qu’il puisse alléguer pour échapper à l’inouipation de mauvaise foi.

Une apologie, fût elle nécessitée par l’aggression la plus inique , est une lecture moins attrayante pour la malignité qidune satire amère; mais il est encore des âmes honnêtes qui se plaisent cà contempler l’innocence luttant contre le

Vil)

crime : quelques pages de plus h lire ne lasseront pas leur attention.

Si quelque chose a droit de surprendre , ce n'est pas qu'il y ait des libelles contre M. Grégoire , mais qu'il n’y en ait pas un plus grand nombre. >

Quelle nuée d’ennemis doit assiéger un homme qui, depuis sa Jeunesse , s’est voué à défendre des individus persécutés ou flétris injustement par les lois et l’opinion , juifs, anabatistes , serfs, agots , nègresj, mulâtres, etc.? Soutenir les oprimés , c’est l’infaillible moyen d’irriter les oppresseurs qui ont à-la-fois le pouvoir et la^volonlé de nuire. Les victimes trouvent rarement des consolateurs , au lieu que les sacrificateurs trouvent toujours des complices. N’est-ce pas Fra-Paolo Sarpi qui disait : « Si la « peste avait des bénéfices et des pensions à (c donner, elle aurait des prôneurs? »Par cette raison, la tyrannie n’en manqua jamais : aussi malheur à quiconque aura heurté de front tous les genres de despotisme , et dont l’inflexible persévérance accuse les variations dé tant de gens qui , satellites volontaires de tous les astres dominans , en suivent toutes les phases!

D’après sa conscience et un mûr examen , ayant montré l’exemple delà soumission au ser-

is

ment (^étrê soutnis à Ict ncition y ci Ici loi êt au roi, contre lui s’élevèrent une foule d'’incHvidus qui, à la dissidence d’opinion associant des sentimeiis haineux , accumulèrent sur sa tete des outrages, qu’il leur pardonne, mais auxquels il eût préféré de bonsraisonnemens. Ministres des autels ! là où n’est pas la charité , là n’est pas la vérité.

En professant pour le chef auguste de l’église un respect profond et une soumission canonique , il s'efforça toujours de rester sur la limite qui sépare ij^autorité légitime de l’abus qu’on peut en faire , limite tracée par la célèbre assemblée du clergé, en 1682. Tous les partisans de ce qu’on appèle ultramontanisme , dont le plus grand nombre est actuellement en-deçà des Alpes , enflent dès lors la liste des adversaires d’un homme attaché aux maximes gallicanes.

Admirateur de Port-Royal , qui a rendu des services si éminens a la religion et aux sciences , il a la bonhomie de penser que Pascal , Nicole , Arnaud , Sacy , Tillemonl , Le Tourneux , etc. , pourraient bien n’etre pas damnés , et cette croyance est encore un crime.

Nourri dès Penfance du lait de la piété , il

est philantrope ^ car, d\nprès l’étymologie de ce mot , ne pas l’étre ce serait cesser d’être chrétien ; il veut qu’on ouvre son sein à des frères errans , sans l’ouvrir à l’erreur , et qu’on se montre aussi ardent à leur faire du bien qu’à combattre leurs écrits, lorsqu’ils tendent à rui- ' ner l’édifice de la révélation. Ayant toujours repoussé les tentatives que faisait pour se l’aggréger , une secte très-peu tolérante , quoiqu’elle parle sans cesse de tolérance, il devint odieux aux déclamateurs qui , dans la Convention, lui reprochaient de vouloir christianiser la France ; (i) qui le bafouaient lorsque , le premier nivôse an 5 , il réclamait la liberté du culte (2). Il s^y était attendu ^ mais il savait que parler à la tribune , c’était parler à la nation , infaillible moyen d’ébranler l’opinion publique qui n’osait encore se manifester. Ici s’intercale naturelle-

ment le récit de la séance de la convention , du 17 brumaire an 2 , où, au milieu des scandales de l’apostasie et des vociférations , M. Grégoire eut le courage de proclamer ses sentimens invariables, comme catholique et comme

évêque. On en trouve le détail dans un de ses

ouvrages inédits , dont on va lire l’extrait.

( 1 ) y . BJoniteur an 2 , n° 5j.

( 2 ) Moniteur an 3, nivôse, n"’ ÿ3, gi.

c( A celte époque , de toutes parts se manifestaient les fureurs de la persécution. »

<( Un député nommé Jacob Dupont, qui est mort fou , avait préludé à l’élat de démence habituelle en se déclarant alliée à la tribune de la Convention. J’étais alors en mission à Chambéry, où j’appris, avec une douleur profonde, que l’assemblée nationale au lieu de flétrir par une censure sévère cette doctrine désolante et celui qui la professait, en était devenue complice par' son silence. Gloire à Dieu, qui du mal fait jaillir le bien. La déclaration de Dupont qui retentit dans tou te- l’Europe , y inspira une juste horreur j et divers écrivains , entr’autres miss HannahMore, s’empressèrent d’exprimer leur indignation. »

« Le vénérable'A voine , évêque de V ersailles , étant décédé , quelques mauvais sujets de cette ville saisirent cette occasion pour venir à la Convention demander qu’il ne fût pas remplacé ; peu de temps après , parut à la barre l’évêque de Paris, Gobel, avec plusieurs de ses vicaires. On prétend qu’Anarcharsis Clolz ,

Chaumetle et L B l’avaient préparé à

celte scène par des promesses et par des menaces : ce qu^il y a de certain , c’est que ce L

B , le i6 brumaire, cW-à<dire, la Veillé

de l’événement , dans un discours , tissu d’impiétés grossières, avait annoncé quelque chose d’analogue aux sacrilèges du lendemain (3).

Néanmoins , huit jours auparavant , dans un entretien avec Gobel sur des matières reli^ gieuses, cet évêque m’en avait parlé avec le respect qui leur est dû 5 l’accablement de la surprise accrut en moi celui de la douleur, en apprenant sa démarche j je dis en apprenant, car j’étais, en ce moment, au comité d’instruction publique. »

« Rentré à la séance, je vols des prêtres ca^ iholiques , des ministres protestaqs monter successivement à la tribune , pour blasphémer et abjurer leur état : dès le moment de mon arrivée , autour de moi s’étaient agglomérés , comme des furies , une troupe de députés montagnards. J’étais très -considéré dans le clergé, et, par cette raison , ils mettaient plus d’intérêt à m^arracher une démarche qui pour l’impiété , eût été un triomphe. Il faut que

tu montes à la tribune Et pourquoi ?... Pour

renoncer à ton épiscopat, à ton charlatanisme religieux Misérables blasphémateurs ! je ne

( 1 ) N’ i6o,p, io83 du Journal des Jacobim.

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fus jamais un charlatan ; attaché à ma religion, j’en ai prêché les vérités , j’y serai fidèle. Dans Ifinlervalle , ils crient au président de m^accorder la parole , et le président annonce que j’ai la parole , quoique je ne l’eusse pas demandée; je m’élance à la tribune ; à un épouvantable tapage succède alors un silence général. »

c( J’entre ici , n’ayant que des notions trèscc vagues de ce qui s’est passé avant mon arri- « vée. On me parle de sacrifices à la patrie , j y (C suis habitué ; s’agit-il d’attachement à la cause « de la liberté 7 j’ai fait mes preuves ; s’agit-il cc du revenu attaché à la qualité d’évêque ? je c( vous l’abandonne sans-regret; s’agit-il de re- (( ligion ? cet article est hors de votre domaine « et vous n’avez pas le droit de l’attaquer. J’encc tends parler de fanatisme , de superstition..... « Je les ai toujours combattus , mais qu’on de- « finisse ces mots , et l’on verra que la supersec tition et le fanatisme sont diamétralement op-

ceposés à la religion. '

« Quant à moi , catholique par conviction et « par sentiment , prêtre par choix, j’ai été de- « signé par le peuple pour être évêque , mais « ce n’est pas de lui , ni de vous , que je tiens «ma mission. J’ai consenti à porter le fardeau « de l’épiscopat dans un temps où il était en-

« touré de peines j on m’a tourmenté pour Tac- « cepter , on nie tourmente aujourd’hui pour « faire une abdication qu’on "ne m’arradiera « pas. J’ai lâché de faire du bien dans mon dio- « cese , agissant d’après les principes sacrés qui <c me sont chers et que je vous délie de me race vir ; je reste évêque pour y en faire encore, ce J invoque la liberté des cultes. »

Ce discours fut interrompu vingt fois , car, dès que les persécuteurs s’aperçurent que je parlais en sens opposé à leurs vues , des rugissemens éclatèrent pour étouffer ma voix dont j élevais à mesure le diapason , et ces rugissemens se prolongèrent jusqu’à la lin de mon discours. Il faudrait le pinceau de Milton , accoutumé à peindre le spectacle des démons pour rendre cette scène. ’

Descendu de la tribune , je retourne à ma place. On s’éloigne de moi , comme d’un pestiféré; si je tourne la tête, je vois des regards

furibonds dirigés sur moi sur moi , pleuvent

les menaces, les injures.

Accablé à l’aspect des outrages faits à la religion,- plus encore de ceux que ces événemens lui présapaient , j’éprouvais toutefois une douce satisfaction d’avoir bravé cet orage , je remerciai Dieu d’avoir soutenu ma faiblesse’ et

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