I. — Age
Il est admis par tous les auteurs que le cancer se développe surtout à partir d’un certain âge; c’est vers 45 ans qu’il devient le plus fréquent; d’autres auteurs disent que ce maximum est un peu plus tard, ainsi Salle (1), en réunissant les statistiques anglaises de 1847, celle de d’Espine, celle de Breslau, celle de Lebert, celle des hôpitaux de Paris, a montré que le maximum de fréquence est entre 50 et 60 ans ; entre 40 et 50 ans, et entre 60 et 70 ans, le cancer se présente avec la même fréquence, mais le chiffre des lésions cancéreuses est moins élevé que dans la période précédente. Il en est de même entre 70 et 80 ans, et entre 30 et 40 ans.
Voici les chiffres auxquels il arrive. Sur 7,225 cancers, il s’en produit :
De 50 à 60 ans . 1,893
(De 60 à 70 ans . 1,691
I De 40 à 50 ans . 1,471
(De 70 à 80 ans . 781
( De 30 à 40 ans . 760
Ce maximum de 50 à 60 ans n’est pas vérifié par une statistique du Britisch medical Journal de 1884,
(1) Salle. Etiologie de la carcinose, 1887, p. 17.
où au contraire plus on avance en âge, plus la fréquence du cancer devient considérable; ainsi, sur 36,926 cas, voici les résultats que donne cette statistique :
45 décès ont eu lieu chez des sujets de moins de 5 ans 4g - — 5 à 1 4 »
7,936 — — au-dessus de 74 »
On voit par là que si la mortalité par le cancer devient beaucoup plus considérable de 45 à 54 ans, elle augmente de 55 à 64 ans d’environ 2,200, et de même entre 65 et 74 ans, elle augmente d’environ le même chiffre.
Gendrin(l) a pu dire que le cancer ne se manifestait pas dans les premières années de la vie ; il se basait pour défendre son opinion, sur dés idées théoriques, sur la prépondérance à cet âge de l’action de la circulation et des fonctions nutritives. Le cancer a cependant été signalé chez de jeunes enfants et même chez le foetus. Le professeur Friedereich (2) en a rapporté un exemple. Une femme de 37 ans, de bonne santé avant sa grossesse, entre à la clinique d’accouchements. L’enfant vient au monde le 20 décembre, en avance
(1) Gendrin. Th. d’agrég., 1840. Influence des âges sur les maladies.
(2) Cité par Salle : Loc. cit.
de trois semaines, et meurt six jours après avec sclérème généralisé et une tumeur cancéreuse susrotulienne. La mère, mo-rte neuf jours après, le 29 décembre, présentait des carcinomes multiples du foie, des os et des ganglions.
Delbet (1) a rapporté l’histoire d’un enfant mort de généralisation cancéreuse, alors que sa mère, qui l’allaitait, présentait une tumeur du sein ; Delbet cite cette observation à l’appui de cette idée de Cornil, qu’il est dangereux de faire allaiter les enfants par des malades atteintes de cancer du sein, car il peut y avoir inoculation des produits cancéreux.
Chez les enfants en bas âge, de 0 à 10 ans, le cancer est relativement fréquent; dans la statistique anglaise, nous trouvons 92 cas, dans cette période. Breslau, dans une statistique portant sur 3,144 décès constatés dans le canton de Zurich, en trouve 26 cas. Moore, sur 60,195 décès en Angleterre, signale 559 cas pendant les cinq premières années, dont 178 pour la première ; il en conclut que le cancer héréditaire se manifeste de très bonne heure et présente une marche particulièrement rapide.
Lebert (2), sur 377 cas, en donne 13 jusqu’à 10 ans, dont 7 de 0 à 5.
Marc d’Espine (3), sur 889 décès, ne trouve que 2 cas de 3 à 10 ans.
Il semble donc que le cancer existe chez les jeunes,
(1) Delbet. Société anat. de Paris , séances avril et juillet 1891.
(2) Lebert. Traité pratique des maladies cancéreuses, 1851.
(3) D’Espine. Essai critique et analytique de statistique mortuaire,
mais la preuve de la progression régulière de la fréquence des manifestations cancéreuses avec 1 âge est très difficile à faire; néanmoins, nous avons souvent entendu nos maîtres, dans les hôpitaux, faire remarquer combien il arrivait souvent de voir des malades jeunes atteints par le cancer. Dans le service de M. le professeur L. Tripier, nous avons vu un jeune homme de 17 ans atteint d’un cancer de la lèvre inférieure, cancroïde dont l’existence a été vérifiée par l’examen histologique, mais dont le diagnostic clinique présentait quelque difficulté.
Dans le service de M. l’agrégé Perret, à l’hôpital de la Croix-Rousse, nous avons vu une jeune fille de 23 ans mourir en six mois d’un cancer de l’estomac avec généralisation péritonéale. M. Bard, dans la thèse de Mathieu (1), a publié un certain nombre d’observations intéressantes à ce point de vue. Dans le service de M. Laroyenne, nous avons observé une malade atteinte depuis quelques mois déjà d’un cancer de l’utérus, et qui n’était âgée que de 27 ans.
Le cancer est-il plus fréquent chez les jeunes actuellement qu’autrefois ? Cela est très difficile à dire et à démontrer, mais cela semble possible par les observations des vieux cliniciens.
Quoi qu’il en soit, le cancer peut s’attaquer aux individus de tous les âges, mais sa fréquence devient surtout très considérable à partir de 45 à 50 ans.
(1) Mathieu. Th. de Lyon. Cancer 'précoce de l’estomac, 1884.