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Total général . 3.071
Nous avons composé le tableau ci-joint en réunissant trois statistiques, où la localisation du cancer a
été noté 3 chez l’homme et chez la femme. C’est cl’abord une statistique de Nedopil (1), c’est ensuite une statistique des hôpitaux de Paris, puis celle des cancers observés à Middlesex-Hospital, par Sibley, de 1853 à 1856, reproduite par Salle (2).
Nous trouvons que sur un total de 3,071 cancers, il y en a 837 cas chez l’homme et 2,234 chez la femme, ce qui donne une proportion de 27 °/0 chez l’homme et 73 % chez la femme, chiffre très peu différent de celui que nous avons admis.
Mais sur les 2,234 cas observés chez la femme, les organes génitaux et l’utérus entrent pour 1,219 cas (quelques cas se rapportent à l’ovaire). On voit par là que l’utérus est l’organe dans lequel le cancer se développe dans la moitié des cas de cancers observés chez la femme et dans le tiers des cas de cancers observés chez l’homme et la femme.
Etudions, dans l’étiologie du cancer de l utérus, quelles sont les causes qui peuvent expliquer cette localisation si fréquente du cancer sur l’utérus.
Le cancer de l’utérus se développe pendant toute la durée de la vie utérine de la femme, et si le début de cette affection est plus fréquent vers 45 ou 50 ans, c’est que ce moment correspond à la période où l’influence de l’âge se fait surtout sentir, comme nous l’avons montré plus haut; la ménopause, en effet, n’aurait aucune influence sur le début du cancer; d après Desormeaux et P. Dubois, ce ne serait qu’une
(1) Nedopil. Loc. cil.
(2) Salle. Loc . cît., p. 20.
simple coïncidence entre deux faits, sans qu’il y ait relation de cause à effet entre eux. Rocque (1) a montré dans sa thèse qu’il n’y avait simultanéité entre la ménopause et le début d’un cancer de l’utérus que dans 4 cas sur 50. Néanmoins, les auteurs signalent tous la période d’années comprise entre 40 et 50 ans comme étant celle où le cancer se manifeste le plus souvent.
Scanzoni donne pour 108 cas l’âge de ses malades et les répartit de la manière suivante :
De 20 à 30 ans — de 30 à 40 — de 40 à 50 — de 50 à 60
Leroy d’Etiolles, dans 684 cas, trouve :
De 1 à 20 — de 20 à 40 — de 40 à 60 — de 60 à 90
Gusserow, réunissant les statistiques de Lever, Kiwisch, Chiari, Scanzoni, Sâxinger, Tanner Hough, Blau, Dittrich, Lothar Meyer, Lebert, Glatter, Beigel, Schrôder, Schatz, Winckel, Champneys, arrive à un total de 3,385 cas, qui se répartissent ainsi :
De 20 à 30 ans — de 30 à 40 — de 40 à 50 — de 50 à 60
de 60 à 70 — au-dessus de 70
On voit par Là que, si le cancer de l’utérus peut se manifester chez les jeunes, sa fréquence est beaucoup plus considérable de 40 à 50 ans.
(1) Rocque. Essai sur la phigsiologie et la pathologie de la ménopause, th. de Paris, 1858.
Les accouchements multiples augmentent beaucoup les chances de dégénérescence cancéreuse de l’utérus; Courty (1) avait déjà dit que la stérilité, le célibat ne favorisaient pas le développement du cancer, contrairement à l’opinion de Bayle, qui admet que le célibat, la stérilité, les abus vénériens doivent entrer en ligne de compte comme causes favorisantes du cancer.
Scanzoni, dans 108 cas de cancer, avait noté 36 fois la stérilité, mais 72 femmes ont eu des enfants, et chez elles le grand nombre des accouchements paraît avoir eu une influence, en effet :
6 d’entre elles avaient accouché 11 fois.
Dans la statistique de Lebert, on ne trouve que 3 femmes qui n’avaient pas eu d’enfants sur 39 cas :
0 enfants . .
3 cas.
— 7 enfants . .
1 cas.
1) Courty. Traité
pratique clés maladies de l utérus.
Sibley, sur 100 femmes mariées atteintes de cancer de l’utérus, en compte 86 qui ont eu des enfants, 14 seulement n’ont eu ni grossesse, ni fausses couches. Weit, sur 168 cas de cancers de l’utérus, ne trouve que 13 femmes stériles, 150 d’entre elles ont eu 1,046 grossesses.
En résumé, la moyenne des enfants chez les femmes atteintes de cancer est :
Pour Lebert, de 5,94 enfants par femme.
Pour Lever, de 5,8 enfants par femme.
Pour Scanzoni, de 6,9 enfants par femme.
Pour West, de 5,6 enfants par femme (6,8 grossesses) (1).
Cette influence des accouchements multiples dans le développement du cancer de l’utérus est admise par M. le professeur Laroyenne (2) ; la vérification de cette notion est donnée par ce fait que M. Laroyenne n’a jamais vu de cancer du col de l’utérus dans les communautés religieuses, et qu’en interrogeant toutes les malades atteintes d’épithélioma du col qu’il a observées, il a généralement appris que ces malades étaient des multipares. Cette observation a une grande valeur, grâce à la longue pratique et à l’expérience incontestée de son auteur.
Quelle est l’explication qu’on peut donner de ces faits? Chez les femmes qui ont fait vœu de chasteté, les organes génitaux , l’utérus restant au repos , aucune influence extérieure ne peut modifier l’état
(1) Henocque. Art. carcinome, Dict. encycl.
(2) Communication orale.
do C6S organes } cliez celles au contraire cjui ont eu des enfants, le col, sous l’influence du passage de la tête fœtale, subit des traumatismes considérables, il se produit des déchirures de la muqueuse, du tissu musculaire, auxquelles succède le plus généralement une métrite cervicale, qui a été considérée du reste, par Emmet et Breisky (1) comme cause du cancer de l’utérus.
Si le cancer de l’utérus était dû à une cause diathésique, il devrait se produire aussi bien chez les femmes stériles que chez les femmes qui ont eu des enfants ; il nous faut donc admettre que pour le cancer de l’utérus, il intervient un primum movens dû à une cause extérieure, que ce soit le traumatisme ou bien les lésions qui succèdent à ce traumatisme. Et cela d’autant plus que, comme nous le verrons plus loin, l’hérédité paraît avoir une influence encore moins con sidérable pour l’utérus que dans les autres cancers.
Combes(2) avait déjà dit que les cancers de l’estomac et du sein étaient seuls héréditaires, que le cancer de b utérus échappait en partie du moins à cette loi. Ce fait a été vérifié pour l’utérus tout au moins par Schrôder qui, dans 948 cas, n’a noté l’hérédité que 78 fois, c’est-à-dire dans 8 °/0 des cas, ou bien 1 fois sur 12 cas.
Pour le sein, il se passe quelque chose d’analogue : si Anderson (3) a pu dire que le cancer du sein est plus fréquent chez les femmes non mariées, cette opinion
(1) Cités par Pozzi. Traité de gynécologie, art. cancer de l’utérus.
(2) Combes. De l’hérédité, th. de Paris, 1868.
(3) Anderson. Glascow Med. Journal, 1886.
n’est pas admise par la majorité des auteurs. Ainsi,
Mac Even(l) dit au contraire, que le cancer est plus fréquent chez les femmes qui ont eu beaucoup d’enfants et qui ont nourri. Or, la lactation entraîne du côté du sein un grand nombre d’accidents : les uns, dus à la pénétration des microorganismes constituent les abcès du sein, dont Samuel Gross a montré l’influence, puisque sur 1,164 cancers du sein, il trouve chez 20°/o des femmes, des cicatrices d’abcès ; les autres dûs à des érosions du mamelon, entraînent des gerçures, des éruptions eczémateuses.
En résumé, nous voyons que le cancer est beaucoup plus fréquent chez la femme que chez l’homme, sur 100 cancers, on en observe 75 chez la femme. Il est des organes où le développement du cancer est également fréquent dans les deux sexes : ce sont l’intestin, l’estomac, le rectum. Il en est d’autres où le cancer se localise plus fréquemment chez l’homme, ce sont les lèvres, la langue, la bouche; chez la femme, ce sont l’utérus et le sein ; or, tous ces organes, par leur situation ou par leurs fonctions, sont exposés à des traumatismes fréquents, dont l’influence peut être regardée comme considérable.