‹ De la conventions dans la tragédie classique et dans le drame romantiqueChapitre 185 sur 256 · P. 2o; cf. p · texte numérisé non relu

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Vous vîtes avant moi le roi mis de la sorte.

— Je n'ai pas remarqué. Tout autre, que m'importe.

« Les idées et les sentiments ne sont pis des mouvements de l'esprit... ce sont des mouvements d'instinct. » Telle est l'objection de Saint-Marc Girardin {Littéral, dramat., t. I, p. 319), et voici la réponse du poète :

Est-on maître d'aimer? Pourquoi deux êtres aiment?.... Le cœur éperdu crie : est-ce que je sais, moi? Cette femme a passé : je suis fou. C'est l'histoire.

(Contemplations, 1. III, se. x.)

longuement, froidement ^ Elle le remarque d'un mot et ajoute aussitôt :

Hernani ! je vous aime et vous pardonne, et n'ai Que de l'amour pour vous 2.

différente en cela des princesses de tragédie, qui n'oublient jamais que la première qualité d'un amant doit être la confiance et le respect absolus ^. Comme le remarque Hernani '\ dona Sol se fait une religion de l'amour; et le culte dévotieux qu'elle a pour son dieu ne lui permet pas de se plaindre, même avec raison. Gomme Gatarina, elle mourrait s'il lui fallait renoncer à l'amour de celui qu'elle aime ^. Et ce n'est pas un vain mot chez elle, car elle place un poignard dans sa corbeille de noces, voulant mourir fidèle à Hernani, et elle s'empoisonne pour le suivre, par amour, et non par devoir, quoi qu'efie en dise *''.

Garactère étrange donc, Dona Sol est plutôt une jeune femme qu'une jeune fille. La pudeur que le poète lui prête au cinquième acte ' contraste avec le

i. Drame, t. l\, p. 72.

3. Dans un temps plus heureux, ma juste impatience, Vous ferait repentir de votre défiance.

[Brilannicus, a. III, se. vu.)

Ne m'en veux pas de fuir, être adoré ! — Je ne vous en veux pas, seuleuient j'en mourrai, Voilà tout!

Toi, tu n'as pas le cœur d'une épouse chrétienne.

7. P. 139, 140. Idée malencontreuse, du reste, car on voit quelquefois le public rire niaisement.

manque de réserve qui la caractérise pendant toute la pièce '. Tandis que les héroïnes de Corneille et de Racine osent à peine s'avouer qu'elles aiment, le révèlent à leur confidente comme à un confesseur, et surtout ne s'en font jamais gloire en public, dona Sol éprouve le besoin singulier de le crier tout haut, devant une foule, au milieu d'un sacre :

Sire, soyez clément, Ou frappez-nous tous deux, car il est mon amant! -

Mais voici la plus grande différence entre dona Sol et une princesse de tragédie : le poète tragique ne donne à son héroïne que les qualités indispensables à l'action ; V. Hugo, qui veut montrer des caractères complets, comme dans la réalité, lui prête des vertus épisodiques, inutiles à l'intrigue ^.

Voilà la psychologie romantique : nous avons essayé d'en montrer le faible et le fort.

En résumé, il est certain que les personnages sont trop nombreux pour ne pas être un peu confus.

Les phrases à effet qu'ils lancent ont l'air d'une leçon récitée; dans ces drames, il y a plus souvent des mots d'auteur que des cris du cœur. De plus, ces personnages ont entre eux un air de famille trop prononcé : faciès omnibus una. Enfin, le Français de la cour de Louis XIII et l'Anglais du xvni' siècle pensent, parlent et agissent comme le Parisien de 1830.

Mais, en revanche, ces mêmes personnages nous

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