‹ De la conventions dans la tragédie classique et dans le drame romantiqueChapitre 202 sur 256 · Brame, t. III, p · texte numérisé non relu

Brame, t. III, p

DE l'histoire 245

ordinaires. La surface extérieure de l'histoire, pour ainsi dire, n'étant pas modifiée, le romancier en change à sa fantaisie l'intérieur. Les effets restent les mêmes, les causes varient. Après que les quatre héros ont traversé de leur mieux les combinaisons du cardinal, on est tout étonné de voir le résultat historique reparaître intact.

De même dans le Roi s'amuse, Triboulet, presque inconnu jusqu'à V. Hugo, grandit au point d'éclipser un instant le roi, de le supprimer même, et la pièce touche à son apogée au moment où le bouffon porte la main sur l'histoire. Mais, au dernier acte du drame, comme au dernier chapitre du roman, l'histoire, un instant suspendue, reprend son cours, et le personnage historique s'éloigne en chantant, sauvé par la réalité des faits, tandis que les personnages inventés tombent, sacrifiés par la volonté du poète. Donc, ni vérité dans les faits, ni vérité dans les mœurs.

Quant aux institutions, les deux plus importantes en France, la Royauté et l'Église, n'apparaissent, bien entendu, que sous une forme concrète : dès 1829, A. de Vigny proclamait qu'il faudrait, si la censure le permettait, « approfondir les deux caractères sur lesquels repose toute la civilisation moderne, le prêtre et le roi ^ ». Jusqu'à la révolution de 1830, on ne put mettre de prêtre sur la scène : le roi seul y apparut.

Pour prouver qu'ici encore toute préoccupation scientifique est loin de l'esprit de nos dramaturges, nous n'avons même pas à discuter le rôle du roi dans le

\. Théâtre, t. II, p. 71.

drame, nous n'avons qu'à l'exposer. Le choix des rois, le rôle et le caractère qui leur sont donnés, suffisent à montrer que les romantiques ne veulent pas faire de l'histoire.

Le premier en date, Louis X, joue un rôle piteux dans la Tour de Nesle. Trompé avant même son mariage, trompé après, il laisse pendant son absence le pouvoir à sa femme : elle en use si bien qu'un des courtisans résume ainsi la situation : « On croirait que Dieu joue aux dés avec Satan ce beau royaume de France ^ » Le roi revient; sa seule action dans le drame est un acte d'hypocrisie :

Pour vous aider à faire les frais de la campagne, messieurs, je vais donner l'ordre qu'une taxe soit levée sur la ville de Paris à l'occasion de ma rentrée.

LE PEUPLE, au-dessous de la croisée.

Vive le roi ! Vive le roi !

LE ROI, allant au balcon.

Oui, mes enfants, je m'occupe de diminuer les impôts, je veux que vous soyez heureux, car je vous aime ^.

Charles VI, dans la Tour Saint-Jacques, n'a qu'un éclair de raison et de courage ^; le reste du temps, il est fou, il a froid, il a peur ^; c'est la reine qui gouverne, c'est Isabeau, poursuivant les jeunes gens de son amour ^, livrant la France aux Anglais*^. Et si le Dau-

d. Dumas, Théâtre, t. IV, p. 70.

2. Ibid. « Les spectateurs trouvèrent comme Harel, que le roi Louis le Hulin était un drôle de corps. » A. Dumas, Mémoires, t. IX, p. 181.

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