Revue des Deux- M ondes, 15 mars
LE ROMANTISME DEVANT LA CRITIQn- 293
Hugo se laisse-t-il aller à une colère bien explicable? « S'il était sincèrement pénétré de l'injustice des atta- ({ues dirigées contre lui, il abandonnerait au temps, à la vérité, le soin de le venger \ » Et pourtant Tindignation n'était-elle pas très naturelle contre un écrivain qui, dans un article fourmillant d'erreurs, osait, à propos de Ruy Blas, écrire : « Contre une telle bévue, il n'y a rien à dire. Le blâme hésite, la colère balbutie ; on se résigne à la pitié. » Enfin, perdant toute retenue : « De cet orgueil démesuré à la folie, il n'y a qu'un pas, et ce pas, M. Hugo vient de le franchir, en éci'ivant lluy Blas -. »
Sans doute, on pourrait retourner contre le critique une de ses phrases, et répondre qu'il parlait de V. Hugo « avec une légèreté qui pourrait s'appeler dédain, si elle ne méritait pas le nom d'ignorance » '\ Mais c'est trop peu : ces mauvais articles étaient de mauvaises actions; une pareille critique, inutile au fond, aurait dû être au moins inoffensive dans la forme, et elle ne l'était pas : elle exaspérait le poète. On ne s'étonne pas qu'après de telles injures, Y. Hugo en vînt à nier absolument toute critique, à écrire la célèbre formule : « J'admire tout comme une brute ''. »
La critique dogmatique, répétons-le, est bonne si elle veut exposer ses dogmes au public, elle est mauvaise si elle veut les imposer aux auteurs. Elle a souvent découragé les poètes, a Au Gid persécuté, Ginna doit sa naissance, » dit Boileau. Peut-être. A coup sûr, aux