Philosophie de l'art, t. 1, p
page de Montesquieu. La critique dramatique n'est pas la critique historique. Il est bien suffisant au théâtre qu'on ne choque pas les notions générales d'histoire, assez répandues pour que chaque spectateur puisse immédiatement vérifier la chose de souvenir. Le public veut être ému, même aux dépens de l'histoire ancienne. Racine écrit comme Corneille pour a l'auditeur qui, communément, n'a qu'une teinture superficielle de l'histoire ^ ».
Tous deux modifient légèrement les caractères historiques, mais, presque toujours, en les améliorant : composée sous la royauté triomphante, la tragédie fait l'apologie de la royauté. Cela ne pouvait guère avoir d'inconvénient, tant qu'il s'agissait d'histoire ancienne. Quant ;i l'histoire moderne et française, elle était interdite à la tragédie -, pour deux raisons.
D'abord, si nos deux tragiques ont cherché uniquement dans le cercle forcément restreint de l'histoire ancienne des sujets trop souvent traités avant eux, cela tient à l'admiration toute naturelle mais trop servile de leurs contemporains pour tout ce qui est antique : nous retrouvons ainsi jusque dans la tragédie l'influence prolongée de la Renaissance. Le xvif siècle raille l'effort gigantesque de la Pléiade, mais en subit le contre-coup.
De plus, l'histoire de France n'offrait pas à nos poètes de sujet possible : on ne pouvait représenter nos anciens rois comme des Louis XIV avant Versailles; l'erreur eût été trop forte. D'un autre côté, les montrer