‹ De la conventions dans la tragédie classique et dans le drame romantiqueChapitre 52 sur 256 · V. Hugo, Avilit rcœil, p · texte numérisé non relu

V. Hugo, Avilit rcœil, p

tragique ; mais leur insuccès dans la pratique éloignait de leurs théories. On aurait pu trouver tous les arguments de la préface de Cromwell, dans l'Essai sur Fart dramatique, de Mercier; mais ce livre si curieux semble inconnu alors K On passa le Rhin. Là, les ennemis du x\if siècle français ne manquaient pas. Le premier en date, en acrimonie, c'est Lessing; mais son injustice, condamnée même par ses compatriotes -, devait rebuter : il avait Tair d'attaquer la tragédie parce qu'elle était française. On trouva les mêmes critiques, présentées sans parti pris, dans le cours de littérature dramatique de Schlegel, signalé par Mme de Staël en 1813.

Les lecteurs français n'étaient pas dépayses : ils retrouvaient chez Schlegel quelques idées de Chateaubriand : l'influence du christianisme sur les passions humaines-^, sur la mélancolie ', la chevalerie nais-

\. Quelques citations : il vient de parler des partisans des règles : " Il faudra rire de leur engouement, si toutefois cela est permis, quand on songe qu'ils ont été dans tous les âges le fléau des arts, et les véritables assassins du génie. » (Préface, p. xi). — « Le drame... à ce mot (car les mots de tout temps ont causé de graves querelles), je vois des journalistes le proscrire, ce mot qui, selon eux, outrage le goût. » (P. 17.) — (( Ce que je trouve de pernicieux dans la tragédie... ce sont ces vers orgueilleux qui, déifiant les rois, insultent à la misère de la multitude. » (P. 37.) — « Ne point permettre à l'œil de cesser d'être humide : faire naître enfin à de divers intervalles le sourire de l'âme. » (P. 106.) — « 11 reste à imprimer au drame un caractère d'utilité présente. » (P. 149.)

Tout en protestant contre les cinq actes (p. 252-2o4), contre les unités (p. 145), tout en écrivant longtemps avant Stendhal et V. Hugo (t mais, dira-t-on. Corneille a suivi ces régies qui vous paraissent gênantes et inutiles, etc. » (p. 234), il était modéré : « 11 faut faire parler la nature, et non la faire crier. » (P. 141.)

2. Schlegel, Cours de littérature dramatique, trad. Necker-Saussure, •1814, t. II, p. 163, 218.

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sant de la religion et donnant naissaiice à nne théorie nouvelle de ranionr, de riionneiii-'; les unités ellesmêmes modifiées par le christianisme, car le criti((ne, ici un peu obscur, trouve que la poésie antique « soumet l'espace et le temps à l'empire de notre àme », tandis que la poésie moderne « consacre ces notions mystérieuses qui tiennent à la partie la plus élevée de nous-mêmes, et sont peut-être une révélation de la Divinité - ». Schlegel est plus clair quand il atta([ue la tragédie française. En général, il nous reproche de nous incliner sans raison devant le principe d'autorité^; il nous accuse de subir ainsi l'unité de temps \ l'unité de lieu ^, dont il montre les inconvénients *'. V. Hugo dans la préface de Cromwell " ne fera que développer cette phrase de Schlegel : «■ Plusieurs tragédies françaises font naître aux spectateurs l'idée confuse que de grands événements ont lieu peutêtre quelque part, mais qu'ils sont mal placés pour en être les témoins *. »

Essayant de définir mieux qu'on ne l'avait fait jusquelà l'unité d'action ■' , il reproche à la tragédie tantôt de s'allonger démesurément et lentement pour remplir les cinq actes de rigueur ^", tantôt d'aller trop vile et de ne pas ménager assez souvent des « moments de repos et

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