Id., t. Il, p
6. De Vigny, qui trouvait en 1829 {Théâtre, t. II, p. 80j ridicule chez autrui ce vers
Ces mortels dont l'État gage la vigilance, oubliait qu'il avait écrit lui-même en 1822 :
C'est un de ces guerriers dont la constante veille Fait qu'en ces palais d'or la royauté sommeille.
(Poésies complètes, p. 1G6.)
Nous le répétons : de pareilles taches sont rares ; de plus, elles sont la faute du yersifîcateur, et non pas du vers.
A tout prendre, le vers romantique était un progrès. Sans doute, on lui a reproché d'être plus court que levers de Racine ^ Tous les calculs numériques du monde ne pourront jamais prouver que :
Je voulais voir Calciias avant que de partir
est plus long pour l'esprit ou pour l'oreille que :
Un rossignol perdu dans l'ombre et dans la moussd ^.
W. Tennint, du reste, dès 1843, comparant « ton bras est invaincu mais non pas invincible » au vers a et les immenses nuits des pôles étoiles », remarque que « le premier vers, quoique magnifique, est petit, et le second est vaste, spacieux, infini... on dirait qu'il a vingt syllabes ^ » .
Outre cela, ce vers est plus varié que celui de Racine, sans cesser d'être harmonieux : seulement, c'est une harmonie nouvelle à laquelle l'oreille, bercée par la régularité classique, eut quelque peine à s'habituer, gênée par les rejets et les enjambements. Le vers ne se chantait plus : il se parlait. Il pouvait être lyrique ou prosaïque, selon les besoins de la pensée. Le drame français devenait aussi libre que le drame de Shakspeare; avec son mélange de prose et de vers, impossible chez
i. Traité général, p. 12o.