VENTE À COMMISSION
Il y a différentes méthodes de vendre les fruits. La nature périssable de ces produits, l'incertitude de la quantité et de la qualité de la récolte jusqu'au moment où ils sont emballés pour le marché, font qu'il est très difl. ! de vendre autrement que par cousignation. La vente par consignation est un mal nécessaire par suite de l’organisation actuelle du commerce des fruits. L’ussociation entre producteurs permettra de s'en débarrasser dans une large mesure. 11 est très vrai que bien des marchands à commission se sont acquis par leurs transactions toujours honnêtes une réputation sans tache, mais il n’en est pas moins vrai que la grande majorité des producteurs ont eu à se repentir d’avoir placé une trop grande confiance dans la vente à commission. Le producteur ne sait jamais s’il a été bien ou mal traité. Il ne peut pas vérifier les comptes, ni suivre ses fruits chez l'acheteur ; il est donc obligé
d'accepter tous les rapports que lui transmet l'agent sur la vente de ses fruits. De fait, il dit à l'agent: Voici mes fruits, donnez moi ce que bon vous sembi: Il serait vraiment étrange que quelques agents à la commission ne succombassent pas à la tentation, et n’envoyassent une somme bien inférieure à celle qu’ils ont reçue pour les fruits. Nous ne mettons pas en doute la responsabilité du marchand à commission. Ilse peut qu'il occupe une position élévée dans les cercles financiers, mais s’il veut être malhonnète, il ne lui sera pas difficile de fournir une excuse plausible pour payer n'importe quelle somme au producteur. Un stratagème favori est de donner avis que les fruits arrivent en mauvaise condition. Cet avis est généralement accompagné d’une note demandant ce qu'il faut faire des fruits. Le producteur qui est éloigné de plusieurs centaines de milles, et qui est très occupé avec le reste de la récolte, ne peut que répondre : “ Faites du mieux que vous pourrez”. Souvent même le marchand à commission annonce que les ventes n’ont pas égalé les frais, et demande au producteur un montant supplémentaire.
Mais en supposant même que l'agent à cominission soit tout à fait honnête, et qu'il a disposé des fruits le mieux possible, cela n'empêche que le système soit radicalement mauvais. La quantité de fruits expédiés à un certain point n’est pas réglée. Il peut y avoir deux ou trois fois plus de fruits que le marché ne peut absorber à des prix avantageux, et cependant le marchand à commission est obligé d’abaisser ses prix jusqu’à ce que la vente se fasse.
Les inconvénients sont encore plus graves quand le marchand à commission achète à son compte. Il est certain que ces propres marchandises passeront d’abord, et que celles qu’il est chargé de vendre à commission, devront attendre, jusqu’à ce que les prix aient diminué, et souvent ce délai sera la cause de graves détériorations.
Il est un autre inconvénient, souvent cité. On peut se servir des marctandises sur consignation pour ruiner le commerce d’un concurrent qui n'appartient pas à la même combinaison que le marchand à commission. Il arrive souvent qu’un étranger apparaît en ville avec quelques wagons de fruits qu’il! désire vendre. C'est là une invasion du territoire des marchands déjà établis. Mais si, pour faire face à la concurrence avec le nouvel arrivant, ces derniers étaient obligés de sacrifier leurs propres marchandises, ils y regarderaient à deux fois avant de diminuer les prix jusqu’au point de perdre tout profit. Mais quand ils ont des marchandises sur consignation, ils n'hésitent pas à les jeter sur le marché dans le but de faire baisser les prix sur les fruits du nouvel arrivant jusqu’au-dessous du taux légitime.