SYSTÈME D'EMBALLAGE ET DE VENTE
Pour remplir ces conditions, on préconise diverses méthodes. Chacune a ses avantages et ses inconvénients.
1. Le producteur de fruits fait la cueillette, l'emballage et la vente pour son propre compte.
2. Le producteur vend la récolte sur les arbres, l'acheteur faisant la cueillette et l'emballage,
3. Le producteur vend, fait la cueillette et l'acheteur fait l'emballage.
La vente peut se faire en bloc, où au baril, avec un prix uniforme pour les barils de première et de seconde qualité, ou à un prix différent pour chaque qualite.
La première méthode ne permet pas de rassembler une quantité suflisante de fruits pour faire impression sur le marché. Pour obtenir un bon débouché, il faut faire des frais considérables, et ces frais sont à peu près les mêmes quelle que soit la quantité de produits expédié En outre, on ne saurait, avec cette méthode, obtenir de l’uniformité dans les grandes expéditions. Elle est limitée surtout aux marchés locaux.
La deuxième et la troisième méthode permettent de réunir, sous la même marque, une plus grande quantité de fruits, avec une certaine uniformité. Mais elles exigent des frais excessifs, qui, en fin de compte, sont soldés par le producteur.
Dans la cueillette des pommes, les hommes ne sont employés que quelques semaines par an. Bien entendu, dans ces conditions, les salaires sont très élevés et le travail est souvent peu satisfaisant, Un acheteur a parfois de 10 à 15 groupes d'hommes sous ses ordres. On cite même un agent bien connu qui a employé une fois 70 groupes travaillant à des centaines de milles de di-tance les uns des autres. Ceci rend toute surveillance impossible, Ce mode d'opération, joint au manque de surveillance si nécessaire avec ce genre de main d'œuvre, entraîne des pertes considérables de temps et d'argent.
En 1904, plusieurs milliers de barils de pommes dont les frais de cueillette et d’emballage se montaient à 45 centins par baril, se vendirent à 50 centins par baril.
En 1905 et 1906, les prix ues pommes furent plus élevés, mais le coût de l’emballage resta le même. Les acheteurs prétendent que quand les pommes étaient achetées au baril, les producteurs persuadaient les emballeurs, par prière ou par corruption, à emballer une grande proportion de pommes de qualité inférieure pour augmenter le nombre des barils.
Dans les aneiens vergers où les variétés cultivées mûrissaient à différentes époques, il était impossible de passer à intervalles nécessaires pour cueillir et emballer les différentes variétés dès que celles-ci étaient arrivées au point de maturité convenable. On cueillait quelquefois avant la maturité, souvent après; parfois même on ne cueillait pas du tout, et il en résultait des pertes considérables. Il arrive souvent aussi que l’acheteur retarde l'emballage ; les pommes restent exposées au soleil, et aux gelées, ce qui cause des pertes partielles ou totales. C'est généralement le planteur qui supporte ces pertes. Ils sont bien rares les cas où le contrat entre l'acheteur et le vendeur est rédigé de façon à prévoir ces cas, et même quand le dernier obtient jugement en sa faveur, trop souvent l’acheteur n’a pas de fonds pour payer.
La méthode de vente en bloc est très injuste envers le producteur. En effet, une longue pratique permet à l’acheteur d’estimer avec une grande précision la quantité de fruits qu’il y a dans un verger. L'acheteur et le vendeur ne traitent pas à conditions égales. Dans les quelques cas où le producteur reçrit plus que la valeur du verger, il se trouve dans la position déshonorante de recevoir de l’argent pour lequel il n’a pas donné d’équivalent.
C’est à la méthode de vente en bloc que l’on doit aussi attribuer la très mauvaise qualité des pommes mises sur le marché. Comme nous l'avons déjà plusieurs fois fait remarquer, l'acheteur a généralement beaucoup de difficulté à vendre ses rebuts, et ses qualités inférieures. Il est donc fortement tenté—et la tentation est souvent irrésistible—de mélanger des fruits de qualité inférieure avec les meilleures qualités, et d’emballer toute la production du verger dans l'espoir de se faire payer les mauvaises pommes, Les inspecteurs chargés d’exéeuter la loi sur les marques des fruits ont souvent signalé le fait qu’un grand nombre de barils sur lesquels ils étaient obligés de faire un rappoit défavorable provenaient de ces vergers vendus en bloc.
Les acheteurs se plaignent aussi que quand le verger est vendu en bloc les propriétaires prennent souvent près peu de soin des fruits après la vente. On laisse entrer les bestiaux dans le verger pour manger tous les fruits qu’ils peuvent atteindre. On ne prend aucune précaution contre les vols, si même on ne les favorise pâs, et dans beaucoup de cas, les acheteurs ne peuvent co:npter sur les précautions habituelles contre les gelées ou autres accidents. Naturellement, dans des pareilles conditions c’est l'acheteur qui perd, mais il se met en garde contre ces pertes en donnant un prix moyen moins élevé, En fin de compte, on le voit, les pertes ne retombent pas enticrement sur ceux qui en sont responsables, mais sur le corps entier des producteurs qui vendent de cette manière.