INTRODUCTION
L'institution de services de transport des correspondances est un moyen de lutter contre l'isolement des individus et des groupes.
Il y a deux tendances chez tout homme : l’une le pousse à s'unir aux autres, à travailler avec eux en vue de coopérer au bien-être général, l’autre au contraire le porte à s’isoler de ses semblables, à se replier sur lui-même, à ne s'occuper que de lui, à se complaire et à s’exalter dans sa dignité d'être libre et indépendant. Il n’y a rien de plus sociable et de plus dissociable que l'homme, comme dit Montaigne.
Ces deux tendances à la sociabilité et à l'isolement ont l’une et l’autre de grands avantages et peuvent, si elles sont poussées à l’excès, entraîner de très graves inconvénients. Ceciest d’autantplusintéressantà noter qu’elles ne sont pas particulières à l'individu considéré isolément, elles se retrouventencore quand il s’agit des hommes réunis et groupés quelque étendu quesoitce groupement depuis la famille qui est le plus simple jusqu’à l'État qui est le plus complexe. Qu’y a-t-il de bon, qu'y a-t-il de mauvais dans chacune de ces deux tendances ? En quoi ont-elles besoin de se compléter l’une l’autre, si bien que, toutenluttant contre les exagérations de chacune d'elles, il faille cependant en
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tenir compte ? Voilà ce qu'il faut essayer de dégager ici, afin de savoir quelles qualités doit avoir tout service de transport de correspondances pour être réellement un moyen de lutte effectif contre l'isolement des individus et des groupes.
C’est une loi de sa nature qui pousse tout individu à se rapprocher de ses semblables, loi qui, de tout temps, a été reconnue par les philosophes : l'homme est un être socia-
ble, « £woy molrixoy », comme par les poètes : Il faut s’entraider, c’est la loi de nature,
loi bienfaisante, car le résultat auquel seul l'homme, malgré tous ses efforts, ne pourrait arriver est atteint aisément et au-delà, si celui qui le tente est aidé par ses semblables ; loi universelle que les êtres inférieurs à l'homme connaissent comme lui, ou plutôt mettent en pratique d'instinct.
Seul, l'homme ne pourrait rien ou presque rien, il serait destiné à rester perpétuellement dans le même état, ou du moins les progrès qu’il pourrait faire seraientinfiniment lents. Du jour où il se réunit à ses semblables, au contraire, par l'effet de la division du travail etde l’émulation réciproque, les progrès se font plus manifestes et la situation de tous s'améliore rapidement.
Au surplus, cet état de rapprochement entre les individus suppose que chacun d’eux fait en quelque sorte abnégation de quelque partie de lui-même pour arriver à s’entendre avec les autres hommes ses semblables. Si bien que l’état social est en dernière analyse un état de concessions réciproques. Cela c’est en somme la base de la loide coopération sociale. Sans aucun doute, de ces concessions on est largement indemnisé, puisque grâce à elles on peut
arriver à un résultat que seul on n'aurait point atteint, mais
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encore faut-il tous les jours quelque abandon de sa propre volonté pour maintenir un tel état. Or, cela n’est pas toujours facile, car ici intervient une seconde tendance,
Il y a en effet chez tout homme une tendance à s’isoler des autres. Montaigne en donne comme raison le vice naturel, c’est peut-être bien un peu exagéré. Tout homme est un être raisonnable et libre. Ayant le sentiment de sa dignité d'homme, et celui de la responsabilité qui en dérive, il peut être tenté de pousser jusqu'à l'extrême son droit d'exercer sa volonté dans la mesure et dans les directions qu'il lui plait. Or, l’état social n’est point par luimême un état où cela soit possible, puisque, comme nous venons de le voir, il ne vitque de concessions réciproques.
Sans doute, restreindre l'exercice de sa volonté, c'est encore l'exercer, mais cette notion, avant d’être saisie, demande de la réflexion. Le premier mouvement pousse l’homme à s’isoler pour se grandir autant qu'il le peut dans son isolement.
Poussée à l'excès, cette disposition est évidemment néfaste. En effet, de deux choses l’une : elle aboutit à un isolement absolu de tous les individus égaux et ne coopérant pas ensemble, ce qui est la condamnation à l’absence de tout progrès ; ou bien alors chacun, exaltant ses droits, peut en arriver à se considérer comme étant le seul susceptible de les avoir. De là des luttes entre individus tendant à soumettre les vaincus à celui qui sera le plus fort, et c’est l'esclavage. Puis, montant d'échelon en échelon, on arrive jusqu'à un vainqueur dernier, roi ou tyran, chef suprême de l’ensemble des autres hommes dépouillés de tous droits, lui seul en ayant, et c’est la tyrannie ou le despotisme à la manière des anciens peuples de l'Orient.
Et pourtant, tout dans cette tendance n’est point mau-