‹ De La Correspondance Postale et Télégraphique Dans Les Relations InternationalesChapitre 5 sur 78 · ROM · texte numérisé non relu

ROM

vais, Ce qui est mauvais, c'est qu’elle se développe seule et sans contrepoids ; mais, restreinte à ses justes limites, elle a pour résultat de contribuer au libre développement de l'initiative individuelle. C’est là une excellente chose que chacun ait ses idées, tente des expériences dans sa petite sphère. Quoi de meilleur? Le résultat avantageux qu'il aura obtenu, s'il est communiqué aux autres hommes, sera pour eux une source d'avantages et pourra inciter quelque autre à un nouvel essai qui aboutisse à un résultat aussi avantageux.

Revenons maintenant à la loi de coopération. Quelque bienfaisante que soit cette loi de l'humanité, elle ne pourrait fonctionner sans le maintien et le libre jeu de toutes les initiatives individuelles. À supposer, en effet, que chacun, pour se réunir à ses semblables, abdique en totalité l’ensemble de ses droits, on arrivera à un état social analogue à celui de tout à l'heure, avec cette différence que le tyran sera non plus un homme ou un groupe d'hommes, mais une entité métaphysique : la société ou l'État.

Comme il faudra, en effet, que ces individus coopérant ensemble soient guidés dans leur travail, ils diront que les droits qu'ils ont abdiqués, ils les ont mis en commun comme leurs efforts, et que ces droits appartiennent maintenant à la communauté, être nouveau formé par leur réunion. Cet être nouveau et irréel ayant tous les droits usera de celui de commander en dirigeant comme des rouages d'une machine les individus qui le forment par leur réunion.

Si bien que chacune des deux tendances prise seule et sans le contrepoids de l’autre aboutit identiquement au même résultat d'un chef omnipotent possédant tous les droits et d'individus n’en possédant aucun. Dans l’un seu-

mes fee

lement les individus sont groupés, dans l’autre ils sont isolés ; mais le groupement ne signifie rien, puisque ces individus n'ayant plus de droits sur rien né peuvent rien mettre en commun. Dans l’un comme dans l’autre cas, personne n'ayant d'intérêt puisqu'il n’a pas de droits, personne n'est tenté de faire un effort quelconque pour améliorer sa position. Le souverain seul y a intérêt, mais, comme il ne peut avoir comme stimulant de l’activité de ses sujets que le fouet ou le bâton, il ne peut obtenir de chacun d’eux que la tâche qu'il lui a assignée.Cette tâche, chacun la remplit sans cœur et sans plaisir, ne le faisant que pour avoir de quoi vivre, et encore, pour beaucoup dans cet état, la vie estsi inutile qu’elle ne vaut même plus la peine de vivre. État social monstrueux et jamais complètement réalisé, mais qui n'est en somme que le résultat final des deux tendances contraires de chaque homme, si on cherche à développer l’une sans l’autre.

Que faut-il pour éviter cela ? Uniquement le développement simultané des deux tendances. Il faut lutter contre l'isolement, mais, dans la fougue de réaction, il ne faut pas aller jusqu'à supprimer toute initiative individuelle. L'état social normal et parfait est un état de concessions réciproques. Dans chaque individu, il doit y avoir un état permanent de concessions entre les deux tendances, l’une ne l’emportant jamais sur l’autre. Cet état d'équilibre parfait, tout homme doit l'avoir en lui-même de façon à le transporter dans la société. L'état social est un état d’équilibre permanent.

L'état d'isolement absolu est invraisemblable. Les hommes, en effet, se rapprochent les uns des autres par une sorte d’instinct, de là des groupes plus ou moins com pacts, la famille, la tribu, la nation. Du jour où ce dernier

Page 1